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31 mai 2005

La « de Gaulle attitude »

On peut penser ce qu’on veut du général de Gaulle, mais c’était un homme de caractère. On se souvient de la façon avec laquelle il a quitté le pouvoir. Désavoué par les Français à la suite d’un référendum, en toute logique, il a démissionné.
Tout en se réclamant du gaullisme, Chirac est loin de se comporter comme son modèle.
Voilà donc un président de la République qui a fait campagne pour le « oui » et qui va défendre la position du « non » à l’Europe ?
Décidément, on a compris. Quand on a à ce point la fonction chevillée au corps, il faut au moins se montrer apte à accepter toutes les conséquences de ses erreurs. En s’accrochant après un tel désaveu, Chirac montre qu’il aime le pouvoir par-dessus tout et qu’il est prêt à tout pour le conserver, y compris retourner sa veste. Ce que Chirac a fait à plusieurs reprises dans sa carrière, s’en tirant à chaque fois, avec une grande habileté politique, par faire porter le chapeau à des boucs émissaires.
A gauche, nous avons un autre cas de figure, mais qui n’est pas sans rappeler le premier. François Hollande a entraîné les cadres et les militants de son parti à défendre le « oui ». A quelques exceptions près, dont la plus marquante est Laurent Fabius, tous les vieux briscards de la gauche salonarde l’ont suivi.
Peu importe les motivations de Fabius, mais son analyse était en concordance avec celle des Français, parmi lesquels on comptait les trois quarts des membres et sympathisants du PS. Hollande est-il encore apte à diriger une formation politique si catégoriquement coupée de sa base sans risquer l’éclatement ? Même s’il nous dit que le « non » n’était pas contre l’Europe, mais un geste de mauvaise humeur à l’encontre du pouvoir en place, de toute manière, il n’a rien « senti » de ce mécontentement et pour un chef de la gauche, c’est plutôt mauvais signe. Nous avons le même cas en Belgique avec Di Rupo : même insensibilité, même aveuglement et même politique de l’acceptation du jeu capitaliste.
Lorsque Hollande masque son dépit et tient un langage de rassemblement pour un projet, est-ce là une véritable découverte ? Avant le référendum, il ne savait donc pas ce que voulaient les gens ?
Par conséquent, on se demande s’il est l’homme de ce rassemblement ?
Certainement pas. Mais, faites-lui confiance, lui aussi va rester. D’ailleurs tous ceux qui poussaient l’électeur à voter « oui » sont bien décidés de rester.
Dans la foulée du succès du « non », il n’y aura pas d’élections anticipées, donc pas de modification de la politique française avant 2007.

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Le désaveu « des élites » du suffrage universel n’est pas rare.
En Belgique, y aurait-il eu un seul vote pour la participation des socialistes au gouvernement Verhofstadt si l’électeur avait su que les socialistes allaient réaménager le chômage afin d’éliminer les chômeurs de longue durée, qu’ils allaient approuver la société libérale de marché de façon tellement servile, qu’ils ne se remuent pas trop à propos des délocalisations et des mouvements des travailleurs européens.
C’est quand même un comble que c’est ce parti socialiste-là qui s’adjuge le titre de meilleur défenseur des plus malchanceux du Royaume, exactement comme le PS français !
Quel est le sens qu’il convient de donner au mot démocratie, en Belgique comme en France ?
Quand des parlementaires vivent sur un petit nuage sans être capables de sentir la détresse des gens et mesurer leur désespoir, il est normal de les mettre en demeure de retomber les pieds sur terre ou de s’en aller.
Au-delà de la querelle franco-française que dire de cette Europe à des années lumières du citoyen ? A-t-elle eu jamais une relation de proximité avec les gens ?
Les partisans du « non » disent que c’est la France d’en-bas qui s’est rebellée contre la France d’en-haut, beaucoup associent l’Europe à cette dernière. Exprimer l’événement comme cela, n’est-ce pas penser juste ?
Que l’Haut-lieu trouve à l’Europe une bonne mine, quand les gens en ont assez des décisions agrémentées des jacasseries des fonctionnaires, l’incompréhension est totale.
Il devient urgent de présenter aux populations des arguments qui leur feraient à nouveau aimer l’Europe.
Comme on y va, ce n’est pas demain la veille.
Quant à Giscard, c’est bien la première fois qu’on refuse la copie d’un membre de l’Académie française. Il est vrai qu’il n’a jamais écrit que des choses médiocres. Sous la coupole aussi, on ferait bien de revoir les textes.

30 mai 2005

C’est « non » !

C’est fait, les Français ont voté « non » à la Constitution Giscard pour l’Europe.
C’est une déception pour toute la droite française et aussi européenne. La gauche collaborationniste a masqué son dépit en appelant par la voix de François Hollande à l’union. Les Français ne veulent pas que se poursuive la construction d’une Europe libérale. Et ça de Lang à Strauss-Kahn en passant par le premier secrétaire Hollande, le PS officiel ne veut pas en entendre parler.
C’est clair. De sorte que de la droite à la gauche collaborationniste l’appel des Français sur le fond ne sera pas entendu. Le pouvoir en place, qu’il soit de Raffarin ou d’un autre, voire d’un premier ministre de gauche, n’en tiendra pas compte.
Cela pourrait avoir des conséquences graves pour l’avenir dans la mesure où ce « non » serait ainsi nié par l’exécutif.
Le parlement français était à 85 % pour le « oui ». Le « non » avec ses 56 % du vote populaire signifie que le peuple français est pour le moins mal représenté et qu’une fois de plus la démocratie parlementaire ne correspond pas à l’orientation majoritaire des électeurs.
Sur les plateaux des télés on a vu défiler les battus du « oui » qui se sont ingéniés à démontrer qu’ils ont raison contre le suffrage universel que par ailleurs ils portent aux nues.
La fracture sociale en France est double : il y a d’abord celle entre le président et la population. Et enfin entre la gauche et ses dirigeants.
Ce que les Français font savoir à l’Europe, c’est simple. Ils ne veulent plus que les profits et les excédents du PNB disparaissent dans les coffres des banques, mais profitent aussi aux travailleurs. En un mot ils souhaitent que l’Europe mette le social en priorité par rapport à l’économique. Ils veulent que le chômage ne soit plus une fatalité et ils veulent une relance de l’économie européenne. Ils veulent enfin que ce « non » serve aussi de coup de semonce à la politique désastreuse du gouvernement Raffarin.

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La Constitution comme elle est présentée aux populations n’a pas convaincu qu’elle serait un mieux ; mais au contraire qu’elle pourrait être le germe d’un ultralibéralisme.
La victoire du « non » est un signe d’espérance à ceux qui veulent mettre un frein à la vocation libérale d’une Europe qui n’est pas celle du peuple.
Les autres partis de gauche européens devront tenir compte de cette volonté de changement.
Reste que le gouvernement Raffarin a ses jours comptés. Sera-ce suffisant pour « prolonger » Jacques Chirac dans ses fonctions de président de la République ? On n’en sait rien, car Chirac est un animal politique qui depuis trente ans se maintient contre vents et marées, dit Noir pour agir Blanc. En fin de carrière, le voilà quand même mal embarqué.
Les jours prochains seront fort agités, non seulement en France, mais aussi dans toute l’Europe et plus particulièrement en Belgique où les socialistes wallons ne sont pas si unanimes derrière Di Rupo que celui-ci veut bien le dire.

29 mai 2005

Laïcité en péril.

On dirait qu’à force d’inventer des lois destructrices de liberté, le Parlement fait passer le citoyen à la condition de sujet. Et pour faire la part belle à qui ? Aux religieux pardi qui s’installent dans une espèce de souveraineté du fantastique sur le réel, avec l’aplomb de ceux qui détiennent la seule vérité possible : la leur ! Comme si cette vérité était universellement admise !
Et tandis que les religions dites traditionnelles nous servent de mieux en mieux les plats réchauffés de leurs merveilleux personnalisés, la laïcité a un coup dans l’aile ! Mieux, elle est suspectée de ne pas assez respecter la pensée religieuse !
Chaque individu a le droit de croire à ce qu’il veut. Ce n’est pas lui qui est mis en cause, mais moi, lorsque voulant faire du prosélytisme, il m’inflige ce qu’il croit pour me convertir. Ainsi interpellé, j’oppose aux sornettes que j’entends, la raison et la morale.
Une déplorable confusion existe entre les ouvrages « sacrés » qui sont à la base de toute religion et les officiants eux-mêmes.
Déjà avec Jean-Paul II, on s’approchait par les « miracles » et les vociférations sur la place Saint-Pierre des tiffosi du « sancto subito », d’une sorte de sainteté par hallucination collective. Avec Benoît XVI, ce sera fait peut-être un jour : à force d’incarner, d’être le vicaire de l’Autre, l’impérissable source de vérité, le successeur pourra entrer dans les confidences divines, sans plus étonner personne, grâce à la demande de merveilleux des peuples.
C’est pareil côté Allah ! La concurrence avec ceux d’en face est vive. Les musulmans gagnent du terrain. Les masses, qui vivent en dictature, se radicalisent plus facilement. Et, c’est sans parler des « petites » religions, les religions annexes, celles qui pour survivre sont obligées d’en remettre une couche. Ce ne sont pas les substituts de Dieu qu’ils nous présentent, mais Dieu lui-même, en pleine métamorphose, transfiguration, transe… Théâtre d’ombres où les Moon, les Scientologistes et les pasteurs évangélistes sortent du lot, les dollars plein les poches.
Et la laïcité à côté qui n’a que son bon sens, son honnêteté, qui ne prétend pas que le ciel est peuplé d’anges laïques, ne réagit pas aux tombereaux d’inexactitudes, des fariboles misérables et des tours de magie. Elle assiste sans broncher à une version de l’histoire, dont les dates sont faussées, les témoignages dénaturés, dans des contrevérités historiques et des non-sens qui entretiennent la crédulité des croyants.
On aurait le sentiment qu’elle n’est pas dans son rôle et que la liberté du culte est une chose sacrée, si la laïcité se secouant disait haut et clair « basta à la connerie »… Pourtant, elle devrait même le faire tout de suite, tant qu’elle le peut, car un jour une religion plus fortiche clora le bec à tout le monde. La laïcité sera la première victime.
Personne ne me convaincra d’un merveilleux à partir des hommes qui le créent. Les dieux de la mythologie à nos jours n’ont jamais été autre chose que le fruit de l’imagination humaine. Depuis Lascaux, il en a toujours été ainsi. Tous les livres sacrés ont été écrits ou réécrits en-dehors des faits et en-dehors de toute logique et tellement remplis d’énormités que le moindre héros divin cité serait un fameux farceur s’il était avéré qu’il fût l’auteur des exploits qu’on lui prête.

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Il est aussi déraisonnable de croire que les Dieux montent et descendent de l’Olympe, qu’un paysan de la campagne dijonnaise qui trouve que les petits gris qu’il ramasse sont les dernières réincarnations d’un dieu lointain et débonnaire.
Si croire peut flanquer la trouille, ne croire en rien paraît pour les faibles une plus grande source de terreur encore. C’est que les histoires des dieux inventées par les hommes rassurent par l’influence que nous leur donnons sur nos destins. Si nos infinis sont dérisoires, tout change et nous ne sommes plus qu’un élément de la nature à laquelle nous sommes liés. Croire en dieu, s’est nous émanciper de nos véritables devoirs envers la nature, c’est nous rehausser au-dessus des règnes animal et végétal.
Quand on voit la masse considérable des « savants » d’églises qui écrivent des kilomètres d’arguments pour nous faire croire à une démiurgie apocalyptique, des souffles victorieux galvanisant des armées inspirées, des cadavres en putréfaction qui à la seconde suivante assistent à la finale de Milan-Liverpool, des tournoiements des foules autour d’une pierre, on se demande dans quel monde absurde on est ? Et encore si ces illuminés se contentaient d’appliquer leurs mômeries dans leurs lieux de culte, ce ne serait rien ; mais non, il faut encore qu’ils témoignent, c’est-à-dire qu’ils rallient l’esprit faible à leurs élucubrations.
Et nous les laïcs, nous assistons au spectacle de ces religions toujours à deux doigts de se sauter dessus, sans rien dire !
C’est là notre drame !
Comment répondre à ces fanatiques ? Par des raisonnements, des gracieusetés, des manières ?
Quel message adresser à ces furieux ? Comment dire notre ras-le-bol ?

28 mai 2005

Connard

- C’est un connard…
- Qui ça, qu’est un connard ?
- Celui des caisses qui fout son caddie derrière lui et qu’empêche le suivant d’avancer hors de l’allée où tout le monde l’emmerde.
-Attention où tu roules.
-Merde. T’as vus ce connard ? Non, tu l’as vu ?
-C’est pas une raison de l’écraser.
-Je l’ai écrasé, là ?
- Non. Mais t’aurais pu.
-Tu vas pas commencer à te mettre avec les connards pour m’emmerder ?
-Non. Mais fais gaffe quand même. Quand tu parles des connards, tu t’excites et tu lâches ton volant. T’en as qui roule bourrés. D’accord ?
-Je roule bourré, moi ?
-Où tu veux en venir ?
-Je veux en venir, que si t’as des connards qui roulent avec cinq Calva dans le citron, t’as des connards sur les trottoirs qui marchent bourrés à pire encore.
-Eux, ils ont le droit. I’ roulent pas.
-Faut pas qu’ils emmerdent les automobilistes, alors.
-Il t’emmerdait pas. I’ marchait sur le trottoir.
-T’as vu comment i’ marchait ? Si moi je roulais comme i’ marche, i’ me faudrait les trois bandes du boulevard d’Avroy à moi tout seul.
-C’était pas une raison de monter sur le trottoir.
-Comment aurais-tu voulu que je passe avec le connard qu’était en triple file ?
-Tu me fais penser à la caissière.
-La conne alors, pas que les connards qu’attendent aux caisses. Celle-là, qu’arrêtait pas de téléphoner. Elle voyait pourtant bien les connards qu’attendaient jusqu’au milieu du magasin.
-Ecoute, c’était pour avoir le prix d’une marchandise.
-Heureusement que le produit venait pas de HongKong !
- Que t’es bête. Elle téléphonait à son chef !
-Pourquoi les connards prennent des marchandises sans étiquette ? Et les connards qui remplissent les rayons, i’voient pas que le produit est sans étiquette ?
- C’est pas pour ça que je pensais à la caissière.
-Qu’est-ce qu’elle a à voir avec le type qui marchait bourré sur le trottoir, la caissière ?
-Rien. Je disais ça comme ça. Elle m’a fait penser à Nathalie.
- Tu tournes pas à connasse, toi un peu ? Qu’est-ce que Nathalie a à voir avec la caissière ?
-Tu tournes à gauche. Puis tu vas tout droit.
- T’es sûres que tu veux pas revenir à la maison ?
- Non. Puis les gosses ne voudraient pas.
-Ah ! les petits cons… C’est ton glandeur qui les monte contre moi !
-Mais, non. Il ne leur a jamais rien dit sur toi. Eux ne disent rien non plus.
-C’est comme si je n’existais plus, quoi ?
-En quelque sorte.
-C’est quand même dégueulasse… moi, leur père. Et l’autre grand connard qui le fait exprès d’être convenable ! Attends un peu quand t’auras tes pieds dans ses pantoufles pour voir sa gueule de con comment il va l’ouvrir pour les récupérer ! A propos de Nathalie, tu veux parler de cette pute qui a foutu notre ménage en l’air !
-T’y es. Elle y ressemble. Mais c’est pas elle qu’a foutu notre ménage en l’air. C’est toi.
-C’est quand même pas moi qu’ai porté plainte ?
-Ce culot ! T’as été l’harceleur…
-C’est une pute, nom de dieu ! On n’a plus le droit de lui foutre la main au cul, à une pute ?
-C’est toi qui dis que c’est une pute.
-T’as vu comment elle excitait le mâle dans les escaliers ? J’ai quand même hésité longtemps avant de lui mettre la main au cul !
-Quand bien même ce serait une pute. T’as pas le droit de porter la main sur des gens qui te demandent rien, surtout que c’est pas que la main au cul que t’as voulu lui mettre…
-Belle bande de connards que tu fréquentes. C’est pas normal des idées pareilles.

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-Voilà. On est arrivé. Tu me déposes.
-T’es sûre que tu veux pas rentrer chez nous ?
-Non.
-C’est à la deuxième confrontation alors, chez le juge.
-C’est ça. Merci d’avoir fait le détour par le super.
-Je te reconduirai comme aujourd’hui ?
-Pas la peine. Richard viendra me rechercher.
-Ah ! je vois… J’en ai soupé des connards qui t’influencent. On était quand même bien, Françoise, avant que tu fréquentes les bourges et ce Richard à la con qui sait même pas conduire… Où tu l’as trouvé, ce sale con ? Sur le NET, hein ! C’est tout malade sur Internet. Jusqu’au jour où t’auras à faire à un vrai parano… Pars pas sans me dire au revoir… Merde, elle est partie ! Nom de Dieu, j’ai oublié de lui demander des nouvelles des enfants… Ah ! que je suis con… Peut-être qu’elle m’aurait fait entrer pour les voir ? Si l’autre avait pas été là, j’y aurais rappelé des souvenirs à la Françoise, comment qu’elle était ardente, la salope… Pourtant, on dirait pas à la voir… Mais, c’était un cas… Merde !... Tout ça c’est con, tout ça c’est de la merde… comme dirait l’autre con… Tiens, comment i’ s’appelle encore, le mec qui peut pas l’ouvrir, sans y dire ça, aux connards ?... Tonin ? Tony… C’est ça !...

