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31 janvier 2004

Histoire d’un village d’Afrique.


L’histoire commence comme un conte de fée.
Une Association caritative veut améliorer la vie d’un petit village d’Afrique d’environ 500 habitants avec l’aide des Nations Unies, de l’UNICEF et de tout le saint tremblement…
Des experts dressent des cartes géographiques, stratégiques, sanitaires, statistiques.
La situation est déplorable.
Essentiellement des paysans, les habitants vivent de peu. La terre n’est pas riche. La ville est à une journée de marche. Impossible d’y vendre les produits et les quelques volailles qu’ils élèvent. Un marigot voisin à des méandres où des millions de moustiques se reproduisent. Le paludisme fait des ravages surtout chez les enfants. Un sur trois arrive à l’âge de 5 ans.
L’ONG développe une stratégie. Il délègue des personnels pour un assainissement et un progrès social échelonnés sur deux années.
La population est enchantée et se voit même rétribuée pour des travaux de terrassement.
Les méandres du marigot sont curés et les poches à moustiques comblés. Une politique d’éradication par insecticide de l’agent du paludisme, élimine son vecteur : les moustiques.
Un dispensaire de fortune vaccine, soigne et remet sur pied la population malade.
En accord avec le Gouvernement provincial, un tracé dans la forêt écourte le trajet du village à la ville. La piste devient une route sommaire, mais sur laquelle des 4X4 circulent et met le vélo du plus riche à trois heures du marché de X.
Cette Association travaille selon le principe apparemment sans faille du fameux slogan :
« Si tu nourris des populations en détresse, c’est bien. Si tu leur apprends à pécher le poisson, c’est mieux ».
En l’occurrence, des techniques de charruage sont apprises. Des épandages d’engrais d’abord chimiques, puis organiques sont organisés.
Tout le monde se serre la main.
L’Association s’en va laissant outre des conseils, du matériel.
Puisque la ville n’est plus qu’à trois heures, le dispensaire devient une salle de réunion des chefs coutumiers avec quand même des boîtes de premier soin dans un coin.
Fière de sa réalisation, l’Association s’en sert comme vitrine de son action.
Quelques années se passent. Par hasard, un des pionniers de cette aventure revient sur les lieux.
La régression du paludisme et des maladies infantiles a quadruplé la survie des jeunes.
Les insecticides mal employés ont donné naissance à des insectes résistants et notamment un genre de doryphore qui détruit toutes les racines. La proximité de la ville a eu pour conséquence l’apport de matériau de construction en tôle et carton fort, ce qui fait que le bel ensemble de construction ancestral est devenu un bidonville. La surpopulation sur un sol pauvre a accru la misère. Beaucoup de jeunes sont allés tenter leur chance en ville. Certains sont revenus avec le SIDA.
On a même vu des enfants enrôlés chez des rebelles venir rançonner leurs parents, alors que jusqu’alors, il y avait très peu de banditisme, quelques vols et aucun meurtre.

Ceci n’est pas une fable. C’est l’illustration d’une perversion des bons sentiments sur un terrain fragile et qui l’a rendu davantage.
C’est surtout la conséquence d’une conviction naturellement fausse qui aimerait laisser supposer que le péché occidental de l’exploitation des populations d’autres continents est aisément rachetable, que le colonialisme est derrière nous et que le retard que mettent des peuples différents à nous ressembler est résorbable par l’éducation et l’apprentissage.
Alors, n’y aurait-il rien à faire ?

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Il n’y a pas trente six solutions : rendre d’abord avec l’intérêt tout ce que nous avons volé à l’Afrique ; nous interdire de fournir des kalachnikovs au prix d’une canne à pêche ; dire aux Africains que surtout ils ne nous imitent pas, que nous ne sommes pas des exemples ; et cessant de prendre notre civilisation comme modèle de parfaire organisation, peut-être retrouveront-ils leurs marques, en espérant que cela ne soit pas trop tard.

30 janvier 2004

Une profession rare à forte valeur ajoutée.

- Vous êtes auriculairologue. De quoi s’agit-il, n’est-ce pas ?
- L’auriculairologie est la science de l’auriculaire, dans laquelle il faut distinguer l’auriculaire gauche et l’auriculaire droit.
- Quelle spécialité avez-vous choisie, n’est-il pas ?
- Nous sommes deux spécialistes dans le monde entier. Mais il reste encore une place à prendre.
- La profession n’est donc pas bouchée, puisque vous n’avez pas le quota dont auquel, comme on dit, à vrai dire ?
- Mon collègue Richard III, oui, le distingué collègue du blog opératoire accueillant, à malheureusement choisi le gauche.
- Et alors, voilà-t-il, malheureusement ?
- Moi aussi !
- Vous n’avez pas pu vous arranger, par conséquent, plaît-il ?
- Vous savez le roi est jaloux du succès des autres. Comme sont tous les rois, pourtant peu nombreux dans la profession.

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- Et si j’avais à consulter pour l’auriculaire droit, par conséquent-il ?
- Vous courriez un grave danger. Il n’y a pas de spécialiste…
- Quel est l’avenir, n’est-ce pas, global pour la profession ?
- L’auriculairologie peut se spécialiser davantage, s’affiner, si je puis dire, atteindre à la science pure… avoir de plus en plus de connaissance sur de moins en moins de chose. L’idéal serait de connaître tout sur rien !
- Beaucoup de professions en sont là. Faut-il rendre hommage aux Facultés, formatant les formateurs des élites ? Comme question, ça va ?
- Ça va.
- Alors pourquoi ne pas établir des ponts afin de passer à la connaissance de l’auriculaire gauche quand on a étudié l’auriculaire droit et l’auri…
- Quelle est la question ?
- Oui, telle est la question…
- Je n’en doute pas. Dans le doute, rendons hommages aux facultés. Certaines de Liège se sont malheureusement complètement perdues. Vous savez, les Facultés se perdent aussi parfois…
- On ne les a pas retrouvées ?
- On sait bien qu’elles existent. On ne sait plus où elles sont ! Par contre, on en redécouvre de temps en temps une que l’on croyait perdue au détour d’un sentier.
- C’est vrai qu’elles sont disséminées dans les bois. Et qu’on s’y perd facilement. On croit faire vétérinaire et on se voit jouer au golf avec un industriel qui s’est lui-même égaré.
- La plupart se perdent en cherchant l’Institut de recherches !
- Encore la semaine dernière, un chercheur s’était perdu !
- Et alors ?
- Il cherchait…
- Attendez. En principe, c’est vous qui posez des questions et moi qui y réponds. Si vous vous mettez à sortir de votre rôle et que vous passez aux réponses, vous empêchez un bon professionnel, peut-être père de famille, de gagner sa vie.
- J’étais hors de question.
- Vous n’êtes plus à Bressoux-Soir ?
- Voilà que c’est vous qui posez des questions alors que vous êtes là pour donner des réponses !
- Quelles réponses dois-je donner si vous ne faites plus les questions ?
- La semaine prochaine, Bressoux-Soir interviewera le chef des projets d’ARCELOR Brésil qui nous parlera de l’avenir de la ligne à chaud de Seraing.

29 janvier 2004

Ridicule ou le mal français !

