24 mai 2017
Compote de complotisme.

Trop d’infos ne tuerait pas l’info si nous avions suivi les cours comme il y a cinquante ans sur le sens critique et l’observation.
Là où le tri est nécessaire, nous sommes défaillants.
Hélas ! les techniques prévalent sur la dialectique, et l’école n’est plus qu’un service d’apprentissage à la botte des employeurs. La génération snowflake est née de cette nouvelle culture de la clé USB et des batailles sur le NET. Trump écrit sur twitter, ce n’est pas sans raison.
Sans culture, sans repère et livrés à la peur, plus la nouvelle est invraisemblable, plus elle paraît conforme à la vérité. Nous sommes de ce point de vue devenus vulnérables et cette défaillance n’est pas restée longtemps inexploitée par les détenteurs du pouvoir.
Parmi les plus farfelues nouvelles, triomphent les théories du complot, diverses et variées sur tout et même l’inimaginable.
Elles ont le mérite de réenchanter le monde en y mélangeant parfois le vrai et le faux afin de nous attirer dans un labyrinthe de confusion, de sorte que nous ne puissions en sortir qu’équiper de la certitude du complot. C’est ce qui les rend si formidablement vraisemblable.
Soudain les événements dramatiques prennent du sens. Les preuves abondent, le bon est trompé par le méchant, mais cela n’aura qu’un temps, juste le temps que la théorie triomphe.
Alors que la critique nous commande qu’un « doute supérieur plane sur toute spéculation » (Malebranche), la théorie du complot explique tout. Les fils de l’affaire la plus compliquée sont dénoués, la possibilité du doute évacuée. On entre dans le domaine de la foi et de la certitude.
C’est pourquoi manipulée pour nuire, notamment en matière de terrorisme, la théorie du complot est extrêmement dangereuse.

2jhdn.jpg

Daech et Al Qaida avec leurs histoires des Croisés revenus châtier l’Arabe, le diktat de la parole de Dieu ordonnant le massacre des non-convertis, autant de fables prises pour argent comptant et pas seulement que par des débiles légers. La bêtise en groupe a ceci de particulier qu’elle atteint, grâce à la foi submergeant la raison, jusqu’aux esprits les plus brillants.
« …les théories en question livrent une vision du monde et de l’Histoire où tout est en ordre ; où le hasard n’est plus. Vision confortable et rassurante qui sécurise le rapport au sens en évacuant la possibilité du doute. À très peu de frais, ces théories aident ceux qui s’en réclament à restaurer leur puissance explicative perdue. » (Slate magazine)
Maladroitement, on relaie le complotisme en se faisant inconsciemment le relayeur du faux en croyant faire de la nouvelle un objet de dérision, tout en n’apportant pas les rectificatifs du faux propagés.
Ne vaudrait-il pas mieux, puisque l’école est défaillante, se faire le prosélyte heureux de l’esprit critique, plutôt qu’ironiser sur l’absurdité d’un complot imaginaire ?
En un mot, éveiller le doute dans l’esprit des gens éduqués, pour ne pas douter des grands thèmes : démocratie, bien fondé de l’économie de marché, respect de la hiérarchie sociale issue des deux premiers. Voilà les débuts d’un scepticisme de bon aloi pour des élucubrations « plus légères », comme l’homme n’a jamais marché sur la lune ou le 11 Septembre a été voulu par le FBI !
Rendez nous les bons vieux cours de rhétorique de nos Athénées où le maître apprenait à l’élève de réfuter. Revenons aux disputes philosophiques et à l’art de ne pas prendre des vessies pour des lanternes. Vous verrez que quelques diplômes plus tard, il n’y aura plus que les humoristes sur scène à propager de la fausse nouvelle, juste pour faire rire la salle.

23 mai 2017
Libre ?...pas sûr !

