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31 juillet 2003

Une carrière fulgurante

- Pardon, les waters ? On me dit que c’est ici…
- Vous voyez bien que c’est pas ici.
- Je vois bien que c’est pas ici. Mais alors c’est où ? D’abord où je suis ?
- Vous êtes à la direction du journal.
- Vous êtes le directeur ?
- Comme vous voyez.
- Je ne vois pas que c’est marqué sur votre casquette que vous êtes le directeur.
- Je vous le dis. Alors si vous voulez bien sortir.
- Et les waters ?
- Demandez à la personne qui vous a si mal renseigné.
- C’est parce que vous remontez votre pantalon. On pourrait s’y tromper.
(Jusque là cachée par le bureau, la tête ébouriffée d’une jeune personne apparaît)
- Philippe, t’avais qu’à fermer la porte…
- C’est vous Philippe Stipst !
- Oui, pourquoi ?
- Parce que la personne qui m’a renseigné les waters s’appelle justement Stipst, comme vous.
- Hein ! ma femme ici !
- Excusez, je vais lui dire qu’elle s’est trompée et dans la mesure où elle ne s’est pas trompée, ajouterai-je, que de toute manière, c’était occupé.
- Non, voyons, attendez. Ne partez pas comme ça. En dehors des waters que cherchez-vous ?
- Justement, le directeur.
- Vous l’avez devant vous.
- Ça je sais.
- Que voulez-vous ?
- On m’avait dit que vous cherchiez un stagiaire.
- C’est exact. Je vous engage…
- Eh bien ! j’ai réfléchi.
- Ça ne vous intéresse plus ?
- Non, parce qu’avec le scoop que j’ai, je crois pouvoir postuler un poste à temps plein.

30 juillet 2003

Prêt à porter

J’ai oune œil ounik ! Jé lé dir, parole dé Petrossian, Lièj a bezouin dé tessetiles Petrossian !
Oune œil ounique… Les galéries Pondîl pas satourées di tout. Tou vas dir trois magassins sour cinq y sont tessetiles, moi jé té dis l’œil dé Petrossian ne sé tromp pas ! Katre sour cinq enkor bons, très bons affaires, donk encoré oune ! celoui dé Petrossian.
Jé lé connous la femellé liéjoisse. Touté frivolé, touté…acharnemen ahacheté. Jé té dis pas mé konkettes dans la femellé liéjoisse, rien kavec ouné kadô, ma kor, tou imagines ? Jé donner ma kor… Ma kor et ma spéciale loukoum. Au liou dé fondré dans la bouchch, saffon dans plou zintime…
La femellé liéjoisse pas meillour au Liban. Liban voilé vizajh. Femellé liéjoisse pa voilé en hô, pa voilé zenba, plousse barbu Iran quand tou regardé à l’enverr…
Moi j’arrivé taillor père et fils, dépouis prémiére guérr palesstinne. Foutou l’kan d’abor Armenian, puis Liban et pouis Liéjan ka bezouin dé tessetiles !…
Taillor costoume, tout papière, tissou papière… Tou lé mets deux fois, houlala resyklach… deux fois...
Petrossian trois fois tou lé mets, Petrossian, trois fois !
Kesse qué cela vou dire à toua, lé tessetile ? Ma à moua !
Tiens kachémire, tout kachémire à même prix qué ta mèrdé synthétik.
Té sé ké jé inventé lo slip millé fouilles.
Tu sé pas ke sé le fouille ? Ma cé qué tombe des arbres do l’hivèr.
Bon. Mo slip millé fouilles, t’as plou bésoin de papière kabinette. Tout prend sèlé près dou trou de ballé que tout jeté o kabinette quand cè kè tou vois dépau kaka.
Jé chémizé à koul roulé, quand té déplié t’as oune dra de litte pour bézé dans la parke dé la Bouvery !
La sokett quand cé que tout la lavé plou doutou cé oun soulière et lou soulièr qué quand i plout dessous cé oune sokett.
Jé vends tout assessoir dé la vêtoure. Kasskett touriss, vizièr derrièr. Quand tou veux vizièr dévant, tout déplie sous lé toit dé la kasskett oune dozièmme vizièr ! Trè chik !
Gans dè vêloure, cinq douahs, lè sichième tou mets tou portâbl… Si tout chatouye lo liégeoisse avé ton sichième douah et ké t’oublié portabb toua peux tentendr l’heure qui fè dans lé trou dou cou.
Lièche a bezouin de Petrossian, fasill réténir mêmm nom ké kaviar, ma d’autres eufs ké nouars kaviar pour Liéjoisses.
Pour pétité Liéjois trô viou, jé ourinal plastik dans vesseton doubloure avèk toubouloure dessoû pantalon qui déssent. Pratik. T’arriv déssur grill d’égoute. Tou ouvre robinette et t’évacoue. Tou piss en méme temps que tout dragg bellé Liéjoisse ! Sans problemme, jé té dis, Petrossian, sans problemme !
Pétrossian cherch vendeusses pour ouverture. Travaille dé nouit miose païé su-yvan klians.
Si tou konè liéjoisses, fame, seurs et autr Liéjoisses son pas indicepauzées ma dissepauzées à vénir sans onte ni ménopauzées dans linté rieur da mon magassin, tou a pelle Petrossian, dring, dring…

29 juillet 2003

Oudaï et Qoussaï, profession : criminels.

La mort des deux fils de Saddam Hussein ne fera pleurer personne.
Néanmoins elle pose la question de l’homme d’Etat criminel.
En général, on le trouve dans le camp des vaincus. Qui dit vaincu, dit coupable. Si Saddam Hussein et ses fils sont des criminels, ils sont aussi des vaincus. Le coupable désigné n’est pas celui qui déclenche les hostilités, mais celui qui perd la guerre.
En 40-45, les criminels étaient exclusivement allemands et japonais, pourtant ce sont les Américains qui ont lancé leurs bombes atomiques sur le Japon, détruit les villes allemandes avec leur aviation. Ce n’est pas pour minimiser les crimes nazis que tout le monde connaît. La tentative de génocide du peuple juif reste un moment d’horreur absolu dans le collectif de la mémoire. La question est : comment se libérer d’un régime criminel sans le devenir soi-même ?
Le pouvoir, même celui d’une démocratie, est en soi porteur de tous les germes criminogènes. Gouverner, c’est souvent dissocier la morale ordinaire de la morale d’Etat.
Mitterrand était-il un honnête homme ou un criminel ?
Sous son règne bien des affaires criminelles ne sont pas allées jusqu’au bout d’une saine justice. L’attentat du Rainbow warrior avait-il été commandité de l’Elysée ? Berrogovoy, son ministre de l’économie s’est-il suicidé ? Le Commandant Prouteau sur l’ordre de l’Elysée n’a-t-il pas fabriqué des preuves contre les Irlandais de Vincennes ?
En termes identiques est ouverte la question de savoir si l’expert britannique en désarmement David Kelly s’est tranché les veines du poignet ou si des services spéciaux l’y ont aidé ? Tony Blair est depuis dans une tourmente médiatique.
Quant au président des Etats-Unis, si la réforme de la loi de compétence universelle n’est pas votée au Parlement belge, les tribunaux pourraient l’inculper sur plainte de particuliers.
Pourquoi, me direz-vous comparer ce qui ne l’est pas ? Entre des milliers de morts et quelques-uns, il y a une forte différence. Au point de vue moral, je voudrais bien savoir laquelle ? A partir de combien de morts passe-t-on du crime au génocide ?
Le génocide au Ruanda tant dénoncé par nos vertueux ex-colonialistes n’avait-il pas été précédé par de petits meurtres « entre amis » de nos anciens coloniaux, perpétrés parfois même par des institutions chrétiennes ? Ne sommes-nous pas impliqués au premier chef dans l’assassinat de Patrice Lumumba ? Peut-on dire que Kabila, le deuxième président auto-proclamé du Congo que Monsieur Louis Michel soutient, est exempt de tout crime ?
Les affrontements dans les Balkans découlent-ils exclusivement des agissements criminels des Yougoslaves ?
Toutes les guerres sont sales, tous les factieux ont du sang sur les mains.
L’image du démocrate protecteur des faibles est exagérée, sinon fausse.
N’est-ce pas une belle forme d’hypocrisie de se poser à la fois en vainqueur et en père la morale ?
Quand donc admettra-t-on qu’il n’y a pas grande différence entre le criminel et le héros ? Leurs rôles sont interchangeables selon le camp auquel ils appartiennent.
On s’indigne toujours des crimes d’Adolphe Hitler. Saddam Hussein est dans la truanderie une crapule bien neuve par rapport à cette ancienneté. Le temps efface les ressentiments. Napoléon est-il un criminel ou un génie de la construction européenne ? Et Nabuchodonosor, despote épouvantable, qui s’en souvient encore ?
Le temps et la distance atténuent la vindicte. Pol Pot est-il perçu en Europe à la mesure de ses forfaits ? Les guerres coloniales en Afrique et à Madagascar par l’Armée française ont-elles eu des échos comparables aux faits reprochés à Milosevic en Europe ? Un Malgache vaut-il un Européen par comparaison ressentie des sévices subis ?
Les exécutions au garrot que les hommes du général Franco infligèrent aux républicains ont-t-elles été pesées à leur juste poids sur la balance de Thémis ? Et si Franco avait perdu la guerre ? Il eût été pendu pour ses crimes et on aurait applaudi les Républicains.
Amin Dadda réfugié à Djeddah en Arabie saoudite va mourir dans son lit, si ce n’est déjà fait.
Qui s’en préoccupe encore ?
Pourtant, au supermarché de la crapule, il a une console bien à lui.
Il conviendrait que les médias lors de la mort d’un despote, axent l’info sur la haine des guerres plutôt que sur la haine de celui qui meurt. Et que l’on cesse de nous ériger en porte drapeaux de la paix et promoteurs de la démocratie.
Foutaise que cela ! La démocratie : meilleur régime au monde ! Quelle démocratie. ? Qui pourrait dire que la démocratie de Poutine serait supportable par un démocrate occidental ? Qui aimerait vivre en Amérique dans les Etats du Sud et même à New York où contrairement à ce que l’on croit, la ségrégation la plus imbécile et la plus honteuse existe toujours, là où les Lois sont interprétées par le shérif local pour le compte des citoyens blancs. Et la démocratie à la Belge dans laquelle le citoyen n’a pas grand-chose à dire, est-elle supportable par un Suisse?
Restons modestes. Apprenons à nous méfier de ce que l’on nous raconte. N’oublions pas que ce ne sont pas les meilleurs qui dirigent, mais les pires.