Les francophiles liégeois inconditionnels se prosternent souvent avec délices devant l’humour français.
C’est le départ d’un chemin de croix : à nous la couronne d’épines, à eux l’esprit saint.
Nous manquons de recul par rapport au bon ton, surtout parisien, plus près de la Seine que Lyon ou Marseille, à trois cents et quelques bornes de l’intelligentsia rive gauche....
Nous nous précipitons sur le made in France, comme s’il n’était bon bec que de « ces m’as-tu vu ? » du Centre Pompidou. A la limite, nous sommes flattés qu’on nous y prenne pour de bons petits cons, un rien surréalistes. De ce point de vue, Magritte continue à nous y faire du tort.
Nous nous comportons comme des chiens familiers.
Flattés ou avec un pied au derrière, l’attention française à notre égard est le signe que nous existons et que chez « ces gens-là » nous sommes chez nous…
Grave erreur. Un Français sur deux ne saurait citer deux villes de Belgique en plus de Bruxelles. Mieux, un sur cinq ne peut situer la Belgique sur une carte de l’Europe. Tous croient qu’en Belgique tout le monde parle comme aux Marolles.
Le chauvinisme y est prégnant même dans le sport. Ce n’est pas Justine Hennin qui est première mondiale dans le tennis féminin, c’est Amélie Mauresmo qui renonce en pleurant à son match en quart de finale de l’Open d’Australie. Voilà pour l’information.

L’action du film de Patrice Lecomte « Ridicule » se passe à la cour de Louis XVI. On y croise des snobs agissant de méchantes manières à l’encontre des « venus de rien » ou des « mal dégrossis de la Province ». Parfois, un naïf se rebiffe et dame le pion à des petits maîtres bien en cour.
Alors, l’opinion des salons s’inverse et le ridicule change de camp.

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Nos modernes talons rouges ne sont pas loin du film.
Le gouvernement Raffarin à propos de la Loi sur le foulard islamique est en passe de tourner une nouvelle version du long métrage de Lecomte.
Méfions-nous. Il y a gros à parier que ce qui est à la mode en France, le sera demain à Bruxelles. Par mimétisme amoureux, on est bon à tout.
Nous copions plus les conneries que les traits d’esprit, hélas !
Le législateur bute sur la notion de signes extérieurs à une religion ou un parti. On y adjoint encore l’extrême singularité comme s’habiller Punk… être Sikh !
Si bien qu’aujourd’hui, les grands penseurs sont dans l’impasse.
A-t-on jamais vu une Loi qui verse à ce point dans le détail vestimentaire ? Qu’est-ce à dire des signes visibles ? Comment établir une règle générale depuis des contours aussi flous ?
Bref, il n’y aurait jamais eu ce ridicule, si au départ, on avait solidement établi un règlement général sur l’accès aux bâtiments scolaires et mis en évidence la laïcité et la mixité qui doivent être la règle dans les cours théoriques, comme pratiques.
Mais voilà, avec notre manie d’appeler un aveugle, un non voyant et un sourd, un mal entendant, on n’ose plus parler vrai. On baragouine des excuses pour tout… On respire de la merde comme si c’était « Jaillance » de chez Lanvin.
Nos modèles, nos chers parisiens… en sont à se demander à partir de quelle longueur une barbe est intégriste ? C’est d’autant plus amusant qu’en Troisième République lorsque fut lancée l’école publique, tant vilipendée par la droite, les maîtres étaient plus souvent des barbus.
On ne s’arrête pas là. A la connerie, il n’y a pas de limite.
Quittons celle Loi bouffonne.
On va poursuivre le comique Dieudonné pour des propos jugés racistes et antisémites lors de son passage chez Fogiel où il était apparu en religieux juif avec chapeau noir et papillotes.
On peut chipoter sur la drôlerie et le bon goût de cette satire, mais quant à prétendre qu’il a contrevenu à la Loi, c’est autre chose.
Pourquoi tant de haine de la part des activistes du show biz ?
L’affaire du foulard et l’affaire Dieudonné ne sont pas si éloignées que cela l’une de l’autre. Il y a une volonté politique de couper l’herbe sous le pied à Jean-Marie Lepen et aussi une pression des associations toutes dévouées à Israël dans sa façon actuelle de conduire le conflit contre les Palestiniens. Ce qui revient à dire que soutenir les milieux pacifistes de Tel-Aviv et la gauche en Israël pourraient passer pour des actes antisémites ! ! !
On reste bouche bée…
Si souvent brocardés par nos amis français, il y a du ragoût à découvrir leurs ridicules, donc à nous montrer « moins cons » !
Le bon goût changerait-il de camp ?
Deviendrait-on capables de démêler parmi les démarches françaises celles qui feraient hurler de rire le premier paysan du Danube rencontré à Steenokkerzeel ?
Va-t-on bientôt se moquer en Suisse comme en Belgique de nos voisins tellement imbus d’eux-mêmes qu’ils ne sentent plus la frontière entre un mot d’esprit et un mot d’excuse ?
Rassurons le Belge moyen. Il aime toujours autant les paillettes et les strass de TF1, plus assidu que jamais chez Lagaf, avide de Star Ac et de feuilletons, tous pièges que le Français nous tend afin de nous tester. Résultat. Oui, nous sommes toujours aussi cons, mais la marge se rétrécit entre un Français con et nous.
Prenons garde, un jour nous nous réveillerons battus.
Conservons notre avantage.
Montrons au monde entier que nous sommes toujours aussi persévérant dans la connerie.
Nous allons bientôt grâce aux élections prochaines prouver à nos détracteurs que, tel Julio Iglesias, « zènèpachangé ».

28 janvier 2004

Sexe, littérature et complexe de la chaisière...