J’en ai soupé de tous ces gens qui parlent en mon nom, se prenant pour les parangons de la démocratie. Je n’ai jamais voté pour eux. Si je les abomine, ils me le rendent bien. Ils ne m’ont jamais permis de m’exprimer ou, mieux encore, de s’intéresser au bien fondé ou à l’utopie de ce que je pense.
Ils ne réfutent pas. Ils profèrent des anathèmes.
Savent-ils seulement ce que je pense ? Cela ne doit guère les intéresser.
Ils devraient pourtant se méfier, ceux qui comme moi sont complètement isolés, mis en quarantaine, bannis de la société, font partie du plus grand nombre de Belges.
Est-ce que je prêche la révolte ? la haine ? Bien au contraire, j’éprouve pour l’humanité exactement l’amour que la plupart des gens ont pour l’argent, les places, le pouvoir.
Et c’est justement cela qui les travaille. Quelqu’un qui n’est pas comme eux est insolite et tout ce qui est insolite est dangereux.
Dans la vaste association des critiques, il y a de tout. Il y a des types dans mon genre et d’autres, tout aussi respectables, qu’on n’écoute pas et qui sont tout aussi banni de tout rapport réfléchi.
Voilà la cohorte populiste au tour imprévisible, capable d’aller vers Trump, Marine Le Pen, Mélenchon, Natalie Arthaud, Philippe Poutou, Raoul Hedebouw ou vers le néant, le vote blanc et l’abstention.
Qu’est-ce que cette opposition non structurée, philosophe, ignorée et méprisée, parmi d’autres oppositions carrément hostiles pour les amoureux du veau d’or ?
À se demander si je ne suis pas seul de mon groupe.
À quand une discussion générale sur la liberté, la liberté fondamentale des personnes dans une société dite démocratique ?
Est-on libre, par exemple, quand le destin plonge un ouvrier dans le cauchemar d’une chaîne de montage ?

1juju2.jpg

Si pour Descartes la liberté c’est le pouvoir de dire oui ou non, aucun travailleur assujetti à sa profession avec un patron, ne l’est.
La liberté au niveau de la conscience se définit par la possibilité de choisir.
Vous me direz, le type qui n’accepte pas les règles du travail peut toujours claquer la porte. Ce qui le retient, c’est évidemment le besoin de manger et de dormir dans un lit.
Il peut finir dans la rue et se dire libre.
C’est vrai, pour se défaire d’une pesanteur qui opprimait la liberté. Mais est-on réellement libre dans la rue ? Suspecté par les flics et les passants, tendant la main pour assurer un minimum de nourriture, saisi par le froid, par le chaud, sans parfois ne pas pouvoir se laver, se détendre, manger !
C’est être libre cela ?
Ou bien terriblement dépendant !
L’homme est libre, lorsqu’il peut réaliser ses désirs. Le tout est de savoir si ses désirs sont compatibles avec une vie sociale. Lorsqu’ils ne le sont pas, l’homme est alors aliéné, même si son aisance lui permet de satisfaire ses passions.
Évidemment pour Sartre, ce sage enseignant qui fut toute sa vie à l’abri du besoin, a l’exigence facile. La liberté s’expérimente par tous les bouts et dans toutes les situations. On est ce qu’on se fait. L’homme est responsable de tous devant tous.
À condition d’être né libre de penser et libre de manger à sa faim ou jeûner si on le souhaite.
Placé dans des conditions misérables, pour ne pas trahir la pensée sartrienne et respecter son libre arbitre, le peuple n’aurait plus que l’alternative de l’insurrection ? Tout seul à brailler dans la rue, c’est un énergumène, avec cent mille autres, c’est une révolution.
Toutes ces spéculations montrent à l’évidence que nous ne sommes pas libres.
La société dans laquelle nous vivons n’est pas une société émancipatrice et propice à conforter toutes les libertés. Son système économique les restreint, au contraire. Par l’effet de concurrence entre les hommes, elle crée une pression de stress pour la multitude et de grands profits pour un petit nombre.
Comme on ne peut dissocier la liberté politique de la morale, la transgression consiste à baptiser « moraux » tout ce qui ne l’est pas ? à cause du système économique qui règne en maître sur toute la planète.
La démocratie a ainsi secrété depuis deux cents ans le principe que Trump emploie depuis trois mois et qu’il croit avoir inventé « la vérité n’est objective que si je le veux. La seule morale fréquentable, est celle qui respecte mes intérêts. »

22 mai 2017
La fauche à tous les niveaux.

