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PS entre deux chaises

Il y a sans doute plusieurs socialismes, comme le libéralisme a, au cours de son histoire, revêtu plusieurs aspects. Il y a le socialisme des corons de 1900, en passant par l’anti paternalisme de l’entre-deux guerres. Quant au libéralisme, il en est en 2006 à la quintessence de l’égoïsme sous prétexte d’efficacité, et responsable de millions de chômeurs. Et peut-être bien que sans sentiment, ni état d’âme, est-il le plus performant, mais en même temps le plus inhumain.
Le libéralisme a pris un tournant crucial à la fin du régime soviétique. Il s’est radicalisé. Sans la forte opposition des Républiques de l’Est, il s’est lâché. Sa logique a de quoi effrayer. Nous ne sommes qu’au début d’une marche aux abîmes.
En fin de compte, c’est le socialisme qui m’intéresse.
Le socialisme s’est toujours senti mal à l’aise dans des habits de domestiques. Il vaut mieux que l’image de godillot de l’économie privée qu’il donne aujourd’hui.
Aussi curieux que cela puisse paraître, je n’ai jamais douté qu’il quittera le ponton à temps. Je suis comme Rosa Luxembourg qui pensait que « renoncer à la lutte pour le socialisme, c’est renoncer en même temps au mouvement ouvrier et à la démocratie elle-même. »
Les coucheries avec le capital ne sont le fait que de quelques chefs dévoyés, de quelques ambitieux qui ont oublié que le socialisme, c’est d’abord le collectif.
L’avatar de Charleroi est là pour nous rappeler que l’argent corrompt.
Il a fallu que ce soit un CDH, Jacques Etienne, futur bourgmestre de Namur, qui rappelle lors d’un débat télévisé que les corruptions ont toujours existé et qu’elles sont inscrites dans la nature de l’homme, d’où une protestation générale des experts d’université, des socialistes et des libéraux. Et pourtant, c’est lui qui a raison et il est dommage que ce ne soit pas un socialiste qui l’ait dit.
Hélas ! le socialisme est représenté aujourd’hui en Belgique par des hommes qui le dénaturent. Ce n’est pas évidemment ce socialisme là que je défends. Et cependant je me sens plus proche d’un Di Rupo que d’un Reynders.
Alors que tous les dirigeants de cette démocratie n’ont d’autres mots en bouche que ceux qui se réfèrent à elle, ils finissent toujours par n’en faire qu’à leurs têtes, selon une politique qui n’est presque jamais en concomitance avec les sentiments de l’électeur. S’il y a bien dans le déroulement des faits un concept bafoué, c’est bien celui du suffrage universel. Et comment en serait-il autrement ?

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Les libéraux ont entraîné les socialistes à considérer l’ordre mondial capitaliste comme incontournable. Tous les partis de pouvoir poursuivent à peu près la même politique. Qu’une majorité de citoyens décrète par un vote de sortir du système prépondérant, croyez-vous que cela se pourrait ?
Absolument pas. Les politiques feraient le gros dos, traîneraient les pieds et, comme on verra resurgir le projet de la Constitution européenne, plus rapidement encore tous conviendraient que ce vote est insensé et qu’il est inapplicable.
Autrement dit, en n’étant pas dans l’opposition d’idées, les socialistes au pouvoir renient leur principe et n’obtempèrent pas pour autant au suffrage universel ; alors qu’ils devraient s’opposer à la catastrophe qui se prépare en offrant d’autres solutions que celles de se ramasser derrière le diktat industriel, comme sait si bien le faire l’Europe et l’Amérique, même si leurs propositions ne seraient encore qu’utopies.
C’est Renan qui met à mal l’illusion du suffrage universel : « Si un homme instruit, au terme de 30 ans de travail arrive à déterminer le système social parfait et que la compréhension de celui-ci demande plusieurs mois à des hommes aussi instruits que lui, je lui souhaite bien du plaisir pour le faire ratifier par un vote du peuple. »
Le socialisme dans l’opposition contre le capitalisme était innovant, créateur d’espérance. Il n’est plus qu’un parti comme les autres aujourd’hui. Et cela me navre
Avait-il besoin d’une majorité pour combattre une injustice ?
Il s’en passait très bien. Et une fois le peuple persuadé, il ne s’en portait que mieux.
J’ai toujours pensé que la démocratie dite représentative n’est pas une vraie démocratie, écrit le philosophe Cornelius Castoriadis. Dire : quelqu’un va me représenter pendant cinq ans de façon irrévocable, ça revient à dire que je me dévêts de ma souveraineté en tant que peuple.
Entre Renan qui ne fait pas confiance à l’intelligence intuitive de l’électeur et Castoriadis qui rêve d’une compétence générale à s’autodéterminer, il y avait place pour un parti socialiste volontaire, luttant contre le bourgeoisisme insensé qui s’est emparé de l’électorat laissant la voie libre à la mondialisation de l’économie capitaliste.

Commentaires

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