Les pisse-vinaigre s’effacent parfois devant le talent d’un auteur parce qu’il est connu ailleurs que dans l’érotisme.
Si l’œuvre « indigne » est d’une facture insignifiante, de crainte de passer pour un imbécile, le contempteur des mœurs s’écrase encore.
«Les Onze mille verges ou les Amours d’un Hospodar » de Guillaume Apollinaire, paru en 1907, est un insupportable rabâchage fort en dessous de la qualité de l’art poétique de Guillaume. Mais, c’est Apollinaire et le censeur ignare se tait.
« Les 120 journées de Sodome » de Donatien Alphonse François de Sade est peut-être dans sa diffusion une œuvre qui aura été le plus longtemps sous le boisseau, en tous cas, remisée sur la dernière planche du dessus des bibliothèques, jusqu’à sa parution en 10/18. A la différence du précédent, le lecteur ne voit plus l’outrance et le boursouflé, reste l’émotion érotique que l’œuvre dégage. Et cela, les milieux conservateurs chrétiens ne l’ont jamais supporté. Gilbert Lély, mort en 85, a remis les fâcheux dans leur coin à propos de Sade.
L’édition « Mort à Crédit » de Louis-Ferdinand Céline jusqu’aux rééditions des années 60 comportait de larges extraits « omis » par l’éditeur sur Conseil de la Préfecture, notamment l’apprentissage chez le bijoutier Gorloge. L’édition actuelle en Folio a eu raison de cette pudibonderie.
Céline est incontestablement un des auteurs majeurs du siècle dernier. Son « érotisme » n’est en rien la base de son œuvre, évidemment. Je le cite à propos des coupures stupides.
La porte parmi nos contemporains semblerait ouverte à une approche moins contractée des œuvres érotiques, s’il n’y avait tant de mauvais goût. Paradoxalement, c’est dans la diffusion d’images que les détracteurs puisent des arguments pour conforter leur mépris des textes !
Heureusement, la liberté du choix est laissée aux lecteurs. La déferlante de la vulgarité et de l’obscénité répond sans doute à des appétits de lecture que chacun appréciera selon sa propre nature et sa propre culture.
Sous prétexte que les quotidiens sont distribués à tous les publics, ils paraissent bien collets montés ! Quant aux photos, les magazines ciné ont contribué – parfois avec excès et souvent mauvais goût – à vulgariser des images de sexe plus que les publications X.
Les aigris de la prostate et des Fabriques d’église ont renoncé à expurger les fonds de librairie de toute « souillure ».
Quelques textes étonnants ne sont pas connus et mériteraient de l’être chez certains auteurs du passé dont on a oublié la verdeur.
C’est ainsi que dans les XIX volumes du Journal Littéraire de Paul Léautaud, il y a des passages savoureux qui résultent de sa liaison avec madame de Cayssac, qu’il appelle le Fléau ou la Panthère. Aucun étudiant en Littérature contemporaine ne saurait se passer de cette lecture.
A côté de grands morceaux comme l’enterrement d’Apollinaire ou la fin de Rémy de Gourmont, le lecteur entre dans la liaison de l’écrivain avec « la panthère » qu’il a connue dans la rue à nourrir les chats errants. Il lui fit l’amour pour la première fois au Mercure de France, dans son bureau à côté de celui de Valette, directeur.
Marie Dormoy, directrice de la Bibliothèque Doucet, a travaillé jusqu’à sa mort à la mise en ordre des papiers de Léautaud. Ainsi, il y a eu des addendum à ce Journal et notamment les quelques lignes qui vont suivre qui sont d’une bonne observation, lors même qu’ils ont été plus dicté par l’imaginaire, que par le vécu..
Je les donne de crainte d’avoir été pédant et emmerdant. Et ceux qui auront tenu le coup jusqu’au bout se rendront compte de ce qu’est un genre littéraire si particulier qu’on ose à peine aujourd’hui en dresser l’inventaire.

Paul Léautaud, Journal particulier 1933, in Mercure de France, 1986.
Sans date (dossier 1932)
« Le fléau est si jolie et a le visage si plein de plaisir quand elle suce une queue ou qu’elle se fait enfiler que j’ai voulu jouir du tableau en spectateur. (1)
D’autant plus que je n’ai jamais été de ces hommes qui doublent ou même triplent dans les parties et je voulais m’offrir ce régal par un autre.
Un joli garçon, dix-huit ans, ni trop ingénu ni trop dégourdi que je lui ai amené « Tu vas voir, il a une jolie pine. Pas à l’envers comme la mienne, trop grosse de bout. Non. Un bon morceau, bien effilé et d’un bon calibre après. » Elle n’a pas été longue à la sortir du pantalon du jeune homme et à la lui manier comme elle sait, tantôt à rebrousse-poil, tantôt le décalottant en plein, tantôt lui pétrissant le gland entre ses doigts, l’autre main lui pelotant les couilles.
« Le manège était si agréable qu’au bout de cinq minutes le petit jeune homme ne pouvant plus se contenir, lui lâche son foutre dans la main. « Ah ! non, dit-elle. Ce n’est pas de jeu. Pas si vite. C’est donc si bon que ça ? Et moi, alors, qu’est-ce que j’aurai ?
Allez, venez-là, petit salaud. Couchez-vous là. Mettez votre paquet à l’air. Vous n’êtes pas si à plaindre. On vous a branlé et on va vous sucer. Et vous tirerez encore un coup après, si vous voulez. Qu’est-ce qu’il vous faut de plus ? » Elle le fait s’étendre sur le lit, tout le paquet bien à l’air, et à genoux à côté de lui, se met à se régaler d‘un suçage en règle, la bouche allant et venant, sa salive dégoulinant tout le long du membre.
« Heureux jeune homme ! Le voilà qui se met à décharger une deuxième fois en plein dans la bouche du Fléau, tout heureuse du résultat et le visage pétillant de vice. « Ça a marché ? lui demande-t-elle. C’était bon ? Je le crois, hein ? Petit cochon, il en a un foutre ! Vous vous souviendrez de la salope. Je crois que c’est à mon tour maintenant. Ça coule joliment, vous savez. Il y a de quoi lécher. Allez ! vous allez vous offrir ça. » Elle s’étend à son tour sur le lit, tout le cul à l’air, le con tout juteux, le foutre lui dégoulinant le long des cuisses.
« Qu’est-ce qui va nettoyer ça ? dit-elle. Et vivement. Je ne peux plus attendre. Qui me bouffe le con ? »
« Je m’étais réservé cela et je me mis à lui faire une minette complète, qui la fit bientôt décharger, un foutre épais comme celui d’un homme. Il fallut alors la laisser un moment à sa langueur. Au bout de quelques minutes, s’adressant au petit jeune homme : « Eh bien ! vous n’avez pas envie d’entrer là-dedans. Vous ne bandez plus ! Allez ! arrivez. Je vais vous faire bander, moi ! »- et elle se met en pose, bien calée sur le lit, les cuisses larges écartées, tout son con prêt dont elle écartait les lèvres avec les doigts.
« Il monte sur le lit, s’étend sur elle, elle lui manie un peu la queue, et quand il est à point : « Allez ! Oh ! le salaud, je vais encore décharger. Vas, vas. Oh ! c’est tout de même rudement bon une pine. Et pour toi ? C’est pas bon ? Tenez ! Le voilà déjà qui pisse son foutre. Frotte encore, encore. Là, là… oh ! oh ! Ça y est, ça y est, salaud ; tu sens si ça coule. Oh !... Oh !... »

Bien malin qui saurait dire où est la frontière entre érotisme et pornographie. La plupart des bégueules diront que Léautaud, qui admirait tant Stendhal, est un pornographe à la seule lecture de ce texte.
J’ai une définition qui ne vaut que pour moi. Un texte pornographique est un texte qui est tout simplement mal écrit.
Quant à savoir si « Des histoires de l’œil » de Georges Bataille est la limite à ne pas franchir pour rester dans l’érotisme ou traduits de l’Italien certains contes de Gabriel d’Annunzio, tel « Bestialité »… c’est affaire de spécialiste.
Autant Henry Miller est flamboyant et plein de vie lorsqu’il parle de NY, du Village et de June, cette merveilleuse créature que tout homme censé aurait voulu connaître… autant Anaïs Nin n’apporte rien à la littérature érotique (avis personnel). L’Histoire d’O fut longtemps considéré comme le meilleur roman érotique du milieu du siècle passé. Le mystère qui entourait son auteur (Pauline Réage, alias Dominique Aury) n’en est plus un. Quant aux trio Rochefort, Desforges, Breyat, je mets 5 ½ dans la marge.

Ceci n’a rien d’une anthologie.

