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Un Premier Mai chaud !...

Petit à petit, suite au dessein capitaliste de gommer la lutte des classes dans le but de nous enfumer davantage, le Premier Mai avait perdu tout son sens et était devenu l’occasion d’une aubaine d’un jour de congé supplémentaire.
À Liège, le PS donne le ton : défilé mutuelliste, ballons rouges pour les enfants et les demoiselles des guichets chômage pour faire nombre. Le discours bégayant au parc d’Avroy, d’un grand chef de la fédération liégeoise du PS, merguez et Jupiler, Tsoin, tsoin.
Celui qu’on va vivre en France cette année 2019 est bien parti pour recouvrer tout son sens.
À force de jouer sur sa légitimité par les urnes, le président Macron a tellement accumulé les malentendus avec les laissés pour compte de la République, qu’ils sont en passe de descendre dans la rue pour se mêler au traditionnel défilé des syndicats.
Et ça peut faire mal.
On sent déjà de la nervosité chez Castaner, le ministre de l’Intérieur, qui multiplie les mamours aux policiers à propos de la vague de suicides dans ce Corps de défense de l’État. Bien entendu, il ne viendrait pas à l’esprit sabreur de ce dernier que certains suicides chez les cops ne sont pas dus qu’au stress, mais à la honte d’exercer un métier qui consiste à frapper une population dont le gendarme est issu ! Tapez sur un type qu’on connaît, traumatise, enfin ceux qui conservent de l’humanité au point de raisonner leurs actes.
C’est toujours mauvais qu’un État ait besoin de sa police pour survivre par rapport au peuple qui n’en veut plus. L’histoire fourmille d’exemples : fonder un ordre qui se fonde, sur celui qui s’effondre.
Les plus sanglants se sont révélés être les Régimes dans lesquels le tyran attire dans son entreprise une partie de la population privilégiée afin de s’en servir contre le restant, plus populaire, servant d’esclaves aux autres.
Cela fut souvent le cas dans les petits royaumes de la fin du XVIIIme siècle en Italie, quand la puissance papale devint insuffisamment respectée et crainte.
Cela m’a tout l’air de se reproduire en France en plein début du XXIme siècle, dans une Europe réconciliée, au Pays des droits de l’Homme, en France, qui l’eût cru !
Quelle honte pour ce président d’à peine quarante ans et que l’on dit philosophe.
Le tort est de croire que la pratique de la philosophie amène nécessairement à la sagesse et à l’amour du plus faible que soi.
Le mentor de Macron, Paul Ricœur, celui dont jeune il épousa les vues au point de s’en recommander, était un admirateur de l’Allemagne nazie. Tous ceux qui pratiquent la philosophie le savent, il y a des penseurs qu’on ferait mieux d’oublier, quand on fait une carrière d’homme public.
Des écrits traînent encore de-ci, de-là. Paul Ricœur, avait loué certains aspects du discours d’Hitler devant le Reichstag le 30 janvier 1939. Adolf, alors au sommet de sa gloire, exprimait clairement l’idée d’une « annihilation de la race juive en Europe ». Sur la revue Terre Nouvelle, Ricœur laissa libre cours à son admiration, condamnant les « valeurs impures » défendues par les démocraties. Derechef, les autorités nazies l’invitèrent à l’université d’été de Munich la même année, l’année suivante, après la débâcle de l’armée française, Ricœur fut pétainiste, un peu à la manière de François Mitterrand, c’est-à-dire que lorsqu’il sentit le vent tourner, il se fit gaulliste.
Le président n’accoucherait-il pas les esprits de la maïeutique héritée de Ricœur, préférant s’entourer de créatures plus économiquement fascistes, que loyalement républicaines ?

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Les sources du Macron des années 1990, l’ont-elles logiquement conduit à se montrer le président le plus à droite de la cinquième république ? Reste l’aveuglement et la bêtise du fort en thème de l’ENA qui conduiraient la France dans l’impasse.
De samedi en samedi, à force de ramasser des coups alors qu’ils manifestaient selon leur droit pacifiquement et sans animosité particulière contre la République, les Gilets Jaunes se sont durcis. Qui le serait à moins ?
Être frappé sans raison par des brutes protégée par des casques et des vêtements matelassés, un homme paisible peut soudain rendre les coups qu’on lui donne sans raison. Vous vous souvenez de cet homme sur un pont que les médias ont appelé le boxeur, parce qu’il le fut dans sa jeunesse, et sa réaction quand il vit une femme jetée à terre et sur laquelle un CRS s’acharnait, sa fureur et son « rentre-dedans » je les aurais eues aussi.
Les Gilets Jaunes aujourd’hui désabusés, sans espoir et remontés contre les sbires de Castaner sympathisent avec les Blacks-Blocs qui seront nombreux à Paris, dit-on, après tous ces samedis d’un impossible dialogue.
Ils se demandent si ce ne sont pas les Black-Blocs qui revenus de tout et n’attendant rien de cette société, n’ont pas la réaction la plus appropriée ?
Là, mon vieil esprit anar se réveille et je me le demande aussi.
Reste le monde ouvrier, jusque là muet calfeutré dans ses syndicats et qui voit depuis plus de trente ans la puissance syndicale se bureaucratiser, se faner dans les commissions interprofessionnelles, prendre en pleine face la problématique d’une République des classes dans laquelle les syndicats ne font plus que de la figuration, sans broncher, à l’image du PS.
Oui, un Premier Mai chaud à Paris cette année.

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