27 mai 2005

P’t être bien qu’oui…

Les Français à trois jours du référendum sur le projet de Constitution devraient se poser la question de savoir s’ils sont encore en démocratie ?
Nous, il y a déjà longtemps qu’on n’y est plus, donc c’est sans problème, mais eux ?
On n’a jamais tant vu une aussi formidable coalition de la presse, des médias et des intérêts financiers particuliers pour le « oui » !
Et malgré cela le « non » persiste et pourrait l’emporter, si le pouvoir ne bourre pas les urnes de « oui », comme il en est capable et comme cela s’est vu dans le passé.
Je croyais qu’une règle d’impartialité avait été établie au CSA à 50/50, dans le temps et la présence dans cette campagne électorale d’un nouveau genre. C’était sans compter sur les francs tireurs. A partir du moment où le patronat français avec le baron Antoine Seillière, président, les partis centristes de Sarkozy à François Bayrou, la gauche de François Hollande à Noël Mamère étaient plus que chauds pour le texte Giscard, le « oui » semblait avoir gagné d’avance. Pourtant, le « non » persiste et ne s’essouffle pas dans les sondages. On peut rêver à ce qui se serait passé si le débat avait été un débat gauche droite. Cela aurait eu une autre dimension, et un autre sens. La gauche l’aurait emporté, aurait fait réfléchir toute l’Europe et remit le problème social au premier plan. Mais François Hollande n’a pas le souffle, n’est pas l’homme à la hauteur. Non pas qu’il soit un pleutre, mais parce qu’il n’a pas « senti » l’histoire.

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A défaut de quoi, si le « oui » l’emporte, l’Europe va s’asseoir pour un bout de temps dans le dernier salon libéral où l’on ne cause que commerce et concurrence.
Le suffrage universel a toujours posé la question du financement de l’homme politique.
Un mec friqué sans autre intention que de se faire encore plus de blé et gagner une immunité parlementaire pour parer à d’éventuelles poursuites, qui n’a aucun idéal que se remplir les poches ; mais qui peut mettre d’importants moyens pour soigner sa propagande, sera cent fois préféré au type honnête, qui défend des idées intéressantes sans grands moyens financiers et qui ne vise rien d’autre que le bien public. Non pas que les gens aiment voter pour un pourri, mais dans l’ignorance où ils sont tenus qu’il existe un autre candidat assurément meilleur, ils ne feront que ce que le pouvoir de l’argent leur commandera de faire. On ne vote pas pour un inconnu.
Cette idée générale est dangereuse ; car elle a toujours été un argument de l’extrême-droite qui tout en dénonçant cette injustice, s’en est fort bien accommodée, jusqu’à imposer l’image de l’homme providentiel, le chef !
Il n’empêche que c’est un des nombreux avatars de la démocratie de ne pouvoir présenter également les candidats au suffrage des concitoyens.
C’est le même principe pour ce référendum où l’on voit bien que le « oui » est prépondérant dans les classes dirigeantes et qu’il existe ainsi une manipulation en sa faveur.
Aujourd’hui, les enjeux se sont tellement imbriqués dans la situation intérieure de la France, que même persuadé que le « oui » pour l’Europe est meilleur que le « non », je voterais « non » sans hésitation. Pourquoi ? Parce qu’avec le « non » vainqueur, c’est toute la gauche qui devra se remettre en question. Il ne pourrait plus y avoir qu’un seul débat, enfin, dans la gauche française, celui de savoir si le réformisme est une politique efficace pour le maintien des conquêtes sociales et la reconquête de ce qui a déjà été perdu, avant – enfin - de mettre en discussion un programme d’opposition au libéralisme.
Tout le monde sait que la France a toujours été pour nous un phare et que c’est elle qui de 1789 à la Commune de Paris, jusqu’au Front populaire de 36 a su sortir nos dirigeants de gauche de leur apathie.
Si aujourd’hui Di Rupo ne mérite qu’un Saint-Honoré du Gloupier entarteur dans la gueule, il n’est pas dit que le « non » français, ne doperait pas une naissante opposition socialiste aux réformistes inconditionnels qui suivent le Montois et qui m’ont tout l’air aussi peu combatifs que lui.
Ne serait-ce que pour l’effet du « non » français sur nous, il serait le bienvenu aussi pour les courants d’une gauche belge qui ne se sent plus représentée par le PS actuel.

26 mai 2005

Moi ?... raciste !!!

Peut-être que je ne sors pas assez souvent pour me faire une idée de la montée de la violence à caractère raciste, il paraît que pourtant, c’est le cas ?
Ne vivrait-on pas plutôt une période de grande trouille et d’exagération forcenée ? Cette société n’est-elle pas en train de se monter le bourrichon, par peur de tout ce qui n’est pas centriste, douillet et confortable, et de virer maboule ?
Amnesty international prétend le contraire. Des actes racistes se multiplient, selon eux, envers les juifs, comme envers les musulmans. L’organisation épingle également les violences policières.
Entre les juifs et les musulmans, ce n’est pas nouveau. Voilà 20 ans qu’ils se tapent sur la gueule. Qu’est-ce que nous y pouvons ? A s’interposer entre deux furieux, on prend soi-même dans le pif. Il n’y a guère, ils avaient leur terrain de sport : la Palestine et Israël. Qu’ils aient agrandi leurs installations, à la limite, même si c’est la faute des Américains en partie, avons-nous jamais pris parti pour l’un, plutôt que pour l’autre ? Alors que nous y avons un certain mérite. Les Israéliens nous travaillent à la conscience collective pour faire pencher la balance vers eux. Dès qu’ils voient que ça tourne vinaigre et que Sharon exagère, vlan, un coup d’holocauste et une visite des camps et nous voilà en larmes. Les musulmans nous montrent leurs plaies et les exactions des colons juifs, quand un attentat d’un kamikaze bourré d’explosif fait des tas de morts dont des enfants.
Qui choisir ? C’est douloureux parfois à certains moments. A chaque attentat, nous penchons pour le camp des victimes, mais comme un attentat revendiqué par les uns, trouve aussitôt une réplique des autres, nous oscillons d’un camp à l’autre, ce qui ne nous donne pas le temps d’être raciste ; car, aussi bizarre que cela paraisse est suspecté de racisme aujourd’hui celui qui s’appesantit un peu trop souvent en faveur d’un des deux camps.
Il y a bien l’ancien antagonisme wallon-flamand. N’exagère-t-on pas au point de parler du racisme ? Qu’est-ce que Amnesty International entend à notre folklore ? A-t-on vu un bruxellois de la périphérie se faire sauter devant le parlement flamand, responsable en grande partie de nos brouilleries ?
Ce sont les responsables Amnesty qui insistent et qui font preuve de racisme à l’égard des musulmans quand ils citent « une recrudescence des agressions à l’égard des juifs en Belgique » et qu’ils n’emploient pas une même terminologie vis-à-vis de nos musulmans. De ces deux communautés, il s’en trouverait donc une privilégiée par rapport à l’autre ? Et puisque nous nous battons aujourd’hui pour la moindre virgule mal placée, ne peut-on pas trouver cela scandaleux ?
La ministre de la santé Fonck, CDh, ne fait-elle pas du racisme anti-vieux en fixant la barre au-delà de laquelle le retraité n’est plus VIPO à 35 euros en-dessous de la pension du régime ouvrier ?

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Ce qui est peut-être plus grave, ce sont les violences et les mauvais traitements à caractère raciste par les forces de police. Les plaintes contre les comportements racistes de nos shérifs finissent dans les poubelles des commissariats, évidemment, ou pire, dans les oubliettes des Palais de justice. Amnesty dénonce le fait que les auteurs de ces actes bénéficient généralement de l’impunité. Ce n’est pas nouveau, encore une fois, le délit de sale gueule ou la prévention des flics à l’égard des étrangers. C’est un peu la faute des citoyens, toujours fourrés au cul des agents pour dénoncer des voisins parce qu’ils sont de couleur, ou des jeunes parce qu’ils traînent dans les rues en fumant des joints.
Dans ma rue vit un couple infernal, toujours derrière les rideaux à guetter le moindre écart des riverains et des passants. L’autre jour, des jeunes d’une école voisine mangeaient leurs tartines sur un petit muret attenant à leur propriété, la virago propriétaire s’est arrangée pour vider « malencontreusement » un seau d’eau de son balcon, de sorte que ces jeunes en étaient tous trempés. Comment voulez-vous que les flics résistent aux discours racistes et anti-jeunes de ces gens-là ?
N’est-ce pas faire du racisme au plus haut niveau en Belgique quand on voit le comportement de nos Administrations sur les Consignes des ministères, procéder de la manière brutale et intimidante que l’on sait, aux opérations d’éloignement des demandeurs d’asile ?
La zone de transit de l’aéroport de Bruxelles-National doit certainement avoir été le théâtre de plus d’infractions aux Lois contre le racisme que dans les rues d’Anvers, malgré ce que l’on peut dire.
Enfin, au niveau des prisons, Amnesty souligne que la Belgique connaît une surpopulation carcérale et qu’un taux élevé de suicides frappe les détenus, comme si cette surpopulation datait d’hier ! Malgré les directives Onkelinx en matière d’incarcération préventive, les magistrats poursuivent allègrement leurs actes racistes en foutant au bloc avant leur procès, des gens qui n’ont rien à y faire et en tout cas qui ne constituent pas un danger pour la population, rien que parce que ce sont des gens sans notoriété et sans revenu.
Alors, je veux bien qu’on me traite de raciste et de tout ce qu’on veut, à condition que celui qui le dit se dénonce aussi, car, il y a fort à parier qu’il le soit plus que moi.
Et quand on arrivera à ne plus pouvoir exprimer une seule opinion sans être soupçonné de je ne sais quelles intentions racistes, nous ne serons plus, de toute façon, en démocratie.
Si c’est ça qu’on veut ?

25 mai 2005

Une Belgique à la hauteur

A quoi les Belges réfléchissent-ils ?
C’est simple : à des débats du plus haut intérêt. Ceux dont les Hommes s’enorgueillissent.
Dépassé l’enjeu de la Constitution européenne, si on ne vote pas, c’est que nous sommes tous bien certains du politiquement correct de nos sorciers. Ils ont versé du sang de poulet et vu l’avenir heureux du texte de Giscard. Les palabres et les urnes, ce sera pour demain et rien que du sérieux.
Par exemple : réglementer le commerce des mères porteuses… voilà qui fait débat. D’autant qu’avec la circulaire Bolkestein nous allons voir déferler les mères porteuses polonaises, vu que déjà on a leurs maris plombiers. Doit-on légaliser les mères porteuses ? Pourquoi pas un Congrès du PS pour trancher ? Après le flop de celui de Liège, unanime pour l’Europe libérale, ce serait l’occasion de se ressaisir. Di Rupo s’en inquiète. Ses mères porteuses, en règle de cotisation à la FMSS, ne veulent pas limiter le portage comme le CDH le souhaite pour l’ovaire contrarié ou l’eunuchisme rédhibitoire. Joëlle Milquet veut bien porter, mais pas sans décharge ! Le MR parle des cas de grossesse nerveuse. Louis Michel, Commissaire de la Commission, se défend de vouloir faire à Reynders un enfant dans le dos.
La Dernière Heure a mené une enquête sur Internet. Le spectacle est jusque dans les résultats puisqu’on nous prévient qu’ils seront spectaculaires.
Un autre débat majeur et qui retient l’attention des foules belges : BHV et la dernière enquête de Johan Vande Lanotte sur la qualité des frigos francophones. Faudra-t-il un référendum sur la surgélation comme facteur politique ? Verhofstadt étudie un texte sur le zéro absolu.
Avec cette élévation de pensée, notre pays ne peut plus décevoir.
Afin de compenser l’eugénisme naturel que le tsunami de décembre a provoqué dans certaines régions du monde, la Libre Belgique publie les résultats d’une enquête sur l’activité sexuelle des plus de 50 ans. Des septuagénaires de chez nous volent à la rescousse de la dépopulation côtière, en faisant don de leur sperme aux populations décimées, puisqu’ils font encore l’amour deux fois par mois en pure perte à leurs partenaires ménopausées.
La princesse Astrid, présidente de la Croix Rouge, veillera elle-même au recueillement de la précieuse semence et à sa cryogénisation, avant le transport par nos Hercules. Un Jet aurait été plus adéquat, mais le ministre de la défense manque d’humour ! Le sperme de nos glorieux septuagénaires sous microscope ressemblait à notre armée : beaucoup de cadres et peu d’effectifs.
Répondant à cet effort intellectuel de sa consœur, La Dernière Heure publiait les résultats d’une enquête réalisée en Hollande sur la durée de pénétration du mâle hollandais pendant l’acte sexuel : 5 minutes 24 secondes, de moyenne.
Cette durée chez nos voisins inquiète nos parlementaires, toujours pressés. Une enquête est ouverte. Interrogées sur la question, les femmes hollandaises contestent ces chiffres trop élevés, selon elles. La durée réelle serait de 2 minutes 08 secondes ! Furtifs et fanfarons, ces Hollandais ?

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Comme d’habitude cette bouleversante actualité a été ponctuée de la remarquable rhétorique de nos gens de l’information : « l’émotion est toujours à son comble », merci. Quant aux nouvelles internationales, ils nous ont fait part « de leur grande tristesse » en relevant qu’en Irak les voitures étaient toujours piégées.
Certains chroniqueurs n’ont pas hésité de nous adresser un solennel appel au calme, ne reculant pas devant le néologisme d’une « responsabilisation ». Abordant Roland Garos, les défaites n’ont pas changé depuis l’année dernière. Elles sont toujours « aussi cuisantes ». Quant aux victoires, « elles donnent des ailes ». Pour nos deux joueuses, « la prudence est de mise », surtout le genou de Kim Clijsters, au sujet duquel « le devoir de réserve » s’impose.
J’avoue, devant ces étonnantes nouvelles, que je ne dors plus « depuis un bout de temps ».
Je m’inquiète pourtant, autant de chroniques lues et digérées, autant de journaux entendus et compris, je n’ai toujours pas saisi pourquoi l’expression « bastion de la gauche » n’avait jamais comme corollaire « bastion de la droite » ? Serait-ce possible que le « bastion de la gauche » soit à ce point réformiste dans la Belgique nouvelle, qu’il servirait pour les deux ?
C’est avec joie que chacun peut constater avec ce qui précède que la Belgique est pionnière dans le contrôle permanent de l’esprit critique. En effet, les bonnes intentions ne sont pas suffisantes. On pouvait compter sur l’intelligence des Belges pour élever le débat.
Nous sommes les premiers en Europe à avoir dépassé l’âge bête. Maintenant, nous sommes arrivés à l’âge con.
Voilà la juste récompense de nos efforts.
Nous sommes donc en mesure dans les semaines qui suivent de recevoir dignement sur nos antennes Patrick Sébastien en personne.
C’est dire, comme dirait Florence Reuter, « tout le chemin parcouru ».

24 mai 2005

Le con essentiel est français.

C’est Monsieur Qu qui le dit « Si la Chine dit oui aux limitations, cela revient à plus de protectionnisme ». Et monsieur Qu est un expert. Il aurait dit aussi « Je ne connais qu’un homme en France capable de vendre des chemises aux Chinois et c’est Patrick Sébastien. »
C’est vrai que c’est une grande gueule, Sébastien. Il l’ouvre sur tout et à propos de tout. C’est le Jean Claude Van Damme français !
Sentencieux, moralisateur, c’est le parfait Pic de la Mirandole d’un audiovisuel qui n’en manque pas.
L’autre soir chez Fogiel, il a déclaré « L’essentiel de la connerie, c’est de juger sans savoir. »
A partir de cette chamfortisation de l’omnipraticien du PAF, on en est sûr aujourd’hui, Patrick Sébastien, c’est l’essentiel de la connerie française.
Nous en Belgique, on est très fort aussi. Mais depuis qu’on a exporté vers les Etats-Unis le prince belge de la connerie, Jean-Claude, tel qu’en lui-même, on est un peu à court… On a bien des personnages politiques, Di Rupo, Michel, Reynders, ces pitres officiels ne feraient pas dix secondes aux marionnettes de l’info, tandis que Sébastien, lui, en sa qualité de con essentiel qu’il ne doit qu’à lui-même, tiendrait une bonne heure.
Il faut tout pardonner aux cons. Ils n’en peuvent.
C’est leur état naturel. Aussi on pardonne tout à Patrick Sébastien, ses refrains de lavabo, ses inoubliables paroles du Gambadou, son œuvre littéraire qui tient en un seul fort volume.
C’est ainsi que Gazier, un autre con essentiel, mais mort depuis longtemps, a été immortalisé par un certain Michel Adam, dans son magistral essai sur la bêtise : « Toute œuvre qui appartient à la littérature française a pour caractère d’être écrite en français. » C’est qu’il ne connaissait pas encore l’ouvrage que Patrick vient de publier et sur lequel on peut se poser la question de la langue.
L’héroïne en est une certaine Denise, personnage inspiré de la patronne d’un club échangiste parisien... Mais où va-t-il chercher l’inspiration, le petit polisson ? Heureusement que pour les bonnes mœurs, on n’aura pas besoin d’interdire ce monument, il est illisible.

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Et si toutes les sous-maîtresses de nos « clandés » étaient comme madame Denise, les femmes d’œuvre pourraient s’en inspirer. Cette Mère Térésa des bordels a proprement sauvé Patrick Sébastien de la déprime. Avant, il était con, après le bouche à bouche de Madame Denise, il est devenu essentiel, une quintessence qu’il sera difficile d’égaler.
C’est avec Michèle Bernier, la fille du regretté professeur Choron que sa propension naturelle à la vulgarité s’est surpassée en faisant allusion à la rotondité de la dame dans ses rapports de couple avec Bruno Gaccio. Il est comme ça Sébastien, imitateur, présentateur, chanteur, auteur, déconneur, la moindre imperfection physique des autres, excite son génie. Il y voit un sujet de sketch. il tombe dessus, s’en repaît et veut en amuser sa clientèle. C’est un artiste complet de la connerie. Il ne peut pas dire un mot, interrompre ses voisins ou baratiner une salle, sans qu’il n’y ait une intention de faire rire qui fait mouche auprès des imbéciles, des « conquis depuis ses premières gaudrioles», dusse-t-il montrer son slip à pois à une assistance pliée en deux à l’avance.
Il ne peut pas sur le plateau rester cinq minutes sans une « amabilité » qui ne devienne aussitôt vulgaire, sans une allusion à sa carrière, à ses mérites et à la chance que vous avez qu’il soit là, en permanence, pour vous.
Il trouve instantanément génial, un artiste qui l’approche. Non pas qu’il pense vraiment ce qu’il dit, mais parce que « la gloire » de l’autre pourrait rejaillir sur lui.
A la soirée avec Fogiel, combien de fois a-t-il dit qu’il ferait un bon impresario à l’adresse de Victoria Avril qui se jette à cinquante ans dans la chanson ! A cette occasion, on a pu constater aussi l’extrême retenue de Guy Carlier envers le con essentiel. Ce n’est pas la première fois que je trouve cette prudence suspecte, à partir du moment où Carlier a d’habitude la dent dure pour les inconnus et les célébrités douteuses. Si on veut avoir un début d’explication, pour Carlier et Fogiel, on peut se référer à la carrière de ce dernier, quand on sait qu’à ses débuts à 19 ans, c’est Patrick Sébastien qui l’a engagé pour une panouille.
Que les amitiés perdurent, que les ascenseurs se renvoient, l’industrie et les Services publics sont pleins d’histoires de copinage, mais que ces gens essaient de nous prendre pour des imbéciles en faussant notre jugement sur les nullités qu’ils nous présentent, et ce avec les deniers publics, c’est jeter le cochonnet en-dehors du rectangle.
Comme dit si bien le con essentiel « Les boules Quiès sont le walkman du pauvre », les masques aveuglants sont la protection des dormeurs et des téléspectateurs, encore que, si nous voulons échapper au con essentiel, c’est encore plus simple, fermons le poste.
Ce que j’ai fait naturellement.