Ces auteurs me viennent à l’esprit. Il est évident qu’il y en a des centaines d’autres et parfois de bien meilleurs.

1. Le voyeur est rémanent dans l’œuvre érotique. C’est la série des « Nicolas » de Restif de la Bretonne, des « Liaisons dangereuse » de Choderlos de Laclos où le voyeurisme est épistolaire, etc.

27 janvier 2004

Coke is not good for me !

(Egalement publié par Proxi-Liège, 24 janv. 04)
Les coca-colistes accrocs revenus de Bombay ont mis au point un patch avec la photo de José Bové selon la technique du fumeur qui arrête ses conneries.
La multinationale y est comparée à Krisna-la-guerre, alors que les altermondialistes seraient plutôt pour Vichnou-la-Paix, comme a dit Pierre Dac dans un sketch resté célèbre.
On se demande si les limonadiers savent eux-mêmes ce qu’il y a dans leur mixture. On y trouve un peu de tout. A croire qu’ils ont remis en service l’alambic des Borgia. A Plachimada dans l’Etat du Kerala, les habitants se plaignent - depuis que Coca-Cola puise dans les réserves d’eau du village - que la nappe phréatique diminue. En plus, les bistrotiers amerloques rejettent des eaux impropres qui par infiltration rejoignent le sous-sol.
On croirait arroser les champs au kérosène.
José Bové, le ticket du Forum altermondialiste en poche, y est allé voir de plus près avec quelques membres du Mouvement Mondial contre la privatisation de l’eau.
Expliqué en hindi, l’affaire est loin du dossier ficelé en amerloque. Les traducteurs des juristes de la firme chipotent sur les termes. « Major pollution » est intraduisible en Inde et surtout pas par « pollution majeure ».
Ce n’est pas seulement les terrains gratuits et la main d’œuvre bon marché qui attirent les « marquants » de la planète, mais la législation en matière d’environnement des pays pauvres qui est inexistante.

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Coca-cola n’a pas montré la voie, ARCELOR non plus d’ailleurs. La décentralisation, c’est plus vieux que Davos… Déjà l’empire romain décentralisait. C’est dire…
A New Delhi, le Premier ministre Atal Behari Vajpayee, c’est Orgon dans Tartuffe qui dit sans arrêt « Le pauvre homme ». Lui, pense aux dollars qui risque d’être inconvertibles en roupies, si le président de Coke jette l’éponge et s’en va polluer ailleurs.
Une dizaine de mois après le démarrage de l’usine, la qualité de l’eau a baissé au point d’en devenir non potable. Les paysans ont eu des problèmes de peau et des difficultés respiratoires. Aujourd’hui, ils sont obligés de faire deux kilomètres hors du village pour trouver une eau moins chargée en saloperies diverses.
Des études ont permis de déceler des métaux lourds dans l’eau dans des proportions inquiétantes.
Seulement voilà, Coca-Cola est une puissance, un état dans l’état. Suite à la protestation générale, le gouvernement local a refusé de prolonger l’accord d’implantation. Mais, les sodas-brothers ont déposé une requête à la Cour du Kerala.
Par mesure de précaution, il a été recommandé aux limonadiers de restreindre leur pompage de la nappe phréatique.
Elle est chouette la mondialisation du commerce ! L’obésité pour l’hémisphère Nord, des allergies et des cancers pour le Sud. C’est ce qui s’appelle le partage des inconvénients.

26 janvier 2004

Une sensationnelle découverte.


Passé du féminin au masculin devient parfois sordide.
Exemple : « Un sensationnel découvert ! », ce n’est pas du tout la même chose.
Soyons sérieux et revenons à nos inventeurs, les Zapipo !

C’est dans la nuit de la Saint Sylvestre de ce Lundi de Pâques 2004 que les Frères Ernesto et Mario Zapipo de Venise (photo ci-dessous) ont mis au point un appareil révolutionnaire changeant les lois de la physique de la thermodynamique moléculaire, permettant de travailler à des expériences de gynécologie dans l’espace grâce aux techniques ondulatoires.

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Les frères Zapipo quelques années avant leur découverte.

Nous reproduisons in extenso la communication à « Science du futur ».
C’est une exclusivité de Bressoux-Soir.
Le magazine qui informe sans déformer. Le poids des phylactères et le choc de Tintin.

L’apesanthographe des Frères Zapipo possède les spécificités d’un speacegode ressourçant des spermatozoïdes apprivoisés.
Complètement désinhibés, les sanitéroïdes bulbeux de la patiente recouvrent l’apesanthographe par décrynéolasudation, car tout corps plongé sur un autre se meut d’avant en arrière en dégageant des toxines induites.
On obtient par basse température une Durcite – ne pas confondre avec durite – qui s’anthorminédolle dans le conduit caverneux en se gonflant. La durcite évolue avec l’âge.
Les Frères Zapipo insistent sur la nouveauté de leur entournateur de Pasteur qui entre dans l’apesanthographe par les trompes d’Aïda de Fallope. Il ne reste plus qu’à adjoindre le climatiseur au scillographe et le tempaxétamol liquide peut être versé dans le spirencache. Ce qui donne environ 3000 tapiks convertibles en ampères plutôt qu’en Watt.
L’effet de l’apesantographe insufflé au méthanol de Grochamp se fait immédiatement sentir par la durcite active. La patiente est sous une trianesthésie dépolluée grâce aux zotoroïdes du couloir du cordon. Elle peut même tenir une conversation avec la NASA sans inconvénient, sinon que le praticien devra veiller à la bonne tension du tendeur du collant caoutchouté, à cause de son état visqueux interne, protégeant la durcite de tout contact stellaire.
Approuvé depuis peu par les experts en Croupéthique du Vatican, le docteur Faustrol Copi, médecin de sa Sainteté, y voit un moyen durable de prolonger son patient par des fumigations testérolleuses de l’apesanthographe. Le bigamide de synthèse travaille aussi bien l’endocrinien que le Phénicien adulte.
Le pape a réussi une durcite de douze secondes avec seulement 4500 tapiks, grâce à la bonne volonté de Sœur Maria Szeleznick détachée au service de Jean-Paul du couvent de Rzrzbyleck des environs de Varsovie.
Les troubles vasomoteurs d’une fusée de l’espace se traitent à l’identique du syndrome ménopausique chez l’humain. La tuyère de refroidissement tempère par l’hydrogène liquide des bouffées de chaleurs bouchant les conduits terminaux. L’apesanthographe placé entre les paresthésies cylindriques et la propulsion depuis la mise à feu, évite que l’index de Kupperman n’entre trop profondément dans le pot d’échappement. La vaso-dilation excessive du doigt devient inutile. Le vase des gaz remplit alors son rôle de sortie de secours de seconde main.
L’huile de dystrophie produite à la suite d’un coït inachevé est à l’origine de la plupart des projets de la NASA qui n’emploierait pas l’apesanthographe dans l’ostéoporose de la tuyère dite de l’endromètre progestophone qui agit comme un signal 10 jours avant le marsage du module.
Dès lors, le diéthylstimuli produit peut faire effet de valériane à dose réduite, d’un CC à 1000 CCP dans le cas d’un compte bancaire inapproprié.
Les frères Zapipo se réservent le droit de modifier leur formule afin d’améliorer l’apesanthographe en le rendant plus dynamique et attrayant. Cet appareil d’apparence profilée servirait encore de garniture de cheminée et éventuellement de bouillotte pour les vieillards souffrant de la maladie de Graffenberg, dite d’excitation permanente de Sainte Thérèse. Le syndrome du vestiaire peut trouver également des applications en raison de la manipulation masturbante des éléments de comparaison.
La porosité de la peau de tambour ou maladie de Shoendorfer permet une aspiration rapide de l’engin spatial. Chez le cosmonaute l’orgasme superficiel des altitudes se change en orgasme profond selon la formule
G + capuchon = D11, D12 et Jett 7.
Bientôt dans les librairies scientifiques, l’ouvrage des frères Zapipo sera à la portée de toutes les bourses.
Les prochaines dédicaces exclusivement réservées aux dames auront lieu à la mare aux joncs dans les Bois des Biens Communaux, après le coucher du soleil.
Ils comptent vulgariser leur produit avec la collaboration gracieuse d’IKEA et des Meubles Le Vigoureux.

