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A charge et surtout à décharge

Quel rapport les jeunes ont-ils à la pornographie ?
Voilà encore un sondage qui fera date dans la fabrique de cornichons : le questionnaire délivré à 847 jeunes sur la pornographie, par les mutualités socialistes.
L’article de la Dernière Heure et de la Libre nous avertissent : La moitié des jeunes y touchent. L’autre moitié n’a pas Internet ! On pourrait même dire : La moitié des jeunes se touchent. L’autre moitié a au moins eu une relation.
Qu’est-ce qu’on veut nous faire croire ? Que les générations plus anciennes avaient de la vertu ? Qu’est-ce que c’est encore que cette connerie ? Il semble que la nouvelle génération soit moins hypocrite que les aînées. Aujourd’hui, on parle librement entre jeunes de ce qu’avant on n’osait même pas dire à trente ans après cinq ans de mariage à la dame qui dort à nos côtés, ni aux dames des guichets de la FMSS, pourtant prunelles ardentes et jupes croisées à mi-genoux. Ce qui ne veut pas dire qu’on était moins cochons qu’aujourd’hui, plutôt plus tordus.
On revient à Cioran : « …J’ai toujours pensé que Diogène avait subi, dans sa jeunesse, quelque déconvenue amoureuse : on ne s’engage pas dans la voie du ricanement sans le concours d’une maladie vénérienne ou d’une boniche intraitable ».
Ces dames de la FMSS ne sont pas toutes des laissées pour compte. Il y a là quelques personnes, ma foi, bien bandantes…
L’étalage en librairie et sur le NET de toutes ces viandes vautrées dans les sofas de la pornographie n’est pas lié directement au relâchement des mœurs, si relâchement il y a, au contraire, la connaissance de l’anatomie du sexe opposé enlèverait même de la pulsion, compensée par une meilleure connaissance des trois petits trous et puis s’en vont, dont la nature a pourvu ces dames en toute impartialité (la nature du mâle étant plus frustre et moins mystérieuse).
Ce qui ne veut pas dire que les éditions des ouvrages et des films pornographiques sont faits par des enfants de chœur au bénéfice de l’équilibre des adolescents.
Il est de bon ton de nos jours de s’attaquer aux effets plutôt qu’aux causes, à l’utilisateur plutôt qu’au fabricant, on le voit avec la cigarette, demain avec l’alcool, aujourd’hui avec le sexe.
Si on trouve de tout dans le commerce de la chose, c’est que ce tout s’y vend avec la bénédiction des autorités et des pères-la-pudeur qui descendus de leur perchoir où ils dénoncent les infamies vont directement vérifier sur leur compte, s’ils sont rémunérés correctement pour leur laxisme.
Les vrais pornographes qui corrompent vraiment la jeunesse, ne sont-ils pas ceux qui prêchent contre le vice et se font des couilles en or, en ayant l’air d’y mettre le holà ?
Ce qui est marrant dans ce formulaire-sondage, c’est qu’il a été distribué à des jeunes qui ont entre 15 et 24 ans, autrement dit parmi les consommateurs naturels de la chose érotique et pornographique ! Les autres, plus âgés, les routards du Viagra et les secoués de la braguette n’ont pas besoin de formulaires pour consommer.
Quand on feuillette les revues du genre, les sites du NET, que l’on fréquente les chats, on est comme le badaud devant un étal de boucherie et on se demande « Bordel de merde, comment quelqu’un d’un peu délicat peut-il y prendre son pied ? ».
Mais jamais, on ne pense à la pauvre figurante dans les mains des macs et des tôliers.
La malheureuse qui gagne sa vie en se faisant déformé le derrière devant l’œil de la caméra, qui n’est pas celui de Georges Bataille, a toute notre compassion attristée.
On ne peut pas dire que les scénettes soient interprétées par des pensionnaires du Français. Il est vrai que les scénars ne sont pas signés Molière.
Produit de consommation laborieux, la pornographie n’est qu’une marchandise comme d’autres : elle ne sert pas à grand-chose et tout le monde pourrait s’en passer, donc elle doit pour être vendue touiller le fond de la vase.
C’est ce qu’elle fait, en oubliant que la viande exposée a aussi une âme qui nous dégrade en se dégradant.

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Notre société hétérosexiste et libérale entretient les comportements sexistes et violents à l'endroit des femmes. Les pornographes ne sont pas exclusivement les tâcherons tachés d’encre d’imprimerie ou derrière les portes, quand des malheureuses se font injecter par des somnambules des amours ersatz. Ce sont aussi ceux qui accablent les jeunes de formulaires ridicules, qui s’agitent dans les médias pour nous faire les épouvantails de nous-mêmes. Ceux, enfin, qui vivent ni plus ni moins que les autres avec leurs tracas d’argent et de quéquettes et qui nous jurent le contraire.
En un mot, notre société est incapable d’aimer.
Elle bande et cette tumescence tient lieu de sentiment, tient lieu de tout. L’affect se termine dans son cylindre creux naturel où elle dépose son sperme.
Alors qu’on laisse les jeunes se poigner, qu’on les laisse voir ce que nous voyons nous-mêmes par désoeuvrement et ennui. N’ajoutons pas à leur apprentissage raté notre angoisse existentielle.
En un mot, foutons-leur la paix.
Notre seule conduite ne pourrait être que référentielle. Nous pourrions par exemple au lieu de cette pornographie en toc, leur indiquer la vraie, celle qui touche aux ressorts humains et qui a un sens. Celle qui fait bander le prédicateur sous sa soutane et qui remue le philosophe du fond de sa caverne, comme Loth devant ses filles, qui ferait même palpiter l’intégriste (qui dit qu’il ne palpite pas derrière ses moucharabiehs ?). Nous pourrions vanter les qualités des œuvres de Sade, Bataille, même celles de d’Annunzio, Miller et certaines scènes de Céline in « Mort à crédit », de Léautaud dans son journal littéraire avec « la panthère », etc.
Cela éviterait des mécomptes, des détours inutiles, remettraient les jeunes sur les chemins de la conscience entre plaisir et vice… que l’érotisme est supérieur à la pornographie.
Bref, cela les ferait peut-être ressembler aux vicieux que nous sommes, mais au moins sauraient-ils pourquoi ?

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