23 mai 2005

Justice : 10 ans qu’on a compris.

Le plus évident dans le procès Dutroux, c’est l’inquiétante façon dont la Justice s’est arrangée pour escamoter le fonds de l’affaire, la saucissonnant, même en attrayant Dutroux après les Assises, dans un deuxième procès correctionnalisé avec le dossier des vols de voitures.
Tout a été bien ficelé, empaqueté. Justice « enfin » a été rendue, si l’on peut dire… On a descendu les milliers de pages dans des caves, plus profondes que celles du Vatican et claquemuré les condamnés, afin qu’ils paient leur dette, comme on dit, le temps réglementaire.
Seul le remord d’avoir failli aurait dû rester en surface… même pas !
Seul fait troublant - c’est l’unique curiosité judiciaire qui restera - les coupables ne sortiront pas de sitôt. Contrairement à la tradition laxiste en matière de remise de peine, ceux-là peuvent être sûrs de rester au trou jusqu’au bout.
La défense avait bien plaidé l’exemplarité de la conduite de Lelièvre en prison. Malgré la réticence de la Commission des peines, ce comparse de Dutroux avait droit après l’accomplissement des 3/5 de sa peine, à une libération conditionnelle. Cet immature au sourire perpétuel était une sorte de miraculé grâce à l’action éducative pénitentiaire en faveur des studieux et des repentis. Il avait quasiment refait son retard intellectuel au point de vouloir entreprendre des études universitaires, disait de lui son avocat. Bref, on travaillait l’opinion au corps pour ne pas la faire hurler au moment d’une sortie anticipée. Mais voilà, Lelièvre avait le vice bien caché. Sournois, le bougre n’était pas sevré du tout.
L’Haut-lieu apprit avec soulagement qu’on avait trouvé des « pétards » dans sa cellule. On ne saura jamais si Lelièvre fumait ou si une main anonyme avait glissé des choses sous sa paillasse. Du coup, l’intéressant jeune homme redevenait l’affreux complice de l’assassin honteux. On l’avait échappé belle ! On avait failli rendre des couleurs au monstre du loch Ness.
Et si on veut un autre exemple de cette sévérité « suspecte » de la Justice, Nihoul pourrait en témoigner. Voilà un « blanchi » qui garde du savon de l’Affaire dans les oreilles. Cinq ans de ballon pour sa vente de pilules interdites, c’était déjà cher payé s’il ne s’était agi que de cela. Sa proximité amicale avec le grand prédateur de fillettes, les obscurités de sa liaison fervente avec le monstre… le voilà lui aussi tôlard jusqu’au bout et malgré les certificats d’une santé défaillante. A moins qu’à l’heure où s’écrivent ces lignes, notre tricard s’en soit allé par une porte dérobée, soigner ses rhumatismes chez sa partouzeuse préférée ? De toute manière, en aurait-il usé de la ruse de Maurice Papon, agonisant en prison et guilleret à l’extérieur, lui aussi fera les frais des repentirs et des secrets de la Justice.

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Question volet administratif, c’est assez croquignolet. Les gaffeurs, les pieds nickelés de la gendarmerie et les stupéfaits de la judiciaire, en passant par les cadors et porteurs du glaive de Thémis, ont tous bénéficié de faveurs, d’égards et de « reconnaissance » de l’Etat, pas le moindre blâme qui ne se soit transformé en promotion !
Et après ce foutoir, on voudrait que le justiciable ait du respect !...
L’Affaire est donc bel et bien enterrée et jugée. Parfait n’en parlons plus. D’autant qu’après Dutroux, les exploits de Fourniret sont là pour faire oublier son prédécesseur. Le belgo-français est autrement chargé de faits accablants que le patineur-assassin borain.
Pour conclure, si la Justice estime que le procès Dutroux a été exemplaire, qu’elle explique pourquoi elle poursuit encore de sa vindicte les gens qu’elle a condamnés ? Aurait-elle, dix ans après les faits, toujours aussi mauvaise conscience ?
Reste que dans cette saga nationale, malgré les mesures prises pour une réforme de la police, le procès de la Justice n’a pas eu lieu, malgré cette Commission de la Chambre sur son fonctionnement et qui n’aura eu qu’un seul et redoutable mérite, celui de nous avoir fait toucher du doigt des marionnettes sanglantes du sang des victimes, et qui ne se sont agitées vraiment que pour se disculper elles-mêmes du soupçon d’incurie.

22 mai 2005

Palmes d’or sur la Croisette

- M’sieur Dardenne, je parle à vous ou à votre frère pour le moment ?
-Mon frère. C’est pourquoi ?
-J’ai un scénar. Pour un scénar, c’est du Belge !
-Puisque vous le dites…
-Voilà. Ça se passe…
-Ecoutez, je reviens en Belgique avec les palmes… je n’ai pas le temps…
-Vous avez essayé la plongée sous-marine avec des palmes d’or ?
- Bonsoir…
-Attendez ! Le scénar à Seraing… en berge de Meuse, avec poursuite entre la rue de la Bouteille et le bois des Biens Communaux... Subsides de partout assurés…
-Le thème ?
-…à la fermeture d’ARCELOR, deux frères veulent faire du cinéma. Long travelling sur la friche industrielle, réunion houleuse rue Ferrer, etc.
-Oui. Et alors ?
-Je savais que cela allait vous intéresser. Un des deux est beaucoup plus malin que l’autre.
-Comme c’est curieux.
-C’est pourquoi, je vous demandais tout à l’heure si c’était vous ou votre frère. Vous m’avez dit que c’était votre frère et comme c’est lui qui est le plus malin, je peux donc poursuivre sans gêner l’autre.
-Vu ainsi… et qu’est-ce qui se passe ?
-Ils rêvent qu’ils reviennent de Cannes avec les Palmes et comme c’est celui qui ne conduit pas qui tient le coffret et que c’est celui qui conduit qui est le plus malin, une dispute s’engage entre les deux frères.
-Une rivalité jalouse en quelque sorte ?
-Ils arrivent en bord de Meuse à Seraing. Ils se poursuivent en tournant autour de la voiture en s’injuriant.
-Je vois la scène. Le haut fourneau qu’on vient d’éteindre en arrière plan, l’eau glauque et peut être une ancienne affiche de Guy Mathot au-dessus d’un énorme monticule de poussier.
- Mais si le moins malin tient le César, l’autre a dans ses bras le bébé qui a tourné dans leur dernier film.
-Comment se fait-il ?
-C’est le moins malin qui devait le rendre à ses parents après le tournage, mais il a oublié de leur téléphoner et les frères ont dû le prendre avec eux lorsqu’ils sont allés à Cannes.
-Mais dites-donc, c’est psychologique ça ! Ce serait le moins malin qui aurait réussi à s’approprier le César, qui aurait fait conduire l’autre de Cannes à Seraing et qui lui aurait refilé le bébé !...
-Oui. C’est très fort. Les rôles sont inversés et le moins malin n’est plus celui qu’on avait cru.
-C’est d’autant plus évident que si je me suis fait passer pour mon frère au début de notre entretien, c’est parce qu’officiellement c’est lui le plus malin. Vous vous doutiez bien que je n’étais pas lui et que moi qui passe pour le plus bête des deux, je suis en réalité le plus malin.
-Je dirais même le seul.

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-Et vous croyez qu’on peut faire un film avec ça ?
-Oui. Car la chose se complique. Au haut du poussier, l’affiche de Guy Mathot se détache du mur à cause du vent et tombe sur le sommet du poussier, créant ainsi une avalanche qui ensevelit un des deux frères.
-Suspense, allez savoir lequel ?
-D’autant que pendant leur dispute, ils ont joué au bonneteau avec les Palmes d’or et l’enfant. Si bien qu’on ne sait plus si c’est le malin ou l’autre qui a été enseveli.
-Toujours est-il qu’il n’y en a plus qu’un. C’est toujours ainsi que j’ai vu la chose. En réalité, mon frère n’a jamais servi à grand-chose.
-C’est vous évidemment qui survivez, enfin le comédien qui reprendra votre rôle. Je pense à Olivier Gourmet ?
-Pour mon personnage, je voyais mieux Clooney ou Gere, enfin quelqu’un moins marqué par sa belgitude, moins enveloppé, au jeu capable de répliquer à Sharon Stone, dans le rôle féminin…
-Oui. Il y aura un très beau rôle : la femme d’un des deux cinéastes, convoitée par son beau-frère à cause de ses croisés de jambe qui lui tiennent lieu de talent... Cette disparition pour qu’elle passe inaperçue, le frère survivant devrait tenir les deux rôles dans la dernière partie du film. Il est tour à tour lui, le malin ou l’autre, le moins malin.
-Et la chute ? Vous voyez une chute ?
- Elle se passera au festival de Cannes de l’année suivante où le film « Les deux frères » conçu et réalisé par le survivant est en compétition.
-Oui. Je comprends. Si le film fait un triomphe, ce serait moi qui aurais survécu et dans le cas contraire, si c’est un bide, c’est l’autre.
-Voilà. Vous avez tout compris.
-Et c’est lequel qui aura survécu ?
-Si je vous vends les droits, ce sera vous.
-Sinon ?
- Ce sera votre frère.
-Mais non, puisque c’est le moins malin !
-C’est vous qui le dites.

20 mai 2005

Constitution à l’étal, BHV au frigo.

C’est dans la pesanteur de l’après-midi d’hier que nos Parlementaires ont entériné le projet de Constitution européenne de Giscard et Cie sans notre avis et en se foutant de nous, mais de façon placide, à la Belge.
Ce qui les travaille, ces braves gens, c’est la querelle communautaire. Ils y voient l’occasion d’y perdre leur gagne-pain, alors, vous pensez comme cela les taraude.
Depuis l’enterrement du projet de scission de Bruxelles-Hal-Vilvorde, ils s’attendent à une offensive du CVP pour bientôt.
D’ici là, les francophones qui n’en sont pas encore revenus d’avoir résisté à la pression flamande, font des exercices de simulation d’extinction des brûlots dans les couloirs du Parlement. Pour le moment, l’Europe, ils n’en ont rien à foutre, alors ils pensent que nous non plus !...
Les pompiers les plus actifs sont les apostats à la cause flamande. Verhofstadt en est le chef de file le plus zélé. Il a suffi que les francophones l’assurent de la stature de grand Premier, pour que son côté glorieux à la miss Thatcher lui remonte des tréfonds, sans le vice antisocial de la dame de fer, et pour cause, avec l’Europe à la Blair, il n’aura pas besoin de dépouiller la bête au sol, la nouvelle Constitution est là pour le désossage. Dans le décompte des « bons Flamands » Spirit a perdu le label et la génération « émigrée » les Onkelinx et les Huytebroeck se voit reprocher le désintérêt à la cause sacrée des aïeux.
Une question est sur toutes les lèvres : mais quelle mouche pique le CVP pour emboîter le pas au Vlaams Belang ?
Entre ces deux partis flamands, il y a d’étranges similitudes d’intérêt.
Comme le rappelle le journaliste flamand Hugo Gijsels, les contacts politiques entre le parti populaire chrétien flamand (CVP) et le Vlaams Belang (VB) datent du milieu des années 80. Au moment où le VB n’était encore qu’un groupuscule gesticulant.
La droite du CVP est parmi les responsables qui ont permis à la formation d’extrême droite de mieux se développer dans le nord du pays.
L’affaire remonte aux élections municipales de 1989. Un accord local concernait l’élection au conseil de l’aide sociale, à Anvers. Il fut conclu entre le CVP et le VB. Les négociations furent menées par le président du Belang (Blok à l’époque), Karel Dillen, d’un côté, et de l’autre, par le CVP Herman Suykerbuk. Bien entendu, l’ascenseur fut rapidement renvoyé au parti néofasciste. Aux élections européennes de la même année, il bénéficia, de nouveau, d’un numéro national pour sa liste grâce au CVP. Depuis lors, les collaborations entre ces deux partis se sont poursuivies en coulisses, parfois elles se sont même intensifiées.
Comment prévoir ce qui va se passer aux élections de 2007, si les libéraux flamands perdent des sièges et que le CVP en gagne ?

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Une coalition des CVP avec le Blok, serait peut-être envisagée. Le CVP qui a tant de fois été l’élément majeur de la politique belge est en rage depuis qu’il a été écarté du pouvoir fédéral.
D’autant que le flirt avec le parti d’extrême droite s’est poursuivi depuis l’écart de Suykerbuk.
En juillet 1993, un ministre fédéral CVP, Leo Delcroix, a été jusqu’à revendiquer une possible alliance avec le VB. Au cours d’un entretien accordé à l’hebdomadaire patronal "Trends", il affirma que ce parti était "porteur d’une série de valeurs comme celle de la famille que le CVP n’ose plus défendre ". Dans le quotidien "Le Soir", le même Delcroix déclara qu’il n’était "pas de ceux qui pensent qu’il faut éviter à tout prix le Vlaams Blok. Il est stupide de le jeter dans un coin. C’est un parti comme les autres. Je ne dis pas que demain je serais prêt à faire une coalition avec lui mais, une fois encore, je n’exclus rien".
Alors, qu’on ne se réjouisse pas trop de la mise au frigo de BHV. Et c’est pourquoi ce gouvernement n’est pas tombé : il est devenu impossible en Belgique de monter un gouvernement de coalition autre que l’usine à gaz en place, sans tenir compte du Vlaams Belang, qui sera impliqué à l’avenir de manière directe ou indirecte dans une nouvelle formation gouvernementale, si comme on le croit, sa progression allait de pair avec celle d’une remontée du CVP.
Di Rupo qui a tant de fois mangé son chapeau pour se mettre en règle avec sa belgitude, ainsi que tous les socialistes francophones du reste, va se trouver fatalement dans l’obligation de former un gouvernement avec l’extrême droite flamande, sinon demain, en cas de dissolution, tout au moins dans deux ans.

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C’est le cauchemar de la Cour et de tous ceux qui voient bien l’échéance approcher d’une Belgique, qu’elle soit fédérée ou non, dans laquelle les Flamands ne supporteront plus les Belgicains que pieds nus et la corde au cou.
Intervient alors l’ultime soutien aux nostalgiques de 1830 : l’Europe ! Et c’est là qu’on reparle du projet de Constitution adopté par une Chambre à moitié vide et dans le mépris des citoyens.
L’Europe pour sa crédibilité n’a pas intérêt à ce qu’un de ses membres fondateurs se coupe en deux. On pourrait bien voir les pleurnichards wallons se précipiter dans les couloirs de Strasbourg pour demander qu’on empêche les Flamands de nous quitter.
On n’a pas fini de rigoler avec la Wallonie nostalgique, Bruxelles écartelée dans une sorte de Jérusalem entre deux intégrismes et la Flandre séparatiste.
Nous serions le chancre au lieu d’être la vitrine de l’Europe, la honte au lieu d’être la fierté, le mauvais élève alors que depuis la CECA et le BENELUX nous n’avons cessé de montrer l’exemple aux autres.
C’est la dernière arme de Di Rupo et de Reynders, la seule qui leur reste pour l’ultime résistance à la scission de BHV et peut être pire.

Passion contradictoire

Elle est superbe je ne saurais dire plus
Le malheur veut que je ne lui aie pas plu
Elle ne m’aimait pas je l’aimais comme personne
La vie n’est parfois qu’un chemin monotone

Quand par hasard on m’aime alors je n’aime plus
Je ne vois sur le champ que ce qui m’a déplu
A ce destin pervers mon cœur se désespère
Prenez pour certain que je m’essouffle à déplaire
Elle boit je suis sobre elle est sobre je bois
Pris d’un malin plaisir je m’oppose à ses lois
J’en ai raté ma part des heures éternelles
Plus qu’elles n’en sauront en soufflant ma chandelle
Pour ce qui est contre et contre ce qui est pour
Comment voulez-vous que je leur fasse l’amour
Plus souvent qu’à mon goût elles me trouvent cloche
Adorable pourtant lorsque d’elles j’approche
Mes lèvres de leurs lèvres naturellement
En confidence je murmure mes tourments
Elles font alors d’une moue délicate
Echouer mon baiser sur leur joue écarlate
A rebours c’est moi tout soudain rebuté d’elles
Qui refuse à leurs lèvres une pression charnelle

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Au désert condamné s’y résignent mes pas
Quel remède apporter à ce bien triste état
Votre double une nuit vint frapper à ma porte
Belle comme sont les êtres de votre sorte
Hélas ma nature compliquée à jamais
A le coeur qui fait oui quand l’esprit dit oui mais
Je le sais c’est de vous qu’une douce inquiétude
De mon âme devrait tromper sa solitude
Mais tant je vous aime comme jamais on ne vit
Je crains que vous disiez « monsieur cela suffit »
Ou alors que nos vies enfin accordées
J’entrai pour mieux sortir de votre destinée

Richard.

19 mai 2005

Du respect pour le ”non“ !