25 janvier 2004

A la pointe de l’Info.

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24 janvier 2004

Bressoux-Soir.

Sommaire :
Serge Kubla : Plus au moulin qu’au haut fourneau.
« Une belle thèse » par le curieux de service.
Sport : Le résultat de la finale de l’Open d’Australie, Justine Hennin-Hardenne bat Kim Kleysters en cinq sets trois mouvements : 6-1, 6-1, auparavant elle avait été battue en demi finale.
Interview exclusive de la championne : Elle se plaint de son mari ! Il m’a promis son tennis, dit-elle après le match ! Et cela m’a épuisée.
Le Standard champion d’automne du mois de janvier !
Politique : Divorce entre Catherine Shariff et Omar Deneuve. Une enquête est ouverte.
Cinéma : Le MR et le PS : Trois mariages et un enterrement.
Politique étrangère : Di Rupo chez les Altermondialistes en Inde. Il se purifie dans le Gange après avoir touché la main de José Bové.
Billard : Rocco Si Freddi champion des trois bandes.
Nécrologie : Adamo papa pour la 3me fois chez Barclay.
Décoration : La chambre jaune repeinte en vert, ce n’est plus le même mystère.
Cyclisme : A l’insu de son plein gré, Maurice Leblanc a été rattrapé par le dopage « transfusé » de l’équipe Festina.
Le salon de l’auto : La mévente continue sous les grosses remises du Heysel.
Courrier des lecteurs : GM et CM demande à NN et AZ d’être plus gentils avec CQ et FD.

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Très exigeante, notre rédactrice en chef a refusé l’article ci-dessous, pourtant bien documenté, au motif que le XIVme siècle est bien trop licencieux pour être publié. La rédaction unanime a approuvé cette décision. Une pétition va être lancée dans notre journal pour mettre au pilon les œuvres de Rabelais. Nous avons déjà recueilli 3 signatures. Ecrivez-nous, nous transmettrons.

Zacharie Danthère est né le 31 février, l’année des quatre jeudis du Pape Narcisse de Carreau en 1304.
Son père était le bourrelier de la reine Isabelle Agatô du temps que le roi philosophe Hyppolite de Gros-Rouge était sur le trône. Surpris dans la ruelle en train de bourreler la reine, il fut décapité alors que Zacharie n’avait que neuf dents à peine.
L’orphelin fut élevé par dame Viviane de Parêtre, ribaude du Pape Narcisse qui avait coutume de dire « Rien ne vaut un bon coup de marc après une bonne dînette ».
En 1214, Zacharie n’était pas né et on ne le vit pas à la bataille de Bouvines. Par contre en 1323, il participe aux jeux floraux de Toulouse où il obtint la palme du Gay Çavoir repris par la suite dans le livre d’heure des ducs de Berry avec ce vers resté célèbre :

Les rossignols du caroubier jouent à la colle mouille.

Mais sa gloire ne vint pas de ces jeux puérils.
En 1327 et 1328, il fit deux découvertes qui allaient révolutionner le monde.
En 1327 une bulle de Jean XXII lui fait découvrir les aérostats et en 1328 La reine Blanche de Bourgogne ayant accouché d’une fille lui fait découvrir les prisons de France attendu qu’il avait prédit un garçon. Il s’en échappe grâce à sa première découverte. Si ses découvertes eussent été interverties, il y serait encore.
C’est enfin en 1449 à l’âge de 145 ans qu’il trouve sa voie définitive en devenant antipape.
Il se retire en son château de Ripaille au bord du lac Leman où il meurt d’apoplexie à la suite d’un repas arrosé.

23 janvier 2004

La guerre propre : une affaire en plein essor !

La bombe à neutrons propre se différencie de la bombe à neutrons sale par la propreté avec laquelle elle opère, la rendant sympathique aux ménagères de plus de 50 ans qui apprécient qu’elle laisse tout derrière elle dans l’état où l’appartement se trouve.
Aussi que les salingues ne se réjouissent pas, ce n’est pas elle qui fait le ménage.
La bombe à neutrons propre se contente d’éponger l’humain très parfaitement. Ne laissant aucune trace de vie sur son passage. C’est ainsi que le mari rentrant du travail après la bombe à neutrons propre pourra manger à son aise le dernier repas préparé par son épouse à condition qu’elle ait pris les précautions de cuire tout juste avant. Avec un peu de chance, le café sera encore tiède dans la tasse.
Il ne lui restera plus qu’à prévenir la police de la disparition de son épouse. S’il peut prouver que c’est grâce à la bombe à neutrons propre qu’elle a disparu, les formalités seront écourtées. Si le besoin sexuel le presse, il pourra après le repas, s’inquiéter dans le quartier de la situation d’une femme qui revenant de son travail constaterait la disparition de son époux et se retrouverait dans une grande solitude..
La bombe à neutrons propre est l’arme des civilisations de pointe. Elle ne détruit pas l’environnement. La production dans les entreprises ne s’en trouve pas perturbée. Mieux, elle peut soulager un patron qui restructure, du souci de licencier et l’exonérer de payer de lourdes indemnités avec tout ce que cela représente de grèves et de mouvements dangereux.
Elle peut intervenir à la fin du mois, juste avant le payement des salaires, ainsi le travailleur disparu aura presté ses heures ultimes qui pourront être versées directement dans la caisse noire patronale. Avec un peu d’entregent, l’employeur pourra jurer ses grands dieux que son personnel évaporé venait juste de toucher son salaire et ainsi percevoir des indemnités pour faits de guerre.

