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Dixit Bourdieu, distinction quand même !

Quand on s’appelle Mouyard et que l’on est MR et administrateur de la société de logements à
Tamines, on rejoint Chastel de Charleroi pour faire le décompte des gens du PS impliqués dans des affaires louches.
Ce qui ne veut pas dire que tous les MR sont des purs et tous les PS des pourris. Cela signifie seulement que les majorités absolues PS dans les communes et sociétés dérivées ont été saisies pour la plupart de l’ivresse de commander seules et de faire fi de l’idéal socialiste.
C’est une histoire vieille comme le monde. On déclame contre les riches. On rameute le populo sur les injustices. L’heureux sort vous met à la place de ceux que l’on décrie et qu’y fait-on ? La même chose que les riches, pardi ! On oublie l’humiliation collective, pour ne se ressouvenir que de la sienne propre. C’est humain, mais ce n’est pas socialiste.
Marivaux dans son aimable roman « Le paysan parvenu » n’a besoin que de quelques mots pour expliquer le phénomène : « Je voulus m’instruire des devoirs de ma nouvelle place ; mais, après un peu d’attention, je vis qu’ils consistaient à savoir placer les gens au fait, sur le zèle desquels on pût compter, et à se réserver le plaisir de recueillir et de consumer le fruit de leurs travaux. Cette méthode me parut douce et aisée, et l’expérience m’a appris qu’on s’y habituait facilement. »
Cela explique très bien les reproches que l’on fait à Michel Legros, ponte du PS, et personnage important au Foyer taminois, d'avoir utilisé très régulièrement le personnel de la société de logements sociaux et du matériel à des fins personnelles et tout cela pendant les heures de service. Mais que la grâce lui en soit faite, si Monsieur Legros s’est mal placé devant la justice, ce n’était que pour réaliser des travaux à son domicile, certes, mais encore construire des boxes à chevaux. Ce dernier détail change tout, anoblit sa cause, si l’on peut dire. Monsieur Legros est donc un homme de cheval, un cavalier, un homme du monde. De cela, évidemment, le Tribunal tiendra compte.
Et c’est en cela que la Justice belge est bien une justice de classe qui reconnaît les siens. Il est possible qu’en fouillant dans les archives, que cela soit à propos de la carolorégienne ou de la taminoise, il s’est sans doute trouvé dans la longue histoire de ces sociétés, l’une ou l’autre affaire de vol simple du chef d’un ouvrier dont le but était de se monter en matériel de construction, pour se poser la question de savoir à combien cet indélicat employé a écopé en amendes et jours de prison ?
Les préjudices étant minimes si on les compare aux faux, usage de faux, abus de biens sociaux et escroqueries, dessous-de-table, malversations, frais de déplacement exagérés et attributions suspectes de logements sociaux de ces messieurs du PS, il serait naturel que les peines encourues de cette dernière affaire fussent exemplaires et, en tous cas, supérieures au vol d’un tournevis ou d’une scie sauteuse, vu que ces délits étaient de nature à nuire gravement à la prospérité de cette belle œuvre qu’est le logis social.
Or, l’expérience du passé - on se rappelle les tribulations de certains, suite à l’affaire Cools et à la découverte d’une drôle de comptabilité à la fédération liégeoise - nous laisse rêveur quant à l’exemplarité de la Justice en certains cas.

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La Société à deux vitesses qu’annonce la passivité libérale face aux dégâts de la mondialisation de l’économie, se prolonge tout à fait naturellement par une justice à deux vitesses. Certes, ancienne pratique, l’une, de facto et comme qui dirait, allant de soi, entre hommes de cheval et l’autre, appliquée aux fâcheux de la gueuserie. On aurait pu imaginer une Laurette Onkelinx ardente au désarmement des populations, moins laxiste à l’égard de la vénerie et de la chasse à courre des gens de haut apanage, toque rose et bleue lignée, de la gentry du boulevard de l’Empereur.
Il faut croire qu’entre deux couplets de l’Internationale, l’Haut-lieu a toujours la cote et que ce n’est pas demain que Di Rupo changera de partenaires pour sa partie de bridge du café du Commerce.
C’est dommage. Encore que… ce parfum d’ancien régime n’est pas sans charme.
Si les gens bien élevés dans les Droits de l’Homme et du Citoyen, nourris à coups de citations de Jean Jaurès, investissant pieusement dans l’ex-voto à Emile Vandervelde se mettaient à boire du gros rouge sur le zinc des chômeurs et des pensionnés, où irions-nous ?
Heureusement, la lutte des classes étant absolument rayée du vocabulaire progressiste, il va de soi que la distinction ne pourrait être taxée de mépris pour les classes laborieuses. Le caviar n’est pas interdit de consommation, comme les armes de poing…

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