Messieurs de la gauche, vous qui votez ”oui“, un peu de respect s’il vous plaît, pour ceux qui voteraient ”non“ en Belgique, si on leur avait laissé le choix.
A dix jours du référendum français sur le projet de Constitution de l’Europe, le yoyo du “oui” avec le ”non“ nous donne à réfléchir sur ce qu’aurait été le débat en Belgique, s’il n’avait été escamoté par les avocats bourgeois de la direction du PS, le montois en tête. Ce référendum, dont nous sommes privés, aurait révélé à la gauche la vraie nature de ses dirigeants, malgré le gauchissement du discours d’Elio dans le but de se concilier les syndicalistes. Et cela, la direction du PS belge ne le voulait à aucun prix. On la comprend.
En effet, quel va être en France le bilan des dégâts pour le PS de François Hollande, quand on entend les propos alarmistes des grands leaders de Fabius à Strauss-Kahn sur le danger d’un éclatement du parti ? Au vu des sondages, le “non” est majoritaire à la base du PS à dix jours des élections, tandis que les directions sont à leur grande majorité pour le “oui”.
Autrement dit, les dirigeants français ne sont pas suivis par une majorité de militants, malgré la propagande active du “oui”, insidieuse et constante, qui vient en relais du déferlement des moyens particuliers, radios et télévisions, et de la droite en général.
C’est bien la première fois que ce divorce d’opinion montre le manque de démocratie qui règne au PS français. Si ce dernier avait fait campagne pour le ”non“, après lecture et en toute connaissance de cause et pas à la sauvette comme pour le “oui”, il ne fait pas l’ombre d’un doute que le “non” aurait recueilli 80 % des voix.
Sous les déclarations de foi pour l’Europe, les partis socialistes dissimulent mal leur conviction profonde et qui a beaucoup changé depuis la fin de la deuxième guerre mondiale.
Les thèses selon lesquelles le capitalisme était inamendable ont été progressivement modifiées jusqu’au revirement total. Les socialistes considèrent à présent que le capitalisme est un fait incontournable et qu’il faut faire avec, tandis qu’ils n’ont jamais franchement rompu dans leurs discours avec la vulgate marxiste.
Quant à amender un système qui prône l’égoïsme et le « help your self », alors que les dirigeants ont goûté à la gamelle libérale, ce n’est pas demain la veille. Seulement, les militants de base ne le savent pas encore. Ils s’en doutent, sans plus. Un référendum en Belgique risquait de faire tomber la marmite dans laquelle on touille depuis vingt ans. Ainsi, nos nouveaux bourgeois ont encore un peu de temps avant d’enlever le masque, et dire enfin qu’avec les bleus, ils roulent sous la même casquette.

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Pour la gauche, le ”non“ est plus logique que le “oui”. Cette Constitution consacre sans ambiguïté le libéralisme, avec ce que cela recouvre d’inégalités et de futur détricotage du produit des luttes ouvrières.
Une fois empaquetée, la Constitution Giscard met le social à la poubelle pour au moins cinquante ans ! Voilà la vérité.
Il n’y aura plus jamais dans la grande illusion d’une Internationale du travail, cette petite lueur d’espoir en un monde meilleur qui faisait accepter les souffrances des conditions injustes.
Contrairement à ce que croit Di Rupo, les gens ne sont pas bêtes. Ils voient bien qu’ils sont en train de perdre ce que leurs anciens ont accumulé par leurs luttes. Et ils se disent qu’il n’est pas vrai que le progrès social soit automatiquement constant, en rapport avec le PNB qui s’accroît d’année en année. Alors, où vont les fruits du travail ? Ils sont inquiets les gens, à juste titre, du peu de protection que leur procure cette Europe qu’ils souhaitaient et qui les prend de vitesse, pour devenir un train fou avec des lois qui ne sont plus faites pour eux.
L’exemple américain les effraie. Ils voient bien, contrairement à ce qu’on leur dit, que c’est vers ce modèle-là que nous entraîne l’Europe de Dehaen et de Giscard. Il n’est pas vrai que nous garderons à l’avenir notre spécificité européenne, tant la mondialisation de l’économie va vers une uniformisation générale.
Le pragmatisme socialiste est clair, vous partez dans la logique du profit : vous faites la richesse d’une minorité ; vous résistez : vous tombez dans la misère endémique du tiers monde où vous travaillerez pour moins cher et crèverez de faim. Il n’y a pas de no man’s land entre ces deux mondes.
C’est à prendre ou à laisser.
Les gens pensent a contrario des dirigeants socialistes. Ils pensent que le monde a besoin d’une utopie sociale afin d’avoir raison d’espérer. Le monde libéral, contrairement à ce que susurre Didier Reynders et Elio Di Rupo est un monde noir, sans avenir. Ses objectifs ne sont pas humains. C’est un monde qui n’aime pas, un monde misanthrope, malgré les grands airs et les « aides au développement » des pays qu’on égorge en sous-main.
C’est ce modèle-là que les gens craignent pour l’Europe.
Et comme elle va, l’Europe, elle s’y précipite.
Dès lors, que les médias, les pouvoirs et les sponsors la mettent en veilleuse.
Le ”non“ vu sous cet angle est au moins aussi respectable que le “oui”.

17 mai 2005

Liège, pépinière de stars.

-Ça va Claudy ?
-Non, ce n’est pas moi, Claudy !
-Comment ce n’est pas toi, Claudy ?
-Non. Je ne m’appelle plus Claudy.
-T’es qui, toi ?
-Rick Star.
-Depuis quand tu t’appelles plus Claudy ?
-Depuis la semaine dernière.
-Avant tu t’appelais bien Claudy Fassotte des Cahottes au-dessus de Flémalle, poète et musicien ?
-C’est toujours aux Cahottes que j’habite et je suis toujours poète et musicien. Mais, je m’appelle plus Claudy.
-Ta mère, c’est tout de même la grande Josée, présidente des majorettes ?
-Oui.
-Et toi, tu n’es plus Claudy Fassotte ?
-Non.
-Comment ça se fait ?
- J’ai un producteur qui m’a fait changer de nom.
-T’as un producteur ? Il produit quoi ?
-Je suis compositeur interprète.
-Tu composes quoi ?
-Fais pas la bête, Kevin. Tu sais bien que je joue de la guitare…
-Oui. Mais comme ça, quoi, pour s’amuser et épater les filles dans le garage.
- Eh bien ! tu le croiras pas, c’est un métier.
-T’es plus chômeur, alors ?
-Si, mais plus pour longtemps.
-Tu vas faire quoi ?
-Tu t’es trop branlé ou quoi ? T’es sourd Kevin ? Je te dis que je chante.
-Et depuis quand on gagne de l’argent à faire chanteur aux Cahottes ?
-Pas aux Cahottes, ni même à la Prout Station, mais dans un studio à Anderlecht.
-Tu chantes au club de football d’Anderlecht ?

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-Mais non que t’es bête. Mon producteur a un studio d’enregistrement à Anderlecht. Il a entendu mes compositions. Il dit que c’est le succès assuré. Qu’à part changer de nom, de look et surtout que ma mère vienne pas aux répétitions en minijupe ras la gaufre de majorette, que j’ai une chance d’être au hit d’ici deux ans.
-Là, tu en jettes ! Claudy…
-Rick Star.
-Rick Star. Tu vas pouvoir me rendre les quatre-vingts euros que tu m’as empruntés pour ton téléphone portable.
-Justement. C’est pas encore fait. Je dois louer le studio, payer un batteur et une deuxième guitare, sans compter les affiches et le premier concert… ça fait de la thune.
-Ah bon !... c’est pas encore fait !
-Je suis reçu demain par Monfils, le sénateur, qui donne des ronds aux artistes méritants.
-Ouais. Je me souviens. C’est lui qu’avait reçu le cinéaste liégeois qu’on avait vu à Striptease !
-Il a été très gentil au téléphone. I’ m’a demandé que je chante un bout « D’amoureuse allumeuse » a capella.
- A ouais, ton succès… Qu’est-ce que c’est a capella ?
-T’es sot, toi !... C’est chanter avec une cape, en costume…
-En costume au téléphone !
-J’ai refusé. A cause que je dois apprendre l’anglais.
-Tu chantes en anglais ?
-J’apprends. D’après mon producteur, il aime mieux entendre « Amoureuse allumeuse » en yaourt, comme il dit, rapport à mon accent liégeois.
-C’est quoi en yaourt ;
-Tu chantes avec l’accent anglais, mais avec tes mots de la poésie en français.
-Du dieu ! c’est compliqué, et drôlement fort.
-Je m’exerce avec ma mère.
-Justement, j’étais venu pour la voir.
-Pourquoi ?
-Ecoute, c’est pas tes affaires.
-Tu crois que je ne sais pas ce que tous ceux des Cahottes viennent faire quand ils veulent voir ma mère ?
-Puisque tu le sais, pourquoi me le demandes-tu ?
-Parce que c’est fini, tout ça. Qu’est-ce qu’on dirait dans les médias si la mère de Rick Star s’envoyait tous les cons des Cahottes ?
-Et qu’est-ce qu’elle dit de ça la grande Josée ?
-Elle dit que j’ai bien raison. Et qu’elle va aller voir Monfils avec moi, pour lui demander de lui trouver quelqu’un de bien, avec qui elle pourrait se calmer un peu les nerfs.
-Ah ! il va en avoir du boulot, cet homme, avec vous deux…
-Alors, tu peux aller te faire reluire ailleurs, pour le même prix. Ici, c’est plus que du grand écart scénique. Et c’est Rick Star qui te le dit.

Un sacré culot.

La Noix d’Honneur du Canard Enchaîné devrait revenir à Marco Enric, 84 ans, qui pendant trente ans a raconté à tout le monde qu’il était un ancien déporté de Flossenburg en Bavière, devenant même le président de l’Association des déportés espagnols, alors qu’il n’y avait jamais mis les pieds !
Il n’y a guère, il était dans les écoles à faire des conférences sur ce qu’il avait vécu.
En janvier encore, ce drôle de coco était reçu par les députés du Congrès espagnol, dans un hommage aux victimes du nazisme.
Nul doute que son récit, tant de fois entendu et à chaque fois orné de nouveaux détails ait été salué comme le prodige d’une mémoire douloureuse mais intacte.
Le voilà bien le devoir de mémoire ridiculisé par un vieil homme ! On se doute bien que des « bavures » pareilles font les choux gras des Le Pen et compagnie et porte sur l’ensemble de la tragédie un éclairage de très mauvais aloi.
Cette histoire n’enlève rien aux événements anciens, aux camps et à la barbarie nazie. Elle démontre tout simplement que s’il faut ne jamais oublier les horreurs qui ont été commises, les rappels insistants au lieu de dramatiser les événements, les dédramatisent par une banalisation qui les rabaisse au fait-divers. Certains esprits sont perturbés. Les publications et les films « éducatifs » donnent libre cours aux imaginations compulsives. Du point de vue psychologique, la systématisation de l’intervention en faveur de ce fameux devoir de mémoire produit un effet contraire et maladroit à celui voulu par les autorités.
Ce n’est pas ainsi, après soixante ans, que doivent s’inscrire des faits incontestables et historiques. Ils doivent paraître dans les manuels d’histoire et faire partie des leçons ordinaires, tout comme on parle de la Révolution de 1830 ou la conquête du Congo au nom de Léopold II. Ils doivent être étudiés pour ce qu’ils sont : une réalité incontestable, historiquement avérée et prouvée par des milliers de témoignages dont on garde les traces, mieux même que le sacre de Napoléon 1er ou la conquête des Gaules par Jules César, tant aujourd’hui les documents conservés grâce à la technique sont parlants.
Il n’y a pas que des affabulateurs dont il faut craindre les effets. Le battage excessif et surtout l’exploitation que certains milieux n’hésitent pas d’en faire, sont autant d’agents perturbateurs ajoutés au délire d’affabulateurs pathétiques du genre d’Enric Marco.
Un événement banal illustre mon propos.
La profanation des tombes d’un cimetière juif en Alsace, après avoir fait la Une des journaux pendant une semaine, du genre : « La peste brune est de retour », « Le nazisme rampant », « une vague d’antisémitisme », s’était avérée être la peu glorieuse expédition d’une bande de jeunes en quête d’un « coup ». Interrogés sur la chose, ces voyous en herbe ont avoué n’avoir eu aucune intention raciste.

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Mais autant cette information de la profanation avait été une événement avec manchette, passage à la télé et envoyés spéciaux chargés d’interviewer la population « catastrophée », le drame dénoué n’étant plus qu’un banal fait divers, tout était retombé comme un soufflé. L’épilogue, n’étant plus porteur de sensationnel, était passé presque inaperçu.
Notre société est malade. Son bourgeoisisme s’effarouche de tout ce qui dépasse à gauche comme à droite. Elle frappe les imaginations par son comportement qui crie au loup sans voir sa queue. C’est elle qui fabrique des Enric Marco dans le besoin d’épater la galerie.
On dirait qu’à force d’exorcismes, elle ranime les diables du passé au lieu de les anéantir. Après 60 années au cours desquelles d’autres génocides n’ont pas eu le même écho, le génocide organisé par les nazis, alors que les victimes survivantes et les bourreaux sont morts, semble rester d’actualité comme s’il datait d’hier. C’est à croire que les générations suivantes ont pris le relais, laissant le champ libre à l’imagination des Marco Enric, et pour certains agitateurs, plus dans l’intention de servir des intérêts politiques, que dans un souci de mémoire.
Restons vigilants, bien entendu. Le « plus jamais ça » des slogans est toujours justifié. Mais ne tombons pas dans la paranoïa. Nous ne ferions qu’exciter l’extrême droite, les voyous et les schizophrènes.

15 mai 2005

La démocratie en Irak : une odeur de pétrole

En Belgique l’affaire BHV prend une sale tournure avec le CDV qui ne veut pas baisser les bras, pas de comparaison avec l’Irak, en voie de balkanisation, qui a quelques longueurs d’avance sur nous, mais pourtant… nous connaissons aussi une certaine tension entre nos communautés à cause de nos ayatollahs.
C’est, et la comparaison s’arrêtera là, chez nous un problème de langue qui engendre un problème de culture, là-bas un problème de religion qui développe des haines réciproques.
Lâchons les baskets de l’Haut-lieu bruxellois, afin de plonger dans les inextinguibles conflits de religion du Moyen-Orient.
Oléoduc en feu dans le nord de l’Irak, combats de rue à Mossoul, affrontements armés dans le nord du pays occasionnant la mort de plus de 110 personnes, manifestations autour des mosquées à Bagdad, voitures piégées, tirs sporadiques… les attentats se suivent à une allure soutenue. La vie des gens ne vaut pas cher en Irak : dans les villes, chaque quartier à ses gangs. Les otages sont à la base d’un commerce florissant où le gangstérisme le dispute à l’intégrisme, quand les deux ne sont pas associés.
Au lieu de la démocratie rewritée par Washington, c’est l’Armée américaine qui s’enlise et les rapports de force entre communautés qui tiennent lieu d’options de gouvernement.
Bush croyait récolter le respect, il n’a engrangé que de la haine.
Quand les chiites et les sunnites lutteront ensemble contre l’occupant américain, cela en sera fini des illusions de Washington d’y installer la démocratie du chewing-gum.
Encore une comparaison avec la Belgique, des surenchères communautaires, nous on connaît, mais pas encore avec, à la clé, les prises de pouvoir locales de groupes mafieux, sinon à surveiller Anvers… La comparaison s’arrête-là.
Evidemment à Bagdad, c’est autre chose. Les Etats-Unis n’ont malheureusement pas de véritable grand projet. Ils n’ont finalement que la meilleure force de frappe au monde. Ce n’est pas suffisant quand il s’agit de remplacer un régime par un autre, avec l’objectif de reconstruire un Etat sur d’autres bases. Déjà si peu psychologues at home, que voulez-vous qu’ils comprennent des rivalités entre kurdes, chiites ou sunnites et surtout qu’ils les arbitrent avec une chance de succès ?
Les Américains ont adopté la politique du chien crevé au fil de l’eau. Ils ne sont plus là que pour prêter main-forte à une police irakienne mal formée et mal équipée et qui est la cible facile des opposants armés. Ils soutiennent un vague projet démocratique sans s’y impliquer, réfugiés dans leurs bunkers. Quand leur présence devient explosive, ils délèguent les vigiles des sociétés associées à leur armée et qui font le travail en sous-traitance. Les services de gardiennage, un peu dans le genre de nos intérimaires, mais en plus musclés, ramassent des dollars à la pelle. C’est le prix du risque.
Ainsi, l’Administration US ménage les vies de ses soldats, réduit ses budgets pour blessures de guerre et pensions aux veuves.
La prochaine guerre américaine se fera sans doute par des intérimaires étrangers. Engager aux conditions du privé, les personnels dont il ne sera plus nécessaire de rapatrier les cercueils aux Etats-Unis, est, pour Bush, une drôle de façon de mettre en pratique sa philosophie chrétienne.

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Bush a oublié une chose en « vendant » la démocratie à l’américaine aux peuples du monde entier, c’est qu’il est impératif de respecter d’abord les gens qu’il faut convaincre. C’est tout un travail à faire comprendre cela à des militaires qui ne connaissent que la force en matière d’autorité.
Dans certains pays, la démocratie est impossible. Ce qui ne va pas sans poser des problèmes moraux sur les « bienfaits » des systèmes en concurrence. Le « despotisme éclairé », après Saddam Hussein qui était bien un despote, mais pas éclairé du tout, reste aussi aléatoire que la démocratie, cette loi des 50,1 %.
Que vont faire les Américains dans une situation de pourrissement ?
Connaissant leur pragmatisme, ils ne s’éterniseront pas en Irak s’il s’avérait qu’ils n’y ont plus intérêt. S’ils ne sont pas près de replier leur drapeau et de mettre le cap sur la maison, c’est qu’il y a toujours des odeurs de naphte qui courent sur la péninsule, que l’Arabie n’est pas loin, etc.
En somme, les Américains restent en Irak pour surveiller leurs bidons de pétrole.
Quoiqu’ils aient pu dire, nous n’en avions jamais douté. Pour eux, l’idéal serait que la « démocratie » en Irak serve de filiale à Texaco. Ce n’était pas mal vu, mais un peu gros quand même !