28 juillet 2003

Nini métallo

On se faisait pas trop de mauvais sang, Nini disparaissait fumée, revenait des heures plus tard, comme s’il sortait de la pièce à côté, somnambule… C’était pas une mince affaire de lui parler, valait mieux la fermer si on ne voulait pas monologuer. C’est comme s’il n’était pas encore rentrer. Cela pouvait durer des heures. Souffi avait l’habitude. Pour qu’il revienne, qu’il se fige avant le prochain courant d’air…elle sortait d’une boîte en fer blanc des vues d’Ougrée 1900, de Seraing, des sites de Cockerill.. Alors tout à fait présent, rudesse du travailleur exposé au danger, il parlait de son dur métier et des caprices de la fonte en fusion bien plus dangereuse que la griffe d’un tigre, des corons et de tante Marie qui vendait des cornets à la charrette, sur le temps que l’oncle Popol tournait dans sa roue-moto de son invention, chez Barnum, aux Amériques.
En dehors du métier et des souvenirs, ses fugues, ses lubies, ses absences cachaient un secret.
Souffi l’avait percé. Elle ne savait comment nous le dire. Une nuit qu’elle était au lit et qu’elle cherchait le sommeil, elle vit des lueurs qui sourdaient du plancher disjoint de l’étage. Nini avait foutu le feu au grenier ! A peine redescendu, il hésitait à enlever ses chaussettes dans une transe qui faisait trembler le page. Elle s’était levée, fantôme flottant vers les étages, sans qu’il s’en aperçût.
Le grenier était tout illuminé à la bougie. Des dizaines de bougies partout dans les coins, sur les vieilleries, toutes convergeaient en ruelle de flammes vers un mur sur lequel pendait la panoplie du templier façon moyen âge, du drap de lit percé pour passer la tête et dessous, la grande croix rouge, à toutes les ferrailles, cotte de maille, bassinet, haubert, gantelets, sans oublier la Durandal, affichée 30 euros dans un magasin de souvenirs de Tolède et qu’il avait achetée malgré elle, avec déjà une idée derrière la tête.
Nini était devenu Templier !
Toutes ses bizarreries, ses réponses à côté de ce qu’on attend de quelqu’un quand on lui dit : « Tu veux bien me passer le sel, s’il te plaît et qu’il vous répond « Les hirondelles sont pas encore parties » s’éclairaient d’un jour nouveau.
C’était pas un templier de société folklorique ou d’un cercle ésotérique. Non, Nini était templier indépendant. Espèce rare et imprévisible.
C’est chez ARCELOR qu’il avait trouvé sa vocation ! Le coup de bambou que ç’avait été les plans de fermeture, malgré les assurances et les déclarations de principe, les « investissements certains », les discours Potier-Région Wallonne de fermeté, pour se terminer en couille de souris, mirobolants accords des dix ans de rabiot ou presque d’un ultime haut-fourneau permettant à l’élite syndicale, délégués, gros bras, de finir en beauté peinards à la pension. Déroute annoncée des autres, réconfortés par les réunion trois mouvements, premier mai, Liège-kiosque… le quatrième mouvement – le plus radicalement de gauche - la Coopérative, en faillite depuis belle lurette. L’envolée et le lyrisme pouvaient pas passer inaperçus, compte tenu du choix des très gros baffles, des attitudes sur la pointe des pieds des premiers couteaux de la gauche liégeoise… tous unis à ramasser les casquettes de la honte pour les jeter au ciel avec des « Hourrah ! »… cette façon de rebondir inimitable, une spécialité maison…
Base de tout : trois mouvements, 1. reconquête de l’opinion ; 2. prise de pouvoir sans effusion ; 3. la gauche « Président », le troisième point le plus formel… le monde du travail à l’honneur. ARCELOR, passagère faiblesse… bientôt au souvenir.
- Où c’est qu’il est mon foulard jaune avec le coq ? C’est encore les enfants qu’ont joué avec !
En attendant, on baignait dans une collaboration molle avec Loulou de l’OMC et accessoirement du MR… En attendant, on vous dit, sur une Internationale façon cubaine d’un band de la région momentanément sinistrée, belle livrée, propre et tout…
On parlait bien de sauver les emplois, Potier et Daerdenne, en blanchisseuses vieux style, parlaient « d’empois », l’affilié de base au repassage. A l’Internationale parallèle, mais de droite, Kubla avait monté le son, mobilisé aux radios, adulé à l’avance des crooners de l’info: « les chercheurs de l’Université d’ici dix ans vont nous sortir l’invention si magistrale que dès le brevet tout HongKong et Singapour, en passant par la Silicon Valey au chômage ! La vallée de la Meuse pas assez large, assez profonde, les entreprises qu’allaient crever le plafond, l’artisan-chef Menez à la recherche de main-d’œuvre et pourquoi pas réembaucher tout HongKong pour commencer… visa spécial… urgence nationale… priorité totale. Le musée de l’haut-fourneau après celui de la pipe à Maigret… génie de l’âme wallonne… incarnation du peuple. Pour une fois que le triomphe des valeurs de gauche avaient plus peur de s’affirmer! »
C’est bien loin tout ce trafic…
Il avait fallu se rendre à l’évidence, manoeuvre gueulard, Nini voyait que la machine à plaisir allait lui raser la tête, peut-être la couper, mais allait pas le soulever de terre, porte drapeau aux flonflons d’une fête du travail relookée pour le troisième millénaire, comme si deux millénaires n’avaient pas suffi à la connerie? Potier par les couloirs du dessous, escalier personnel, troisième porte à gauche à la sortie discrète, à la bagnole, puis à la retraite, avait foutu le camp depuis deux mois… que resterait-il de l’élan, l’enthousiasme ? Le décompte des feuilles de paie, puis, après la prime, si l’un ou l’autre super-délégué n’étouffait pas le flouze, dans un remake de tristes précédents…
Fallait plus lui parler de rien, d’ARCELOR, Potier, le Parti, le pied que ce serait à défiler de nouveau avec les sociétés de gymnastique, la deuxième jeunesse. Tout le pouvoir à Elio !
Nini plus qu’une question dans la tête, lui qu’avait jamais été à messe : « Dieu nous aime-t-il ? ».
Souffi désormais incarnait la femme égarée de Sodome. Tandis que lui alliait la pureté de Hugues de Payens, fondateur 1118 avec la foi de Montségur, l’ardent bûcher des Parfaits, Raymond de Toulouse, antéchrist en personne…
La merde que c’était l’haut-fourneau ARCELOR prenait la dimension du rocher monstrueux des martyrs. Le mystère sacré sur la sole à gratter les cendres. Il voyait dans la coulée le visage d’Ezéchiel, l’anthroposophe par le Christ, Geoffroy de Saint-Omer lui passant sa Durandal, made in Toledo ! Sa mission évidente : retrouver le Saint Graal quelque part sur les hauteurs de Seraing… les territoires d’Indiens de la Vecquée, repaires de toutes les femmes adultères, hydres et goules chargées de défendre l’entrée du Saint Lieu et qui viennent le soir jupe retroussée apeurer l’automobiliste par pleine lune !
Ce qui fit déborder le saint vase, ce fut lorsque Nini s’attaqua aux mystères Nostradamus, greluchon de la Reine Catherine, copieur infâme. Nini penchait pour le plagiat involontaire par transmission de pensée, vrai auteur : l’abbé de l’abbaye de Cambron, Yves de Lessines…
Un soir que Souffi mettait la soupe sur le feu, il descendit du grenier, l’harnachement complet, Templier authentique, la Durandal à la main rejoindre l’empereur germanique Frédéric II de Hohenstaufen. Rude histoire, celle de Barberousse… Juste avant les Légendes du Rhin, les Nibelungen, Siegfried et Nini en service commandé, mission !
Le papelard à Frédéric absolument formel : ordre de rassemblement général !
Sus ! sus ! disait l’incunable « A la recherche du Trésor ».
Souffi voyait que le carnet de timbres de la FGTB que Nini agitait frénétique ! Nini, le plan d’attaque des Turcs commandés par le vizir Potier, le sultan Di Ruppo à l’arrière dans son harem remplis de beaux eunuques dont il aimait caresser la chute de reins, à déjouer avec la chevalerie de la Table Ronde, l’Arthur harnaché comme lui !... Objectif : délivrer le trésor des mains des infidèles, le radar anglais à la recherche des poches d’air entre Ougrée et le Sart-Tilman ! A la fouille sévère, à la poursuite des onze tonneaux d’or et d’argent, de quoi Acheter ARCELOR, le parti socialiste, Potier, l’archevêque de Canterbury, sûrement complice - Il y a toujours un Anglais dans toute sédition ! – Nini cornaquait trente kilos d’armure, un détecteur de métaux et une antenne portable pour communiquer avec le Grand Maître, décidément accessible tout moderne par satellite…
On parvint à le cueillir, drève Onckelinx, assis dans l’herbe, à attendre venant d’Ypres le Grand Maître de Flandre pour quelques ajouts sur sa carte, des endroits réputés poches d’air, d’ultimes précisions avant l’assaut. Le Maître avait raté le train. Quelques effrontées des environs étalaient leurs sérésianités devant le phénomène. Les quatre solides infirmiers tapèrent dans le tas, nouveau siège de Jérusalem, histoire de se frayer un passage à travers les infidèles.
Nini n’avait pas reçu l’ordre avec le sceau de Baphomet et celui de Jacques de Molay. Durandal était restée sagement au fourreau.

Souffi va le voir régulièrement. Il est très bien. On lui a laissé l’armure, le surplis, la croix rouge, tout sauf Durandal qui pend au mur du bureau du directeur.
Tout à fait apaisé, il parle du trésor qu’il ne désespère pas de trouver. Tel Charles d’Orléans, il est prisonnier des Anglais. Il s’incline. Il a donné sa parole. Le grand vizir Potier est à la pêche au gros depuis longtemps. Il en parle comme d’un ancien adversaire, avec respect et selon les traditions de la chevalerie. De sa fenêtre, il voit le krak des chevaliers dont on rase le donjon de ferrailles brunies par les gaz du coke.
Souffi espère beaucoup de l’isoxuprine conjugué au cyclandelate. Les psychiatres aussi.
Le délire obsessionnel de l’ouvrier qualifié est désormais reconnu maladie professionnelle. On fait chaque jour des progrès dans la connaissance de ce syndrome, grâce à l’unité de recherche Bien-être et productivité du Sart-Tilman.
On vient de construire une usine remarquable à la place d’ARCELOR. Il ne s’y fabrique rien encore. On espère beaucoup des Japonais. En 2008, on a presque cru que cela y était, un chercheur de l’Université de Liège venait de mettre au point un procédé pour couper aisément les mottes de beurre. Il fallut se rendre à l’évidence, le fil à couper le beurre avait déjà été inventé par un Chinois de l’époque Ming. On avait en prévision commandé à Valfil, installé près de Pékin, les bobines pour le démarrage… Allez annoncer la chose aux travailleurs ! Quelqu’un avait bien pensé à Potier. Manque de pot, il refusa l’invitation…

27 juillet 2003

GEO-dé-ROUTE

En toute parité linguistique, le socialiste di Ruppo en grande partie responsable de la vente de la SABENA à Swissair, passe le relais de la gaffe au flamand Vande Lanotte qui bientôt bradera la Poste au secteur privé !
Coïncidence fâcheuse ou incapacité à gérer le pays au mieux des intérêts des électeurs qu’ils sont censés représenter ?
Ils nous font une crisette de servilité au grand capital, ces deux-là ! Passe encore les troupes de Louis Michel (de plus en plus évêque de Meaux !), on ne s’attend à rien d’autre, mais les socialistes ?
Plus de courrier depuis une semaine. Bon. Tu m’excuseras chérie, cas de force majeure. Mais l’Etat, ne manque-t-il pas à son devoir d’assurer la transmission de l’écrit ?
Quelles sont les raisons qui poussent les facteurs à mettre sac au sol ?
Elles tiennent principalement dans la nouvelle politique du sieur Thys, installé aux timbres par l’ancienne coalition, avec son bazooka appelé GEOROUTE, que le docteur Fol Amour, n’aurait pas désavoué.
Le plan est de requinquer la poste sommairement pour la vendre au privé, prévu pour l’année prochaine (A quand la SNCB ?).
Les dirigeants de ce pays agissent comme tous les patrons sans imagination. Aux abois, ils repeignent la façade, cachent les vieilleries derrière des machines neuves et embauchent des contrôleurs de production et des ergonomes, pour une deuxième jeunesse de la poste. En clair, ils font chier le monde, envoient les vieux et les infirmes se faire voir ailleurs et dégraissent pour dépression nerveuse et chômage ceux qui ne sont pas enthousiastes du GEOROUTE.
GEOROUTE est un parfait condensé du taylorisme le plus imbécile : définition des tâches, minutage des opérations, prime à la production, stakhanovistes chargés des démonstrations.
Les facteurs auront un horaire calculé au moyen d’une équation : le courrier déposé fond des boîtes, multiplié par un quota de rues, sur trois ou quatre secondes pour parcourir la distance de 5 m 50 qui est la longueur moyenne des façades d’habitation. Inutile de dire que celui qui n’a pas les mollets « Paris-Strasbourg » ne pourra pas suivre. Le super entraîné : 11 secondes au cent mètres et 5 m 80 à la perche, s’il hérite d’une tournée pourrie avec impasse et fond de cour pourra se brosser pour rentrer dans les temps.
Les vicieux galonnés vont s’en donner à cœur joie pour saquer des gens qui ne leur reviennent pas.
Une secrétaire ancienne miss de quelque chose au téléphone et une autre à la découpe des enveloppes, on voit bien Thys, dans le gros fauteuil plein cuir examiner la performance de ses boys sur des graphiques en forme d’étape de montagne du Tour de France.
D’ici à ce qu’on remplace le trophée Van Damme par la soirée Thys au Heysel, avec handicap : 10, 20, 30, 40 kg de courrier pour le steeple, il n’y a qu’un pas.
Si les mesures ne sont pas reportées avec les excuses publiques de la direction, je vais prier mes correspondants de ne plus m’envoyer du courrier, mais du courriel.
Les facteurs sont nécessaires aux vieux, à ceux auprès desquels ils dispensent des prestations d’assistante sociale. Ils font partie d’un ensemble de travailleurs des rues qui est harmonieux et rassurant.
Si on appliquait la méthode Thys au parlement, on mettrait la moitié des députés à la porte sans crainte pour la démocratie. Le gouvernement compterait trois personnes. Cinq femmes en vitrine sous la coupe des Albanais pourraient soulager tout le quartier de la gare du Nord.
Que veut la majorité en cassant les services publics ? Les ministres finiront par ne plus rien gérer du tout, si ce n’est la TVA et nos impôts directs. Un rêve, en quelque sorte.
Voilà longtemps qu’on tente de monter le public contre ce que l’on appelle en gros les fonctionnaires. Il y a même des sites sur le Web spécialistes de la blague de ce personnel réputé paresseux, ignare, impoli, etc. Cela procède d’une intox savamment distillée par tous les promoteurs du privé. Discours fasciste, s’il en est.
Il s’agit en fait de tirer les salaires vers le bas de ceux qui se sont bagarrés pour être payés de façon correcte avec garantie d’emplois. Regardez les misères que l’on fait aux profs dont certains ne seront jamais nommés.
Les dirigeants de la FEB, Vande Putte en tête, vous diront comme nous sommes peu compétitifs, beaucoup trop chers par rapport à la Chine et à la Corée du Nord, que si nous n’apprenons pas à manger debout des nouilles froides en moins de quinze minutes, nous ne comblerons jamais notre retard. Ils vous diront cela appuyés sur le Steinway de concert de leur salon, avec perspective sur le parc privé. Ils ne mangeront pas des nouilles dans leur porcelaine de Sèvres.
Ce n’est pas vers le bas salaires qu’il faut tendre, mais vers le plus élevé possible. La Fonction publique est une référence, un idéal à atteindre pour tous ceux qui triment dans le privé sans aucune reconnaissance des patrons et à des salaires à remanger deux fois sa merde pour ne pas crever de faim.
Le respect du travailleur commence par un salaire décent et une protection efficace. Ce ne sera bientôt plus qu’un souvenir pour le public et le privé confondus, sauf pour les hauts fonctionnaires des cabinets bien entendu. Ces gens à force de manipuler tous les poisons du pouvoir en savent un bout de la mécanique de l’usine à gaz de la rue de la Loi. Le jour qu’on leur retirera un euro à ceux-là, il fera chaud dans les ministères…
Remarquez le syndicat des patrons ne s’en prend jamais aux cadres de l’Etat. Pourquoi, Mais parce que Socialiste et libéral sont mes deux prénoms, OMC est mon nom de famille

