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Propagande et poudre aux yeux.

Comment résister à soixante-cinq ans de propagande sur le thème de l’activité privée plus efficace que celle du domaine public ?
C’est impossible.
Si bien qu’aujourd’hui 95 % de la population croit, dur comme fer, que le domaine public est incapable de rivaliser avec l’entreprise privée.
Vu sous cet angle, c’est évident qu’en supprimant l’éthique du contrat, le domaine privé est imbattable. Dans rivalité, il y a concurrence qui vient derrière et notion de rentabilité, ensuite.
Emplois privés contre emplois publics, c’est une équation qui est faussée d’emblée.
Les gens sont tellement imprégnés de cette idée de supériorité, que l’on voit une sérieuse percée du privé dans les administrations, sans protester. Des astucieux comparent des rendements privés à des rendements publics, recettes assurées d’un gloussement général avec mise en demeure des « fonctionnaires » de fonctionner comme chez Arcelor-Mittal.
Personne ne voit où ce raisonnement conduit. La paupérisation générale n’est pas loin. La plupart des victimes de cette paupérisation creusent eux-mêmes le fossé qui les retranche peu à peu de ce qui faisait la dignité humaine.
Les syndicats acceptent au nom de la modernité.
Mais il est des choses qui ne se vendent pas.
Certains biens ne peuvent être vendus, parce qu’ils ne peuvent tout simplement pas être achetés : l’eau, l’air, voire l'énergie, lesquels appartiennent aux biens communs de l’humanité.
Même ceux-là sont décrétés propriété privée. Le public oublieux et sans culture n’a pas retenu la leçon de J.J. Rousseau « Le premier qui ayant enclos un terrain, s’avisa de dire : ceci est à moi, et trouva des gens assez simples pour le croire, fut le vrai fondateur de la société civile. Que de crimes, de meurtres, que de misères et d’horreurs n’eut point épargnés au genre humain celui qui arrachant les pieux ou comblant le fossé, eût crié à ses semblables : gardez-vous d’écouter cet imposteur ; vous êtes perdus si vous oubliez que les fruits sont à tous et que la terre n’est à personne. »
Des mouvements naissent parfois spontanément et viennent contredire la propagande acharnée du « droit à la propriété privée » qui englobe toutes les ressources naturelles au point que le saccage de la nature rend parfois celle-ci incapable de renouvellement.
L'appropriation par une petite oligarchie des ressources naturelles, des espaces et des services publics, des connaissances et des réseaux de communication, fait que nous sommes devenus très dépendants des propriétaires de toute nature qui surgissent à tous les âges de notre existence, au point qu’on s’interroge sur le point de savoir si nous nous appartenons encore !
Il faut contrebalancer la propagande du droit à la propriété privée sur toute chose par un principe : celui de la supériorité des communautés sur ce droit.
Je sais, c’est un travail à faire dans tous les domaines y compris celui d’une justice qui dit le droit du Code contre le droit des gens !

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Ce principe du bien commun s'impose par la nécessité d’arrêter le massacre des populations par une prise de bénéfice disproportionnée sur les travailleurs et les populations. En un mot, il faut enrayer la marche vers le suicide d’une civilisation par l’excès des profits et des propriétés des biens communs par quelques particuliers.
Pour ce faire, il est urgent de créer des formes démocratiques nouvelles afin de prendre la relève de la représentation politique et casser le monopole des partis.
Le malheur est que l’effet de propagande sur les « bienfaits de l’initiative privée » était de nature à détruire aussi les effets d’une société socialiste (rien à voir avec le PS) sur les esprits occidentaux, dans ce qu’on a appelé la guerre froide. Si bien que les générations suivantes sont encore persuadées que le système qui les envoie chômer en masse et qui augmente les inégalités est encore le meilleur qui soit au monde.
Il faudrait donc effectuer un travail de clarification dans les esprits. Or, les médias sont dans les mains des conservateurs qu’ils soient socialistes ou libéraux qui vivent de ces inégalités, d’où la difficulté d’expliquer qu’un autre concept est possible.
Si révolution il y avait, ce ne serait pas au motif de la remise en question de la propriété privée. Il y a ceux qui font la révolution et ceux qui en profitent.
On voit bien comme cette aventure pourrait mal se terminer et profiter seulement à quelques-uns.
Ne reste en définitive que le changement par la persuasion. J’entends d’ici les rires et les moqueries, les journaux déchaînés, les politiques offensés… ce n’est pas facile de lutter contre la bêtise, les intérêts particuliers et la suffisance des cuistres de nos universités.

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