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L’artiste et son autre.

Le monde sombre dans le grotesque avec la chasse aux pédophiles, aux violeurs, aux hommes violents vis-à-vis de leurs compagnes, aux racistes et aux extrémistes religieux ou antireligieux.
Non pas que dans cette cohorte fourre-tout, il n’y ait pas d’êtres immondes qu’on ne voudrait pas rencontrer au coin d’un bois, mais parce que la publicité qu’on en fait est à double sens, à la fois génératrice d’exemples exhaustifs pour des esprits fêlés (1) et provocatrice chez les justiciers avec envie d’exterminer en vrac la crapule et l’innocent.
Le dégout profond qu’inspirent des gens comme Dutroux et Fourniret est légitime. Je le ressens aussi. Ils se définissent inamendables. Ils sont derrière les barreaux et c’est très bien qu’ils y restent. Inclure dans cette catégorie extrême tous ceux que l’on désigne et place sur le banc d’infamie est un piège dans lequel il ne faut pas tomber.
De là à modérer la règle de la laïcité, au nom d’une solidarité prolétarienne que l’on peut comprendre, en ignorant que le salafisme se dissimule parmi la communauté musulmane, il y a matière à réflexion sur la naïveté dont, parfois, la gauche fait preuve..
Enfin, le siècle à peine entamé fait une crise de pudibonderie en oubliant de dissocier l’artiste de l’homme et condamne par exemple le film Dreyfus, parce qu’il est le travail de Polanski, génie du cinéma, mais homme douteux dans ses pulsions et ses principes. Quatre-vingts années auparavant, il était heureux qu’on n’en fût pas encore là, sinon on ne saurait rien des livres de Louis-Ferdinand Céline, oeuvre majeure de la première moitié du XXme siècle, en ne voyant que l’individu, anti-juif et collaborateur des nazis.
Inconséquence du temps, qui nie des faits historiques comme s’ils n’avaient jamais existé et les personnages, qui y en ont été les acteurs, envolés, dissouts dans le néant. Ce n’est pas faire l’apologie d’Adolphe Hitler que de chercher l’origine et les contradictions du nazisme. À ce compte, Nabuchodonosor fut peut-être cent fois pire, qu’attend-on pour l’effacer des livres d’Histoire avec l’empire néo-Babylonien, tant qu’on y est.

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Serions-nous en 2019 aux temps de la bêtise, en même temps que des hautes techniques ?
Cette frilosité d’une époque qui se gendarme contre tout ce qui attenterait à sa sensibilité, à ses mœurs, prend une ampleur inattendue en cherchant de nouveaux « monstres » parmi des artistes morts depuis longtemps, comme si les contemporains ne suffisaient pas.
C’est ainsi qu’aux USA, une journaliste du New York Times se demandait si, au regard de ce que fut la vie de Gauguin, son goût pour des jeunes filles mineures souvent représentées dans ses peintures, l'heure n'était pas venue de ranger ses tableaux au placard !
Drôle d'époque, comme s’il appartenait à quelques-uns de n’apprécier que ce qui ne vaut que par l’apologie des bonnes mœurs. D’ici à ce qu’on interdise à nouveau Sade et remette à la mode Madame de Voillez et ses romans édifiants…
Tout ce remue-ménage diffusé des gazettes n’est qu’une affaire personnelle. Il appartient à chacun de faire selon sa conscience, sans qu’une autorité dictant notre conduite vienne exercer sa censure « pour notre bien » ?
Serions-nous nativement si amoraux que cela ?
Interdire une œuvre d'art, nier un fait historique ou le dénaturer parce que les auteurs et les acteurs ne conviennent pas aux mœurs du temps est une pratique dangereuse, un contresens absolu. Juger une œuvre d'art en-dehors de son contexte revient à s'affranchir du principe même de la création artistique, des coutumes de l'époque, de tout ce qu’a vécu l'artiste dans sa créativité.
Mais, en-dehors des réactions épidermiques toujours regrettables, n’y a-t-il pas de la part des autorités un aveu : celui d’avoir volontairement abêti le peuple, pour le rendre plus docile et, ce faisant, de l’avoir rendu incontrôlable, à la merci d’une lubie, d’un fou, d’un oracle ; alors que primitivement les autorités libérales ne le voulaient que peu instruit de ses droits et facilement manipulable pour un travail mal payé ?
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1. Dutroux dans sa prison reçoit des lettres de femmes énamourées. Michèle Martin, l’ex compagne du pédophile, ne manque pas de prétendants émoustillés par l’amazone des caves-prisons.

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