26 juillet 2003

C’est pas tout ça. Où t’as mis l’beurre ?

Elle : Tu remarques rien ?
Lui : Ouais
Elle : Quoi « ouais » ?
Lui : T’as enfin rangé la tondeuse dans la remise ?
Elle : Mais non voyons…
Lui : Comment « mais non voyons », à la prochaine pluie, elle marchera plus !
Elle : Je veux dire « si, voyons », mais, c’est pas ça que tu dois remarquer…
Lui : Ah ?
La radio : Un missile a été tiré sur un camion américain à Bagdad. Un marine a été tué. Il semble que la situation évolue vers une guérilla que les autorités américaines redoutent.
Elle : J’ai changé de coiffure ! Tu vois la vague sur le côté gauche, je voyais plus pour conduire de l’œil gauche. Alors, Josy m’a fait retomber les mèches sur le front mais pas trop longues…
Lui : Un peu plus, t’aurais plus vu des deux yeux. Pour conduire, c’est embêtant…
La radio : Bassora, la deuxième ville du pays est toujours la proie de troubles autour de la mosquée que les Anglais ont investie la semaine dernière et dans laquelle se cacherait des terroristes.
Elle : Moque-toi ! Et puis c’est plus pratique pour bêcher le jardin, quand je me penche…
Lui : T’as repiqué les pommes de terre ?
Elle : Pas encore…
Lui : Je me demande ce que tu fous ?
La radio : Le premier dérapage de l’équipe Verhofstadt concernant le survol de la capitale. Pas d’accord entre les parties. Une fois encore, ce problème va être en commissionné, un de plus.
Elle : Tu sais ce qu’elle m’a dit Josy ?
Lui : Non.
Elle : Que Frédérique va peut-être quitter son mari samedi !
Lui : Comment ça peut-être ?
Elle : C’est ce qu’elle a dit à Josy qui lui a promis de ne rien dire à personne.
La radio : Bush et Tony Blair auraient menti concernant les armes de destruction massive de Saddam Hussein. De faux rapports ont été présentés au Parlement de Londres.
Lui : Qu’a-t-elle besoin d’aller raconter ça à Josy ? On est bien assez embêté !...
Elle : Surtout que c’est un type marié et qu’elle sait pas s’il quittera sa femme…
La radio : Deux chars des Marines se sont tiré dessus dans la tempête de sable. On déplore plusieurs blessés dont un grave…
Lui : Franchement, d’arranger les têtes, ça dérange la sienne à la Josy.
Elle : Elle a pas un bigoudi sur la langue… Elle coiffe bien, sinon…
Lui : Sinon…
Elle : Je serais allée à Bijou-Coiffure.
Lui : Mais c’est loin ! T’as pensé à tout ce que tu dois faire dans la maison ?
Elle : En ce moment, Bijou-Coiffure a une promo sur le brushing…
Lui : Et les petits pois ? Qui c’est-y qu’on prendra pour la cueillette, si tu perds ton temps à faire des chemins ? Ta mère ? …Déjà pour les écosser avec son Parkinson !
La radio : La pénurie d’eau persiste dans les grandes villes de l’Irak. On boit toujours l’eau salée des puits. Une épidémie est à craindre…
Elle : T’écoute la radio, toi, à présent ?
Lui : Non, j’attends le match Manchester - Fulham …
Elle : Je vais aux petits pois !...
Lui : C’est pas tout ça ! Mais où t’as mis l’beurre ?
Elle : C’est toi qui l’a fichu hier soir sur la télé pour tes petits pains en regardant Colombo… Je te l’apporte.
Lui : Salope pas le sentier. En revenant bouge tes bottes aux rhubarbes.
(Elle sort)
Lui : Allo, Frédérique ? J’apprends que t’as fait ta valise pour samedi ? Bravo !
- …
- Ouais. Heureusement que je le sais par Josy qui l’a dit à ma femme. Eh bien ! t’aurais pas dû…
- ….
- Ouais, c’est ça…tu savais que je quitterais pas ma femme. Alors, pourquoi tu le dis à Josy avant de m’en parler qu’on se barre samedi ?
La radio : Et voici depuis le stade de Manchester la retransmission du match tant attendu…
Lui : Faut que je raccroche. Y a comme une urgence. Des fois qu’elle reviendrait du jardin… oui, on en reparlera. D’accord… avant Josy. Autrement, c’est pas la peine, je le demande à ma femme quand on part nous deux… Samedi, c’est un peu juste…
La radio : Bonne assistance ce soir, de 25 à 30.000 personnes. Le référé Charlie Beugh regarde sa montre. Et c’est parti pour 45 minutes…. Alors que déjà des spectateurs qui arrivent seulement aux couloirs des tribunes de face se donnent des gnons parce qu’ils ne voient rien tant que ceux de devant n’ont pas rejoint leurs places… On ne va pas commencer le match par des bagarres ?
Lui : Ah ! la connerie des supporters ! Bel exemple pour la jeunesse…
Elle (revenant du jardin) : Tu sais quoi ?
Lui : Avec Frédérique ?
Elle : Non. Les voisins me disent…
Lui : Quoi les voisins ?
Elle : Il paraît que les Américains et les Anglais vont demander de l’aide à l’Europe pour l’Irak !
Lui : Ils sont en guerre contre l’Irak ? Le jour où Manchester joue sur son terrain ! En voilà des nouvelles…

La fuite en avant.

En ces temps de canicule, tout se disloque, s’évapore au moindre courant d’air.
Les gens, d’habitude si peureux, qui resteraient pas une heure en ville sans penser qu’un voyou pourrait mettre tout en charpie dans leur appartement, saccager jusqu’aux photos de famille, pour rien… de la thune sous le matelas ou le plaisir d’écrire au ketchup sur les murs, eh bien ! ils se dispersent, vagabondent, sont au vert.
Ils traînent plus dans les rues. On voit plus personne.
Quand on n’est pas ciblé ville de vacances sur les répertoires, aux agences, dans les gares faut s’attendre à des déserts. On a eu l’idée Simenon, à Liège. L’a-t-on assez clamé, chanté, joué, le bougre. Nib de badauds… Pas un Allemand sort de l’autoroute, pourtant le chemin nacht côte d’Azur, autoroute des Ardennes, voie tracée soixante ans à l’avance… von Rundstedt…
Liège n’est pas répertorié transit, séjour possible, hôtel, chambre d’hôte. Pendant deux mois, c’est inutile d’insister : c’est la zone. On n’est pas terre d’accueil, c’est un fait, ces deux mois-là…
En plus la boulange s’est passé le mot, tous en congé aux même dates, pour pas se faire mal à la concurrence, des fois que celui qui reste serait plus méthode artisanale, cuit au chêne, et ferait pas reluire ses sandwichs au mazout. Méfiance de boutiquier, comme dirait le Schpounz…
Les bonnes nouvelles passent inaperçues. Par exemple sur Teledis, un médecin australien en est sûr, la masturbation après 60 ans évite la prostate. Si le traitement se confirme, faudra engager des jeunes aides-soignantes dans les hospices. On va refuser du monde.
Mais à quoi ça sert les nouvelles ? Un américain, par ci, par là, qui calenche à Bagdad. Notre gouvernement si incomparable tout gaillard réjouissant les cœurs, quand les cœurs se sont fait la paire ?
Le diariste retrouve sa liberté d’expression sans clientèle. On est en apesanteur. Toutes les bouffonneries que l’on peut proférer ont l’insignifiance d’un manuel militaire en temps de paix.
C’est comme les blogs, autant recopier la feuille de la Meuse qui pend dans les waters. Le lecteur est aux abonnés absents, des sites qui se faisaient quelques centaines de voyeurs la journée, dépassent plus 50 visites. Alors vous pensez des petits jeunots de mon genre… Je vais pourtant pas cliquer pour faire avancer le compteur !
Faudra attendre début août, pour que se ranime le centre ville et se rallume l’ordinateur. Quand les retours et les départs animeront les carrefours, on saura qu’on est à 30 jours de la rentrée.
Faut-il que les gens s’emmerdent dix mois de l’année malgré tout ce que les patrons et le gouvernement racontent sur le goût d’entreprendre, le challenge – personnellement que je trouve imbécile – de prouver qu’on est le meilleur… celui à qui doit revenir tout le fric, pour foutre le camp vite fait, tout moyen de transport à portée !
Une belle devise qu’on devrait accrocher à la porte du G8 : « Tout pour moi, rien pour les autres ! »
Enfin, on pensera à cela en septembre, quand on recommencera à faire semblant…
Ce qui soulage celui qui reste, c’est qu’on a plus de blèmes pour garer la voiture. Les passants réapprennent à flâner. On dirait que le collectif de ceux qui restent au moment où notre beau système socialo-libéral rejoint son cantonnement entre Hyères et Menton, ressoude la cohésion nationale. Avant juillet, on était trop nombreux à jouer des coudes. La démocratie pour qu’elle soit vivante, qu’elle ait un sens, doit copier le modèle grec : un agora pour une ville de trois à quatre mille citoyens, pas plus… N’est-ce pas dans notre communauté de millions d’individus que gît la raison principale de notre échec ? Ici, c’est le contraire. On attend juillet pour nous balancer en douce quelques impôts supplémentaires. Le hobby gouvernemental 2003 serait d’augmenter les accises du mazout, histoire de renflouer les caisses et non pas de faire payer les pollueurs, puisque les transporteurs qui sont les plus gros consommateurs de Belgique donc les plus gros pollueurs bénéficieraient d’une détaxation compensatoire ?
Quand je vous disais qu’en juillet tout le monde raconte n’importe quoi ?