Enchaînement fatal

- T’as quelqu’un ?
- Oui, j’ai quelqu’un.
-Pourquoi tu l’as pas dit ?
-Comment, je l’ai pas dit ?
-Oui, je croyais que t’avais personne.
-Qu’est-ce qui t’a fait croire ça ?
-Toi, tiens !
-Moi, je t’ai dit que j’avais personne ?... donc que j’avais pas quelqu’un ?
-Là, tu me prends la tête. Je comprends plus rien.
-Je t’ai fait croire que j’avais personne ?
-Non. Mais après que tu m’aies raconté ta vie avec ton fritz, j’ai bien cru…
-T’as cru quoi ?
-Que c’était fait. Que si tu me confiais des choses, qu’on confie pas à n’importe qui... c’est que t’en pinçais…
-J’avais besoin de raconter à quelqu’un. Ça me pesait. Tu comprends ?…
-On raconte pas au premier venu, ce que tu m’as raconté… quand même !...
-Je te faisais confiance.
-Donc tu as quelqu’un.
-Oui, j’ai quelqu’un.
-Je le connais ?
- J’ai l’habitude de ne jamais parler de celui avec qui je suis, même avec mes copines.
-Donc je ne saurai rien.
-C’est comme ça.
-Pourtant ce que tu m’as raconté ?
-Oui, mais avec celui-là, c’est fini.
-Donc quand tu n’es plus avec le bonhomme, tu dis tout.
-Non. Celui-là est mort. Tu le sais bien, puisque je te l’ai dit.
-T’y penses toujours ?
-Bien sûr, on peut pas rester aussi longtemps avec un homme sans… Celui-là était exceptionnel.
-Elles disent toutes ça. Quand ils sont plus là, c’est facile.
-Non. C’était vrai…
-Si ça se trouve, c’est parce que tu as encore du chagrin que tu me dis que t’as quelqu’un !

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-Pourquoi je te dirais ça ?
-Je ne sais pas… peut-être parce que tu ne veux pas avec moi ?
-Non, parce qu’alors je te dirais : Charles, j’ai encore trop de chagrin d’avoir perdu Siegfried.
-Non. Non. Les bonnes femmes, elles disent pas toujours ce qu’elles pensent, quand elles ont pas envie. Elles veulent pas froisser.
-C’est pas le cas. Je te dis que j’ai quelqu’un. Je vais même le voir à Bruxelles la semaine prochaine.
-Donc tu le vois pas tous les jours. Alors, comme tu t’ennuies…
-Je ne fonctionne pas ainsi. Je sais très bien me passer des hommes.
-Dis donc, ça na pas traîné, toi, après la mort du fritz ?
- Je suis restée un an à me morfondre et à penser que je pourrais aller le rejoindre là où il est.
-Et puis, paf, t’as rencontré quelqu’un !
-Exactement.
-Comment ça s’est fait ?
-Tu sauras rien.
-Allais, juste un petit bout ?
-Non.
-Pourtant, si ça se trouve, tu m’as rencontré pareil. Je peux être comme n’importe qui ?
-Non. L’autre était avant toi…
-C’est ma faute si ce type t’a rencontré avant moi ?
-C’est une question d’honnêteté.
-T’as le sens de la priorité, toi, alors !
-Si je fais pas ça, il n’y a plus de règle.
-Je vois. T’aimes l’ordre, dans le fond.
-C’est Siegfried qui m’a apprise ainsi.
-On peut dire qu’il aimait l’ordre… Il aimait l’ordre nouveau…
-Ne sois pas amer, parce que je te dis que j’ai quelqu’un.
-Je suis amer ?
-Oui. Tu vas me faire regretter de t’avoir dit avec Siegfried. Et puis je l’aime.
-Qui ?
-Bien, quelqu’un… l’autre.
- Ce que t’es cruelle à dire ça ainsi. Au moment où… Tant pis. Note que c’est fini.
-Fais attention à ne pas mouiller ma robe.
-Pourquoi, on s’est mis à parler de ça pendant qu’on le faisait ?
-C’est toi qui m’as demandé si j’avais quelqu’un.
-C’est vrai, qu’est-ce qui m’a pris, alors qu’on était déjà bien en train ?… Mais si t’as quelqu’un, pourquoi tu viens de le faire avec moi ?
-Je ne sais pas. Je ne veux pas dire que tu n’es pas mon type, mais j’ai quelqu’un, voilà…
-Et tu peux pas changer ?
-Non. Jamais. Je suis fidèle, moi…
-Ah bon !... Mais quand même, si on se revoit, peut-être que tu auras changé d’avis ?
-Je ne sais pas. J’étais bien décidée à ne pas le faire, tu sais. Vu que j’ai quelqu’un. Mais, que veux-tu, quand je parle, je ne pense pas à ce que je fais et quand je le fais j’oublie que je suis avec quelqu’un…
-C’est l’enchaînement fatal, quoi…

14 mai 2005

La presse en voie de disparition.

Les syndicats du groupe Vers l’Avenir se sont dits inquiets du projet du groupe de presse VUM de délocaliser les activités du Centre d’Impression de Rhisnes vers le site de la VUM à Grand-Bigard. (les journaux)
La presse se rétrécit comme une peau de chagrin en Belgique. C’est une des conséquences du désintérêt de la lecture en faveur de l’image télévisuelle et électronique. Résultat, c’est une pluralité de l’opinion pour une démocratie digne de ce nom qui n’y trouve pas son compte.
Autrement dit, avec les disparitions des titres et les concentrations de ceux qui restent, c’est la pensée individuelle et collective qui s’abstrait de la lecture et des lecteurs.
Dans la bataille de crabes qui s’engage entre les survivants et les disparus, ce n’est pas l’actionnaire Machin qui perd des plumes pour le triomphe de Chose, ni le Journaliste Fend-la-Bise qui se retrouve prépensionné, ce n’est pas non plus en l’occurrence, l’évêché de Namur qui va rétrocéder ses parts du groupe vers l’Avenir à la VUM qui veut concentrer sur son site de Grand-Bigard les activités de Rhisnes, c’est la responsabilité citoyenne de nous tous qui s’amoindrit à cause de la moindre diversité d’expression, même si dans le cas présent, il ne s’agit que de concentrer des moyens techniques ; mais, on sait bien qu’un problème résolu en amène un autre.
Car, nous savons depuis les années quatre-vingts que la technique et le contenu de la presse sont étroitement imbriqués dans des pouvoirs qui, du moment qu’ils convergent et se concentrent, finissent par uniformiser l’information et par conséquent altérer les moyens critiques.
Pour ne prendre que le cas de Liège, se souvient-on encore du nombre de journalistes qui étaient à pied d’œuvre tous les jours quand La Gazette de liège, La Meuse et La Wallonie avaient chacune une rédaction rivale des autres ?
Indirectement, cette rivalité permettait la différence de ton et d’opinion, augmentait la garantie d’une information recoupée et des faits vérifiés. Nous avions des chroniqueurs spécialisés de qualité dans les nouvelles internationales, judiciaires et politique.
Tout cela a disparu. Les informations internationales sont téléchargées, les colorations politiques se sont fanées pour ne tirer que sur le rose et le bleu pâle du centrisme bourgeois, seuls les faits-divers locaux voient survivre un petit nombre de journalistes souvent surchargés et fort en peine d’écumer la Région avec assiduité.

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Si bien qu’une confusion des valeurs s’est installée. La politique ne s’analyse plus. Le ton s’est uniformisé. Tout cela créant une sorte de toboggan, moins c’est « bon », moins a-t-on de lecteurs.
Les jeux d’érudition à la télévision ont remplacé le rappel historique dont étaient capables les journaux ; comme si connaître les dates des événements de l’Histoire dispensait d’en apprendre davantage. Les informations et les débats télévisés puisés à la même source ne se complètent pas, d’une chaîne de télé à l’autre, ils font tout simplement double usage.
Les sommes dépensées dans ces nouveaux moyens d’information sont de loin supérieures à l’entretien des imprimeries et au maintien des journalistes. Ces derniers informaient mieux et plus sérieusement que les premiers.
On pourrait croire que les commanditaires de l’information d’aujourd’hui n’investissent pas à perte et que l’opinion bien apaisée, bien centriste, est enfin limitée à ce qu’ils veulent bien qu’elle soit.
C’est faux. L’opinion risque d’échapper un jour à tout contrôle à force de vouloir la rendre insignifiante.
La Presse écrite est toujours, jusqu’à preuve du contraire, la meilleure façon d’informer un large public. Il s’agit de la sauver des sots qui veulent sa perte. Il s’agit, comme nous subventionnons les services publics, de subventionner la presse écrite de manière telle qu’elle ne doive aucun merci à personne.
Si une rotative coûte 25 millions d’euros et qu’il en faut trois pour la Wallonie, faisons l’effort de nous en pourvoir, quitte à les gérer en coopérative, en veillant à ce que les rédactions restent indépendantes du pouvoir.
Ce n’est pas un investissement à fonds perdu, c’est un investissement d’avenir pour notre jeunesse.

13 mai 2005

T’as un beau Corps d’armée, tu sais !

Les militaires belges sont devenus des auxiliaires des causes humanitaires, attachés au gardiennage des pays en « voie de démocratisation », dernièrement, certains ont été affectés dans des Administrations communales qui en font la demande.
Jusqu’à preuve du contraire, les militaires avaient pour mission d’attendre l’ennemi l’arme au pied.
Aujourd’hui, on entre dans une logique qui n’a rien à voir avec les fonctions initiales pour lesquelles ce Grands Corps avait été créé. Quand on peut distraire tout ou partie des personnels des misions qui étaient les leur sans que ces missions en pâtissent, c’est que ces missions ne servent à rien. CQFD. L’armée ne paie plus ses militaires selon son cahier des charges. Elle n’a donc plus aucun but en soi et ne devrait plus exister.
Nous avons besoin d’ambulanciers, d’employés d’Administration, de moniteurs d’encadrement de la jeunesse ou de casques bleus en mission humanitaire, formons-les et liquidons un Corps qui ne fera jamais qu’approximativement les missions pour lesquelles on l’utilise, pour la raison simple qu’il n’a pas recruté ses personnels en fonction de ce pour quoi la Nation les détermine.
C’est comme si à un Juge du Tribunal de Commerce qui traite une affaire par mois, on lui collait en plus la mission de Garde Pêche de la Basse Meuse. Très bien armé pour définir les causes d’une faillite, il serait bien en peine de différencier une ablette, d’une truitelle.
Si le Ministère de la Défense peut se priver des services d’adjudants chefs, ce qui est en train de se faire pour le renouvellement des cartes d’identité (dans les Administrations qui en font la demande, des militaires peuvent y être détachés pendant une période de trois ans) à quoi servaient-ils quand ils n’étaient pas détachés, mais « actifs » ?
La dissolution d’un Corps de l’Etat dont les missions véritables sont obsolètes me paraît évidente. Avec les sommes récupérées, nous pourrions former les maîtres dont l’école à besoin, encadrer les jeunes dans la rue, renforcer les Administrations dont celle de la Justice dans sa forme préventive, donner à nos hôpitaux plus de personnels, bref, en un mot, transformer une situation qui se dégrade par manque de moyens.
Evidemment cette dissolution n’irait pas sans bruit. L’Europe nous réclamerait des comptes. Mais ne serait-ce pas faire œuvre de bon Européen que de dire à la collectivité européenne que nous sommes prêts à participer d’une autre manière à la défense de l’Europe en faisant réfléchir celle-ci sur le fait qu’une seule armée des vingt-cinq est la vraie solution pour une défense efficace, plutôt que vingt-cinq Corps d’armée différents ?

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Vous me direz, verser une contribution à l’Europe ou payer nos militaires, c’est la même chose ! Non. Car, avant que cette idée puisse se concrétiser, il y aurait beaucoup d’eau qui serait passée sous le pont barrage de Monsin. Nous aurions eu le temps de nous organiser pour une vie citoyenne plus riche. Nos « élites » beuglent partout que la concentration des moyens est plus efficace et coûte moins cher, ce qui justifie les mouvements dans les entreprises et les dégagements de personnels, pourquoi n’appliquerait-on pas ce principe à notre armée qui manifestement ne sert plus à rien ?
L’OTAN quitteraient probablement le sol national, ce qui aurait pour résultat de nous débarrasser des missiles à tête nucléaire dont paraît-il notre sous-sol est truffé.
L’utilité de budgétiser une Armée qui ne sert plus à faire la guerre, est un vrai débat.
Nous continuerons à former des jeunes gens pour qu’ils deviennent des Anciens Combattants de guerres hypothétiques. Nous conserverons nos généraux qui meurent dans leur lit, comme il se doit et nos héros ne courront plus sus à l’ennemi, afin de mourir comme ils en sont dignes.
Les défilés de ceux de la dernière, relayés par ceux de la suivante qui ne la feront pas (ce qui est heureux) seront remplacés par nos collectionneurs dans les anciens blindés et les jeeps conservés comme des reliques.
Le 21 juillet se fera devant les Autorités bardées des décorations, avec un roi qui se raidit sur son sabre, devant les comédiens des théâtres subventionnés déguisés en vétérans.
Sauf, si l’Etat fédéral volait en morceaux. Il y aurait deux armées : la flamande et la wallonne. Les prétextes ne manqueraient pas de se taper sur la gueule : un conflit à propos de BHV ou des Fourons, de sorte que nous poursuivrions la tradition de pourvoir les défilés en anciens combattants, et les monuments en gerbes et couronnes.
Une nation qui se respecte a besoin d’honorer ses martyrs.
Nous risquions d’en manquer. Voilà la solution.

12 mai 2005

Cryogénisation, BHV et Bert.

Pas de chance pour nos surdoués francophones !
C’est encore ce bon vieux président Queuille du Conseil français qui a raison : « Il n’est aucun problème, si complexe soit-il, qu’une absence de décision ne puisse résoudre ».
Ils avaient tout combiné pour que BHV tombe comme une lettre de la poste dans la boîte de leurs électeurs. Olivier Maingain lui-même s’était pris au jeu.
Une bonne répartition des friandises et des merdes dans les proportions 40/60 bien entendu, 60% des merdes pour les francophones, cela allait de soi. Les 40 % était encore à discuter.
« Pourvu qu’ils ne sachent pas jusqu’où nous sommes allés dans les concessions ! » a-t-on dû chuchoter dans les apartés de couloir.
L’électeur francophone restait sur les déclarations sans ambiguïté des ténors de sa représentation, tous catégoriques jusqu’à il y a peu : « BHV n’est pas inscrit dans le cahier des charges de ce gouvernement, nous ne négocierons pas. »
Deux jours plus tard, on négociait.
Le week-end dernier, la majorité sort un compromis à la belge. C’est simple, un compromis à la belge, c’est plus compliqué que le projet de Constitution européenne, à ceci de différence, c’est qu’on ne l’applique jamais ou alors en l’interprétant de sorte que les 6,4 millions de Flamands ne se raidissent pas trop contre « le coup de force » de leurs bons sauvages, les minoritaires francophones.
Et voilà que sauvant l’honneur des Francophones, Spirit le petit parti allié au SP flamand ne veut pas de cet accord pour lequel, pourtant, tous les grands leaders wallons s’étaient déculottés !
Ce que voyant se rajustant à la hâte et comme un seul homme derrière Guy Verhofstadt, les voilà à s’autoencenser. « Nous sommes restés soudés jusqu’au bout. Notre union a été payante ».
Cet échec est donc le triomphe francophone. On n’en espérait pas tant.
Encore quelques succès de cet ordre et c’est la fierté wallonne retrouvée pour cent ans de soudure avec les Flamands!
Pour concrétiser cette victoire, il fallait au moins trouver le moyen de remettre au placard celle scission voulue par tous les flamands, honnie par tous les francophones et finalement descendue en flammes par Spirit, cette mini tornade issue des anciens de la VU et debout grâce à la prothèse du SP.
C’est fait depuis que le Premier ministre est allé se plaindre au palais royal, ce bureau du patron où le personnel arrive en même temps que Lui, pour repartir souvent dans le même quart d’heure.
Le reste n’est plus que formalité et douce plaisanterie.
Puisque BHV n’était pas dans la déclaration gouvernementale. On n’en parlera plus jusqu’en 2007, date des prochaines élections. On aurait dû commencer par là, mais enfin…
C’est donc dans un frigo poussé au maximum que BHV va se réfrigérer.
Les cathos flamands ont juré qu’ils ne l’entendraient pas de cette oreille. Bert Anciaux se frotte les mains. Il a réussi un gros coup de pub pour attendre les élections de 2007 avec sérénité.

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Le comble, c’est qu’à présent le roucoulant Bert doit laisser mûrir l’abcès et pour cela il doit attendre à tout prix la fin de la législature pour retirer les marrons du feu.
Qu’à cela ne tienne, celui qui a fait capoter le mirobolant projet, ne quitte pas pour autant le gouvernement. On lui pardonne. Il pourra garder l’étiquette de grand serviteur de la Nation.
Comprenne qui pourra.
Il fallait voir à la télévision comment les speakers ont emballé le morceau et présenté la chose.
C’était superbe.
Les partis francophones avaient retrouvé leur ton jubilatoire. Bert Anciaux se croyait encore devant le tableau des départs d’avions à Zaventem d’où il a mystifié tout Bruxelles et les flamingants cathos n’étaient pas fâchés de la tournure finale, se promettant de trouver les moyens de remettre sur le tapis cette question brûlante, afin de prendre Bert de vitesse avant l’échéance de 2007.
Comme toujours dans les combats de chefs, tout le monde descend du ring avec la ceinture de champion du monde.
La confiance nouvelle est quasiment acquise.
Ils l’ont juré. La question sociale qui était dans les surgelés va passer la semaine prochaine au micro-onde, histoire de décongeler plus rapidement.
A moins que Bert Anciaux ne trouve autre chose.
Il travaille depuis longtemps sur le zéro absolu. Et s’il envisageait la cryogénisation des francophones de la périphérie, jusqu’à ce qu’on trouve le moyen de les faire parler flamand ?

