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Les gouffristes !

Voilà qui devrait éclairer l’opinion : aucune des Hautes Ecoles et aucun des Instituts Supérieurs de la Communauté française n’a intégré dans ses programmes de gestion et d’économie, l’étude des origines de la crise financière et économique de décembre 2008 à nos jours !
Nous formons des diplômés d’après des données qui n’ont plus cours, sur des documents souvent polycopiés dont la plupart sont antérieurs à 2005 !
Si vous avez l’occasion de coincer entre deux portes un de ces malheureux presque diplômés des Hautes Etudes, vous serez surpris de son peu de connaissances dans les matières qui sont aujourd’hui responsables de l’effondrement du système : la titrisation, la concurrence déloyale ou inéquitable, l’amalgame mondialisé des protections ou des non protections sociales, le travail d’équarrissage des coûts du travail, le poids du rendement des titres d’actionnaire dans les décisions industrielles, etc. Rien sur les subprimes, la flambée des placements toxiques et l’économie de casino, c’est à croire que ces jeunes gens viennent d’une autre planète !
L’autisme des enseignants y est pour quelque chose, mais plus encore les programmes. Marie-Dominique Simonet répond à tout ce qui concerne l’enseignement supérieur, sauf la nécessité de mettre à jour un fatras d’idées du siècle dernier sur des expériences plus vieilles encore.
Ce n’est plus de sa compétence !
Mais alors, c’est la compétence de qui ? Des patrons des banques qui délèguent quelques-uns de leurs brillants sujets ? A vrai dire, personne n’en sait rien.
Dans une Communauté française où les instances et les inspecteurs d’académie cherchent à faire porter le chapeau du désastre actuel aux enseignants, ce serait peut-être le moment de s’en inquiéter.
Pourtant, s’il en était besoin, les exemples ne manquent pas sur la crise financière mondiale et la quasi faillite des banques, sauvées in-extremis par les gouvernements des pays occidentaux. L’affaire Kerviel jugée en France cette semaine et faisant porter le chapeau des milliards de flop de la banque au seul intéressé, est-elle le signe que non seulement le monde des affaires ne veut pas aller plus loin, mais encore que les partis politiques et jusqu’aux magistrats de la justice française en sont convaincus et quasiment de connivence ?
Alors, pour les HEC, ISE, ISES et autres acronymes, c’est quoi ce qui se pratique tous les jours dans les salles de marché, la bulle internet de l’an 2000, les affaires Enron, Worldcom, etc. ? Une chaîne de Ponzi, impliquant Madoff tout seul ? Des montages de deux ou trois trader, genre Kerviel tout au plus ? ou une suite de circonstances d'un système universel maffieux de grande envergure impliquant l’ensemble du système capitaliste ?

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Comment n’a-t-on pas compris cela aux études supérieures ? Comment ose-t-on encore donner des diplômes d’une aussi mauvaise qualité à des jeunes qui n’en peuvent ?
Croit-on rendre service à la société en racontant des craques aux jeunes gens qui seront demain dans les instances dirigeantes de ce pays ?
Quand, par hasard, je tombe sur un article d’un économiste très écouté (on se doute bien que c’est de la banque qu’il nous vient) ou quand madame Darhmouch fait des mamours à une « sommité » de la finance, je me demande si je n’ai pas affaire à un bonimenteur de rue, un camelot de la Batte à Liège qui vante son article avec tellement d’exagération qu’il est impossible qu’il se croie lui-même !
Et dire que ce sont ces gens « importants » qui ont un avis sur tout et qui disent à peu près tous la même chose, qui se permettent de traiter les autres de populistes ! Il devrait y avoir un mot pour eux qui les caractériserait. Ils manœuvrent une langue de bois apprise dans les écoles. Elle est sans idée nouvelle, parfois sans idée du tout. On pourrait les appeler les « gouffristes ». Ils nous attirent vers un gouffre en nous disant n’importe quoi, par exemple : « regardez comme c’est beau le vide », et comme nous nous approchons, ils font un saut de côté et nous regardent tomber du bord du précipice.
Il paraît que le gouffrisme est très étudié dans les écoles !
Que n’ont-ils écouté le débat sur Antenne 2 de ce soir 25 octobre, entre Copé et Fillon. Même l’ancien premier ministre de Sarkozy convient qu’il se passe quelque chose. Il dit assister au « basculement du monde dans un autre ».
Au moins lui a vu que l’économie va mal. Même si ses solutions pour sortir de la crise ne sont pas les miennes, au moins a-t-il pris conscience de la gravité du moment.
Que nos écoles en sont encore à se demander comment en parler aux étudiants, on peut les comprendre. Qu’en attendant, elles se taisent, c’est la pire des solutions.
A ceux qui ne pensent qu’au fric, on pourrait les inviter à méditer sur ce qu’en dit Frédéric Dalsace (1), pourtant un des leurs « Faire comprendre que la lutte contre la pauvreté peut avoir un intérêt économique pour les entreprises ». Ne serait-ce que cet effort là de compréhension de nos Hautes Ecoles, ce serait déjà un progrès considérable.
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1. Frédéric Dalsace holds an M.Sc. degree from HEC and an MBA with honors from the Harvard Business School and both an M.Sc. and a Ph.D. in Management from INSEAD. He teaches New Product Development and B2B Marketing.

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