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Le porte-voix qui rapporte des voix.

Les Français en sont plus friands que nous, cependant nous ne détestons pas les débats politiques à la télévision. Nous les regroupons le dimanche. Ceux que nous avons en semaine sont beaucoup plus brefs qu’en France.
On ne pourra d’ici le 25 mai qu’en entendre davantage à l’occasion des élections et, après, lors de la délicate construction d’un gouvernement.
Mais pas seulement !
Nous touchons à un point de désillusion tel sur la politique et les faibles moyens qu’à celle-ci de « socialiser » l’économie, que nous sommes à un moment charnière de l’association entre élus et citoyens. Et ça grippe !
Les débats ont ceci de bénéfique que l’on s’y parle, même si l’on ne s’entend pas. Après, quand le dialogue n’est plus possible, c’est la violence qui prend le relais et ce n’est pas mieux. Alors, on bloque les routes, on déverse des produits agricoles sur la chaussée et on enflamme des pneus sur des parkings, quand on n’arrête pas un bus au milieu de la chaussée.
Non pas qu’il faille ignorer ces procédés violents dans la perspective d’une impossibilité de dialogue, mais encore faut-il – en principe - épuiser les recours possibles dans la confrontation des positions contradictoires.
Et c’est justement là que ça coince.
Les Élus, comme d’autres autorités, ne dialoguent pas vraiment. Ils entendent qu’après leur exposé l’auditoire admette le bien fondé de ce qu’ils disent. Toute négociation se résume à quelques concessions prévues d’avance. Autrement dit, le dialogue dans un contexte pacifique entre ceux qui détiennent le pouvoir et nous est impossible, si nous n’avions pas la menace en cas d’échec, d’exercer sur les autorités toute forme de violence appropriée.
Les parlotes à la télé ont ceci de positif qu’elles désarment a priori l’immédiateté de la violence. Ce n’est pas pour cela qu’il n’y en aura pas, mais elles sont parfois postposées.
Or, aujourd’hui, le public a l’impression qu’on dispose de lui sans lui donner les moyens de s’exprimer.
Les élus politiques qui débattent entre eux montrent l’efficacité de leurs performances verbales. Ils sont rompus à cet exercice qui leur permet de se positionner dans une prochaine élection. Ils connaissent l’ambiance des studios, les coulisses de l’Info, ils se sont affranchis d’un trac excessif, ils sont devenus des vedettes d’un show qui les nourrit.

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D’une autre sorte sont les contradicteurs, choisis au hasard d’une actualité ou par d’autres moyens que fournit l’occasion. Le combat est souvent inégal. Rarement, mais cela arrive, le petit mariolle député ou ministre rompu à l’exercice tombe sur un anonyme qui ne s’en laisse pas compter, revendique un temps de parole équivalant et sert des arguments difficiles à contredire. Qu’arrive-t-il alors ? On voit, chose étonnante, le professionnel de la télé arbitrant les débats, voler au secours de l’Autorité en difficulté et, souvent, couper le temps de parole du contradicteur.
La classe politique belge est un bel exemple de langue de bois et d’absence de dialogue. La télé ne l’ostracise pas, elle la sert au-delà de toute expression.
Résultat, l’électeur ne se sent pas compris et se désenchante de la politique.
Ce déficit de la parole politique, ce manque de «coups de gueule» venant d’en bas, alors que l’audiovisuel est foisonnant de contacts et d’occasion à débattre, est apparu très vite rassurant aujourd'hui, mais une menace pour demain, s'il devait en être autrement, tant les autorités redoutent l'expression libre d'hommes en colère.
Selon les sondages la télévision est la fenêtre privilégiée par laquelle la politique entre dans les foyers pour une séance quotidienne de propagande.
C’est donc par la télé que devrait commencer la reconquête des citoyens.

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