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Scénaristes en couple en quête d’auteurs.

- Yvonne, mon chou, arrête de mouler tes petits pâtés de terre. T’exposes demain !
-Demain ! Mais, c’est la fin du monde. Je ne suis pas prête !
-T’as choisi la date, réservé la salle, payé les guignols de l’entrée, commandé les saucisses et fait venir Cri-d’Amour pour préparer les toasts dans l’abat-tout, derrière le musée de l’Art vivant et néanmoins contemporain de Merlu-les-Bains !
-Nous les artistes, c’est comme ça que nous sommes. Je remets.
-T’es malade ?
-Non, pauvre andouille, je postpose… de toute façon, on ne vend pas et je perds ma chemise…
-Tu veux dire la mienne ?
-Et puis, j’ai reçu un coup de fil d’Evariste.
-Le charcutier ?
-Parfaitement. L’échevin de la culture universelle et régionale, charcutier de son état, sera absent !
-Ah ! pourtant tu votes pour lui… et moi, par complaisance pour toi, j’achète ses ignobles saucisses.
-Il va au vernissage de Cri-d’Amour II, au centre sportif !
-Quoi ! ta deuxième meilleure amie ? C’est une trahison…
-Non, c’est une préférence. Ils couchent ensemble…
-Elle couche avec tout le monde, celle-là !
-Si tu savais ce qu’on doit faire, quand on est artiste…
-Qu’est-ce qu’on va faire ?
-Puisque je te dis que je ne suis pas prête !
-Et la salle « au Trou malin » de Dard-Mou, qu’est-ce qu’on en fait ?
-Tu décommandes.
-Tu sais bien qu’il y a un dédit.
-Tu paies.
-Et si Dard-Mou ne nous veut plus ?
-On ira ailleurs.
-La culture à ton niveau, c’est pas facile…
-Qu’est-ce que tu veux dire ?
-… par « c’est pas facile » ?
-…non, par « ton niveau » !
-Enfin, je suis d’accord avec toi, c’est génial ce que tu fais. Mais pour tout le monde c’est de la merde ! T’es une incomprise, ma louloute… Faut dire aussi que ta matière…
-Ma terre de Bourg-en-Bresse ? Qu’est-ce qu’elle a ma terre ? C’est pas bon, la Vulcano, bijoux, dis-le ?
-On dirait de la merde !
-Pas quand elle est cuite.
-Aussi. Elle pâlit. Mais on dirait toujours de la merde !
-De la merde ?
-Oui, de malade.
-C’est un comble ! Tu m’as dit qu’elle était de première, ma Vulcano !
-C’est vrai !
-Alors, pourquoi tu dis que c’est de la merde ?
-C’est de la merde, mais elle a une qualité que la Pourprée de Trébizonde n’a pas : elle est moins chère.
-Ecoute bien, mon vieux, je ne t’ai pas choisi entre tous les autres parce que t’avais un index plus long, mais parce que t’avais du goût…
-J’ai perdu le goût ?
-Parfaitement. D’après ce que tu me dis, t’as plus de goût du tout. Je me demande, si tu l’as jamais eu… si c’était pas pour profiter de mon corps.
-Ton corps ! Parlons-en, qu’est-ce qui reste de ton corps ?
-T’as quand même vingt kilos de plus qu’il y a dix ans !
-Ah ! l’Yvonne fait de l’ironie. Je te savais pas tant d’esprit !
-Nous autres, les artistes, sommes hors du commun. C’est nous qui refaisons le monde. Ce monde immonde, en traçant le futur de la route… la route qui…
-T’embarque pas dans la longueur, Vovonne, ton truc, c’est de la poterie figurative. Tu ferais du sous Proust !

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-Moi, du sous Proust ! Tu t’es pas regardé, pauvre cocu, contrefait de la bite, miniature du pancréas…
-C’est la première fois que tu me fais « miniature du pancréas ». C’est quoi cette métaphore ?
-Faut bien que je trouve autre chose que « pauvre cocu », vu que t’es devenu insensible par manque d’amour propre.
-Bibiche j’en ai marre. J’hésite plus. T’as aucun talent Vovonne. Aucun !... Tes cacas moulés à ta mirette Vallauris, c’est de l’immondice gratuite, de la vomissure agglomérée. Ton dernier Prométhée endormi, c’est qu’un étron couché, un mec qui bande à l’envers… et pourquoi ? Parce que tu mégotes sur la glaise à 15 euros le sachet ! Tu fais petit… tour Eiffel pour fourmis, piscine pour poissons d’argent. T’es merdouille Vovonne à un point que tu peux pas savoir… et tu peux pas savoir parce que t’es trop conne pour flairer le beau, que t’as pas pour un sou d’inventivité et que t’es nase de pas savoir qu’il y a urgence à faire autre chose ! T’es amoureuse que de toi-même, ce qui en dit long sur ton manque de jugement.
-Celle-là on va la garder.
-Tu crois que c’est bon, mamour ?
-Je pense. J’ai le flair… Jean-Jean chéri. Juste un truc, pourquoi on appelle notre grande sauteuse « Yvonne » ça me gêne, puisque c’est mon nom ! T’imagines le soir de la première, quand on réclamera les auteurs et qu’on s’apercevra que je porte le nom du personnage ?
-Que veux-tu. Moi, pour trouver l’inspiration, faut que je m’appuie sur du concret !
-On va mettre en parallèle le nom du mari. Que penses-tu de Jean-Jean ?
-Mais c’est mon blase !
-…Celui qui se prend pour Flaubert et qui est une sous-merde de Houellebecq. Un trou-du-cul qui n’est pas fichu de livrer au fast-food du livre un brouet comestible. Il devrait rencontrer Yvonne dans un genre de café des Arts, rendez-vous des cabots qu’ont suivi des cours sur Facebook, pour une gueulante hebdomadaire de poèmes à la con.
-Jean-Jean, je ne le vois pas comme ça. Contrairement à Yvonne, ce type a du talent, son seul défaut, c’est qu’il ne sait pas se vendre… Si on l’appelait Alfred, comme Musset ?
-Pourquoi pas Richard, tant que t’y es ?

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