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Où étiez-vous le soir du brame ?


On chercherait en vain des points d’accrochages entre le patronat américain et celui, beaucoup moins homogène du reste du monde. Ce consensus inné est celui de la rentabilité maximale qui est recherchée frénétiquement par tous les hommes d’affaire.
Par conséquent, les ouvriers, qu’ils soient de Pittsburgh ou de Liège sont logés à la même enseigne.
Ainsi les métallurgistes liégeois sous la douche froide des accords sans cesse modifiés d’ARCELOR qui renie aussi facilement ses engagements que la Région wallonne oublie de s’en souvenir et ceux de Cleveland, de Detroit, de Bethlehem ou d’ailleurs sont dans des situations identiques.
On ne compte plus les fermetures et les licenciements dans la métallurgie aux Etats-Unis.
Les 56.000 salariés de LTV steel mis en liquidation en 2001 savent ce que veut dire être sans travail dans un pays qui croit dur comme fer à l’esprit pionnier de la conquête de l’Ouest et qui n’a que faire des perdants. Certains pensionnés par le système de pension d’entreprise ont perdu jusqu’à 65 % de leur salaire. La plupart se retrouvent avec une pension de 700 dollars par mois et sans assurance médicale !
Le paradoxe c’est que la demande en acier reste stable. Ce sont les sources d’approvisionnement qui se déplacent. Et ce sont les patrons eux-mêmes de la métallurgie qui ont investi dans les pays émergents, plongeant par la même occasion leurs anciens collaborateurs dans la misère.
Aussi que les travailleurs d’ARCELOR à Liège et à Charleroi ne se fassent aucune illusion sur les intentions de leur employeur.

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Un ouvrier américain dans une situation comparable à ceux qui vont perdre ou qui ont perdu leur emploi dans le bassin liégeois a tenu des propos amers mais d’une grande lucidité dans ce reportage du journal le Monde consacré à l’Amérique rebelle :
« Il y a quelque chose de détraqué dans ce pays, rapporte-t-il. On consacre des dizaines de milliards de dollars à reconstruire l’Irak et on laisse s’effondrer dans l’indifférence générale des emplois, des vies et des villes américaines. Il faut commencer ici à reconstruire une société qui se préoccupe du sort de ses ouvriers et de leurs enfants. Il faut donner le droit à la santé à tous. Pourquoi notre pays nous a-t-il abandonnés ? »
Ce témoignage pourrait tout aussi bien avoir été celui d’un gars de Seraing.
Il témoigne de la gravité des ravages d’un libéralisme sauvage, meurtrier, immoral. N’oublions pas qu’à peu de choses près, il est le même pour nous.
On croirait entendre un autre nous-même dans cette remarque d’un ouvrier de maintenance d’ISG : « Notre avenir reste en suspens. Il nous faut des investissements et de l’équipement moderne pour compenser nos coûts salariaux trop élevés. Mais qui va mettre de l’argent dans une activité aussi peu rentable, aussi exposée à la concurrence et généralement jugée condamnée dans ce pays ? ».
L’affaire serait claire et entendue, s’il n’y avait au moins un exemple d’une entreprise rachetée par son personnel et mise en coopérative et qui s’en tire cahin-caha grâce à la compréhension des pouvoirs locaux. Wheeling-Pittsburgh est une miraculée, grâce à la bonne volonté de tous et surtout des élus locaux qui ont osé sortir d’un sacro-saint libéralisme qui paralyse chez nous le MR et le PS.
C’est ainsi que dans une approche moins orthodoxe du Fric-Roi, nous aurions pu éviter la mort de la SABENA et nous pourrions sans doute éviter l’extinction définitive des feux de Cockerill. Mais, a-t-on suffisamment du caractère et de la volonté en Wallonie pour tenter le coup ? Les récents discours des responsables politiques et syndicaux du bassin montrent clairement que personne n’est prêt à relever le défi, à commencer par le ministre Kubla.

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