24 juillet 2003

Pandémie et tiroir-caisse

Pourtant si optimiste à me fendre la gueule dans le pire des cas, j’avoue que des mauvaises impressions me retournent la tête.
- Ah ! le con, disent les Bénis-cocos du système, il est pâle des genoux depuis qu’il se lâche à la demi-douzaine de fondus qui titillent le point virgule de son Richard III.
- Et encore que j’y dis, je parle pas trop de ma nature, des richesses de mes relations, du général d’Accent-Aigu, de sa mignonne et de son baise-en ville, au vestibule, à côté du téléphone pour les urgences, des fois qu’elle plairait encore, qu’elle aurait bénéficié d’un faux jour, d’un crépuscule flatteur… de Lola Rastaquouère qu’avait pas l’air, mais dès qu’on était seuls, fallait se défendre… par contre en groupe, la sainte femme à son Nico… Non, mais ! De Victor, l’apeuprèiste, qui disait grave d’une commande pressée à son patron scié : « Mais, vous m’enculez au pied du mur ! » J’vous jure qu’il le faisait pas exprès… La grande Josée, qu’avait que son corps pour elle, mais tellement parfait qu’elle en attrapait de l’esprit, rien qu’à lui mater les fesses…
- Arrête, tu vas pas aligner l’agenda de tes luttes finales ! Tu vas pas faire ton Freddy, tombé en plein ciel de gloire, le Saint-Ex des chattes de gouttière…
- Je surveille l’épée du chevet. Je prends garde au fourreau… C’est pas ça. Non. Je crois plus aux hommes.
- C’est pas vrai, tu te faisais péter la tubulure, dis, ma douce ?
Comme on le voit, ces natures à la sucette du régime, comprendront jamais rien
- Poor Richard, poor Richard, répète celle qui me plaint à longueur de journée.
Elle non plus…
Je croyais que c’était fini la douleur, qu’on allait pouvoir s’amuser, avec Daisy…
Elle voulait tellement être bien dans son rôle de femme convenable, qu’on faisait plus rien ensemble. Il est vrai qu’avec une Anglaise, on navigue à vue dans le non-sens ! C’est Jenny, l’écossaise de mon passé composé qu’aurait pas dit le contraire. Ah ! j’ai donné dans le British, quand on pense le peu de goût que j’ai pour Tony Blair…
Dans le temps, je refaisais surface après la visite des catacombes. Mais, des limites à tout. Le seau dans la chambrée est plein et sa mouque le porc. J’ai pas le jus pour me lever et le balancer par la fenêtre…
- T’as plus Liège à la bonne, mon faquin ? T’es sorti de ta nationalité ? T’es plus fier d’être Wallon à la majorité silencieuse!
L’injure suprême tombe à plat. Voilà longtemps que c’est plus qu’à la remise des prix au « Pip’ club Simenon » qu’on pousse des cocoricos.
Je moufte plus. No trouble, Daisy… C’est rien vous autres…
Qui comprendrait ?
Personne, par les temps qui courent…
- C’est quoi Toto, ton problème ?
Ils insistent les vers à bois.
Le feu qui me monte.
- Vous voyez pas où on est, mes glands ? Vous me cernez, les Dupont-Lajoie. Je me saborde. Quitte le ponton Daisy, retourne à Liverpool ma grande. Et vous autres, débarrassez… Je veux plus voir personne. Comment vos lunettes grossissent plus ? C’est pas assez la première page des gazettes ?
- Mais tu vas caner, pépère. Nous lâcher dans les doigts, paroles ? Les journaux, mec, au mois de juillet, mais c’est des blèmes à l’ouragan qui pardonne pas pour les toiles des campeurs, c’est le vioque fin saoul au cacheté qui prend l’autoroute à contre-sens, c’est Verhofstadt qu’écrase son gros cul sur une bicyclette à Eddy, c’est kitsch tour de France, le Belge moyen à la récré…
Ils voyaient pas ces caves où je voulais en venir… la honte mondiale. Ce qui sautait pas aux yeux à ces adorateurs de la croissance, ces veaux de l’économie de marché, ces truands de la rentabilité, ces enculés tous régimes confondus ?
- Le Fonds mondial de lutte contre le Sida, la tubercu et le palu, sait pas financer sa campagne 2003, que j’y balance, tas de veaux !... Ça va faire des millions de morts supplémentaires dans le contentieux.
Bravo. On est tous dans un monde corps et âme à la société anonyme, cadavres et charognes fin de parcours... Pourtant, ces misérables qu’ont les millions de morts futurs sur le paletot, …plus forts en gueule que jamais, osent toujours se faire reluire. On voit qu’eux, nous faire des prêches sur les génocides, les tribunaux internationaux, les chiures de mouche. C’est comme si Eichmann revenait dans ses fourgons nous relancer dans l’humanitaire et qu’on marcherait comme un seul homme. Mais à côté, le boyau qu’écope de vingt plombes pour avoir dessoudé une grand’mère, c’est un coquelicot des champs !
On s’est dit des choses encore longtemps.
Je prenais trop au tragique. J’avais tort. La fatigue, les nerfs, Daisy à qui ça disait plus rien de tenir la chandelle… On a bu, histoire d’avoir moins chaud, un tiers de pastis, un tiers de vodka et un tiers sans rien. Petit à petit, je me suis fait une raison.
C’est vrai que tous les hommes sont des salauds, d’infâmes crapules, que les dirigeants, c’est de la crotte de chien… Et puis après ?
- Est-y pas belle, la vie ?
C’est Henry qu’était plus allumé que les autres, parce qu’avait pris un train avant, qui venait de la sortir de sa gueule au moulu fin.
Vous me croirez si vous voulez, on a tous éclaté de rire. On savait pas pourquoi, c’était ainsi, le parfait rire crétin qui soulage. On savait plus s’arrêter, à devenir malade, je crois même qu’on l’était déjà un peu.
Daisy qu’était en cycliste était belle comme tout. On est sorti faire un petit tour de France. Pas loin. On a pris à Cabrel la cabane au fond du jardin. La tondeuse à gazon comme matelas, c’est un peu dur. On s’arrange de tout avec l’amûûûr.
De la soirée, personne a plus dit un mot sur le fiasco mondial. Y a comme ça des choses si abominables et si dégueulasses que rien que d’en parler on se pourrit les dents.
Demain, on espère il y aura les gus du Tour de France, le tennis, le triathlon.
Paraît qu’ils sont dans les Pyrénées.
Le sport, y a pas mieux pour digérer la merde.

23 juillet 2003

L’avenir n’est pas pour demain.

- La Creuse est en mue.
- Pourtant il ne pleut pas.
-Ça doit être notre transpiration.
- Plus le niveau monte, moins c’est profond.
- Expliquez-vous ?
- Je parle des taux de décibels du concert d’hier.
- Moi, ce que j’aime dans le clip de Daisy Chainsaw, c’est le son.
- Elle a beau montré ses fiches et faire goûter sa menthe…
- Surtout quand les parasites lui brouillent l’écoute.
- Ma femme ne la supporte pas. Elle relit Tintin… la verve d’Hergé !
- Son concert en Suède…la gêne du Vatican…
- Naturel. La Suède a du fer à ne savoir qu’en foutre, le Vatican, c’est le contraire.
- On parlait de quoi, en fait ?
- J’avais cru comprendre « la Meuse est en crue… »
- C’est ce que j’ai voulu dire.
- Et « le clip de Daisy, c’est le son « ?
- Pareil. Tout à l’avenant.
- On se croirait chez Chevallier et Laspalès quand ils parlent de la MACMUT.
- Sauf qu’eux ils filent pas comme nous leurs bouilles à la caisse.
- Je ne suis pas sûr. Voilà si longtemps qu’ils bâillent dans la même course.
- Les poux du rire ou les roux du pire…
- C’est d’un niveau aujourd’hui… j’ai honte !
- A l’avenir, on pourrait remettre ça de temps en temps…
- Ah non ! l’avenir n’est pas pour demain.

22 juillet 2003

T’as l’feu vert, Véronèse (2)

DEUXIÈME PARTIE.

Forcing à la culture.

« Le pouvoir de… » formule magique, jusqu’où ça conduit l’homme… Véronèse était pas tant adjudant pète sec, dans le fond, que brave homme poussé par les nécessités. Le moyen de finir en beauté quand on gagne mille euros par mois ? Son coup de folie : criser pour Messaline ! Etait full avec le projet sanglant. A soixante ans, entre deux gendarmes, la perspective lui échappait dans le flou de l’amour !
Avant de sombrer aux sentiments, il était plutôt du genre douanier polonais du temps de Jaruzelski... I’ voulait pas d’emmerde, rien que du bakchich…
Véronèse marchait aux dollars. Il avait une religion pour le pourboire. Pas plus rapide que lui pour étouffer le dessous de table. Il grattait partout : trattoria, muséum, piste de kart, Hollande miniature, foire de Frankfort. Il avait tout fait, chaque guichet, commissaire aux relations, employés aux expositions, chaque coin de vestibule, cellier, cave, même sous les cages d’escalier, bureau d’hôtel, soutien-gorge des cachottières. Les dames pipi l’appelaient Vérole. Ce nom lui allait comme un gant. Vérole foutait jamais le camp sans ses lires, euros, dollars, 10 %, selon… Il vidait les assiettes des lavabos en sortant des waters... Son habitude, vingt ans d’expérience !
Les passagers, à force, commençaient à le connaître. Sur les sites, ils formaient une petite famille. Messaline boute-en-train, Véronèse à la culture… Six heures à pas pouvoir s’étendre dans la ferraille brinquebalante, on a le temps de s’attendrir.
D’abord on se méfie, naturel, surtout au départ à cause du fric qu’on a dissimulé dans ses chaussettes, valise, ceinture… Parfois, on s’interpelle. On se souvient plus. On s’angoisse terrible sur l’oseille. La mémoire qu’avait flanché revient. On a des sourires. Le billet de cent dollars pouvait pas se trouver dans le tube dentifrice, puisqu’on l’avait roulé façon cigarette dans la boîte des Tampax ! La fatigue venant, on dodeline. La tête donne contre la vitre.
C’est la petite brune pas mal qui part la première et qui ronfle un bon coup
Son mari gêné, la remue, la chatouille… puis de guère lasse, part à son tour se joindre à l’orphéon. Bientôt la tôle n’est plus qu’un long corridor dortoir. Véronèse qu’était sur des explications de fondation sur l’eau, système pilotis, qu’on appelle pali sur la piazzetta, s’embrouille dans le fourbi du détail. Il prend l’air comme un phoque après dix minutes d’apnée, puis s’écroule entre deux phrases. En ronflements, c’est le gros hélico.
Messaline qui recueillait l’argent des cocas qui rafraîchissent dans la glacière, se sent partir en arrière. Elle rejoint le groupe, la tête renversée. Sa maigreur des deux mois de jeûne pour grimper au rideau avec Vérole, bien en évidence. Abandon total, bouche ouverte, beaux plombages, rien à redire. Sauf une petite bave qui lui coule entre deux hoquets, elle reste propre. Elle qu’avait l’instinct pervers, c’est l’innocence même… C’est dire comme tout est relatif, de l’assassin à l’honnête homme… un fil.
Moumoute et Ansoise résistent, ils font des mots croisés. Ils sont sur la même grille depuis trente ans, avec des variantes selon les éditions, les saisons, le caprice…
Un cassis trop brutal, un tournant en épingle, on émerge du coma profond. C’est souvent pour voir défiler une usine à gaz. Deux minutes avant, c’était le champ de coquelicots, une échappée sur la mer… Après les confidences du couple infernal, les petits secrets des autres ont pas le relief, pourtant, on se raconte des choses qu’on croyait bien enfouies. Patricia veut pas d’enfant, des fois qu’il ressemblerait à son père. « C’est Jauly » n’a jamais été mariée, les hommes lui font peur ! Une des deux attendries du début parle de son métier de technicienne de surface. « Oui, hein quoi ! femme d’ouvrage, dit Ansoise qui lève la tête de ses graticulations.
« C’est Jauly » se gratte carrément entre les jambes. Elle se retrousse devant sa voisine qui sourit.
- Des fois, aurait pas des morpions dans les coussins ? C’est un si vieil autocar.
Quel âge il a ? Les spécialistes oscillent entre 10 et 15 ans. On s’intéresse aux points de rouille.
- I’ devrait plus que transporter les ouvriers de Beringen.
Pourquoi Beringen ? Personne en sait rien.
Véronèse espace ses ronflements. Il tressaute. Ouvre un œil, la gueule au meurtre. C’est dommage qu’a pas Claude sous la main, juste au réveil… i’ passerait pas le quart d’heure.
Mais le moment est pas là. Faut instruire et instruire encore les tripeurs, que c’est même écrit dans le contrat. Véronèse sait pas où on est. Il s’en fout. Douaumont l’inspire, 1914, la belle résistance aux Allemands !... le front de la Somme. Ça tiendra éveiller jusqu’à midi. On est pas précisément du côté des tranchées, mais pas loin de Monte Cassino.
Les incultes se révoltent. Les hommes surtout sont jaloux de la jactance de celui qui sait ce que les autres savent pas.
On passe sa vie à dénoncer la culture qu’est de la merde de bourgeois, dès qu’à un concours on demande qui avait plus qu’une oreille pour peindre les tournesols, dix couillons gueulent dans la salle : Van Gogh !
C’est tout le drame d’aujourd’hui en condensé, d’un côté les cloches qui revendiquent leur clochitude, qui s’en foutent de ne posséder que trois mots avec cent borborygmes autour et de l’autre, les pieds nickelés qu’en savent pas plus, mais qui en ont conscience. C’est surtout les dames plus intelligentes qui vont à la conscience, au contraire des hommes, sacrés sagouins prétentieux… Les dames veulent entendre Véronèse. Messaline aux applaus. C’est tout juste si elle interrompt pas l’artiste au général Mangin qu’arrive avec ses tanks, pour dire, « Ce mec si fort instruit, si tout… c’est mon amant !... On baise ensemble depuis six mois… Faut voir, en plus, comme il est souple à son âge… » Elle se retient. On peut vouloir estourbir un gêneur et s’en expliquer, mais pas s’échauffer les sangs devant tout le monde. Les pulsions du cul trouvent rarement d’exutoire en compagnie nombreuse. La jalousie des masses frustrées, comprendrait pas. Y a trop d’obturées deuxième rideau. Regardez Roch Voisine, le tort qui s’est fait quand on a appris son mariage…
- Peu d’attention, siou plaît…
Crac boum hue fait l’ampli…
La voix de Véronèse prend comme des graillons au fond d’une poêle qui recuirait pour la troisième fois... On part à l’étonnement. C’est plus le même homme. L’Haut-parleur humain chaliapinise… C’est une basse noble qui se cachait sous le baryton martin.
Le bidule s’arrête, c’est pas l’arrêt pipi. On est en plein bouchon, en février ! C’est pas la peine de se les geler pour pas plomber le moteur en août.
Aux nouvelles, c’est une vache égarée qui se promène sur l’autopista…
L’événement réveille l’instinct agricole qui sommeille dans chaque citadin. On parle fourrage et culture transgénique. Si José Bové était là, même « C’est Jauly » lui ferait des gâteries.
Le chef reprend courageusement la campagne de 17. Il ne sent plus son public. Même les femmes échappent…
Le car a un coup de blues. On se demande ce qu’on fait là. C’est alors que Véronèse pousse une cassette du Gendarme dans la télévision de bord. Il veut tuer tout le monde ! Puis on se rendort, carrément cette fois. De Funès et Galabru partent en lignes zigzagantes et en mélange des couleurs.
On se réveille au parking. Au bout d’un pont moitié levée de terre, moitié en béton, c’est la lagune. Pour le reste, un vendeur à la sauvette a toutes les documentations possibles dans toutes les langues.