Est-ce parce que les citoyens étaient certains que leurs mandataires étaient au-dessus de tout soupçon ou tout simplement que les lois ont été votées par les intéressés eux-mêmes, mais la volonté de répondre de leurs actes n’est pas ce qui brille le plus chez nos parlementaires et ministres.
Les responsabilités morale et sociale leur échappent.
Poigner dans les caisses, se goinfrer de mandats, user de leur autorité pour satisfaire des besoins personnels, s’offrir des arrhes monstrueuses pour prix de leur talent d’avocat, quand ils ont par ailleurs les moyens par leur autorité de faire pression sur les lois et les hommes, tous les jours on en apprend de raides, et encore on ne sait pas tout, il y a en plus les affaires qui ont réussi et dont personne n’entendra jamais parler.
On peut dire que dans le genre, c’est une réussite et que pour être foireuse, la démocratie bat des records.
Longtemps on a cru que pour leur éviter la tentation et les prémunir de l’envie de tricher, bref, pour les empêcher d’être malhonnêtes, le législateur (c’est-à-dire eux) avait prévu de les pourvoir de bonnes indemnités, de larges facilités et de largesses discrétionnaires.
Ainsi, l’aisance volant au secours de la morale la fortifiait ! Ils étaient parés pour rester purs et durs durant leurs mandats.
Tu parles !
Le livre des concussions, des trafics d’influence, de vols aggravés, de faux et d’usage de faux, des iniquités diverses et des entraves aux lois, devrait être écrit ! Ce serait un bestseller.
Parce qu’une affaire chasse l’autre, on ne se souvient plus trop de celles qui ont leur dossier plein dans les années antérieures.

1jhza1.jpg

On se souvient à peine de l’affaire Kubla. On tombe de haut pour le moment dans la saga des Intercommunales wallonnes, la dernière à Charleroi, pourtant une ville remise sur le bon chemin par un nouveau Robespierre, l’affaire Chodiev qui revient de loin en loin, de De Decker on passe à Reynders, sans plus très bien savoir qui est l’auteur de quoi… On bute sur la présomption d’innocence, l’arme absolue qui ne couvre que les riches et les procéduriers.
Faire traîner une affaire dix ans est un gage de blanchiment complet. Le tribunal devient alors un bain de jouvence. On s’y plonge le plus longtemps possible et on est pardonné.
Parfois, tout n’est que soupçon, les traces anciennes étant disparues et les témoins morts ou achetés.
Nos grands hommes d’État ont une vision réductionniste de la responsabilité qui est hallucinante. Ils ne démissionnent même plus lors de leur connerie en matière de gouvernance, pourquoi démissionneraient-ils quand ils plongent les deux mains dans l’océan de l’aisance grâce à l’argent public qui leur paraît être le leur.
Il y a bien toujours quelque part une interprétation d’une loi ou d’un règlement qui leur donnera raison.
On sait que la démocratie est un terrain propice à la manipulation. C’est le bonneteau du responsable, c’est pas moi, c’est l’autre ! Vous avez une chance sur trois de trouver l’as de pique. En réalité, vous ne le trouvez jamais.
Comment voulez-vous, que les auteurs de ces petits vols, parfois légaux, soient responsables ? A fortiori, la pollution, les génocides, la faim dans le monde… vous pensez bien qu’ils s’en fichent, autrement ça se saurait et se verrait dans leur manière d’être.
Quand on dit tout le monde est responsable, cela signifie personne. Du milliardaire qui dort sur son tas d’or qui pourrait nourrir un million d’enfants, à un surdoué d’une intercommunale qui prive par l’exagération de sa rémunération des pauvres de sa région des diminutions certaines en matière d’eau, d’électricité et de gaz, tous gardent l’âme légère et le front serein.
Lutter contre les inégalités tout en soulageant le trésor public de leurs notes de frais ? Vous voulez rire ? Le système n’est-il pas générateur de différences et d’injustices, pour qu’il prospère ? N’est-ce pas le moteur de l’économie ?
Certes, il nous incombe aussi des responsabilités dont nous nous fichons, cela va de la crotte de chien, à la désinvolture dans le tri des déchets dans les poubelles.
Elles touchent plutôt une certaine forme d’incivisme. La capacité de nuire de l’incivisme provient du nombre d’irresponsables.
C’est plutôt limité par rapport à la catégorie au-dessus, celle des grands truands qui se la pètent sur RTL en interviews people. Leurs effets de nuisance sont de loin supérieurs à la méconduite et à l’incivisme des rues, surtout par leur grande diffusion par l’exemple. Et on peut dire en Belgique que le mauvais exemple vient de haut.

