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Tu cherches quelqu’un ?

Pendant les chaleurs les viandes sont au frigo.
C’est pas toujours la joie d’être sous le soleil « exactement ».
-Tu cherches quelqu’un ?
-Pour chercher, oui, je cherche, mais pas quelqu’un…
-Tu cherches quoi, alors ?
-Un peu de fraîcheur.
-Dis tout de suite que je suis vieille ?
La conversation s’arrête. Un autre type passe.
-Tu cherches quelqu’un ?
L’autre ne répond pas. Il a compris. L’Onze est à dix pas.
Il s’en va, comme moi.
La pauvre cherche toujours…
Vu l’aspect du Onze, la clim, c’est plus cher. Quant à y aller chercher, il faut s’armer des plus beaux souvenirs pour croire qu’on va y faire l’amour.
« Les souvenirs sont cors de chasse
Dont meurt le bruit parmi le vent… »
A dix mètres de là, des Julot attablés sont écrasés de chaleur. Ils attendent que leurs marmites sortent de pression.
Je gamberge, la fille était drôlement bien faite, pas maquillée et l’air pas vulgaire, même discrète dans son « tu cherches quelqu’un »… une occasionnelle… pas la riche nature encagée dans ces foutues rues à deux pas qui sentent la pisse et le manque… plutôt une deuxième année de l’ULg qui doit payer son kot et qui n’a plus un rond… à moins… une tracassée du chtibre qui a besoin de fric pour ses savonnettes et qui, tant qu’à faire… Pour 50 t’as plus rien de nos jours…

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C’est un temps à s’éponger dehors.
Elle rame peut-être pour un des voyous en terrasse ?
D’accord, ils ont chaud, mais eux foutent rien.
« Elle se mettait sur la paille
Pour un maquereau roux et rose
C’était un juif il sentait l’ail
Et l’avait venant de Formose
Tirée d’un bordel de Shanghai »
Et puis qu’est-ce que j’en ai à foutre de la misère qui traîne ?
Depuis les hiérodules, le monde n’a pas changé.
A l’autre bout, les quais… le dimanche matin les plus travailleurs sont presque toujours des femmes. Elles crient pour qu’on leur achète les cerises qui vont tourner. Du public groggy s’échappe un halo de chaleur qui fait trembler l’image du massif pont des arches.
Quelle connerie que ce soient les mêmes qui trinquent !
Et cette malheureuse qui ahane à l’heure qu’il est sous un pachyderme qui résiste à bander : «Vas-y mon gros, j’ai un train à prendre ! ». Plutôt oui… elle doit s’en faire, au moins dix avant l’apéro de 3 heures, pour que fière elle glisse sous la table les X fois 50 au mac.
Alors, étudiante, occasionnelle, à la cravache du cocu volontaire ?
Comme dit Prévert, c’est étrange que « tu cherches quelqu’un ? » Avez-vous déjà rencontré quelqu’un qui ne cherchait personne ? Non.
Moi, j’ai toujours cherché quelqu’un. Et vous ?
C’est ainsi que je me suis rencontré, tout à fait par hasard. Je me suis dit : « Toi, tu cherches quelqu’un ! » C’est bizarre, j’avais cette impression-là. Ce n’était pas la bonne, car, si je cherchais quelqu’un, en me rencontrant, je ne me suis pas apprécié. Je ne me connaissais pas assez pour engager la conversation. Je ne me suis rien dit. Je cherche toujours…
Tu ne peux pas commencer tes phrases par autre chose que « je » ?
"être ange, c’est étrange, dit l’ange.
être âne, c’est étrâne, dit l’âne.
cela ne veut rien dire, dit l’ange,
en haussant les ailes. Pourtant
Si étrange veut dire quelque chose,
étrâne est plus étrange qu’étrange, dit l’âne
etrange est ! dit l’ange en tapant
des pieds. Etranger vous même ! dit l’âne et il s’envole."

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