C’est la première fois que je vous fourgue un de mes poèmes, profitez-en, ce sera la dernière.

Le monstrueux moka sans ses chevaux de bronze
A son rythme s’enlise au ras des flots malsains
Devant le Campanile est un membre italien
Qui débanda paraît-il en quatre-vingt onze

Le Grand Canal repeint à la couleur ambiante
Passe du vert au brun sur quoi l’écume rend
Les pigments digestifs d’apatrides fientes
De tous ces intestins qui vont déambulant

Dans les ruelles d’eau des barques se disloquent
République n’est plus ce qu’elle avait été
Les papiers gras flottants c’est bien là notre époque
Les rats dans tous les trous pètent d’obésité

Il faut bien qu’on aborde et c’est à la Salute
On y reste encaqués jusqu’au retour prochain
Dans l’Eglise sous les voûtes tombent des gouttes
Sur la nappe d’autel Dieu change l’eau en vin

Selon qui la regarde en ses eaux attardées
Venise a pour chacun différentes beautés
Quand on y est déçu c’est la pouf d’un clandé
Filant de son tapin au julot la comptée

21 juillet 2003

T’as l’feu vert, Véronèse (1)

Première partie. Le départ.

Février 2003. C’est « classe » la ferraille ras du trottoir à l’heure dite du catalogue Transit-Tour. Les groupies font un saut en arrière pour éviter le jus de rigole, et Véronèse un saut en avant. Prestige du chef qui saute toujours en marche de tous les engins.
Véronèse, chef de l’expédition. Pas son vrai nom, bien sûr, trop difficile à épeler. Véronèse lui plaît, rapport au vert. On le saura assez tôt. Le Carnaval commence par Véronèse qui compte les impétrants. Pendant douze jours cessera pas… en manque un, tien, on en a un de plus… A la fin, tout le monde était au comptage. Si on osait la comparaison Berlusconi avec les kapos, mais on n’ose pas…

L’engouement des masses pour le trip… complet juillet, août. L’affolement des ménages: où va-t-on bronzer l’été ? L’Espagne c’est rikiki. Tout Outremeuse couche à Benidorm !
- Si on se tapait un voyage culturel ?
- Voir des ruines, ça me fout le cafard.
- Pourraient quand même reconstruire avec le fric des touristes ?
- Un trip culturel au mois d’août autant faire une mouche drosophile à deux culs à la Faculté de la place Del’Cour ou laisser ses houseaux dans une université d’été.
- C’est de la culture, ça mââme. Et pas de la fripe, de ces enculeries de titulaires de chaire… Formule des formules…
A l’université d’été, y avait plus qu’une inscription au symposium spécial mois d’août sur le Grec ancien.
Ah ! je résiste pas… une telle envie de vous faire chier…
Je sors le dépliant de 347 pages. Je l’ouvre au hasard. Rien que de l’authentique pur jus droit fil l’élite made in Belgium, été 2002.

L’aoriste premier passif : Le suffixe – η – présentait l’inconvénient de s’ajouter malaisément à un élément radical terminé par une voyelle. Ainsi s’explique le succès du suffixe – θη – dont l’origine reste inconnue. Quoi qu’il en soit, il se répand depuis l’époque homérique et est usuel à l’époque classique. Les désinences sont analogues à celles qu’on a vues pour les aoristes seconds athématiques du type έσβην.
Tel quel !
Entre parenthèse, ce sont les mêmes qui refusent des homologations de savants russes, docteurs en philosophie et lettres, dix fois plus intelligents et supérieurs à tout ce que la Belgique essorée sous la chaleur peut aligner comme fortes circonvolutions. Je me suis demandé : jalousie extrême, enculage entre soi ? Non : peur de partager l’emploi, donc les biftons. C’est dire les enflures, les casques à pointe de la culture, à côté de ça notre Vert Véronèse, notre guide Transit-Tour, c’est le génie absolu.
Fin de la récré.
Et pourquoi pas partir l’hiver, qu’on se dit ? Va donc pour l’intersaison mignonne !
Au lieu de l’université d’été bourrée des phénomènes faichiérants aux méninges démesurées, notre besogneux d’hiver Transit-Tour est à portée du cycle moyen. Bien con, mais d’une connerie modérée, comme l’électeur libéral, adorateurs michelins, pas les pneus, non, de Louis.
A ma gauche : Basilica dei SS.mi Giovanni e Paolo et de l’autre la Volta du grande canale, comme si tout le monde voyait pas la flotte ! Un con moyen, c’est au service d’une culture appropriée à la moyenne des connaissances, moins un (Principe de Peiper) : flou à tous les étiages (Non. L’i est volontaire). Outre la guerre 14-18, lui sa passion à l’accompagnateur, c’était le vert Véronèse, on commence à le savoir… Allez pas chercher… Sur le temps qu’il explique - avant le vert - Véronèse, on est déjà à Bergame…
Je reviens. Pardonner l’incise… Je vous dépose en février 2003, mes ravissantes, l’air frais du Grand Canal, et tout…
La haute saison, l’abondance des foules gonflées de pécules, rend le moindre accès encombré, onéreux, suffocant. L’hiver fait de si jolies fleurs de gel sur les vitres du Florian ! Et puis, l’hiver, outre le conte réfrigérant quand on vous la poigne sous la table en pleine haute température, celui qui vient de régler sa location à La Panne voit tout de suite que c’est moins cher.
- Qu’est-ce qu’on irait foutre à Malaga en string en février ? Si les frimas font pas bander les estivants, par contre les cultivés, sous vêtements Trois Suisses, potassent le Michelin par tous les temps… direction Venezia !
Minute, je m’emballe… alors qu’on n’est pas encore parti… toujours ras du trottoir… embarquement des bourres, valoches et menus objets. Mémère en voiture rassemble ses portraits de famille, dernières vues de la Sauvenière… ô terre chérie !... L’oignon à l’œil. C’est parti. On est bonard…
Tout de suite un drame à la Richard III.
Messaline qui sait pas encore comment elle va le finir son Claude demande à Véronèse son amant de la Saint-Jean, plein démarrage pétaradant, s’il a prévu la forte lame, l’au moins cinq doigts, en cas de survie imprévisible, en plein retour dans une dizaine de jours, que le malfaisant gêneur serait toujours là, capable de résister à la mort-aux-rats, curare, Socrate involontaire à la ciguë de l’aimée… Ambiance de car très italienne déjà, seulement Pont d’Avroy, direction autoroute de Luxembourg.
Véronèse sous l’œil de Messaline, poussé à la forte envie, ferait arrêter le car pour en descendre et le finir à la tronçonneuse, le Claude. C’est pas ce qu’on lui demande. Juste un petit meurtre moyen. Le car en convient. Le raisonne… Tout de suite le génocide pour cet exalté. En a-t-elle connu, Messaline, des psychopathes qui s’écrasent à l’acte, au point de faire un écart pour pas marcher sur une bête à bon Dieu ! Qui hésite estourbir un peintre de peur de passer sous l’échelle ! En attendant le gros – car Véronèse est gros - est au grincement de dents, le besoin d’anéantir. Il se tient plus, sa mission, son crime. Le dabe ventru est à l’alambic des Borgia. Le soir à la première halte, il déposera son surin sur la table de nuit, faisant jaillir la lame, essayant le ressort. Joie d’être un homme ! Messaline d’abord froufroutante, puis décidément à poil, aura trouvé les mots : valeur, honneur, juste cause, besoin de clarifier, grand principe, enfin tout ce qu’il faut, stérilet compris, à la passion. C’est tout juste si elle a pas ajouté la patrie dans l’argumentaire… Oui, il faut être patriote pour supprimer certains êtres.
Dans le tube à roulettes, on s’est entassé, rafistolé, moulé à la banquette.
Deux gracieuses ont le cœur débordant de laisser l’homme aux adieux sur le trottoir où pourrit le cadavre exquis du journal « La Meuse », dont les restes sacrés sont transférés dans un loft plus approprié à l’ampleur du drame social.
Les deux gracieuses ont la conjoncture redoutable dès que dans la courbe Ramada, elles perdent leurs coquins de vue. C’est tout de suite le tour des possibles, la chasse aux porte-queue pour séjour agréable. Tout ça mêlé de culpabilité aux présages, du genre « Pourquoi on est comme ça ? ». L’autre Zouave à Paris avec ses arts premiers, savait pas si bien dire. C’est le choc primitif. Les deux, leur choc à elles, tout à fait sorti du fond des âges « Qu’est-ce qu’ils vont devenir sans nous ? ». Elles ont trouvé les bonnes paroles qui n’engagent pas à la fidélité des vieux couples « On n’est pas là pour s’emmerder ».
Plus tard, la plus délurée dira au faux marinier de la lagune sur le wharf du Danieli et qui profitait de la houle pour lui mettre la main aux fesses : « mais je suis mariée ». Comme l’autre savait que l’italien, il a cru comprendre qu’il avait le feu vert. Et c’est comme ça qu’elle a renoncé à l’explication et qu’elle a tellement bien capitulé que pendant tout le séjour, elle sortait plus de la gondole.
La deuxième, la moins moderne a eu du mal. Véronèse était casé avec Messaline, même Mémère avait allumé un porte-cierge de la basilique Saint-Marc. Restaient plus qu’un vieux schnock, qu’on était dans le doute, s’il était pas d’un car allemand qu’aurait versé dans un virage ? Le schnock, allemand ou amnésique aurait fait l’affaire avec la charmante, entre deux chansons éternelles accompagnées à la mandoline, si un cavaliere qu’était là par hasard et qu’avait plus assez de pécunia pour le bobinard – casino en italien - finissait par courser le vieux schnock et le prenait de vitesse sur le fil.
Il y a comme ça des malchanceux condamnés à la branlette parce qu’ils se sont trompés de station. Si au lieu d’être à Venise, la scène se fût passée à Garmich-Partenkirchen, en hors piste ou pas, on a toujours deux sticks. Ça ouvre des perspectives. Qu’en pensez-vous mes chéries ?
(suite de ce poignant récit de vacances demain sans faute)

19 juillet 2003

Un drôle d’apôtre.