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La guerre, puisqu’on en parle, se trouvera simplifiée et considérablement réduite. Il suffira de quelques bombes à neutrons propres pour finir un conflit faute de combattants. Mieux encore, si l’armée effacée par l’effet dévastateur a pris les précautions de laisser avant son anéantissement des bombes à retardement du même type aux endroits stratégiques, il n’y aurait plus ni vainqueur, ni vaincu, mais une immense plaine à conquérir. On verrait de nouvelles conquêtes de l’Ouest avec tout ce que cela comporte de dynamisme pour l’économie. Les armes conventionnelles laissées sur place seraient remises dans le circuit de la violence classique, comme dans tout western.
Ce magnifique engin sera prochainement en vente dans les grandes surfaces.
Il y a gros à parier que les premiers servis seront les mieux placés pour la suite des événements.
Si je suis le premier à l’avoir dans mon immeuble, je pense pouvoir sous-louer les 12 appartements vacants à des prix raisonnables, pour tout autant que dès le stock vendu, un arrêté du ministère vienne en arrêter la distribution, réservant pour le gouvernement, les admirables bienfaits de cette bombe remarquable, en la faisant exploser dans des assemblées de chômeurs par exemple… Sans arrêt de la vente, la Ville pourrait se retrouver comme du temps de Notger, une centaine d’habitants pour tout le Carré ! Il serait déjà prévu que des essais auront lieu lors d’une réunion de l’ASBL « La mémoire de Liège. » ou du « Comité de défense du quartier de Pierreuse ».
Mais, je vous livre cette information sans garantie.

22 janvier 2004

Les vraies fausses histoires de Richard.

Le petit Albert naît chez les Einstein, tandis que sur le même palier le petit Xavier Kalafermet voit le jour en face.
Très liés les enfants suivent ensemble une scolarité, difficile pour Albert, brillante pour Xavier.
Albert monte de classe difficilement d’une année à l’autre aidé par Xavier qui lui passe ses copies et lui fait ses devoirs.
Xavier brille surtout en physique et en mathématique. Il étonne ses professeurs. On prévient les parents d’Albert qu’un apprentissage professionnel serait ce qui lui conviendrait le mieux. Mais il ne veut pas quitter son ami Xavier et il s’accroche aux études.
Xavier Kalafermet a un défaut, il l’ouvre sans arrêt. Il a un avis sur tout et le petit Albert devient le confident privilégié et à la demande de son ami, il prend des notes.
A la fin de leurs études, Xavier est aussitôt confronté à la situation familiale, le père Touna Kalafermet est malade. La petite entreprise de plomberie périclite et pour sauver sa mère et ses sœurs de la misère, Xavier devient plombier-zingueur. Albert est nommé répétiteur de troisième catégorie en physique à l’Université.
Tandis que Xavier voit aussitôt sa situation s’améliorer, celle d’Albert est proche de la misère.
Comme il n’est pas bien coté, il balaie les laboratoires et remet les machines expérimentales dans les armoires.
Tout bascule pour Xavier le jour où il tombe d’un toit, à moins que cela soit : tout tombe pour Xavier le jour où il bascule d’un toit.
Gravement atteint, il meurt dans son lit non sans avoir soufflé à Albert dans un ultime effort : « E = mc² », formule qu’il répétera plusieurs fois. Enfin, comme sa mère qui ne savait comment faire pour ne pas montrer sa peine, lui demandait comment il se sentait, il dit en regardant Albert au bord des larmes « tout est relatif », puis il expira sans un autre mot.
Rentré chez lui, Albert recopia la formule sur la toile de son fort cahier de notes qu’il avait prises lorsque Xavier et lui étaient étudiants.
L’année suivante, alors qu’Albert ne pensait plus au carnet de notes et à la formule, il advint que le titulaire de la chaire de physique s’étant épris d’une étudiante japonaise de quarante ans sa cadette, partit soudain au pays du matin calme espérant qu’ils le fussent toute l’année dans la conviction que les japonaises ayant des petits pieds devaient avoir de petits besoins adaptés à son âge.
Comme on n’avait pas prévu ce coup de folie d’un homme qui passait pour pondéré, on demanda à Albert de prendre l’intérim, en attendant mieux.
Ce qu’il fit, mais non sans inquiétude. Les trois années qu’il avait passées comme professeur lui avait fait tout oublier de la physique !

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Il se souvint des notes de Xavier et de la formule « E = mc² » qu’il appela des dernières paroles de son ami « loi de la relativité ».
Comme c’était nouveau, le recteur le laissa faire.
Le lendemain, il déballa son gros livre de notes devant les étudiants perplexes et à la craie jeta sur le tableau les premières formules de son ami.
Certains étudiants comprenaient, d’autres à peine et lui pas du tout.
Il se faisait répéter sans cesse ce qu’ils entendaient par ces lois physiques, comme un bon professeur qui sait ce que les autres ne savent pas, mais qui est disposé à prendre tout son temps par souci pédagogique.
Peu à peu, grâce aux étudiants les plus à la pointe et à force de redire ce qu’il apprenait lui-même aux autres, il comprit enfin ce que Xavier avait voulu lui faire comprendre en vain. Il fit alors de rapide progrès. Il embellit même les formules de propos discursifs. On lui en prêta d’autres par la suite à savoir que s’il avait su, il se serait fait plombier-zingueur. Ce qui était un hommage voilé à la brève carrière de celui à qui il devait tout et dont il ne prononça jamais le nom, y compris aux sœurs du défunt dont il épousa l’une d’elles.
Ce coup de pouce de la chance et de la destinée lui permit de rafler quelques prix dont le Nobel et de jeter les bases de la bombe atomique ce que Xavier n’avait pas prévu.
C’est ainsi que parfois ce ne sont pas les vraies personnalités et les vrais génies que nous honorons, mais des gens ordinaires que le hasard et la chance ont poussé en avant.
Les semaines prochaines nous vous parlerons du vrai auteur de Mein Kampf, qui n’est autre qu’un danseur tyrolien de Münich, Moshe Lévy, qui, parce qu’il était Juif, n’a jamais pu toucher les droits d’auteur ; de Carlo Népabonnaboir, un napolitain, qui inventa Microsoft avant Bill Gates ; de Carole Denlavar de Molière, noble roumaine, qui remplace encore actuellement Madonna sur scène au point qu’on reconnaît plus la fausse que la vraie dans la rue ; Kim Echatimand qui remplace Justine Hennin-Hardenne sur les cours de tennis par grand vent arrière gauche, ce qui a permis à notre championne d’être numéro un mondial ; Otto Rino, inventeur du discours modéré, vivant dans une cave du secrétariat du MR et qui fait tous les discours de Louis Michel et enfin, Sylvette de Lapin, une Française que le duc d’Edimbourg rencontra à Trébizonde et qui est actuellement sur le trône d’Angleterre sous son faux nom d’Elisabeth, la vraie étant depuis 50 ans enfermée à la Tour de Londres.

21 janvier 2004

Où étiez-vous le soir du brame ?


On chercherait en vain des points d’accrochages entre le patronat américain et celui, beaucoup moins homogène du reste du monde. Ce consensus inné est celui de la rentabilité maximale qui est recherchée frénétiquement par tous les hommes d’affaire.
Par conséquent, les ouvriers, qu’ils soient de Pittsburgh ou de Liège sont logés à la même enseigne.
Ainsi les métallurgistes liégeois sous la douche froide des accords sans cesse modifiés d’ARCELOR qui renie aussi facilement ses engagements que la Région wallonne oublie de s’en souvenir et ceux de Cleveland, de Detroit, de Bethlehem ou d’ailleurs sont dans des situations identiques.
On ne compte plus les fermetures et les licenciements dans la métallurgie aux Etats-Unis.
Les 56.000 salariés de LTV steel mis en liquidation en 2001 savent ce que veut dire être sans travail dans un pays qui croit dur comme fer à l’esprit pionnier de la conquête de l’Ouest et qui n’a que faire des perdants. Certains pensionnés par le système de pension d’entreprise ont perdu jusqu’à 65 % de leur salaire. La plupart se retrouvent avec une pension de 700 dollars par mois et sans assurance médicale !
Le paradoxe c’est que la demande en acier reste stable. Ce sont les sources d’approvisionnement qui se déplacent. Et ce sont les patrons eux-mêmes de la métallurgie qui ont investi dans les pays émergents, plongeant par la même occasion leurs anciens collaborateurs dans la misère.
Aussi que les travailleurs d’ARCELOR à Liège et à Charleroi ne se fassent aucune illusion sur les intentions de leur employeur.

