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Le non-sens citoyen.

L’Etat belge ne repose pas, comme beaucoup le croient, sur un système conduit par des partis en pleine forme. Nous sommes plus près d’un régime de partis exsangues, que ne le pensent nos aficionados du libéralisme.
On n’imagine pas la faiblesse de ceux-ci, leur infirmité d’un sang pauvre dans leurs veines : des états-majors sans troupes, des comités sans la base, rien que des groupes de notables locaux, quelques politiciens professionnels, sans rapport avec ce que devrait être un parti citoyen, courroie de transmission entre le peuple et le pouvoir.
La droite et le centre sont encore plus misérables en effectifs que le PS. Le parti libéral à la clientèle « indépendante » se réduit à quelques milliers de membres, poujadistes reconvertis, anciens faillis amers, naïfs économistes, vertueux gardiens du temple de la Bourse. Quant au CDh, le moins que l’on puisse dire, c’est que Louis Smal n’a regroupé autour de sa personne que quelques militants immatures, enjoués de ses borborygmes et de ses grognements gutturaux, du temps où il haranguait dans les cours d’usine ; de l’autre côté du panel, madame Simonet n’a pas fait mieux en tapant dans l’intelligentsia défroquée des sacristies de l’ULg.
L’équilibre politique ne repose plus depuis longtemps sur l’opposition de la droite et de la gauche, comme voudraient encore nous le faire croire les politiciens chevronnés, spécialistes agiles du mât de cocagne, quelques journalistes dont le gagne-pain est directement dépendant de cette croyance et quelques citoyens à qui il est facile de faire prendre des vessies pour des lanternes ; mais sur le consensus généralisé d’un dégoûtant empirisme.
Notre pays partage, avec beaucoup d’autres en Europe, une vision centriste depuis bien longtemps, même si les premiers ministres ont été tour à tour catholiques et libéraux pour la droite et socialiste pour la gauche.
Nous vivons toujours sur l’effet que fit en Europe l’élimination des Jacobins le 9 thermidor de l’an II, qui avaient eux-mêmes liquidés les Girondins des Roland, laissant la place au centre, qui depuis n’a pratiquement jamais quitté le pouvoir.
De cette qualité incolore et insipide des partis est né le centrisme.
Même l’alternance Gauche – Droite, dans le cas d’une majorité homogène de l’une ou l’autre, dans un mouvement de balancier, conduirait à une politique centriste.
C’est que la rentabilité électorale recommande aux partis de s’éloigner des extrêmes, de sorte que les antipodes soient rejetés de facto du monde des décisions.
La combinaison de la faiblesse des partis et du centrisme électoraliste restreint l’influence des électeurs sur la politique belge. C’est tellement dommageable à la démocratie, qu’il n’en reste plus que les illusions… au seul bénéfice d’une dictature libérale molle.
Dès lors, la volonté de la base se perd en chemin et ne remonte presque plus jamais au sommet. Les parlementaires ne sont plus tributaires que de quelques notables et chefs de partis. Ils deviennent pratiquement leur propre maître. C’est donc sous le couvert d’une imposture que le système des notables fonctionne depuis 1830, pratiquement sans interruption.

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La plupart des électeurs demeurent politiquement incultes et, incapables de faire des choix, ils délèguent leurs prérogatives aux grands commis qui s’en arrangent fort bien.
Il n’y a qu’à lire les professions de nos cadres avant leur reconversion dans la politique, pour être convaincu de la non-représentativité populaire au profit des professions libérales.
Ce système parfaitement cloisonné a inventé une démocratie sans le peuple, dont personne n’est ému.
Evidemment, dans cette perspective, aucun progrès n’est possible
En l’occurrence, les discours rassembleurs, en voulant unifier ce qui l’est déjà, ne font que renforcer le courant centriste.
En étendant à tous les pays de l’Union européenne cette façon de gouverner, les facteurs économiques communs ont singulièrement raccourci les marges de manoeuvre, cette situation a engendré une collaboration permanente des modérés de gauche et de droite, pour une politique calquée sur les voisins, de sorte que tout le monde pratique la même.
C’est une unification pour un maximum de contraintes dans l’orthodoxie et la foi capitaliste
Aujourd’hui, cet engagement commun a fait son travail en commençant par l’abolition de la lutte des classes, qui, toute abolie qu’elle soit, n’a en réalité jamais été aussi vive, les grands perdants étant les 25 % de la population belge qui frisent le seuil de pauvreté.
Est-ce que ce centrisme généralisé va se maintenir encore longtemps ?
Ce ne sont plus les hommes qui impriment une direction aux pays européens, mais les événements. Les disparités et les conditions de vie injuste ont moins d’influence que le cours du brut et la perspective angoissante de la raréfaction du pétrole.
Le Centrisme disparaîtra le jour où la mondialisation de l’économie et la diminution progressive des richesses naturelles auront raison du système économique libéral.
D’ici là, la race des avocats ministres et parlementaires aura encore la part belle dans un patchwork où les citoyens sont invisibles

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