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Surenchère américaine.

En attendant le futur monde, les spéculations sur les masques médicaux vont bon train. Tout le monde en manque et tout le monde en veut ! Confusion générale, c’est la ruée sur un produit. Charles Michel aurait adoré le dynamisme de la demande, s’il ne devait feindre le contraire au sommet de la pyramide, afin de montrer l’exemple. Reynders se serait refait une santé au récit de ces gros et gras américains courants sur les tarmacs des aérodromes chinois, offrant deux ou trois fois le prix négocié, afin de rafler les cargaisons de masques commandés et destinés à des petits pays de l’Union Européenne. S’il ne devait faire semblant de trouver cela honteux, Didjé y aurait vu, au contraire, l’application parfaite de l’économie libérale au plus offrant.
Cette médiocrité morale des faussaires et des escrocs qui nous dirigent peut-elle du jour au lendemain, grâce à un autre son de cloche, redresser les cœurs et retremper les âmes dans l’amour du prochain ?
Allons !... malade de la peste libérale, on ne s’en remet pas si vite. L’économie actuelle, c’est comme l’addiction au tabac. Le sevrage est parfois lent et susceptible d’échec.
L’économie actuelle, dont la vision de ces américains les poches bourrées de dollars ne sera pas la dernière, a quand même permis une certaine diffusion des biens de consommation et de nourriture à une large partie de la population. Outre l’enrichissement honteux d’une poignée d’individus, l’irritant de la chose est encore l’espèce de sens moral qu’il a fallu coller sur les vulgaires manœuvres de truand à tous les étages de cette tour de Babel du vol, de la prévarication et de l’appropriation par la ruse, qu’est une société « moderne ».
On peut dire que les libéraux se sont donné du mal et s’en donnent encore.
C’est qu’il fallait codifier la chose et séparer un vol autorisé d’un vol non-autorisé pour ne pas affoler la magistrature. Pour cheviller cette justice dans l’esprit des gens, un code était nécessaire, mais aussi une morale.
Vaille que vaille, des économistes d’État, des prêtres, des éducateurs, des enseignants et des philosophes ont fourni aux purs-sangs du système, tous les apaisements qu’ils ont voulu.
Personne n’est vraiment dupe, sauf chez les demeurés des écoles où le bien et le mal s’expliquent encore grâce à des images d’Épinal.
Si bien que Didjé peut repeindre les volets de sa maison de campagne les jours de vacuité, l’âme sereine et dans la peau de l’honnête homme. C’est du reste, la seule chose qu’il puisse faire à peu près correctement.
À toute situation nouvelle s’inscrit un espoir et une nouvelle vision. Le futur monde que nous voyons déjà s’ébaucher dans les discours de Macron prendra en compte les besoins collectifs indispensables qu’on tirera d’une production locale, pays par pays de l’Union européenne. Entendons-nous, Macron fait des discours pour la galerie. On sait bien qu’il n’en a jamais tenu aucun, que ce n’est pas un ordre qu’il se donne. Donc ce qu’il dit, il ne le fera pas. Ce sont les circonstances qui pousseront d’autres à le faire à sa place.

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La relocalisation des industries générera une explosion d’offres d’emplois à tous les niveaux et une logique économique hors mondialisation. Mais nous n’en sommes pas là. En Belgique par exemple, mais ailleurs ce sera pareil, il faudra que la génération Bacquelaine-Borsus vide les lieux, ce qui ne se fera pas du jour au lendemain. Ils joueront tant qu’ils le peuvent les capitaines courageux au milieu de la tempête économique. Ils sont de toutes manières inaptes à redéfinir la valeur du travail. Après la prise de conscience de la valeur d’une vie dans l’épreuve de la pandémie, il faudra d’autres caractères et d’autres formules.
C’est là notre espoir, qu’ils foutent le camp au plus vite, qu’ils débarrassent… On veut bien les voir partir indemnes et indemnisés avec leurs fortes pensions, leur prestige intact, leurs grands airs et leur faux savoir, mais qu’ils foutent le camp…
Le futur monde retrouvera le ras des pâquerettes et l’odeur du gazon et si possible, l’amour de la flânerie, opposée à l’obsession de l’homme-rentable !
Une ambition, celle de rendre possible la relocalisation, de la grande série à la pièce unique de l’artisan. À côté du néolibéralisme vacillant, prend naissance et ce en pleine double crise économique et pandémique, un autre art de vivre.
L’histoire de l’humanité ne sera pas close sur cet égout à ciel ouvert que ce système a fabriqué.

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