11 mai 2005

Tony les dents longues

C’est fait : Tony Blair a remporté un troisième mandat de Premier ministre après la victoire du parti travailliste aux élections législatives de jeudi, le Labour obtenant la majorité absolue aux Communes.
Ainsi se vérifie la dérive du socialisme européen qui gagne des voix en se présentant comme le grand parti du centre, plutôt que comme le grand parti de gauche. Nos socialistes l’ont très bien compris puisqu’ils ne font pas autre chose.
Refusant de reproduire le didactisme des débuts du socialisme à une population secouée par le capitalisme mais ne sachant où se tourner pour s’en défendre, nos modernes Pygmalion ont préféré à Londres comme à Bruxelles reléguer aux derniers rangs des meetings les quelques Jaurès qui restent, pour mettre en vitrine les universitaires bourgeois qui donnent le bon ton de la mode. Le socialisme y a gagné des voix, mais a perdu son âme.
Au point de vue strictement historique, c’est lamentable. Même si d’une manière pratique, c’est l’escarcelle de ces Messieurs qui se remplit.
Pour Tony Blair, c’est l’euphorie, bien que de nombreux électeurs aient voulu le "punir" pour sa participation à la guerre en Irak aux côtés des Etats-Unis. Qu’importe, après tout, pour ces gens-là qui jouent leurs mandats sur les conseils des décrypteurs de la statistique et les plans de campagne des agences publicitaires, plutôt que sur de réels projets.
Cette victoire est d’abord celle du marketing et du reniement des valeurs fondamentales du Labour, le parti socialiste anglais. Qu’importe le vin, pourvu qu’on ait l’ivresse, dit-on dans les milieux où ses affairistes redoutables, que sont devenus ces leaders de gauche, puisent les fondements des recettes du rendement électoral.
Mais pas que la gauche qui use des services des ingénieurs conseils, la droite en fait tout autant. Voyez Chirac et son programme contre la « fracture sociale » aux effets démagogiques si efficaces que la gauche a été fascinée tout un temps de ce cynisme payant. C’est le côté pratique de la démocratie par délégation pour ces politiciens à l’affût. On promet la lune, on est élu. Il reste aux électeurs quatre ou cinq années pour la regarder la lune qui vous fait un pied de nez dans le ciel. Ils appellent ça « de bonne guerre », moi, j’appelle ça une escroquerie.

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Mais le résultat de l’escroquerie est là. M. Blair s’est assuré une place dans l’histoire en devenant le premier chef de gouvernement travailliste à remporter trois mandats successifs, malgré la guerre d’Irak si mal engagée contre l’opinion britannique et en osmose avec Bush et des mesures fort peu populaires qui ont mystifié les plus pauvres du royaume.
On l’attend à présent sur la réforme des services publics. Quant aux emplois, on sait que la Grande Bretagne est le pays qui a le plus bas taux de chômage d’Europe. Cette performance est due au détricotage massif des emplois à temps plein et à contrat illimité. Les intérimaires et la précarité devenant quasiment monnaie courante, on se demande si les socialistes allemands avec Schröder aux manettes ne tentent pas la même démarche et si nous, avec un Di Rupo pragmatique, nous n’allons pas aussi basculer dans cette précarité généralisée, offrant plus d’emplois, mais à de moins bonnes conditions ?
La philosophie qu’il faut retirer de tout cela est sans appel pour le socialisme européen. Quoique ayant gagné les élections, Tony Blair est l’exact continuateur de la politique de Margaret Thatcher ! Avec cette nuance qu’il a su attendre pour introduire des mesures aussi impopulaires sur l’emploi et les revenus de remplacement, comme sur les dénationalisations, que les esprits s’assoupissent et que la résignation, plus que la conviction, s’installe dans les cœurs.
C’était finement observé.
Mais où est le socialisme dans tout cela ?
C’est évidemment la question que l’on peut poser non seulement en Grande Bretagne, mais partout où celui-ci a, ou a, partagé la majorité.
Nous verrons bien à la suite de l’expérience anglaise, quelle sera la leçon que le PS en retirera.
Les prises de position du PS en matière de chômage, ainsi que le "Oui" à l’Europe libérale, ne nous portent pas à l’optimisme. C’est dire, comme les travailleurs anglais, si les travailleurs belges sont mal partis.

10 mai 2005

Un appel pressant aux Hollandais.

Verhofmachin devait serrer des mains illustres le 8 mai, à Moscou. Il est quelque part dans la nature avec les beaux esprits des partis de la majorité, à la pêche aux idées.
Au gouvernement, ce n’est pas le marché de Brive-la-Gaillarde. On ne se bat pas à propos d’une botte d’oignons.
La Place du Marché est délaissée au profit des résidences secondaires et des garçonnières à la campagne. Les succursales de la Rue de la Loi s’éveillent au chant des oiseaux.
En 1900, la politique Poincaré se faisait chez les cocottes, entre cinq et sept, sur le fauteuil « vis-à-vis » que ce luron de Léopold II utilisait pour enfiler deux charmantes à la fois (tiens, on devrait remettre ce mobilier au musée de la dynastie). En 2005, l’hôtel, toujours de maître, se veut décentralisé en forêt de Soignes.
Là, les beaux esprits arrivent discrètement, la lanterne sourde sous le manteau couleur muraille, au rendez-vous qui ressemble au rancart franc-mac si prisé des socialistes.
Mais ce n’est pas pour les révisions des bénéfices que les mystérieux s’assemblent sans simagrées et petits tabliers. C’est pour l’effrayant besoin de trouver d’urgence de quoi apaiser les agités du bocal qui exige une solution à leur ultimatum à propos de Bruxelles-Hal-Vilvorde.
Les femmes savantes du groupe, prêtes à tout, se donneraient par devoir à l’ennemi s’il le fallait. Mais que dirait l’opinion, sinon que la ficelle des strings est un peu grosse ! Elles offriraient bien leur berlingot et même pire, si ce sacrifice pouvait faire progresser le schmilblick. Les candidatures flamandes sont pour tout dire inexistantes.
Les mâles plus enveloppés ne cachent pas leur misère adipeuse… et s’il le fallait, eux aussi… Il faut donc se creuser la cervelle. Dans les trous, les terrassiers de l’impossible s’épuisent. Verhofchose veut une réponse « positive » à jeter à la face des milices flamingantes.
L’état des lieux est vite fait. L’hôtesse de ce week-end studieux a laissé la clé au Premier. Il y a de la charcuterie dans le frigo. Dehors il pleut et dedans pareil dans les cœurs tristes. Tous les Belgicains sont présents, pour cette ultime représentation de la muette de Portici et même d’ailleurs.
Les compétences universelles de la Belgique ne vont pas jusqu’à en trouver pour nous. C’est le côté obscur de Verhofstadt !...
Les Flamands certains de leur force attendent sereinement, quoique crispés, qu’on veuille bien leur remettre Bruxelles sans combat. Sinon, ils quittent le plateau du Heysel, mais pour revenir à la tête de leurs panzers pour une Occupation plus dure. A une nouvelle bataille des éperons d’or, les Fransquillons ne résisteraient pas. Le Mazarin de Mons et Didier Reynders de Tocqueville sont au bout des concessions. Aller plus loin, c’est se tirer une balle dans le pied avant de faire un cent mètres.
Sous notre gonfalon de Coq hardi, à grande gueule lardée de rose et bande molle bleue, la Sécurité Sociale attend un signal qui ne vient pas.
C’est que la frontière linguistique se double d’un cordon sanitaire pour empêcher Gerolf Annemans et Frank Vanhecke dans le rôle des chauffeurs de salle, de communiquer la fièvre du samedi soir à la population flamande aux sons du blues-band Vlaams belang.
Combien sont-ils de francophones dans ce nouveau couloir de Dantzig qui vont tomber dans ce Waterloo caricole ? On parle de 100, 200 mille citoyens otages. C’est beaucoup. Aux Fourons, ils n’étaient qu’une poignée. Les Belgicains ont travesti cela en un épisode de Clochemerle. Mais à la périphérie, c’est un autre morceau.
On m’avait dit à l’école que la morale n’a que faire du nombre et une exaction qui concerne dix ou mille personnes, c’est la même faute. Il faut croire en Belgique que le nombre est tout et la morale rien.

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Déjà on ne vote pas sur le projet de Constitution, voilà maintenant l’Haut-lieu qui mijote son réchauffé dans des villas mystérieuses !
Et qui nous dit que dans Verhof-le-blauw il n’y a pas un Léopold II qui sommeille et que le divan fesse à fesse n’est pas l’outil principal du travail sur le fond ?
Nous serions les consternants imbéciles d’un lupanar dont nous ne serions que les femmes d’ouvrage !
Mensonge odieux que ce verbiage pornographique dirait la Vérité nue comme un ver de Bruges.
Oui. D’accord avec elle. Mais comment prouver le contraire, puisque tout se fait dans l’informel ?
C’est le drame de la grande restauration. On ne voit pas les cuisines et on ne sait pas l’état de propreté des fourneaux.
C’est le cas, ces moments-ci de la Belgique des saveurs.
La solution ? Après le succès dans les Fourons : faisons appel aux Hollandais !
Ils prennent eau dans les Polders, ces pauvres diables. Qu’est-ce qu’ils attendent pour s’installer dans la périphérie bruxelloise ? Pour une fois, le Vlaams belang adorerait les étrangers et les Belges se réconcilieraient enfin, jusqu’à la prochaine crise. Nous serions presque tous flamandisés. Il ne resterait que quelques poches : Liège, Charleroi, Namur, pas de quoi valoir une nouvelle crise.
Je parie que Di Rupo et consort n’y ont pas pensé

9 mai 2005

C’est arrivé le 8 mai

8 mai 45 !... cela fait déjà un bail que la Wermacht a déserté les bords de Meuse. On en est à l’heure des comptes. Les Conseil de guerre déroulent leur papier cul d’infamie, tandis que le fou se fait brûler à deux pas de son bunker avec le dernier bidon d’essence des SS.
Ça sent encore le roussi quand les premiers Popov entrent dans la Chancellerie.
Les Gardes wallonnes reviennent de Tcherkassy. Le beau Léon ronronne déjà sur les genoux de Franco.
Les « manteaux-zig-zig » des prostipatriotes s’accrochent dans les armoires à naphtaline pour les trottoirs du prochain hiver.
Des grand’mères à la remonte se tapent des files de G.I. Black, comme au bon vieux temps des Floches quand les Julot se faisaient des couilles en or avec le feldwebel.
Travaillé au corps par les exploits de l’Armée Rouge, le petit peuple songe sérieusement à changer le Régime. Le capitalisme occidental n’en mène pas large. Ce n’est pas le moment mais cela va le devenir de vanter les qualités du chewing-gum et du bacon amerloques. Les libéraux se la jouent discrète. Jusqu’à ce qu’on désarme l’aile dure du maquis, on ne les voit pas traîner dans les rues. Les industriels bleus vert-de-gris, avant de se reconvertir au new deal, procèdent au toilettage de leur comptabilité Todt et brisent les disques de Marika Rökk.
Les cathos pour une Europe chrétienne cachent leur honte d’avoir été sodomisés par Adolphe. Leurs fils revenus « de la croisade », comme le futur Benoît XVI, sont dans une merde noire.
Dans les gazettes, on en entend de belles ! Les dénonciateurs, pris la main dans le sac du facteur qui dessert la Gestapo, se voient pendus. Les Résistants ont tondu fin 44, les têtes de quelques sulfureuses avant leur jugement. Ces coiffeurs pour dame d’un nouveau genre n’ont pas su répondre à l’ignominie par le mépris.
Mado se reconvertit au dollar, après avoir fait des passes en mark. A cinquante piges, elle a la poitrine abondante des femmes qui ont beaucoup donné au sport horizontal et le cul d’un affût de 105. De la cave où à cause des robots, elle a établi ses bureaux, elle remonte dans son deux-pièces encombré de rations « K ». Sous un poster de Mae West, une lampe abat-jour rose éclaire un lit où ronfle un GI pris de boisson. On a oublié de la tondre, quand on a fusillé son proxo qui avait terrorisé le quartier, depuis qu’en 42 il s’était laissé pousser une moustache identique à celle du fou. Au moment d’être pris, ses poches étaient encore pleines de Mauser.
Les négociants en café et cigarettes du marché noir négocient leurs bénéfices papiers contre de l’or massif.
Ducon court s’inscrire à la bataille du « çarbon » du Flamand Van Acker. Léopold III hésite à nous revenir du camp de concentration-gentilhommière de Prégny en Suisse.
On relève dans les mines les prisonniers russes par les prisonniers allemands. Les patrons retrouvent l’âge d’or de l’esclavage. Certains ne s’en remettront pas !...
Liège sur carte postale du temps a, certes, des chicots noirâtres par-ci, par-là, rapport aux V1 et aux V2, mais l’unité de ses façades, de ses boulevards et de son centre ne donne pas à penser que trente années vont suffire pour en démolir les trois-quarts. Destenay va bientôt retrousser ses manches et s’attaquer au Centre, plus sûrement que les Forteresses le pont du Val-Benoît.
En 45, les Liégeois pansent leurs plaies et rembourrent leurs capitons de comptoir qui avaient fondu.

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L’ouvrier est au centre des convoitises politiques.
Le Parlement renoue avec ses grandes gueules rapatriées de Londres, sorties de la résistance ou planquées en Belgique. La réconciliation au nom du commerce et de l’industrie s’était accomplie les derniers mois entre les patriotes atlantistes et les patriotes du Grand Reich. Tout le monde s’est reconverti à la démocratie libre échangiste On arbore des brassards de FFI et on montre la plus grande sévérité à l’encontre des collaborateurs imbéciles qui n’ont pas eu le temps de jeter leurs Ausweis dans le caniveau.
Plus salées sont les factures des pauvres couillons qui ont cru au mugissant du Reichstadt, en prenant l’uniforme. Après quoi, l’idéaliste à la croix de fer a repassé dans les mêmes cellules que ceux qu’il y enferma..
Les gens renouent avec la liberté, mais pas trop, comme le souhaitent les patrons. On peut à nouveau critiquer les partis, puisqu’on remet en place le système d’avant-guerre et que les premières élections sont encourageantes de conformisme.
L’Haut-lieu a un peu vieilli. Il n’a pas trop souffert du rationnement. Dès 42, il a senti que le petit peintre autrichien ne serait jamais qu’un barbouilleur. Une seule inquiétude : la montée du parti communiste. On n’a pas encore assassiné Julien Lahaut, mais on y pense. Si le capitaliste est un rat pour l’homme, quand sa survie en dépend, il sait lâcher ses sous. Le plan Marshall va heureusement balayer dans ses rognures de chips et ses nouvelles Ford, les soucis du Belge moyen confronté au marxisme montant.
Le reste de l’histoire ? C’est aujourd’hui, avec nos gueules au chômage et les traitements de star des businessmen. L’Haut-lieu pète dans la soie. Ma tante a un fibrome et t’emmerde...
Les grosses donneuses sont mortes depuis vingt ans. Il n’y a plus que l’extrême droite flamande qui couine à l’amnistie pour les salauds qui ont mis des enfants juifs en wagons plombés pour leur dernier voyage. Et j’ai regret à l’écrire, cette racaille collabo était plus nombreuse en Flandre, qu’en Wallonie. Ceci dit sans vouloir mettre de l’huile sur le feu aux pourparlers de B.-H.-V. !
Qu’est-ce que vous voulez, il n’est même pas dit que conseillé par Dieu, l’homo belgicus se serait mieux conduit. C’est sa nature à ce pauvre type de déconner et pas qu’en 45…

8 mai 2005

Opéra bouffe à douze ténors !

On reporte à la semaine prochaine la discussion sur les propositions de loi relatives à la scission de Bruxelles-Hal-Vilvorde.
La semaine prochaine à bon dos. Les ministres Johan Vande Lanotte et Didier Reynders adorent la formule, car de quelque côté vous la preniez, la semaine prochaine pour « la semaine prochaine » sera toujours la semaine prochaine ! Vous ne comprenez rien à ce que j’écris ? C’est normal. C’est de la nouvelle politique et ça vient de sortir.
Certes les négociations se développent, mais sans progrès. Un tailleur qui développe une pièce de tissu la fait progresser sur sa table de coupe. Dans les négociations, c’est le contraire. Plus elles se développent plus la pièce se réduit, puisqu’on constate l’absence de progrès !
Et c’est là le miracle, de réduction en réduction, la discussion tournera court, puisqu’à un moment, il n’y aura même plus de proposition. Elles auront toutes disparu. C’est ça le fameux miracle belge !
Empoisonnée depuis plusieurs mois, la vie politique résiste. Mieux, entre les séances d’empoisonnement, il y a des bouffées d’oxygène ! Par exemple, Di Rupo donne des conseils aux Français pour le Oui à la Constitution européenne. Lui qui est incapable de progrès sur nos négociations, il dit aux autres comment voter. Ah ! il est fort. C’est quelqu’un qui dit ce qu’il faut faire à un référendum dont il ne veut pas !
Toujours est-il que ce report à la semaine prochaine donne une bouffée d’oxygène à l’équipe gouvernementale. Ce n’est pas moi qui l’écris, mais le journaliste de la dernière heure. Les bouffées d’oxygène ainsi créées, c’est toute la technique du Secours d’urgence qui va s’en trouver bouleversée.
On devra beaucoup finalement à nos personnels politiques.
On stocke dans des bonbonnes des semaines prochaines compressées et on dispose de bouffées d’oxygène !
Toujours est-il que si mes explications sont nébuleuses, celles de Johan Vande Lanotte le sont tout autant. Je lis et suis obligé de relire pour essayer de percer sous la carapace des mots un sens qui m’échappe. « A un moment donné, on a avancé mais aujourd’hui on n’est pas plus loin qu’il y a quelques jours. Ce n’est pas dramatique. Nous avons encore une semaine. Pour le gouvernement, la majorité et le pays, cette semaine sera capitale. »
Il y a du Descartes et du Montaigne chez cet homme !
Mais ce n’est pas tout. Le propre d’un festival c’est qu’il rassemble. Nous assistons au plus grand rassemblement des festivals de cons jamais vus en Belgique.
« Plusieurs élus flamands ont mis en relief le fait que lundi soir, les représentants des partis francophones ont rappelé devant les caméras de télévision qu’en ce qui les concerne il n’y aurait pas de scission sans élargissement de Bruxelles. Ces déclarations auraient crispé les négociateurs flamands. » Les voilà crispés ! Bon sang comme ils sont fragiles… Se pourrait-il qu’à partir du moment où l’on considère que des frontières linguistiques des années septante ont commencé toutes nos misères et qu’au lieu de morceler un arrondissement on ferait mieux d’étendre Bruxelles à sa périphérie, c’est crisper les Flamands, alors que c’est une solution de pur bon sens qui n’a rien à voir avec la linguistique et les Communautés ?
Cela me paraît difficile, même la semaine prochaine, de dialoguer avec des gens crispés.
Après le vaudeville l’opéra :
« Les 12 ténors de la majorité socialiste-libérale, Premier, vice-Premiers et présidents se sont réunis à quatre reprises dans des lieux tenus secrets pour échafauder le « compromis à la Belge »

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On espère qu’au lieu du parlement ce sera « La Monnaie » qui montera la générale « Le compromis à la Belge ». Avec 12 ténors, si on ne fait pas un triomphe… Mais au lieu de monter l’opéra dans l’enthousiasme les créateurs indiquaient clairement qu’un certain pessimisme régnait dans les rangs de la majorité. A ce stade, les deux librettistes Nord et Sud continuaient à se tourner le dos. Ce qui est une position scabreuse pour écrire sur le même bureau les ajouts et se mettre d’accord sur les coupures. Vous verrez encore une fois que voulant écrire un opéra classique, ne se mettant d’accord sur rien, ils finiront par nous sortir un opéra bouffe !
7 mai 2005

Avec ou sans travail : l’ennui !