- Je me pré… présente… encore que vous, votre grâce… vous connaissez mon identité ?
- Détendez-vous. Mettez-vous à l’aise.
- Co…comment dois-je vous appeler ? Seigneur ? Monseigneur ?
- Appelez-moi Un.
- Un ?
- Oui, Un.
- Pourquoi ?
- Un parmi les autres. Vous comprenez.
- Monsieur Un, qu’est-ce que ça fait d’être Dieu ?
- Je ne sais pas. Je n’ai jamais été autre chose.
- Et les autres ?
- Quoi les autres ?
- Oui, vous vous dites Un parmi les autres…
- Eux sont des créations humaines, soit qu’ils ont été inventés soit qu’il se sont inventés.
- Ils sont donc tous faux ?
- Oui.
- Vous êtes seul ?
- Non. Nous sommes quelques uns. L’univers est tellement vaste.
- Nous les connaissons sur terre ?
- Non. Puisque même moi, je n’y ai mis les pieds qu’une fois. Je me demande même comment vous avez eu mon adresse ?
- Alors, celui du Vatican ?
- Illusion.
- La Kaaba ?
- Fantasme.
- Du mur des lamentations ?
- Billevesée !
- Et les Petits Gris, Moon, les sectes, les disciples de Jéhovah, Luther ?
- Imagination, divagation……
- Vous êtes sûrs pour les Petits Gris ?
- Certains !
- Alors, on a tout faux ?
- Pas tout a fait.
- C’est-à-dire ?
- Epicure, c’était moi.
- Non !
- Puisque je vous le dis.
- Qu’est-ce qui s’est passé ?
- Les gens voulaient souffrir. Ils voulaient que je sois terrible. J’ai renoncé à les convaincre.
- Pourquoi ?
- Je ne peux pas défaire ce que j’ai fait.
- Ah ! mon cher Un, vous n’êtes donc pas si puissant que cela ?
- Si, si… mais vous oubliez une chose…
- Laquelle ?
- Je suis bon !
- C’est pas une raison pour vous laissez emmerder !
- Je n’ai pas mes bureaux sur votre planète. Voilà deux mille deux cent septante trois ans que je m’en fous !
- Alors, l’autre à Saint-Pierre, quand il s’abîme dans un océan d’extase ?
- Il se fait un bien fou, mais ça ne me concerne pas.
- Qu’est-ce que vous lisez dans notre avenir ?
- Je ne sais pas. Je n’ai encore rien décidé. Il y a trois milliards de planètes habitées dans mon secteur. Parfois, tellement plus intéressantes. Je laisse aller les choses. C’est plus drôle…
- Attendez voir, les guerres, c’est vous ?
- Pourquoi ce serait moi ?
- Elles sont faites en votre nom.
- Je n’y suis pour rien…
- Les catastrophes ?
- Pas davantage.
- Tout viendrait donc des hommes et de la nature !
- Tout.
- Mais alors, vous ne servez à rien ?
- A rien.
- Alors pourquoi vous existez ?
- Mon existence est temporaire.
- Vous êtes donc mortel aussi ?
- Cela ne veut rien dire.
- Pourquoi ?
- Quand nous sommes, la mort n’est pas là, et quand la mort est là, c’est nous qui ne sommes pas ! Elle ne concerne donc ni les vivants ni les trépassés, étant donné que pour les uns, elle n’est point, et que les autres ne sont plus.
- Quand je vais écrire ça dans mon blog !

18 juillet 2003

Campus au TROULOUETTE

- Les gens réfléchissent pas.
- Je l’ai toujours dit.
- Tu demanderais où ils vont, avec des airs de gens pressés… I’ savent pas.
- I’ conduisent pour conduire…
-…comme ils boivent pour boire.
- I’ s’renferment chez eux après le boulot. Se mettent à la télé…
- C’est à se demander comment i’ font pour rencontrer une créature…
- Faut bien qu’i’ sortent pour. Sans les autres, on serait rien. Mais i’ vont pas loin pour être quelque chose…
- L’idéal, c’est la voisine de palier.
- On sait que les accidents les plus fréquents se passent à moins d’un kilomètre de chez eux.
- Bon. Et alors ?
- Pourquoi, i’ déménagent pas à plus d’un kilomètre, les gens ?
- C’est des blagues tout ça, puisqu’ils auront un nouveau domicile ailleurs, donc il leur arrivera des tuiles à moins d’un kilomètre de leur nouveau domicile ! C’est con, ce que tu dis…
- Pas s’ils déménagent sans changer d’adresse !
- C’est vrai, j’avais pas pensé…
- Moi, j’ai déménagé. Une maison neuve. Toute équipée. Comme nous on est de la campagne tu penses du changement !
- Te voilà comme tout le monde, au progrès pour le progrès…
- C’est quoi « comme tout le monde » ? Avant on sentait le gaz ?
- Fini d’aller à la feuillée ou à la cabane au fond du jardin, comme Cabrel, je veux dire…
- Le changement de la vie à l’air à la vie sans air est pas facile.
- Oui. On a l’air de quoi ?
- L’autre jour, je mets du linge dans la machine à laver. Je tire la chasse. Je n’ai plus vu le linge depuis !
- Tu t’es remis à la planche à lessiver dans la cour ?
- I’ a pas de cour ! On a voulu mettre le baquet sur le trottoir. C’est le voisin qui a dit que ça se faisait pas en ville.
- Et pour les chiottes, ça doit te changer ?
- Tu ne le croiras pas. Il faut monter sur un escabeau. Le vase est horizontal. On se contorsionne à se dévisser le chose... C’est tellement moderne qu’il faut programmer ton passage. Si c’est pour ta petite, tu mets sans prélavage et pour tes gros besoins, je te dis pas, sur 60 et un trempage, qu’il faut. En plus, ça dure une heure pour évacuer. Si t’as un autre qu’attend, faut pas qu’il soit pressé !
- T’as le temps pour de la lecture !
- Depuis qu’i’s font La Meuse en tabloïd, a fallu réduire les papiers-cul. Même pour les titres on a du mal. Faut tourner les pages tout le temps… Note, qu’en petits carrés t’as l’essentiel. T’en sors un du clou de temps en temps.
- T’as la télé ?
- Ouais. Pour changer de chaîne on demande au voisin. Quand il n’est pas là, on regarde le bocal du poisson rouge. Veux-tu que je te dise, c’est plus vivant que Drucker.
- T’as un garage pour la bagnole ?
- Oui. Mais je peux pas y entrer.
- Pourquoi ?
- A cause de la bétaillère qu’est toujours pas vendue. Faut dire qu’elle a vingt-cinq ans.
- Tu sais pas en mettre deux ?
- Ouais. L’autre jour, je mets ma voiture à côté de la bétaillère. Je peux plus sortir ! J’appelle ma femme. Elle peut pas entrer non plus. C’est un dépanneur qui m’a sorti en marche arrière.
- C’est embêtant, les voitures. Je reclape la portière avec les clés, ma femme et les gosses à l’intérieur. J’ai dû chercher le jeu de clés de réserve dans la maison !
- Elle pouvait pas te donner les clés puisqu’elle était à l’intérieur ?
- Impossible, elle sait pas conduire !
- Mais de l’intérieur, on peut ouvrir sans clé !
- Tiens, c’est vrai. Elle est con, celle-là, pour pas y avoir pensé !

17 juillet 2003

Au comptoir

- T’es qui, toi ?
- Comment, t’es qui toi ?
- Ouais, t’es qui, toi ?
- Je comprends pas.
- Ah ! tu comprends pas ! Pourtant, c’est simple.
- Bon…
- T’arrives au troquet, tu mates ma gonzesse et tu prends un pastis.
- Alors, on peut pas boire un pastis ?
- Pas avec mon eau.
- C’est un pot pour deux.
- Non, monsieur, c’est mon eau.
- J’vais demander un pot, si tu veux.
- Voilà qu’il donne des ordres, le petit impertinent.
- Patron, un pot d’eau, s’il te plaît !
- Tu crois pas que tu vas t’en tirer comme ça ?
- Rapport à l’eau ?
- Non, rapport à ma gonzesse. Viens ici, Charlene. Tu connais ce type ?
- J’l’ai jamais vu.
- Et en plus, tu le connais pas. Tu sais des types comme toi, j’en ai brisé des chiées. J’suis connu
dans le quartier. Pas vrai Charlene.
- Allons, on va pas s’arracher le veston parce que j’ai jeté un oeil sur Charlene, comme j’ai regardé
tout le monde en entrant.
- Tu l’appelles Charlene, à présent, ce culot… Va t’asseoir, Charlene. Monsieur est pas contre ?
- Elle fait ce qu’elle veut.
- C’est encore heureux. Dis donc, lève un peu la tête. T’es pas Belge, toi ? D’où tu viens, bijou ?
- De Mauritanie.
- Ça y est. Fallait le dire tout de suite. Tu sais, c’est impoli de lever les yeux sur une blanche !
- Oh ! i’ m’a giflé, le sagouin ! T’es témoin Charlene… I’ m’en remet une autre. T’as de la chance
que je peux pas répondre pour ma licence…
- T’en veux encore une ?
- I’ remet ça ! Arrête, c’est un malentendu.
- Quoi, c’est un malentendu ?
- C’était manière de dire qu’un pot d’eau pour deux, c’est un peu juste.
- Voilà que t’y viens…
- Attends, lève plus la main, tu vois que je saigne…
- J’t’écoute.
- T’as raison de mater les gonzesses. J’t’aurais bien présenté, c’est rapport aux circonstances.
Charlene, viens dire bonjours au monsieur !
- J’m’appelle Fabrice.
- Et moi Charlene.
- Voilà, c’est-y pas mieux ainsi…
- T’as quand même oublié une chose.
- Moi, je crois pas, non. Dis toujours…
- T’aimes pas les Mauritaniens, toi ?
- Moi ! Quelle erreur ! Je dis toujours que si on avait pas les étrangers, comment qu’on ferait pour
ramasser les poubelles.
- Comment i’ faut comprendre ça ?
- Ecoute Fabrice, tu permets que je t’appelle Fabrice ? C’est une richesse d’avoir des gars qui se
déplacent pour bosser à notre place dans ce bled pourri. Au fait, tu fais quoi Fabrice ?
- J’suis avocat et toi ?
- J’fais des bricoles en attendant d’avoir un vrai boulot. Si t’as besoin d’la main d’œuvre, tapisser,
porter des valises, vider tes corbeilles à papier… Te gêne pas.
- Merci, j’ai ce qu’i’m’faut.
- Qu’est-ce que je t’offre… si, si, j’y tiens. C’est ma tournée…