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Un ouvrier américain dans une situation comparable à ceux qui vont perdre ou qui ont perdu leur emploi dans le bassin liégeois a tenu des propos amers mais d’une grande lucidité dans ce reportage du journal le Monde consacré à l’Amérique rebelle :
« Il y a quelque chose de détraqué dans ce pays, rapporte-t-il. On consacre des dizaines de milliards de dollars à reconstruire l’Irak et on laisse s’effondrer dans l’indifférence générale des emplois, des vies et des villes américaines. Il faut commencer ici à reconstruire une société qui se préoccupe du sort de ses ouvriers et de leurs enfants. Il faut donner le droit à la santé à tous. Pourquoi notre pays nous a-t-il abandonnés ? »
Ce témoignage pourrait tout aussi bien avoir été celui d’un gars de Seraing.
Il témoigne de la gravité des ravages d’un libéralisme sauvage, meurtrier, immoral. N’oublions pas qu’à peu de choses près, il est le même pour nous.
On croirait entendre un autre nous-même dans cette remarque d’un ouvrier de maintenance d’ISG : « Notre avenir reste en suspens. Il nous faut des investissements et de l’équipement moderne pour compenser nos coûts salariaux trop élevés. Mais qui va mettre de l’argent dans une activité aussi peu rentable, aussi exposée à la concurrence et généralement jugée condamnée dans ce pays ? ».
L’affaire serait claire et entendue, s’il n’y avait au moins un exemple d’une entreprise rachetée par son personnel et mise en coopérative et qui s’en tire cahin-caha grâce à la compréhension des pouvoirs locaux. Wheeling-Pittsburgh est une miraculée, grâce à la bonne volonté de tous et surtout des élus locaux qui ont osé sortir d’un sacro-saint libéralisme qui paralyse chez nous le MR et le PS.
C’est ainsi que dans une approche moins orthodoxe du Fric-Roi, nous aurions pu éviter la mort de la SABENA et nous pourrions sans doute éviter l’extinction définitive des feux de Cockerill. Mais, a-t-on suffisamment du caractère et de la volonté en Wallonie pour tenter le coup ? Les récents discours des responsables politiques et syndicaux du bassin montrent clairement que personne n’est prêt à relever le défi, à commencer par le ministre Kubla.

20 janvier 2004

La P(resse)... respectueuse !

Le sommeil de la raison produit des monstres. (El sueño de la razon produce monstruos)

Deux courants de pensée partagent inégalement ceux qui informent. La minorité outre un scepticisme irrationnel, a quelques raisons de se méfier de la pensée officielle. La majorité rend compte de la vie des régions, suit les ministères, les Parlements, les Partis, dans une relation la plus exacte possible des faits.
Exemples : au niveau local, on rénove la rue Saint-Gilles ; au provincial, le gouverneur promeut le tour de France ; au régional, on réfléchit sur l’avenir de la taxe de la télévision ; au fédéral, on s’inquiète du survol de la capitale dans un souci de cohabitation de la Région de Bruxelles et de la Communauté flamande.
La minorité ne dit pas que ces informations sont inintéressantes. Elle dit qu’elles sont incomplètes.
Le taux de chômage élevé, la dérive des Institutions avec la pléthore de ministres et la dilution des responsabilités, les dégâts de l’industrialisation ancienne et récente sur l’environnement, le caractère irrationnel d’une économie « mondialisée » ne sont presque jamais pris en compte. Pourtant, c’est un échec permanent qui ne s’inclut dans aucune information ponctuelle.
Vous me direz, comment un élu local peut-il être directement concerné par ce qui se passe à Bruxelles, en Europe ou dans le monde ?

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Léon Lewalle, ex-patron de la SMAP, a déclaré sur RTL dimanche 11 janvier que 70 millions environ des sommes non déclarées ont été versées aux partis politiques en cadeau. Il posséderait la liste des bénéficiaires. Deux remarques : 1. Cette ex-force vive va en appel de sa condamnation à quatre ans avec sursis pour ce qui excède la préventive en prétendant avoir voulu constituer une réserve de fonds placés en Suisse pour la SMAP. Or taper dans la caisse à hauteur de 70 millions pour arroser les partis n’est vraiment pas une meilleure façon de faire fructifier le capital. 2. Cette fameuse liste des bénéficiaires suppose qu’il y a actuellement des membres actifs de la politique régionale ou nationale qui poursuivent leurs activités et que celles-ci sont rapportées fidèlement par les médias. Ceux qui nous informent trompent donc involontairement l’opinion en tressant des couronnes de laurier à des corrompus et concourent à endormir cette même opinion en leur servant la soupe.

Les informations d’intérêt général sont de nature à infléchir favorablement l’opinion ; ces informations cautionnent le système parce qu’elles ne prennent en compte que des actions plus ou moins réussies. Or, par leur parti, par le consensus qu’ils donnent par ailleurs des options économico-politique dans lesquels ils sont engagés, nos élus de base ne peuvent être dissociés du reste. Qu’ils le veuillent ou non, les professions de l’information concourent à rendre sympathiques ces élus.
Les mandataires qui réussissent au niveau local, qui font de leurs communes des modèles d’ordre, de propreté et d’initiative culturelle sont aussi des gens qui sont responsables du taux élevé du chômage, qui cautionnent la politique libérale de ce pays et qui sont tacitement d’accord avec les orientations de l’Organisation Mondiale du Commerce.
La minorité qui met en doute la véracité de ces acteurs politiques se sent frustrée quand s’escamotent ces vices rédhibitoires.
Il y a bien quelques articles sur les sujets qui « fâchent », mais si œcuméniques, que le sceptique loin d’y trouver un apaisement, n’y voit qu’une frustration supplémentaire.
L’anecdote est rarement utilisée, sauf celle qui, bénigne, donne une image bon enfant de la personne concernée. Pourtant, elles sont souvent révélatrices. Elles ont le tort de faire réfléchir au climat délétère. Exemple pris ailleurs : « Le ministre allemand de l’économie a été suivi par des caméras durant une journée. On l’a vu en slip à la télévision allemande. Au moment où la radio branchée dans sa salle de bain annonçait une augmentation du chômage, le ministre se rasait en sifflotant un air à la mode ! »
Une réelle démocratie est une démocratie dont les citoyens s’informent, raisonnent et critiquent.
« Conviction et responsabilité se complètent et c’est ensemble qu’elles constituent l’homme authentique, celui qui peut avoir la vocation pour la politique. La grandeur de la politique consiste à assumer ce « paradoxe éthique » qui implique de chercher le salut de la « cité » au risque du sien propre. » a écrit Weber.
On est fort éloigné de ce concept.
On peut regretter que les journalistes ne s’inspirent pas des Rochefort, Gohier, Londres, Beuve-Mery et autres Pulitzer ; qu’ils soient plus des agitateurs d’idées de progrès, plutôt que le reflet d’une classe dirigeante satisfaite d’elle-même.
Peut-être qu’un jour dans cette profession aujourd’hui mal en point, quelques courageux, atterrés par l’hécatombe professionnelle, se réveilleront pour vivre une nouvelle aventure.
Je le souhaite du fond du cœur.