Les ravages du temps… Ah ! on n’aime pas voir les autres vieillir, surtout celles et ceux avec qui nous entretenons un commerce amoureux, étant entendu que nous, puisque nous ne nous voyons qu’en reflet dans une glace, l’image qu’elle nous renvoie ne peut être la nôtre… en tout cas pas sous la forme qui nous apparaît d’une indécente vieillesse. Ces traits empâtés, cette bouche qui tombe, ce menton qui s’affaisse, ces yeux tristes, ce sourire enfin du bon toutou et surtout l’ensemble que souligne un visage marqué ne peuvent être les nôtres, alors que nous sommes à une époque de jeunisme forcené, que les magazines regorgent de femmes éclatantes de beauté, de sveltesse, de fraîcheur…
On se prend à compter, faussement surpris qu’en 2005 on a évidemment un an de plus que l’année dernière, et deux que l’année avant l’année dernière, et ainsi de suite, on remonte le temps, jusqu’à s’arrêter à une période, pas très lointaine, riche en événements, en succès, en conquêtes… Epoque à laquelle on s’est déterminé pour un mariage, pour un divorce, pour se fixer sur soi-même plus que se faire une opinion sur les autres, les autres qui, tôt ou tard, proches ou lointains, nous les verrons différemment, d’abord vieillir, se désunir, s’effilocher, se dissoudre dans les redites et les querelles sans raison, avant qu’on ne s’en sépare ou qu’ils se séparent de nous (les séparations de commun accord étant aléatoires, sinon essentiellement pratiques du point de vue juridique).
Le plus idiot (c’est le mot exact) c’est qu’on a cru se réaliser dans une carrière. Faire carrière, avoir une profession intéressante, voilà ce qu’on a cru longtemps comme l’essentiel à la vie. Et que ceux qui ont subi l’ignominie des tâches répétitives à cause de l’obligation de manger à leur faim me pardonnent, lorsqu’on a « réussi », à part la vanité satisfaite, on s’aperçoit qu’on n’est nulle part, qu’on ne sait rien, ou pas grand-chose, malgré les grands airs, la « consécration » dans notre spécialité.
Le travail a seulement comblé un vide qui était déjà présent lors de nos études. Il nous a donné l’illusion d’une utilité indispensable à l’épanouissement de l’humanité, un pas décisif pour notre bonheur !... Conforté par la morale en cours, on s’est accroché à cela comme si, y déroger, était profondément indécent et néfaste.

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Le travail enfin nous a permis de tirer de l’effort qu’il nécessite quelque avantage moral. Il nous a distrait de notre propre vie. Ainsi nous n’avons plus eu sur nous mêmes cette vue qu’effrayait notre enfance lorsque nous nous penchions sur le puits de notre imaginaire dont nous ne voyions pas le fond. Il a meublé notre solitude de l’obligation qu’on en a de le répéter tous les jours, comme des automates, souvent, comme des imbéciles la plupart du temps…
Nous nous y sommes crus indépendants !
Et encore bien après, nous ne pouvons l’évoquer sans nostalgie. Nous nous rappelons comme venant d’hier les anecdotes cent fois rabâchées à nos proches qui lèvent les yeux au ciel, résignés du verbiage tellement connu....
Nous ne nous sommes jamais posé la question du pourquoi nous aimons tant les vacances ! Voilà qu’au bout d’onze mois, après avoir « aimé » l’entreprise, au point d’avoir cru que nous étions inséparables, nous nous précipitons vers des ailleurs en poussant des cris de joie ! Nous concevons ces jours de vacances comme des jours de vraie liberté, sous-entendant ainsi que le travail nous en donnait une « fausse », des jours où enfin, nous pouvons être nous-mêmes, alors que tout le restant de l’année nous ressentons souvent l’impression du contraire, sans oser pouvoir nous l’avouer ! Et c’est à l’heure du retour seulement, que nous avons des remords et qu’enfin nous redevenons le dévôt du dieu qui nous occupe.
C’est qu’à l’exception de ceux qui s’étourdissent dans des découvertes sans fin, des bars ou des dancings, les vacances ne suggèrent pas que des moments paisibles et chauds de tranquille retour sur soi-même, lorsqu’elles durent trop longtemps et au même endroit, les vacances épouvantent la plupart des vacanciers… Des lectures qu’on a abandonnées et qu’on n’avait nulle envie de reprendre s’il ne s’agissait de tuer le temps, une réflexion qui vient sans qu’on l’ait vraiment souhaitée, finissent par nous submerger et nous rappeler fort à propos que nous n’avons pas été « programmés » pour l’existence oisive ! L’oisiveté sans ennui est la marque des esprits supérieurs et des débauchés, ce que nous ne sommes pas de toute évidence.
Se regarder vieillir dans un lac que la mer laisse parfois en se retirant entre deux dunes de sable est un exercice encore plus insoutenable que celui de se regarder dans le miroir de son vestibule.
L’impossibilité de revenir en arrière nous saisit et ce n’est pas parce que l’on risque de se faire vider de son boulot à quarante ans, que l’on retrouvera l’allant du jeune homme qui cherchait du travail à vingt.
Alors, on se dit que la vie est une connerie, parce que nous sommes des cons.

6 mai 2005

Deuil : l’absence de douleur m’égare !

Une industrie et un service qui a le vent en poupe, c’est le funérarium. Pourtant, on ne meurt pas plus qu’avant. Ce serait plutôt le contraire. On se sépare plus facilement des morts aujourd’hui, c’est tout... On ne veut plus les voir dans les familles traîner sur la table de la salle à manger, tandis que des parents dans la pièce à côté parlent à voix basse en mangeant des petits fours.
C’est même devenu une des raisons de ce désamour : l’absence d’une famille se réunissant une dernière fois autour de celui qui s’en va et que tous ont plus ou moins bien connu, pour la bonne raison que les familles n’existent plus ou se sont rétrécies jusqu’au lien minimum « monoparental ».
Ce ne sont pas les morts qui ont changé, mais nous. Nous les traitons différemment et avec de plus en plus d’indifférence. Ce que nous ne nous pardonnons pas, parce qu’inconsciemment nous savons qu’ainsi nous nous méprisons nous-mêmes.
Par un raisonnement superficiel tenant à nos préoccupations matérielles, nous nous défaussons sur eux en les accusant de nous compliquer une vie déjà fort compliquée. Nous les fourgons dans le commerce de l’au-delà, en pestant qu’en plus « nos chers » disparus nous coûtent la peau des fesses.
Dans une vie active où la conservation de l’emploi joue un très grand rôle, subjugués en plus par un patronat qui invente tous les jours un moyen d’accélération de notre productivité, donc de nous infliger des tracasseries superfétatoires et des stress supplémentaires, la mort d’un proche nous plonge dans des embarras dont nous n’avons pas besoin.
Avec le dépôt du mort au funérarium, il nous semble en ne le voyant plus, ou presque, que nous évacuons aussi tout ou partie du chagrin. Nous escamotons l’objet de nos pensées… Jadis, absent parfois plus d’une semaine du travail à la mort d’un parent très proche, nous nous accommodons très bien d’un jour chômé et payé, celui de l’enterrement, en n’ignorant pas que le patron verrait d’un mauvais œil une plus longue absence, en dehors de cette faculté légale, pour raison de grand deuil.
C’est plus commode de se débarrasser de la dépouille d’un proche en la confiant à un entrepreneur de pompes funèbres qui devient son logeur pendant les quelques jours qui séparent la dépouille de son ultime destin, la crémation ou l’ensevelissement.
Ainsi, les murs tendus de draps noirs, l’étrange odeur qui s’empare de la pièce où il repose, odeur à la fois de fleurs coupées et d’un début de putréfaction, la terreur que peuvent ressentir les enfants en voyant Pépé tout raidi sur la table où naguère il mangeait sa soupe en faisant claquer son dentier, le devoir d’être moins bruyants aussi, tout cela est évacué dans une mémoire collective qui bientôt s’éteindra faute de témoignage.
Aussitôt le mort emballé dans le fourgon, l’affaire d’une minute ou deux, la vie redevient comme avant. Si ceux qui restent n’ont pas trop la crainte qu’on les imagine « sans cœur », ils pourront reprendre instantanément leurs habitudes : le paquet de chips devant le feuilleton de la télé, le foot au Standard, etc. comme si rien apparemment ne s’était passé.
A la rigueur, ils éviteront de visionner des films du genre tragique où, comble de l’horreur, on voit un convoi mortuaire, afin de ne pas remuer un fond de chagrin. La Grande vadrouille quoique trop regardé est un film qui est parfait de ce point de vue. Podium avec Poelvoerde est a déconseillé rapport aux séquences du cimetière devant la statue de Claude François.

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Dans une société qui nie la mort pour s’adonner au jeunisme perpétuel, le cadavre d’un proche n’est plus considéré que comme un déchet, dont il est urgent – ne serait-ce que par hygiène – de se débarrasser au plus vite.
Malgré tout, la symbolique qui s’attache à la mort reste présente dans notre société. Volontairement ignoré par nos narcisses modernes, un moindre incident de santé ou la vue de cadavres télégéniques comme lors du dernier tsunami, et c’est le même désarroi qui remonte depuis notre inconscient, le même que celui que nos ancêtres ont connu depuis la nuit des temps.
La conduite que nous avons devant le spectacle de nos morts est fort ambiguë. Le culte que nous leur rendons encore est fonction de notre imprégnation du monde moderne. Après l’évacuation sans tambour ni trompette dans un lieu de recueillement où il sera loisible de louer un coin modeste ou une suite, comme à l’hôtel, vous pourrez suivre la tradition ou même ne pas convoyer la dépouille, de déposer sur le toit du corbillard les gerbes que vous aurez achetées ou rien, c’est selon, bref, de retrouver la démarche traditionnelle ancienne, jusqu’à vous y soustraire.
Au funérarium, le cadavre est une marchandise. L’employé du « dépôt » va jeter les bases d’une procédure d’enterrement à la carte. Si vous n’êtes pas en mesure de lui résister, vous allez sentir passer la facture.
Il y a dans le choix des dépenses pour le mort une démarche qui touche à la vanité, au remord, ou à l’indifférence.
Nous ne voulons plus savoir ce que nous sommes. Le plus intolérable, c’est d’approcher de près ce que nous deviendrons.

5 mai 2005

Entre bourgeoisisme et révolte.

A trois semaines du référendum français sur le projet de Constitution européen, le non-vote des Belges pour cause d’incompatibilité avec la Constitution de la Belgique me reste toujours au travers de la gorge.
Ainsi, on voit bien en France comme la population se partage entre le oui et le non de manière telle qu’encore aujourd’hui bien malin pourrait dire qui va l’emporter. Ici, du haut de leur pouvoir discrétionnaire ceux qui sont censés nous représenter ne se poseront pas de question, ne se demanderont pas si le peuple est d’accord ou pas, ils accepteront en notre nom le projet de Constitution sans savoir si vraiment cela nous convient.
Ils seront confortés dans leur choix par tous les Européens de leur sorte, cette frange dirigeante et sûre d’elle qui puise ses certitudes ailleurs que dans la dure réalité de la rue et des petites gens.
Quoique nos grands démocrates aient colporté sur tous les toits que le référendum était impossible, il aurait pourtant été facile d’instaurer une Loi d’exception pour ce seul référendum, ainsi le prétexte de la susceptibilité flamande n’aurait pas eu cours et tout ce serait passé légalement.
Cela les arrange bien, dans le fond, cette bizarrerie de notre Constitution qui interdit au peuple dans les grandes occasions à se prononcer. Ainsi, ils ne sentiront pas le vent du boulet de la défaite et resteront parmi les bons élèves de l’Europe.
Ce qui est extraordinaire en France, c’est la coalition des médias et des politiques, à peu près tous unanimes pour vanter le « oui » et pourrir le « non ». Alors qu’on voit très bien une autre opinion se profiler derrière le trompe-l’œil d’un François Hollande qui joue sa tête sur cette question, une opinion pour le « non » qui ne reçoit le concours d’aucune forte pointure, si ce n’est celle de Fabius, d’aucun grand journal et d’aucune personnalité exemplaire.
Ce n’est pas en Belgique qu’une telle alternative échoirait à Di Rupo, après la mascarade du Congrès de Liège qui donnait l’impression d’une unanimité, à part quelques originaux qui faisaient la fine bouche avant d’être d’accord.
La gauche belge ne se prononcera pas sur la question. On ne courra pas le risque de voir se mélanger les éléments d’extrême droite et les nationalistes tendance « Nuremberg » avec les « rouges » encadrés aujourd’hui par les « rosés ». Mais, n’est-ce pas finalement évacuer un problème qui ne saurait l’être et qui au cours des années à venir ne pourra que grossir ?
L’acceptation aveugle de la mondialisation, la libéralisation généralisée du commerce, la libre circulation des travailleurs s’inscrivent dans la Constitution européenne. Si certains choix sont acceptables, beaucoup sont préjudiciables à la population. Ce n’est pas vrai que ce qui est bon pour le commerce est bon pour tout le monde. La Constitution adoptée et emballée par l’Haut-lieu, il restera un fort mécontentement qui ne trouvera pas son exutoire dans les actions de ceux qui nous représentent. Le « Oui » finalement de Di Rupo et consort pourrait être un boomerang ; car comme la Société européenne dérive, il ne se peut pas que l’aventure se termine bien.

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Que dire quand on aura emballé dans la sacristie du rond-point Schuman le nouvel Enfant-Roi et qu’on s’apercevra que le chômage augmente encore, que les salaires baissent et que l’incertitude du lendemain pour un travail digne de nos jeunes s’accentue ? Oui, que vont dire nos Grands Hommes de gauche quand on s’apercevra que loin d’être en progrès social, cette Europe-là n’est que l’avatar d’une Amérique égoïste ?
En définitive, le malaise ne trouvera sa pleine expression que le jour où la gauche de compromission en compromission ne sera plus que le jouet des forces centrifuges qui agitent les banques et les trusts ; mais il sera trop tard pour elle – ne l’est-il pas déjà maintenant ? – quand, se défaisant de ses arrivistes et de ses planqués, elle se défera en même temps de son « bourgeoisisme » qui convient de moins en moins à la multitude.
Que le PS joue sur les mots et soit devenu un grand parti centriste de gouvernement, c’est son affaire. Ne devrait-il pas alors changer de nom et remplacer « socialisme » par une expression plus adéquate ?
Chimère que le socialisme, alors, si la gauche ne peut pas réinventer une vie plus juste dans la Cité ? Comme sont décrétés chimériques les efforts de quelques penseurs et philosophes pour sortir du système d’aujourd’hui.
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4 mai 2005

Prise Aubecq des Frères Taloche

A Wavre, on ne rigole pas avec la consommation d’alcool, ni avec celle des cigarettes, ni avec la drogue, ni avec l’ordre public, ni avec le spectacle de divertissement, ni avec la pornographie contemporaine et roborative pour une saine distraction de la jeunesse chrétienne.
A Wavre, on ne rigole avec rien !
On se promène dans la rue avec une attitude décente, sans tenir des propos vulgaires, sans peloter sa petite amie qui ne peut plus exhiber son nombril sous des pulls trois tailles en-dessous. Le plombier-zingueur qui d’habitude vendait des joints a dû fermer boutique.
Pour s’amuser, il faut, dorénavant et ce jusqu’à désormais, faire la demande au Bourgmestre. L’autorisation dûment tamponnée, les stupres ne pourront avoir lieu qu’au Foyer culturel à deux heures de l’après midi, avec les Frères Taloche obligatoirement, avant les discours des Autorités.
Dans les rues, les gens de plus de 65 ans et les chiens seront munis de Pampers autorisés après paiement d’une taxe sur les déjections canines et gérontologiques. Il sera remis à la SPA « Les tourterelles », par Alain Bougrain-Dubourg, une place gratuite pour le spectacle des Frères Taloche à chaque achat de six boîtes de couches.
Les jeux de hasard seront réglementés. Les mises ne pourront excéder six haricots. Les gains seront reversés intégralement aux Restos du Cœur pour la soupe du lendemain. Annuellement, une fête pourrait être mise sur pied, avec les Frères Taloches en levé de rideau.
La Police pratiquera sans coup férir des rondes surprises la nuit dans les quartiers louches. D’après le Conseil communal, tous les quartiers sont susceptibles d’être louches. Les coups férir se feront avec le moins de brutalité possible.
Comme il est interdit de se promener avec des bouteilles d’alcool dans les rues de Wavre, les commerces de proximité et les supermarchés seront verbalisés, puisqu’ils incitent les clients à détenir les dites bouteilles, tout comme les détenteurs de ces liquides. Pour rejoindre leurs domiciles, il faut bien que les clients passent par les rues. C’est là qu’ils seront interpellés.
Afin de permettre des joies saines aux Wavriens, les Frères Taloche seront en alternance avec Laurence Bibot à la salle des fêtes du Collège Notre-Dame, tous les dimanches après-midi de l’Avant et même de l’Après Pâques.
Des séances explicatives contre le tabagisme et l’usage de l’alcool se tiendront au Collège technique Saint-Jean, après les vêpres. Les dames présentes recevront un rameau et les hommes une méthode Ogino de limitation des naissances, afin de proscrire le préservatif condamné par Benoît XVI. Ces séances seront animées par les Frères Taloches et Laurence Bibot qui reverseront leurs cachets dans les containers de médicaments pour l’Afrique.
Monsieur Charles Aubecq, bourgmestre de ladite, veillera personnellement à la propreté des citoyennes et citoyens qui fréquentent les trottoirs. Tout linge douteux sera soumis à l’expertise de la police locale qui procédera à d’éventuels procès-verbaux.