16 juillet 2003

Le gouvernement nouveau est arrivé

On est sauvé !
Puisque nous sommes des animaux de meute, nous avons besoin de chefs ! Le mou dans la laisse dès qu’une main ferme ne la tient pas, nous rend malheureux. Nous errons en quête d’une Société Protectrice… Juste avant les vacances… juste avant que nos maîtres nous fassent gambader dans les prairies en nous jetant des bâtons et en criant d’une voix forte : « Rapporte ! », ce n’est pas de chance.
Précédant le 18 mai, date des élections, nous avions vu à Liège le dégonflage des syndicats face à ARCELOR. Nous étions à la fois mécontents et satisfaits. Mécontents, parce que des jeunes ouvriers allaient perdre des possibilités d’emplois, alors que les anciens finiraient tranquillement carrières. Satisfaits de la fin des tuyauteries, des laideurs architecturales et des puanteurs qui ont contribué à polluer la Meuse et fait de Seraing une poubelle à la place de ce qui avait été un lieu boisé de paix et de vacances des Princes Evêques.
Deux mois après les élections, guettés par une néoplasie recto-sigmoïdo-colique, les partis ont fait des selles. La constipation a été vaincue ! Enfin le pays s’est remis à espérer ! Le nouveau gouvernement est arrivé !
La matière à défaut d’être louable est abondante, peu variée dans sa coloration, ferme et bien moulée. Quelques stries rougeâtres ne sont pas les effets d’une hématémèse socialiste dans les ulcères du libéralisme avancé, mais le signe d’une consommation de betteraves rouges lors du repas précédant la formation du gouvernement. Les vents ont été analysés. Ils sont favorables. Pas trop de méthane, ces gens-là ne bouffent pas comme nous, mais de l’azote et de l’hydrogène. Tout cela dans l’accélérateur de particules d’une démocratie proche de la flatulence qui aurait pu provoquer des spasmes et des hauts le cœur !
Chacun jure bien qu’il n’a pas administré de laxatif à l’autre. Laurette et Elio sourient plus que jamais de la façon de mon légumier, quand il me refile des tomates pourries en m’assurant qu’elles sont de première qualité. Si un jour ces deux-là n’ont plus la cote en politique, ils pourront toujours vendre des bananes sur la Batte.
La nouveauté, c’est qu’il n’y a pas de nouveauté.
Comme prévu, les électeurs ont lâché la rampe du pont, les élections terminées. Les partis en Congrès ont mandaté leurs Présidents pour former le nouvel assemblage.
C’est à se demander, des libéraux aux socialistes, si les militants qui rangent les chaises, collent les affiches, portent les serviettes, animent les fonds de salle… ont une existence réelle ? Il y a vraiment une crise de capacité dans le petit personnel. Un sociologue y verrait une identique structure entre les partis et la société, avec les gens d’en haut et les gens d’en bas, ces derniers ne pouvant atteindre au mieux, que le grade de sous-chef au ministère des finances après 25 années de cotisation et d’ardeur militante.
Guy Verhofstadt est toujours à la barre. La non-désignation d’un Wallon à ce poste depuis Leburton prouve qu’on est toujours en crise institutionnelle.
Madame Arena rejoint la fonction publique et Sabine Laruelle obtient les classes moyennes et l’agriculture. Le louvaniste Bert Anciaux est chargé de nous montrer désormais une nouvelle coupe de cheveux à la flamande.
L’unique liégeoise du carrousel des vanités est Isabelle Simonis, secrétaire d’Etat par la grâce de la Fédération liégeoise et de son président en particulier.
Qu’est-ce que vous voulez que je vous dise d’autre ? Que le temps est au beau, que la truite se pêche à l’éphémère, juste à la toile de l’eau. Et que vous si allez jusqu’au bout de ce blog, c’est que vous n’avez rien à faire d’intéressant.
Le moulin à farine continuera de tourner grâce au bénévolat de nos seuls bras. Tout ce petit monde restera totalement inconnu à la majeure partie des citoyens. La démocratie directe aura encore reculé d’un pas. Le socialisme de collaboration lui, en aura fait deux en avant, et tout sera dit.
Enfin, pour la bonne bouche, devinez de quoi est fait le premier conseil ?
Ils vont adapter la loi de compétence universelle aux désirs des Amerloques ! C’est-à-dire qu’ils vont l’abroger.
Dorénavant, cette loi ne servira plus qu’aux pauvres couillons, meurtriers abominables, certes, mais pas plus que ceux qui vont être exemptés de tous comptes !
Sharon et Bush pourront manger à Zeebrugge les nouvelles moules en toute sécurité, dès la semaine prochaine. Quant aux Ruandais en tôle en Belgique pour les massacres que l’on sait, ils purgeront leur peine jusqu’au bout, même si la loi n’existe plus… Ah ! mais…
On est comme ça, nous en Belgique : durs et impitoyables jusqu’au bout… mais jusqu’à un certain point et pas avec tout le monde.
Et puis, avec Madame Laurette Onkelinx à la justice, cré vingt dieux, ça va être autre chose, sais-tu ! Ce que le brouillon Verwilghen n’a pas pu faire, soyons assuré que notre bruxelloise d’adoption ne le fera pas non plus. Pourtant la saison s’annonce chaude sous la calotte des juges. L’affaire Dutroux - un prédateur isolé on vous dit - et l’assassinat d’André Cools - une affaire crapuleuse - vont résonner dans les prétoires et remplir nos dernières gazettes. N’allez pas y voir des responsables hauts placés dans les partis et ailleurs épargnés par une justice partisane. Ce que vous pouvez avoir mauvais genre quand même, ô méfiant public !

15 juillet 2003

Laissez passer les voyous

Deux paysages du même pays, du même fleuve à 60 Km de distance l’un de l’autre.
On peut comparer facile… deux tours de roue.
D’un côté, vous avez Kid le Liégeois, lourd devenu léger, morve au nez et pyorrhée alvéolaire et de l’autre Sugar Ray le Dinantais, 65 kg depuis toujours, ferme et musclé…
Dieu sait comme je suis de gauche et que la droite me fait frémir. Tout de même, ça date des assignats la méprise, quand John Cockerill avec très peu de poignons a acheté avec du papier toute la vallée de la Meuse depuis Ougrée jusqu’à Engis. C’est-y pas les mêmes révolutionnaires qui s’étaient attaqués avant au monument de la place Saint-Lambert au point qu’on est toujours dans la merde depuis… qui ont vendu tout le paysage, fourgué le patrimoine et qui sont responsables solidaires avec l’Anglais des pollutions, qui ont échangé, en quelque sorte, la misère paysanne contre la misère ouvrière ? Beau début, la gauche en Pays de Liège. Merci.
Quand ça fumait, que ça pétait le gaz et qu’on s’était habitué, que des générations depuis début dix-neuvième bouffaient tant bien que mal des légumes et de la viande qui tournaient vite en saloperies tant il y avait du poussier, de la fumée, de la crasse, l’ouvrier repu avait la loque rouge, mais la merde au cul l’obligeait d’aller au charbon chez Môssieu Cockerill, histoire de nourrir sa famille.
Ça a tenu le coup, vaille que vaille, jusqu’après le tout dernier baston avec l’Adolphe.
Puis quand les successeurs du « génie anglais » ont épuisé le sol, gratter les dernières pierres à chaux, tondu l’appareil à fric jusqu’à l’ultime pèpette, ils se sont sentis le besoin de s’aérer, d’aller mettre leurs grosses tuyauteries au bord de la mer, histoire d’écouler les lingots plus cool…
C’est alors qu’on s’est rendu compte de l’ampleur des dégâts.
Comme elle était belle la Meuse du temps des Princes, avec les bois de la Vecquée descendant jusqu’à la résidence d’été de l’Ancien régime et qu’on voit noyée derrière le pont à Seraing encore aujourd’hui, en se penchant par-dessus la rampe…
Si on fait attention aux discours de nos mentors de la démocratie, maintenant, 2003, c’est toujours l’esprit Cockerill qui les travaille, ces cons-là.
Certes, on va pondre des décrets de réhabilitation des sols, comme si on pouvait remettre la montagne à la place de la carrière, comme si on pouvait racler les allées du bois de Seraing rehaussées de toutes les merdes, sols vitrifiés, masque à gaz et vieux fonds d’ateliers qu’on a épandu pendant les cinquante ans du règne socialiste (Ah ! Seraing la Rouge, quelle blague) sans qu’aucun tribun qui l’avait largement ouverte pour moins que cela, ne dise un mot !
Mais le plus beau, c’est pour la fin.
Qu’est-ce qu’on va faire des terrains récupérés, certes rongés à mort par les acides, les coqueries, jonchés de métaux lourds, à l’assainissement quasiment impossible ?
Aura-t-on la sagesse de laisser revivre les sols, replanter vaille que vaille les essences de la forêt primaire afin que dans deux, trois générations nos arrières petits enfants puissent y courir se revivifier les bronches ?
Non. Ils l’ont dit. En plus de l’habitat urbain qui va s’étendre, gare aux cancers ! on espère attirer les nouveautés, les petites industries, les industriels à l’étroit sur les zonings, Hauts-sarts et compagnie. Tout ce joli monde va pouvoir y faire touiller dans leurs marmites repeintes nos bouillons d’onze heures !
Autrement dit, on remet ça. Aussitôt dépollué, repollué…
Merde. Les Dinantais, que je sache, sont pas morts de faim sans Cockerill.
Alors, qu’on nous foute la paix.
Le plus poilant, c’est que les mêmes vitupèrent contre les taggueurs qui salopent – et c’est vrai – les portes de garage et en général, toutes les surfaces propres, souillant à plaisir une ville qu’est déjà aux papiers gras, et aux crottes de chien. Bien sûrs les taggueurs sont des petits cons. Mais ils expriment leur malaise en petit, en besogneux de l’inculture ; par contre, les autres qui sont toujours à l’extase devant le « génie » de Cokerill, non seulement ont laissé faire, mieux ont encouragé les successeurs, d’Usinor à Arcelor, dans l’innommable et les Seveso miniatures ; mais en plus, ils n’envisagent pas de les dégager du paysage mosan.
Alors, casserole pour casserole, j’aime mieux hausser les épaules devant les bombeurs imbéciles, que d’entendre les professionnels du crime écologiste me faire la leçon.

14 juillet 2003

Liège, vieille putain médiévale.