21 mai 2017
L’excès… un métier !

L’excès est dans tout, parce qu’il est dans l’époque et que tout en est imprégné.
On le comprendra mieux si l’on compare la TVA, à cette réflexion de Renan « Il n’y a pire injustice que celle qui consiste à traiter également des choses inégales ».
Il paraît qu’on ne sait plus rire en groupe qu’aux plaisanteries de Hanouna, et qu’il faut une bonne dose d’alcool dans le sang pour chanter une chanson de Sébastien.
Nous nous endormons après dix minutes de lecture d’un chef d’œuvre, mais nous sommes imbattables pour faire savoir que nous le connaissons, les plus menteurs diront qu’il est leur livre de chevet.
On dirait qu’Aristote n’ignorait rien du mental de l’homme politique pour écrire « Qui chérit à l’excès, sait haïr à l’excès », sauf qu’il ne savait pas que ce monde là survit grâce à l’extrême prudence dont il faut savoir faire preuve, sans laquelle toute cohabitation est impossible.
Nos illustres sont des excessifs de l’ombre. Leur seule témérité reste la lettre anonyme, le bruit qu’ils font colporter par d’autres et l’art du bon mot comme venant spontanément à la bouche, alors qu’ils y avaient pensé la veille en se couchant.
L’excès en tout est un défaut, dit sentencieux, Mark Eyskens, qui visait les extrêmes, en oubliant que l’on peut aussi être extrêmement bête, tout en étant centriste, ce qui est aussi un défaut, bien que n’étant pas placé aux extrêmes.
C’est assez surprenant que pour illustrer cette époque faite d’excès, l’homme politique s’efforce à être aussi neutre qu’il le peut, sauf quand il croit tenir le bon bout, surtout en période électorale.
Même si les mesures qu’il propose dans l’euphorie d’une victoire électorale sont excessives, qu’on se rassure, elles ne seront jamais tenues.
Il y a ainsi un excès dans le mensonge et le laxisme qu’il n’assume pas.
Trump n’a pas inventé le discours trompeur et l’affirmation du contraire d’une vérité. C’est Hermann Goering affirmant à Hitler que jamais un avion Allié ne souillerait le ciel allemand. Quinze jours plus tard, Dresde s’envolait en fumée sous les bombes des Forteresses US.
C’est aussi Daladier descendant d’avion après une entrevue avec le chancelier qui annonçait aux gens ce qu’ils voulaient entendre, à savoir qu’une paix longue et durable allait régner entre les deux pays. Six mois plus tard, la ligne Maginot était contournée et l’armée française ridicule.

1mqap2.jpg

On ne croit que ce que l’on veut entendre. Les excès de langage sont de loin plus facilement crûs que des vérités dites d’un ton plat et sans relief.
Chomsky était partisan d’un fanatisme bénin. C’est difficile d’être excessif avec modération. Pourtant nous avons en Belgique les trois quarts des stars politiques dans un excès immodérés. Ce sont tous ceux qui se sont succédé dans les votes leur assurant tant d’avantages et de traitements, qu’on voit bien la difficulté qu’ils ont de revenir en arrière à propos du cumul, des rémunérations simples et complémentaires, des immunités et des avantages tellement variés qu’on s’y perd.
C’est que voter ces avantages, sinon eux, tout au moins leurs grands ancêtres, et revenir dessus, c’est se déjuger.
C’est quand même le regretté Desproges qui aura le dernier mot, bien après son dernier soupir « Les deux tiers des enfants du monde meurent de faim, alors que le troisième tiers crève de l’excès de son cholestérol.