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Premiers et derniers.

La bizarrerie de certains raisonnements qui font pourtant l’essentiel de la cogitation commune, me surprendra toujours.
Depuis la nuit des temps, les sociétés humaines n’ont pu se développer qu’à grands renforts de discrimination et de différences sociales.
Tous les pays n’élèvent ou n’abaissent pas leurs populations de la même manière.
Tout qui s’est frotté à la science politique sait qu’aucune société n’a pu se passer de discriminations. La hiérarchie suprême à l’art de déléguer son pouvoir par doses infimes aux hiérarchies inférieures, caporalisées.
Les classements sont divers. La plupart des pays ont eu, en leur temps, des ressemblances communes de discriminations, roturiers et esclaves, serfs et manants médiévaux, Blancs et Noirs, patriciens et plébéiens, riches et pauvres, etc.
Pendant des siècles, ces discriminations ont été indispensables à la fondation d’empires et ont régi des relations complexes, donnant autorité de quelques-uns sur tous les autres, créant la notion de supérieur et d’inférieur.
Les hiérarchies ont ceci d’important, qu’elles reposent rarement sur le mérite et que la manière plus ou moins adroite de conduire les autres est essentielle. Qu’on appelle ça suffrage universel ou situation de haute responsabilité due à la compétence, toutes ne sont pas loin de l’arbitraire et du bon plaisir des Anciens Régimes. Elles supposent toujours une autorité qu’on la dise éclairée, de droit ou de fait. Toutes les Autorités ont un point commun, elles ne supportent pas d’être contredites.
La contradiction les irrite. Heureusement pour elles, il n’est nul besoin, le plus souvent, de montrer ce qu’elles peuvent faire en coercitions des récalcitrants qui n’ont pas compris. Des interdictions ou de simples menaces suffisent. Chacun doit s’intégrer à la place qui lui est assignée. La perspective de la prison, sinon le suicide social, suffisent le plus souvent.
Notre société s’est débarrassée officiellement du racisme qui discriminait principalement les gens de couleur, quoiqu’un fond de racisme reste présent dans toutes les couches sociales, ravivé depuis l’exode massif des populations du Sud vers le Nord.
Comme il était nécessaire de discriminer dans une société de type libéral, il fallait bien trouver un truc pour que l’ouvrier restât à sa place qui est la dernière et, qu’enfin, il ne la ramène pas trop quand les salaires des classes supérieures s’envolent.
On a donc créé une classe supérieure par mérite et diplôme, tout à fait artificiellement, l’intelligence ne se mesurant pas à la taille du parchemin, ni l’efficacité à l’examen théorique.
Comme c’était une soupape d’évacuation de la pression, on a dit à notre jeunesse qu’avec des diplômes, elle s’élèverait plus aisément dans une société ouverte à tous et récompensant tous les talents..

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L’ennui, ce sera dans dix ou quinze ans, quand un jeune sur trois aura un « bon » diplôme et l’exhibera pour en avoir le salaire, les deux autres étant voués à l’esclavage moderne.
Maggy De Block aura beau contingenté le nombre de médecins, les Parquets le nombre d’avocats, il y aura bientôt pléthore et la supercherie du diplôme éclatant au grand jour, il faudra trouver autre chose.
Après les médecins, les notaires et les pharmaciens (les officines sont contingentées), quelles seront les professions nouvelles à quota ?
Certainement pas les manuels. Plus il y aura de la canaille, mieux cela vaudra, aurait pu répondre un prince de jadis, plus franc et plus direct que la FEW et qui pourtant pense exactement la même chose.
Dans les professions manuelles, plus il y a du chômage et de la lutte pour les places vacantes, plus les salaires diminuent et mieux se portent les entreprises.
Une discrimination dont ne pourra jamais se passer le régime capitaliste, c’est bien la différence entre le riche et le pauvre.
C’est son moteur, sa raison d’être.
L’ascenseur social est un mythe, un de plus, qui canalise la pression, en répandant le mythe que chacun peut sortir de sa condition par le travail exemplaire. Quant à la promotion par le mérite, tous les héritiers et les chanceux à la roue de la fortune, soutiendront qu’ils doivent tout à leur talent.
Que voulez-vous, tant qu’une bonne moitié de la population croira à ces fariboles, ces Beaux Messieurs de Bois Doré, comme écrirait Georges Sand, auront encore quelques belles années.

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