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À taux zéro !

En voilà une bien bonne qu’on n’aurait jamais imaginée au siècle dernier : les épargnants vont devoir payer des intérêts aux banquiers pour qu’ils gardent leur argent !!!!
Je n’ai pas encore été atteint par cette nouvelle de ma banque, mais je sens que ça va venir.
Hé oui ! on peut être de gauche et avoir une poire pour la soif.
Nous sommes dans une société capitaliste. Il est impossible aux plus farouches de ses adversaires de se passer d’un compte en banque.
La poire et moi, ça fera bientôt deux poires.
Déjà l’année dernière, j’avais la puce électronique à l’oreille. Mon banquier m’avait envoyé un courrier de l’intérêt supplémentaire, pour un compte dans lequel je n’avais pas pioché depuis six mois. Ce courrier, j’ai envie de l’encadrer.
Cet intérêt de fidélité était de 50 centimes, oui, un demi-euro !
Ce compte n’était pas comparable à celui de Bill Gates, loin s’en faut, mais tout de même 0,50 €, le timbre de l’enveloppe valait plus du double de cette heureuse nouvelle.
Charles Michel, qui poursuit ses mesures d’austérité pour restaurer les finances de l’État, nous en veut autant que mon banquier. Alors qu’il emprunte depuis fin août 2014 à des taux négatifs, il nous pompe environ entre 35 et 60 % de nos revenus chaque année !
Les investisseurs perdent de l’argent en prêtant à la Belgique, pour qui emprunter devient rémunérateur !
La France, l’Allemagne, la Suisse, jusqu’au Japon endetté jusqu’au cou, sont dans la même situation. Au niveau mondial, selon un calcul de Bloomberg, c’est plus d’un quart du montant total des emprunts d’Etat qui affiche désormais un rendement négatif, soit l’équivalent d’environ 6.000 milliards d’euros !
Nos suborneurs tirent tellement de plus-values de notre travail, qu’ils ne savent que faire de leur argent ! Ils le bradent à qui en veut.
Il ne faut pas s’étonner de la panique de celui qui découvre qu’il lui est impossible de garder son magot sous le matelas, au point qu’il ne peut pas se passer de le confier par milliards aux institutions bancaires.

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Certaines banques centrales paient pour prêter de l’argent aux banques. Ces derniers mois, la Banque nationale de Suisse et la Banque de Suède (Riksbank) ont adopté un taux de refinancement négatif : en Suède, une banque qui emprunte 100 à la Riksbank ne remboursera, à terme, que 99,90.
Ces institutions monétaires ont aussi adopté un taux de dépôt négatif, à l’image de la Banque centrale européenne (BCE) et de la Banque du Japon : cela signifie que les banques doivent payer pour placer des liquidités à court terme dans les coffres des banques centrales.
Le particulier, pour tirer un bénéfice de l’argent qu’il place, devrait l’emprunter ensuite à la banque pour toucher un intérêt !!!!!
C’est du délire.
Il faudra que je compare mes traités d’économie aux imbécillités proférées en 2008/9 par notre grand argentier de l’époque, Didier Reynders.
Adam Smith et Alexis de Tocqueville n’avaient pas prévu le coup, Rawls non plus.
Avant que ça ne pète à nouveau, économistes et banquiers multiplient les tribunes. Chercheurs et vampires du sang des pauvres y consacrent des études. L’agence Bloomberg publie une explication en bande dessinée. Trump joue au golf. Les experts du MR n’ont aucune explication, sinon celle de mettre Borsus en capacité de procéder aux rafles des sous des Wallons, sans état d’âme.
Pourquoi, oui pourquoi, en est-on arrivé là ?
La BCE inscrit les marchés dans un contexte de taux très bas, voire négatifs. La banque centrale n’a plus de marge pour relancer l’économie. Les taux inexistants exercent une pression sur le change, ce qui – en principe – incite les acteurs économiques à remettre l’argent dans l’économie réelle, plutôt que de le laisser dans les coffres, où il ne rapporte rien.
Hélas ! la relance est trop faible. Les gens achèteraient dans le commerce de détail pour commencer, si la rémunération du travail était meilleure. Vu la faiblesse des syndicats, l’inexistence de la gauche de collaboration et la stupeur des gens, les milliardaires ricanent.
Hier, j’ai traversé le Passage Lemonnier à Liège. La moitié des rez-de-chaussée est à louer. On n’y vend plus que des cravates, des costards, des chaussures et des montres.
Ça sent la faillite partout. Les loyers, tous prohibitifs, étranglent le commerçant, enrichissent quelques spéculateurs. Plutôt crever, pensent-ceux-ci que de baisser les baux locatifs. Hé bien ! c’est ce qui arrive, tout le monde crève. Si ça peut les consoler.
Tout cela est dû à une autre faillite, celle de la mondialisation. Mais c’est inutile d’en dire davantage. Les gens sont trop occupés ailleurs. Le petit Châtel n’a plus le temps de refermer sa braguette, tant ses admirateurs font la file pour lui prodiguer une petite douceur.
Pourtant tous ces branquignols nous conduisent au fiasco. Ce sont des irresponsables !

Commentaires

Je ne comprend pas. Dans votre précédente intervention vous dites être classé 'de gauche', et maintenant vous faites l'apologie du capitalisme! Enfin, de votre capital. Ce qui pose problème ce n'est pas ce que l'état pompe de votre capital, mais ce qu'il en fait, ce qu'il redistribue ...

Je ne fais pas l'apologie du capitalisme. Je dis simplement que notre "démocratie" est tout simplement prisonnière du système et qu'ainsi, même si cela nous répugne, nous sommes obligés de parler pognon, comme Mélenchon ou Hedebouw. Cela signifie aussi que les gens auront bien des difficultés à se débarrasser du réflexe tiroir-caisse, enfin d'envisager autrement les rapports qu'ils ont au fric.
Quant à savoir ce que l'État fait avec non pas notre argent, mais avec notre travail, c'est inutile de lui poser la question, puisque lui-même n'en dispose qu'en fondé de pouvoir des banques.

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