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L’université se réveille ?

Enfin une étude intéressante dont ferait bien de s’inspirer les ineffables Maroy et Gadisseux, comme Domino de mon-moulin-à-paroles, pour un dimanche un peu plus relevé que les autres.
C’est Le Soir qui la mentionne et qui, par conséquent, remonte dans mon estime.
« Un Belge sur sept a un job « indécent »
Ce n’est évidemment pas un scoop, puisque presque tout le monde, à part quelques énergumènes du MR, est au courant ; mais, ça fait tout de même plaisir que ce scandale permanent soit enfin dénoncé par des gens qui ont l’oreille de nos dirigeants.
On a toujours une certaine tendresse pour ceux qui disent quelque chose de sensé. Pourtant, la première surprise vient du rapport de 1 à 7 de nos chercheurs. Par quel calcul et quel sondage est-on arrivé à déterminer ce rapport ? On nous dit bien que l'étude, qui se greffe à un projet européen, porte sur 4.000 Belges. Le tout est de savoir comment on les a sélectionnés, sur quels critères et quelles sont les questions qui leur ont été posées ?
Si j’écris cela, c’est que je lis des rapports qui ont trait à la « mauvaise vie » impartie aux travailleurs de notre temps, par des philosophes, des économistes et certains journalistes qui travaillent plutôt pour Marianne et Libération que pour RTL, bien avant la « découverte » des chercheurs actuels de nos universités. J’ai l’impression – mais ce n’est qu’une impression – que le rapport de 1 à 7 devrait être plus élevé.
Enfin, ne chipotons pas. Même si c’est enfoncer une porte ouverte, c’est bel et bien dans le Soir qu’on a pu lire : « Une équipe d'universitaires belges vient de publier une enquête approfondie sur les conditions de travail dans le pays. L'étude ne stigmatise pas des métiers, mais des conditions de travail dégradées dans certaines professions plus souvent que dans d'autres. »
Le Soir poursuit : « Selon les chercheurs, 14 % des Belges ont un emploi “indécent.” Il s'agit d'un travail qui cumule les critères négatifs : des tâches répétitives simples dans un environnement de travail risqué, pas de pouvoir de décision, pas d'autonomie d'exécution des tâches, des bas salaires, des opportunités de carrière nulles et des contrats à durée déterminée et à temps partiel. Il s'agit essentiellement d'employés et ouvriers de services aux particuliers et de la vente : réceptionnistes, coiffeurs, esthéticiennes, infirmières dispensant des soins rudimentaires, personnel des entreprises de nettoyage, caissières, etc. »
C’est un peu ce que je craignais, on a sélectionné parmi les professions celles qui sont dégradées et dégradantes parce qu’elles sautent aux yeux.
Devait-on ignorer toutes les autres et se demander ce que cache comme résignation et le sentiment d’une vie perdue, des situations apparemment épargnées ? Immédiatement viennent à l’esprit les enseignants, du secondaire surtout, et les employés de banque. Dans ce dernier domaine, il y a de plus en plus de personnels qui se désespèrent, à la merci d’une fusion restructurant, manipulant, dégradant les conditions de travail. Depuis 2008, les patrons y ont de moins en moins la cote.
Pour peu que vous connaissiez un employé de banque dit de « guichet », posez lui donc la question de l’intérêt de son travail, et vous serez surpris – s’il est sincère – de sa réponse.
Beaucoup d’enseignants également voient toute initiative interdite. Le programme imbécile élaboré par des cuistres du Ministère corsette les enseignants dans une routine produisant son content de cancres. Le climat est ravageur d’un moral au plus bas et rend le travail on ne peut plus pénible, vu l’environnement déjà fort hostile.
Ce qui est gênant dans cette étude, c’est que l’on n’aborde pas le problème du travail de manière générale. Il serait intéressant de faire le point sur sa philosophie et quel rapport il y a entre le sentiment d’une dégradation constante des conditions de travail et l’évolution du système économique. Par exemple, cette mise en compétition des rendements et des salaires entre le Sud réputé « pauvre » et le Nord réputé « riche ».
N’y a-t-il vraiment rien à dire du machiavélisme des grands managers qui délocalisent pour leur seul profit, dégradant ainsi des milliers d’emplois, rendant le travail pénible et mal payés ?

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Travailler en 2012 par rapport à travailler en 1900, le constat est sévère : les progrès scientifiques et mécaniques n’ont pas tellement profité à la population.
Les chercheurs du rapport ont oublié de tenir compte de la « résignation » généralement répandue.
Le temps libre, les vacances, les 40 heures ont été des facteurs qui ont dessillé les yeux. De moins en moins de gens coupent dans les bobards de la liberté par le travail, de l’émancipation des masses, etc.
Tous les êtres humains sont faits d’autonomie, d’autogestion de soi, chacun possède un don qu’il devrait pouvoir exploiter comme l’esthète riche qui a, par le pouvoir de l’argent, le droit d’exposer le sien en vitrine, en qualité d’œuvre d’art.
Le travailleur n’a pas la notoriété d’un Houellebecq qui gagne le Goncourt avec une merde sans nom copiée à 60 % dans WikiLeaks, « La carte et le territoire ».
Bannissons les discours tous faits, les grandes envolées. Osons enfin parler vrai. Ce sera déjà un merveilleux commencement.

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