Est-on certain d’avoir tout dit de la vie associative, des nombreuses ASBL, du CHREAM à Femmes battues, des commerces de plein air, de la boule de Noël au village gaulois ? A-t-on assez vanté l’intérêt des Liégeois pour les impasses en Hors-Château, le monument Tchantchès, la République d’Outremeuse et de son gouvernement pittoresque, du Tour de France qui passe l’année prochaine… et l’engouement du gouverneur pour la bicyclette, des saisons subventionnées des théâtres, du public si clairsemé de la culture et si enthousiaste à la connerie ? C’est-on assez assoté de bon ton à Liège, de la tête près du bonnet des Liégeois ? Ah ! Liège, vielle putain médiévale, où vas-tu ?
Une certaine démocratie n’y est que prétexte à la classe dominante pour donner le ton. Tout le monde vit au dessus de ses moyens, dans une foire où le paraître occulte les détresses.
Jadis, le démuni vivait sur le trottoir. Il était en osmose avec la rue et ce n’était pas honteux. Le logis restait porte ouverte, même la nuit. Un lit, une table, deux chaises, une armoire et une « sitoûve », c’était tout. Un passant plus pauvre y avait son bol de soupe. Aujourd’hui, aucune misère n’est visible, sauf lorsque l’huissier procède à une saisie. La solidarité, la seule défense des petites gens, la seule efficace, n’est plus possible. Les signes d’une profonde détresse existent. La multiplication des kots dont 60 % sont occupés par des vieux et des jeunes au CPAS, souligne la dégradation des conditions de vie. S’il se passe encore des choses à Liège, ce n’est pas à la Violette ou Place Saint-Paul qu’on le saura, mais en levant la tête dans les quartiers.
Comment en est-on arrivé là ?
Les pauvres ont une pudeur que l’ambition satisfaite n’a pas. La misère a ceci de mystérieux qu’on ne la voit que par le cœur. Elle est hors de portée de la majeure partie des robots de la semaine anglaise. Les pauvres n’intéressent que pour l’anecdote et le fait divers. C’est le vivier du fonds de commerce de la justice qui se gorge de petits voyous en oubliant les gros. Une prostituée, même hors circuit, garde son ancien « métier » comme une tâche de vin en pleine figure. Le bon bourgeois qui a passé son hystérie sur ces malheureuses bénéficie de la présomption d’innocence. Les vrais voyous sont à jamais « honorables ». La « putain » d’accusatrice devient coupable et se retrouve en prison, à cause de l’un ou l’autre petit mensonge. Les petits pensent qu’ils seront mieux entendus des grands en exagérant les choses. Les avocats connaissent la chanson et les juges ne cherchent pas à grappiller la vérité sous les scories. (Voir l’affaire Allègre à Toulouse)
Le contentieux belge se passe de commentaires.
Se souvient-on encore des concussionnaires et des prévaricateurs ? La peine purgée - peu sont allés en prison - ils ressortent le front haut et l’âme impudente, et clamant leur innocence, ils rentrent dans le rang ! La politique sied bien à l’effronterie !
Sortez avec un truc que vous n’avez pas payé d’un grand magasin et vous verrez la différence !
Dans cette ville, comment gagner la confiance des intouchables plus farouches qu’on le croit ?
Comment faire comprendre qu’on n’est pas saisi par une curiosité estivale de désoeuvré quand on se mêle aux « asociaux » place Cathédrale ?
Vous me direz, les mancheux, les clodos, les paumés, les artistes de rue qui s’y retrouvent ne sont pas précisément représentatifs des Liégeois, travailleurs infatigables et héros ardents du bas salaire.
Qui oserait prétendre ne jamais basculer et en arriver là ? Qui ne craint pas de se faire jeter d’une profession soudain obsolète, dépassée ou transférée ? Qui oserait dire qu’à bout de solitude et de poisse, il ne se retrouvera jamais sur un « mauvais » banc, place Cathédrale ?
Ces gens sont des sous-hommes diront les imbéciles. Même s’ils sont Tchèques, Moldaves ou apatrides, mères de famille à genou rue Saint-Paul à lorgner les clients des restaurants ou petite frappe agressive avide de sous pour sa dose, ce sont avant tout nos semblables, nos frères. Ce sont des gens ordinaires qui ont quelque part échoué, parce que mathématiquement une société qui navigue avec un déchet de 15 à 30 % d’inactifs involontaires, est une société qui condamne les plus faibles à décrocher. Responsables de cet échec, partis et gouvernement sont coupables avant quiconque. C’est avant tout la faillite d’un système avant d’être celui des victimes.
Loin des faux jetons de l’information complaisante, je me suis assis place Cathédrale au plus près de ces Liégeois spéciaux.
Orwell a dit de l’Angleterre une chose délicieuse qui pourrait convenir à Liège : un pays fort agréable à condition de ne pas être pauvre.
Le monde des petites gens n’a jamais été vraiment dépeint par lui-même. Les « artistes » wallons, finalement intégrés et congratulés avec médailles et cendrier en cristal aux armes de la Province font écran à la vérité depuis un siècle. Comme l’électeur est une sous-merde dès qu’il a voté, on croit le peuple dénuer d’expressions. Etonnez-vous dès lors qu’il invective les « force vives » qui pensent si mal de lui.
Les bancs sont investis le jour par ceux qui se sont extraits des transes collectives d’une dérive plus dure la nuit. Ils y récupèrent et y dorment pour mêler à partir du crépuscule leurs clameurs nocturnes aux grognements des violents qui rodent. Les pensionnés qui attendent le bus et des ménagères de plus de 50 ans qui s’y attardent, évitent une certaine promiscuité.
Les paumés, de gueules de bois en bastons, profitent de la douceur de l’air et des poubelles du Delhaize. Le calme est relatif. Des antagonismes aux raisons insondables se développent à propos d’une clope de shit ou d’une pièce de monnaie. Les parades guerrières se terminent parfois rue Saint-Martin-en-Isle, où même en battle-dress et 9 mm à la ceinture, la police n’arbitre les coups qu’avec réticence.
C’est à l’occasion d’un règlement de compte que j’ai entendu une réflexion d’anthologie : « Tu bouffes, tu baises, tu pisses, tu chies puis tu te fais casser la gueule pour une thune, c’est quoi cette vie ? T’en as pas marre ? Moi, si… »
Quelque part ces assis qui sont loin d’être ceux que Rimbaud méprise, en sont là parce qu’ils se sont fait avoir à cause du peu de résistance qu’ils opposaient à la pourriture subtile de la ville..
Certains se sont révoltés à force de marcher la tête basse, sans pouvoir s’exprimer, D’autres, par leur pente naturelle ont touché le fond, tout seuls. Rares sont les cyniques qui au nom de Le Bon et son « Droit à la paresse » ont tourné le dos à tout. Graines de quoi ? De rien, puisque chez eux l’espoir n’existe pas. Ils étaient déjà condamnés avant de venir au monde.
Qui voudrait les employer et à quoi ? A part des animateurs sociaux et des bénévoles d’asile de nuit, qui les approche encore ?
Il y a des femmes parmi eux. A leur image, elles emploient le même et rude langage. Il n’est pas interdit de penser que les couples qui s’y forment rêvent d’un bungalow à la campagne et du chien à pedigree que l’on promène le soir sur le tarmac mou de la Drève des Marronniers. Et pourtant comme les « veufs » leur langue est drue. Tous parlent haut et fort, si bien que les injures s’entendent à la terrasse du coin de la rue Cathédrale. La clientèle décolletée des retours de la Côte mange l’assiette garnie en feignant ignorer l’imprécation contiguë.
La perspective de faire œuvre utile les a abandonnés depuis longtemps. Ils savent que cette guerre des classes, dont ils ignorent tout, a eu raison d’eux et qu’ils ne s’en relèveront jamais.
Les jeunes, le plus souvent entre 20 et 30 ans sont les plus nombreux. Ils ont des airs de bravaches et vous regardent d’un œil dur. Des punks speedés, des gars d’un mètre quatre-vingts qui pèsent à peine 50 kilos, les yeux agrandis par la daube, frissonnent du manque. Des maîtres-chiens ont un rottweiler assoupi entre les jambes, le marcel découpés sur des biceps d’athlète de foire, tatoués de noms de femme. Il n’y a pas de paumé type.
En octobre sur la foire, ils riront comme des enfants, d’un rire sans dents, sur les autos tamponneuses, aptes au bonheur comme tout le monde.
Pour certains, plus affûtés, la perspective de faire le con au boulot n’est pas tant redoutée que parce qu’elle est devenue impossible. On les entend parler hardiment des hooligans qui jettent des canettes de bière sur les flics à la sortie du foot. Parfois un bombeur qui se croit dessalé parce qu’il enlaidit la ville des saloperies qu’il y projette, se joint à eux. Il veut y discuter des partis, du syndicat qui n’existe plus, des yuppies et des courants américains. Une lame de rasoir en plastique à deux euros au cou pour se donner un genre, sa crête de coq qu’il doit fixer tous les matins d’un gel, tout indique le minet reconverti en punk. Admirateur des Sex Pistols et des groupes violents, il ferme les yeux chaque fois que son voisin lève le bras.
Les autres le regardent de travers. Ils s’en foutent des courants. A la rue, il n’y a qu’un seul courant qui compte et c’est le courant d’air. La ville rock’n roll, c’est pour la compagne du tagger toute en loques stylisées dont la griffe du couturier sort du jeans.
Le bombeur et sa compagne ne doivent leur salut que par un repli prudent vers la vierge de Del’Cour, là où la société des jeunes filles montrables et des dragueurs honorables rassurent ces excentriques.
C’est ça le flou artistique d’une ville tournée vers la norme sociale, qui ne tolère la différence que lorsqu’elle amuse le bourgeois. Jadis, celui-ci déguisé en soixante-huitard fréquentait la rue Roture.
Que les éditeurs de journaux se rassurent, les pigistes d’en face ne sont pas fichus d’écrire une seule ligne de ce qu’ils voient de leurs fenêtres

13 juillet 2003

Une belle histoire d’amour

On peut dire que t’emballes vite, chouquet… On se connaît depuis que tu nous as passé la carte des vins, et nous voilà dans les cuisines où il n’y a plus personne…
- C’est-y pas toi qu’as fait des avances, bijou ?
- Faut pas le dire à une femme, ça, tu pourrais la vexer… Tu veux pas cracher ton chewing-gum avant de mettre la langue ?
- Pendant que je passais les plats, t’avais les yeux à hauteur de braguette… Note, c’est pareil avec toutes les clientes. Mon copain, le serveur de l’autre rang, qui en a une de 5cm met une serviette…
- C’était pour voir si je te faisais de l’effet.
- T’es quand même une chaude, toutes tes vannes devant tes enfants…
- Mes enfants, i’ sont majeurs. Puis, ils se sont barrés avant la fin.
- Qu’est-ce que tu me fais ?
- Attends, bouge ta main. Je vais prévenir les autres que je rentre pas avec eux…
(Elle ouvre le va-et-vient des cuisines et devant les derniers clients médusés, elle interpelle son amie)
- Monika, je rentre pas tout de suite. Firmin va me montrer les cuisines…
- Comment tu sais que je m’appelle Firmin ?
- Et ton badge, à quoi qui sert ?
- C’est le nom du resto : Au Couscous ben Firmin…
- C’est un Arab’
- Par sa mère. Lui est né derrière Cockerill…
- Comment tu t’appelles alors ?
- Kid Peebles, enfin c’est mon nom de scène. Je suis batteur au « King Plouc » une formation Trash Metal avec d’anciens militaires, quand je faisais mon temps.
- T’as fais ton temps, où ? T’as pas un papier cul pour enlever mon rouge à lèvres ?
- A Saive. On jouait à Bellaire, au café « Chez Mathilde ». Et toi ?
- Moi, j’ai pas fait mon service militaire. J’en ai connu un, même deux qu’étaient dans les tanks. Qu’est-ce qu tu fais ? Laisse-moi un peu jouer avec.
- Si tu veux. C’est quoi ton travail ? J’ai pas de capote...
- Je monte à cru, comme Zingaro…
- T’as pas peur d’être cuite ?
- Je sais à qui je peux faire confiance. J’suis une scientifik.
- Une scientifique ?
- Je vends des herbes médicinales, des cures d’amaigrissement, des pilules de bonheur… tout quoi. Attends, je vais le bouger moi-même. C’est deux agrafes dans le dos. C’est pas du rembourré mon Cœur Croisé… On me les admire partout. C’est ce que j’ai de plus beau ! Je les soigne. Tu peux y aller, sauf les bouts. Touche pas les bouts, j’ai pas ma pommade.
- C’est vrai ce qu’on dit pour le gingembre ?
- Attention, j’ai le manche d’une casserole dans le cul. C’est ça déplace. Le mari de ma patronne en a pris et cela ne lui a rien fait.
- Tu viens souvent chez Firmin ?
- Non. C’est le mari de ma copine, qu’a dit qu’on mangeait bon.
- Pour ça… Tu le sens bien, là ? J’te fais pas mal ?
- Non, t’es qu’au bord. Là, t’es bon… Vas-y doucement. On est pas pressé.
- T’as une de ces entrées !...
- C’est pas la cathédrale de Chartres, tout de même.
- Non, mais on risque pas de passer à côté !
- Ça frotte !
- Tu veux du beurre ? Ici, c’est du beurre de cuisine… c’est pas le même que l’autre, mais pour ce qu’on en a à faire…
- Ecoute, si on remue dans le sens opposé… on y arrivera pas…
- Alors tu disais le mari de ta copine ?
- Oui. N’a pas souvent d’idées. Pour une fois…
- Elle n’est pas mal. Mieux que lui…
- Si tu voyais ses seins, ils sont tout petits…
- Tu crois qu’elle baise comme toi ?
- On est copines. Elle me dit tout. Tu veux que je mette la main en dessous ?
- Oui, ça me va.
- C’que t’es poilu aux couilles !
- Alors Monika ?
- Quoi, Monika ? N’oublie pas avec qui tu baises. Oui, de temps en temps. Lui, sait plus faire grand chose… En ce moment, elle est avec un chauffeur qui fait l’étranger…
- Attends, qu’est-ce que tu fais ? T’accélères…
- Oui, je sens qu’ça vient…
- Moi aussi ! On est fait un pour l’autre…
- Ah… C’est bon. Oulala… le pied !
- Hon, hon, foutre de bonheur de chienne de pute…
- C’est de moi que tu causes ? Aaah ! Ce que c’est bon…
- Non, je dis toujours ça quand ça vient…
- Je trouve plus mon slip.
- Je l’ai mis dans ma poche. Et je le garde.
- Si tu veux. Tu les collectionnes ?
- J’en ai quelques-uns. Le soir je les respire quand je suis seul. Mais c’est pas tout, comment qu’tu t’appelles ?
- Didi.
- C’est pas un nom, ça.
- C’est Denise, en réalité.
- Alors comment tu le trouves ?
- Pas mal. Mais je te le remets dans le caleçon, pour une prochaine fois.
- On pourrait se revoir chez toi.
- Non, je suis avec quelqu’un.
- C’est comme moi.
- Tiens voilà mon téléphone.
- Passe-moi l’essuie tout. Ça me coule entre les jambes, maintenant que je suis debout. Voilà le mien.
- On sort par derrière ?
- Faudra le faire la prochaine fois.
- Je te parle pas des p