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Liberté, liberté falsifiée, liberté fictive.

L’économie semble avoir pris le pas sur l’État dans les décisions qu’il prend aux noms des citoyens. « Semble » est approprié. En réalité la bourgeoisie mélangée à la noblesse a toujours été présente, dans la conduite de l’Etat. La mondialisation a rendu les choses plus claires. L’invisible est devenu visible par la diffusion des nouvelles de la planète entière.
L’économie s’est organisée non sans des rapports de force en son sein. Aguerrie, elle est plus redoutable pour les États depuis ses derniers déboires. À égalité avec la légitimité démocratique, elle entend adapter la démocratie à ses méthodes de travail.
Et ça marche ! Les dirigeants de l’Europe en attestent. De Charles Michel à Emmanuel Macron en passant par Angela Merkel, tous tiennent le même discours.
Les personnels doivent s’adapter aux nouvelles normes et aux nouvelles techniques et non l’inverse !
En France, voici le premier rapport de Force entre Macron et les travailleurs. En Allemagne, il semble que Madame Merkel puisse compter sur la discipline allemande. En Belgique, une véritable croisade menée par De Wever et Michel est partie d’Anvers contre les chômeurs et les fainéants.
Le consensus des Trente Glorieuses – je travaille, tu me paies – se métamorphose en obligation de produire, bientôt les entreprises ressembleront en camps de travail. Encore un peu plus de résistance et le capitalisme montrera son vrai visage, la loi est avec lui, intérimaires, boulots à cinq euros de l’heure, abaissement des droits, et ce n’est pas fini. Ce système est capable de susciter des grèves lui-même, afin de passer à la phase répressive.

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La question de l’État s’est posée dès la fin du règne de Louis XVI.
Diderot, dans l’Encyclopédie, posait la question de l’obéissance des citoyens à l’État. Pourquoi obéissent-ils, puis n’obéissent-ils plus ?
Un fait nouveau, suite à l’élévation en puissance du système économique à côté du système politique, ce n’est pas la liberté que nous chérissons le plus au XXIme siècle, mais « le bien-être ».
On s’applique à voir une quelconque adaptation à un bien-être qui pourrait surprendre « en le méritant » par des formes honteuses d’exploitation du travailleur. Le loisir, fortement recommandé comme le sport, est un dérivatif à la pénibilité et au stress.
On abandonne sa liberté contre son ersatz.
Les gens de pouvoir, par souci de coller à ce qu’ils découvrent de la réalité économique, ne tiennent plus leurs promesses électorales. Tout tourne, dans ce lambeau de démocratie, autour du droit de propriété. Les grands services publics sont la cible. Ils ne doivent pas réussir pour être plus facilement dépecés et vendus.
Il n’y a rien de plus contestable que le droit de propriété qui fait de l’industriel un monarque absolu et de son actionnaire, l’empereur invisible du vivant et du sol. Droit impérieux qui fait toute la doctrine du monde libéral. Les suppôts de cet absolutisme prospèrent sous l’étiquette libérale avec la collaboration du personnel politique et l’assentiment d’une majorité de citoyens. De cette collaboration, élus et citoyens cèdent une partie de leurs prérogatives démocratiques au pouvoir économique moyennant finance, perçue par taxe et imposition, aussi par pots-de-vin, prévarications et concussions, la plupart des ces derniers méfaits étant requalifiés sous forme de mécénat et adaptation des lois en matière de fiscalité.
On comprend pourquoi le monde libéral a tant tenu à enterrer la lutte des classes, comme s’éclairent les discours des compères Charles Michel et Bart De Wever sur la hantise du communisme et des partageux, relayés par Di Rupo, quand il était premier ministre.
Pourtant, le droit de propriété n’a rien de naturel. Déjà Thomas d’Aquin le faisait savoir, bien avant Marx.
Nous sommes peut-être à la veille de le remettre en cause, tant les perspectives qu’offre l’économie actuelle sont inquiétantes. Voilà la raison majeure de l’offensive libérale en cette période de grands doutes. Les libéraux soulignent plus que jamais que le droit de propriété est un « droit naturel ». Alors qu’eux-mêmes ont fait le contraire pour renflouer les banques après 2009,avec l’abandon de toute procédure faisant obligation d’appliquer les lois du commerce sur les faillites.
Pourquoi ne serait-il plus la saison de le faire, quand les salaires sont si bas, le chômage si grand, la misère si menaçante ?
On touche à deux caractéristiques de l’État : il règne par l’usage de la force selon Max Weber, les citoyens acceptent cette violence de l’état en échange de la sécurité et de la protection (les citoyens n’ont pas vraiment le choix).
Qu’en est-il quand une puissance non élective accompagne le citoyen et l’État ?
Réponse de Hegel «…l’État est donc la ruse qui en laissant libre les individus parvient toutefois à se réaliser dans le jeu même de leurs libertés ».
La question est : y a-t-il des limites au pouvoir à partir du moment où c’est son émanation qui définit ses propres limites, en transférant une partie non connue de son droit, à une vague entité non représentative des citoyens ?

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