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Affaires classées dans bâtiments classés.

Ce n’est pas parce que pour une fois les peines imaginées par le public correspondent à celles prononcées par la justice dans le procès Fourniret, qu’il y aura dorénavant une corrélation objective entre public et justice.
C’est que la crise de la justice recouvre des réalités qui ne sont pas forcément concomitantes.
Le problème social, avec l’augmentation – parfois controversée – de la petite délinquance des rues, les misères de la justice avec l’habitation vétuste de Thémis et enfin les luttes, voire certaines positions ambiguës, de la magistrature avec les milieux d’affaire et de la politique, les deux étant parfois confondus, placent la justice au sein d’un faisceau contradictoire qui finit par devenir incompréhensible.
Enfin, le bras séculier de celle-ci qui sert au maintien de l’ordre et aux tâches conduites par des juges d’instruction, en un mot, la police, contribue dans son équivoque promiscuité à alimenter les rumeurs et les suspicions, parfois légitime, avec lesquelles le citoyen construit son jugement à son égard.
Car, il y a crise également dans la police et chez les gardiens de prison.
Mais la prééminence sociale des magistrats, outre décrite par la loi pour ce qui concerne leur autorité, s’assoit sur une origine sociale plus élevée que les inspecteurs de police. Cela se traduit dans les faits par un ascendant culturel qui, au contraire des rapports conflictuels dans l’industrie et le commerce entre les employeurs et le personnel, a toujours conduit la police vers des courants plutôt de droite, voire d’extrême droite, sans pour autant négliger un courant plus modéré qui existe aussi, toutefois de façon minoritaire, dans les activités aussi bien de police que de magistrature.
Lorsqu’on parle du déclin social des milieux de la magistrature, on en vient aussitôt à des formes de mépris qui désignent les « petits » juges et la déliquescence qu’il convient de stigmatiser quand le « petit » juge attente à la moralité d’industriels importants ou de politiciens de premier plan, par des réquisitions et des gardes à vue. Les journaux ont tout loisir de répercuter dans leurs colonnes les événements, non sans parfois d’infinies précautions, selon la formule de La Fontaine… que vous serez puissant ou misérable.
Le policiers héritent de noms qui les cataloguent chez les ripoux, quand ils ne sont pas qualifiés de maladroits et de balourds.

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C’est dans ce contexte qu’il faut tailler dans les affaires qui assaillent magistrature et police afin de frayer un chemin moyen dont le seul but est de faire croire à la solidité de l’ordre social.
Cette tâche est dévolue au politique, ce dont il s’occupe très mal, puisque les seules préventions de la délinquance sont des mesures appropriées de son ressort, comme le relèvement des minima d’existence, l’encadrement culturel, la scolarisation et le travail des jeunes, plutôt que l’oisiveté et le chômage, la propreté des rues, etc.
Or, que fait-on ? On ne recrute pas du personnel administratif en suffisance dans les commissariats. On durcit la loi sur les armes, c’est-à-dire que l’on perd son temps à des lois qui n’ont que peu d’effets. On effraie le public par des informations alarmantes sur la sécurité, en même temps que l’on se présente comme le rempart à la délinquance que l’on dénonce. Enfin, on envisage à grand renfort de publicité personnelle la création de nouvelles prisons.
Du côté de la magistrature, on assiste à des records de lenteur dans l’instruction des affaires, si bien que nombre d’entre elles à la limite des délais, finissent par être bâclées.
On encombre les prétoires d’affaires qui ne passeront jamais en jugement, à cause de l’importance des retards. On multiplie les préventives d’une part, et d’autre part, on relaxe des délinquants, parfois dangereux et avec de fortes chances de récidive, par manque de place dans les prisons !
L’indépendance de la justice dont tout le monde nous rebat les oreilles n’est en réalité pas bien comprise de ceux qui ont à s’en plaindre et qui sont pour la plupart les bailleurs de fonds – les contribuables – de ladite justice.
Le secours d’un avocat est hors de prix et le pro deo une mascarade.
L’automobiliste est la proie de choix et le principal « délinquant » en ce sens que c’est lui qui alimente en premier lieu les caisses de l’Etat en amendes et frais de justice.
Tandis que le vol dans les rues par d’habiles pickpockets n’est nullement réprimé et que cela devient un sport national pratiqué par des spécialistes qui rançonnent les foules, hardiment, et bénéficiant d‘une large impunité.
Bref, tout marche de travers et ce n’est pas demain que ça ira mieux.

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