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Le ministre wallon n’a pas caché qu’il avait été ébranlé par une réclamation à l’encontre d’une délibération du Conseil communal de Wavre interdisant de jeter le trouble rue de la Source. Les employés de la voirie ne sont pas là pour ramasser le trouble des autres. « J’en suis arrivé à la conclusion que ce règlement était contraire à la loi et devait donc être annulé.» a précisé le ministre wallon. Immédiatement le Conseil communal a réagi et un référendum sera organisé pour connaître l’opinion des habitants en vue d’un autre référendum approuvant le premier.
Laurence Bibot a refusé de ramasser son trouble qu’elle aurait jeté devant les spectateurs sur une scène de Wavre. Une enquête a été ouverte.
Pour illustrer la nouvelle loi communale, un spectacle a été proposé à la maison des Familles : « Il ne faut rigoler de rien ! ». Ce spectacle risquait de porter atteinte à la réputation de comiques des frères Taloche. Au grand regret du bourgmestre, ils se sont désistés, ce que voyant, Laurence Bibot les a suivis. En désespoir de cause, le Conseil communal a décidé Pascal Lamy de prendre la relève. Il y aura deux représentations les samedi et dimanche à 14 heures. En cas de pluie, le spectacle se tiendra sous le préau de l’Ecole des Filles de la Croix.
La présence de Pascal Lamy étant une garantie de sérieux et de bon goût, l’âge de 25 ans pour les spectacles sera ramené à 12 ans.
Les Frères Taloche, Laurence Bibot se sont porté partie civile dans une plainte déposée par la Ligue des Familles, les gestes de Pascal Lamy imitant De Funès dans la Grande Vadrouille n’étant pas conseillés au moins de 16 ans.

3 mai 2005

Hal-Vilvorde : une affaire de jours…

Marmontel qui s’y connaissait en discours prétendait que le comique s’oppose au tragique.
On voit bien qu’il n’a jamais eu à connaître des situations tragiques d’une Belgique dans la déconnade de ses dirigeants. Ce qui rend finalement le drame, comique !
Et comme les dirigeants d’un comique involontaire, c’est nous qui les avons poussés sur le devant de la scène, nous pouvons donc ne pas nous prendre au sérieux non plus.
La Belgique hilare suit son propre enterrement.
Le surréalisme est bien une invention belge !
S’il est déjà fort aléatoire d’expliquer ce qui tarabuste les Flamands dans l’arrondissement Bruxelles-Hal-Vilvorde à des culs-terreux de Ville-du-Bois ou de Bressoux-Haut, les habitants d’un autre pays nous prennent pour des extraterrestres !
C’est que l’âme flamande n’est compréhensible par personne, y compris des flamands eux-mêmes, comme l’âme wallonne est faite de matériaux composites qu’au Sart-Tilman on ignore. Savoir à quoi les deux âmes sont sensibles, il n’y a que les politiques qui le prétendent. Ils ne s’en privent pas de le colporter partout. Mais l’analyse qu’ils en font n’est que celle de leurs âmes tourmentées par les prochaines échéances électorales.
On en est là.
D’après eux, les deux peuples sont si différents, qu’ils ne peuvent cohabiter. Bruxelles-Hal-Vilvorde est la jonction des deux plaques tectoniques.
Si bien que s’il y avait encore un savant genre Gobineau il se pourrait qu’il fasse des Flamands et des Wallons deux races à part de l’homo homo sapiens. Nous serions scientifiquement répertoriés dans deux catégories distinctes. Les siphonaptères, poux, puces, morpions, c’est-à-dire nous et les surhommes (définition nietzschéenne), eux !
Le raisonnement des édiles flamands c’est comme la Patex, ça ne colle pas fort, mais quand on renverse le tube dans la boîte à outils, on ne peut plus décoller le marteau du tournevis. Si nous restons collés aux Flamands, c’est par accident.
Reste que les Wallons, collés aux Flamands, aiment ça. A force d’entendre dire par leurs partenaires qu’ils sont des parasites, des propres à rien, des mauvais en tout, les Wallons s’en sont persuadés. Alors ils acquièrent les caractères du parasite, à savoir qu’ils s’accrochent tant qu’ils peuvent à leurs tuteurs et les siphonnent, paraît-il, à l’occasion.

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Di Rupo appelle ça le sentiment d’appartenance.
Donc nous appartenons aux Flamands, mais les flamands ne se sentent pas près de nous appartenir par réciprocité. Ils voudraient même dans un premier temps se défaire de nous sur leur territoire. Il faut comprendre que les Flamands vivent sur leur territoire, mais nous, les parasites, nous vivons dans des réserves. Nous n’avons pas le droit de nous dire parasiter quand nous nous faisons squatter par des Hollandais ou des Flamands qui raflent tout ce qui se vend dans nos campagnes. Par contre les Flamands, Hub Broers dans les Fourons donne l’exemple, vident les maisons collectives insalubres des Wallons qu’elles contiennent pour y mettre une fois assainies exclusivement des Flamands.
Comme on ne peut vider Bruxelles-Hal-Vilvorde des parasites francophones (ils sont trop nombreux et le génocide qui serait la seule solution, n’est pas pour le moment envisagé) il n’y a plus qu’à naturaliser Flamand la race inférieure de francophones. Seulement voilà, Di Rupo l’a maintes fois souligné, le francophone est un être inculte qui ne sait pas parler flamand.
Ce n’est pas que le francophone soit bête, non, il ne le peut pas parce que ses cordes vocales l’en empêchent. Le pourrait-il que même raisonnablement bilingue, les Flamands sentiraient la moquerie sous l’accent rocailleux. Nous ne serions que des imitateurs indignes de la Terre flamande !
Par contre le parasite wallon n’a pas le pouvoir de dire pareillement qu’un Flamand francophone écorche notre langue, pour la bonne raison qu’ils l’écorchent tous, si bien qu’en tant que parasites, Di Rupo nous recommande de parler le français comme les Flamands, afin que nous leur soyons sympathiques.
Bien sûr il y aura la scission, bien sûr que nous serons baisés, n’est-ce pas le destin du parasite de tomber un jour à bas du cheveux gras auquel il s’agrippe, quand ce n’est pas des poils pubiens, au moment où le surhomme secoue Frida la blonde si fortement que nous, les morpions, nous nous retrouvons sur la carpette parmi nos frères acariens.
Puce, pou ou morpion, Di Rupo est les trois pour les Flamands tant qu’il n’aura pas trouvé le moyen de nous mettre dans le sac de DDT entre Hal et Vilvorde.
Sa mégalomanie et sa peur de tomber du cocotier belgicain sont telles qu’il faut lui faire confiance, il va trouver.
C’est comme un besoin qu’il a, notre parasite en chef. L’humiliation le fait jouir ! Plus on l’humilie, plus il jouit. C’est sa nature à cet homme-là, mi Mazarin, mi Henri III.
La scission réglée, l’Europe escamotée, il restera la reconnaissance de sa présidence au PS comme faisant partie du patrimoine de l’humanité, quelques signatures du parti frère et quelques chômeurs SP à convaincre. Une affaire de jours, on vous dit.

2 mai 2005

Un sacré enfoiré de patron !

Michel White, voilà un nom qui devrait passer à la postérité. C’est le premier petit patron vraiment européen. A Bruxelles, l’Haut-lieu espère qu’avec l’Europe, il y en aura d’autres de ce calibre.
Jugez plutôt.
On apprend vite sur le tas à manipuler les lois et règlements pour jouer les grands expert, forts d’une faiblesse réelle des syndicats au niveau des petites boîtes et de l’encouragement Bolkestein.
C’est le cas ces temps-ci pour l’entreprise Sem Suhner de Schirmeck (Bas-Rhin), spécialisée dans la fabrication de bobines électriques. Ces battants ont proposé à neuf salariés licenciés un reclassement en Roumanie pour un salaire de 110 euros brut par mois et 40 heures semaine !
Retenez bien ce nom, celui qui se dit PDG de cette boîte s’appelle Michel White… C’est le fils à papa type. Le vieux se casse, le fiston prend la relève. C’est classique. Il aurait fait chanteur comme Tapie avec un nom pareil, on n’en aurait pas été surpris. Mais non, c’est un dur à cuire, un personnage de Balzac… un entrepreneur !...
Il faut le faire. Roger Mené doit être jaloux de la performance, lui qui n’a pas son pareil pour mettre en évidence le souci des patrons de PME de rentabiliser leurs coups fourrés.
Tout y est : la petite boîte, les bas salaires, les conditions de travail déplorables, un patron au cul du personnel pour chronométrer les poses pipi, le genre de petit bagne à l’état pur que nos grands génies de l’emploi en Belgique voudraient implanter dans les zones de misère intense qui s’étendent aujourd’hui en périphérie des villes wallonnes.
Si Michel White, le gus de Sem Suhner a proposé cette décentralisation sans rire, c’est qu’il y était astreint, le petit finaud. Comme un journaliste lui demandait si ça l’intéresserait d’y aller, lui, en Roumanie, afin d’y gagner 110 euros par mois, il n’a répondu que par un demi sourire. Qu’est-ce qu’il en a à foutre de cette décentralisation qui n’est là que pour satisfaire à une exigence administrative ?

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On n’a pas pour l’instant d’indication des liens qui unissent Sem Suhner et la société roumaine qui engagerait ses licenciés. Mais on se doute que le cosmopolitisme qui joue de plus en plus un rôle dans la gestion des affaires, tant en Belgique, qu’en France, peut dorénavant permettre des maquereautages d’Etat à Etat. Si ça se trouve, le commanditaire de Suhmer est Pakistanais, un administrateur chinois veut alimenter une succursale de Bucarest en Bobine électrique et ce beau monde ne sait même pas que le PDG de Schirmeck, un Européen moyen du nom de Michel White, fils de l’autre White, fait de l’humour à 100 euros sur le dos du personnel. Notez que si le coup avait réussi, le mec aurait certainement été félicité par le patronat unanime.
C’est comme si Mené montait une fabrique de chaussure en Papouasie occidentale avec le matériel démonté d’une PME de Dison en faillite bidonnée et proposerait au FOREm une décentralisation de quelques Longues-durées, à Islamabad avec un salaire en roupies pakistanaises qu’un mancheux du pied de la rue Saint-Gilles chierait dans la main du donateur plutôt que d’accepter de tendre son gobelet..
Et il faudrait que je vote « Oui » à une merde pareille !
Quand même l’enfoiré qui a fait cette proposition indécente s’est défendu d’y voir malice.
"Nous sommes dans un domaine de sous-traitance concurrencé par les pays de l’Est et l’Asie, à des coûts défiants toute concurrence. Nous sommes obligés de fabriquer à bas coûts sinon nous n’avons pas de commandes, donc nous avons été contraints de licencier 9 salariés", a expliqué le PDG de l’entreprise, White fils de l’autre. "Nous avons créé une cellule de reclassement pour chercher des emplois dans la vallée de Schirmeck mais les autres entreprises ont aussi des difficultés. Seul notre partenaire roumain a accepté de les prendre", a-t-il continué. "
110 euros par mois, c’est certes 30 euros de plus que le salaire minimum roumain, mais c’est une proposition scandaleuse, qu’ils ont tous refusée", a dénoncé Alain Brignon, secrétaire général de la CFDT métallurgie du Bas-Rhin. "Je comprends parfaitement leur point de vue mais vous devez comprendre que ça a été difficile de se séparer de ces salariés compétents", a commenté M. White. "Notre partenaire roumain a fait cette proposition et chaque personne est libre d’accepter ou non", a-t-il ajouté, assurant qu’il n’avait pour l’instant reçu aucune réponse, positive ou négative. (humour toujours)
M. Brignon a précisé que les salariés concernés n’osent pas témoigner au grand jour avant d’avoir touché leur prime de licenciement. L’un d’entre eux a malgré tout envoyé une copie de la lettre de la direction à l’hebdomadaire Marianne, qui a révélé l’affaire.
Aux dernières nouvelles, le ministre des finances du gouvernement Raffarin a décidé d’ouvrir une enquête, des fois qu’en plus Michel White aurait des faiblesses comptables !...
La voilà bien l’Europe au miracle transcontinental, absolument compétitive d’après « nos bienfaiteurs » au premier rang desquels on peut citer les directions de la FEB et des PME, relayées par le personnel MR le plus dévoué qui soit, Reynders, les Michel, Kubla, et consort. Ah ! la fine équipe, même si l’entrepreneur scandaleux est français, nos gens sont aussi capables de tout.. Avec eux, on en est sûr, nous formerons bientôt nos Michel White aux dures réalités du marché. En cherchant bien et si les langues se délient, on en a déjà…
Une suggestion : pourquoi notre ministre du travail ne proposerait-il pas un poste de consultant à Michel White ?
Et on s’étonne que les gens n’en veuillent pas de cette Europe là !

1 mai 2005

Le muguet au bois d’Hornu !

Les nerfs d’acier qu’ils doivent avoir nos élus en ce moment !
Sauf Anne-Marie Lizin qui s’en fout et fait ce qu’il lui plaît, et Marie Arena toute heureuse de ne plus être la vedette avec son bureau à 300.000 euros, tous les autres broient du noir.
Di Rupo, à cause de Bruxelles-Hal-Vilvorde, capitulera sur ce dossier quelques jours après le Premier mai, le temps de faire les discours musclés d’usage à ses fidèles ébaubis.
Comme au muguet de mai 1940, l’ennemi flamingant, nous dit-on, ne passera pas… pour un peu les panzers défilaient derrière le dernier drapeau rouge. Ils avaient déjà une de ces visions, les socialistes d’alors…
Discours en mai…
Travail mal fait.
Et pourtant, il faut y aller, grimper allègrement l’estrade… prendre des poses, avoir des mines satisfaites au kiosque d’Avroy comme à Hornu… redynamiser les « camarades » !
Les pointures cette année prennent le car pour le Grand Hornu, question de fêter les 120 ans de l’Old Pink Party. On se demande si les consignés obligés de rester au kiosque seront nombreux Peut-être, dans le fond, sera-ce plus intéressant ? Qui sait : on peut rêver !
Tourments suprêmes pour tout le monde, pas que l’Europe : Bruxelles-Hal-Vilvorde, ARCELOR, et j’en passe… rien qu’à envisager l’avenir du parti… pardon, de la Wallonie… le drame que ça va être ! Si ça se trouve, c’est la foule qui va encourager les batteurs d’estrade…
C’est pas de jeu, le monde de l’industrie devrait comprendre que la « gauche » a mangé son chapeau plus d’une fois pour lui ! Allons la FEB un bon mouvement, que Di Rupo puisse parler d’un bon bilan porteur d’avenir, comme il le dit parfois si bien, qu’en bas de l’estrade, on écrase une larme. Même Raminagrobis Mené serait le bienvenu, une bonne annonce, quelques embauches et pas que des techniciennes de surface, et voilà l’euphorie possible et pas qu’à coup de Blanche de Namur...
Du côté des faux « travaillistes », les Michel avaient voulu leur muguet bleuté au MR, mais sous tente à oxygène, avec buvette au fond. Qu’est-ce que leur bidouillage va devenir sous Reynders ? De sa dunette de capitaine aux dents longues du Grand Hornu, Di Rupo va les avoir à l’œil, ainsi que son « ami » le bourgmestre de Liège, si ce dernier était élu à la fédération liégeoise du PS fin du mois, il pourrait lui faire de l’ombre et l’homme du Sud, n’aime que le plein soleil.

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120me ou pas, ce premier mai, c’est la cata… maudit Premier mai !...
Pas l’ombre d’un regain, d’une chance, d’un soupir d’espoir ; même le référendum qu’on n’aura pas reste sur l’estomac, d’autant que le « non » grossit dans les cœurs militants.
« Rendez-nous notre Europe du Charbon et de l’acier, notre Benelux, nos salaires qui progressaient, et nos 5 % de chômeurs » crient la foule.
Et les gens ne comprennent pas qu’au moment où les techniques font tenir en l’air le plus gros avion jamais construits, au moment où les systèmes de production boustés par des personnels hyperqualifiés produisent sans désemparer ce qu’il y a de meilleur et à profusion, au moment où les PDG et les politiques sont archi bien payés, voilà que le progrès n’est pas pour tout le monde !
C’est ça qu’il faudrait expliquer aux militants sous le kiosque à Liège et au Grand Hornu.
Quelque part, quelque chose a foiré… des appétits, des intermédiaires, une centralisation excessive, une concurrence qui n’en est plus une quand le marché d’un produit se résume à un seul producteur, l’Europe enfin, avec sa technique des vases communicants où au lieu que ce soient les salaires les plus élevés qui tirent les autres vers le haut, c’est le bas niveau qui aspire l’émergé !
Sinon, qu’on nous dise au moins que la misère qui s’installe et prend du galon, sert à diminuer la misère des sous-continents. Eh bien ! même pas ça. Tout le monde s’appauvrit. C’est à peine croyable, tandis que les communications pourraient soulager dans les coins les plus inaccessibles les infortunes les plus criardes, c’est le contraire qui se produit ! Les gros porteurs raflent plus facilement les dernières richesses, brassent des travailleurs faméliques !...
Décidément que dire au premier mai !
Plus on lit dans l’avenir comme dans un livre ouvert, plus on perçoit les calamités que notre gabegie et notre imprévoyance précipitent, moins on se sent capables d’y faire face.
Pas mal de gens se demandent à présent si on n’a pas enterré trop tôt le communisme ? S’il n’y avait pas moyen de l’amender ? Si dans les faits il avait tort, au moins sur le papier Marx avait raison. Tandis que la chose capitaliste qui nous domine aujourd’hui, plus on avance, plus on s’aperçoit qu’elle a tort dans les faits et sur le papier.
C’est un zéro sur toute la ligne. C’est ça la nouveauté de ce premier mai 2005. Le zéro !...