19 janvier 2004

Agence curiste...

Spa, du temps de Marie-Henriette, ce devait être quelque chose. Les souvenirs de l’avenue qui mène à la source sont encore sur carte postale. Le Pouhon, les curistes, les préposées aux gobelets déguisées en bonnes sœurs… Les défilés de crinolines que c’était ! Pratiquement aux cœurs des sapins… pleine opérette, avec tzar, le Vénitien galant… les sopranos et les ténors sur les marches du casino. Les soubrettes entraient par derrière les décors. On ne voyait jamais les charretiers ailleurs que conduisant les fiacres… les domestiques à astiquer les couloirs quand le beau monde n’y était pas. Jamais une fille de salle n’aurait gâché la vue des buis en pots, taillés et alignés au-dessus des marches, comme des sapeurs.
Le personnel savait se tenir à la Belle Epoque.
Au concert, l’après-midi tout Strauss y passait. Le toit du kiosque, les boiseries, jusqu’aux costumes de la clique étaient vert pistache. Les dames fondaient mollement sur les chaises disposées en demi-lune. L’ombrelle protégeait à peine des ardeurs du fort soleil d’août.
Chez les messieurs, ce n’était pas encore la haine du boche. La Gazette de Liège parlait des bienfaits des Missions en Afrique. Les seins des négresses étaient brouillés sur les Daguerréotypes, question de décence.
Plus on remontait l’avenue, plus cela faisait auberge du cheval blanc, sauf qu’il n’y avait pas de culotte de cuir et pas de casquette de schupos endimanché.
Mais on mettait des paroles sur le Beau Danube Bleu dans la langue de Goethe avant de faire la sieste.
On espérait le Kaiser comme curiste l’année prochaine.
Les maisons avaient l’aspect de gâteaux à la meringue, stuc et bois cloisonnés en chocolat.

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Derose évoquait ses souvenirs à côté du buffet où tout son personnel bâfrait les petits fours et les Saint-honoré apportés de Liège dans la camionnette de la firme pour le 150me anniversaire de la naissance de la Maison Derose et Bernard réunis.
Le vieux Dabe venait de finir sa dernière épouse au-dessus d’une côte dans un virage. Etendue pour le compte avec les malheureux d’en face qui s’étaient trouvés là au mauvais moment. Tous morts, sauf lui, quatre-vingts balais, droit comme un « i ». Elle, de quarante ans sa cadette, une fleur… le personnel la connaissait, peu présente mais chieuse. Elle demandait toujours d’une voix plaintive, s’excusait de l’embarras ; mais quand on n’allait pas assez vite pour emballer ses clubs de golf, elle courait dénoncer.
Secoué qu’il était, pas peu dire, de l’impossibilité à remettre la célébration des 150 ans au-delà du deuil… le vieil homme luttait contre la tristesse avec la cour habituelle des jolies ouvrières qui vibrionnaient dans leurs corselets d’été.

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Mirage d’être dieu parmi ses anges ! L’impénitent paternaliste se souvenait de ces croupes qu’il avait visitées dans les ardeurs permises du maître, privilège si présent encore aujourd’hui où le harcèlement n’est affaire que de subalternes…
Il conservait d’elles en mémoire leurs particularités physiques : comme elles ahanaient au plaisir, les pauvres mots d’un vocabulaire rudimentaire et spécialisé, les vergetures de certaines, la pilosité ultime, les replis graisseux qui frissonnaient comme sable sous la vague. Les mille manières qu’elles employaient pour ranimer la flamme, poussées par un instinct perfectionniste, rêvant à l’exploit d’un accouplement prolongé au-delà du record de la précédente… Secrets intimes qu’il partageait avec les hommes ordinaires qui ne savent pas dans leur simplicité comme il leur aurait été difficile de faire la part des choses s’ils avaient su, quoique tous s’en doutassent.
La « grosse » Renée, Jeanne la mystérieuse, Odette l’hésitante et Josée l’audacieuse, ces dames du temps jadis toujours présentes, vieillies, mariées et certaines grand’mères suppléant par le fard à l’absence de jeunesse… si pleines encore du désir de plaire au nom de la tradition artisanale, de leurs meilleurs souvenirs, retrouvaient en elles les gestes précis et les habiletés labiales.
Elles ne voyaient pas Derose si fichu que cela, portant beau encore à la Barclay. Elles échangeaient des regards complices se faisant fortes d’amener l’ardillon à la récidive, au dernier coup – oserais-je écrire de l’étrier ? - sous la tonnelle….
« Le coquemar pour l’ouvrier, le braquemart pour le patron. »
C’était encore du temps où les gougnafiers mangeaient de la tarte le dimanche, faisaient gaffe à ne pas salir le beau costume et avaient pour le tissu lustré des attentions infinies.
On n’en était pas encore à fourguer aux Chinois de Taiwan des obligations de famille sous prétexte que la mondialisation est un facteur de prospérité.
Dans l’affaire Derose et Bernard, personne ne savait qui était Bernard. On chuchotait qu’il était le père de la deuxième femme, qu’il avait remis en selle le vieux Dabe. En échange, on avait agrandi la plaque en cuivre rue Sainte-Angélique, siège de toute la fortune et départ initial.
Le personnel d’atelier au buffet, c’était comme qui dirait les lions Bouglione à l’heure du repas.
On peut le dire, c’est la gratuité qui fait l’ulcère à l’estomac.
Le vin aidant, la digestion laborieuse, les tenues légères des dames prenaient des formes inattendues, les jupes godaient, les blouses s’échancraient. On voyait presque sous le vernis des chaussures pousser le corps au pied et l’œil de perdrix tant les efforts intenses, sur des airs de tango, coûtaient…

Chacun a dans une malle, le fond d’un tiroir, des gens qui vous sourient sur papier glacé.
Parfois certaines photos vous racontent de petites histoires qui disent un monde mort, celui du vieux Derose l’oeil fixé sur l’objectif à exprimer des choses que vous ne comprenez pas…
On les invente pour soi, par intuition. La lecture d’un visage aux yeux éteints et à la bouche encore gourmande, au corps mince, grand et voûté de patriarche noceur.
On se surprend à murmurer quelques vers d’Aragon quand son ami Desnos, par un beau matin, partit de Compiègne.
Depuis que l’homme existe, combien de morts a-t-il laissé derrière lui d’une facture si parlante, qu’on rougirait presque du métier d’écrivain ?

18 janvier 2004

4. La thanathocratie ou l’apocalypse programmée. (fin)


Un droit collectif de définition d’une société riche…
La Région wallonne, dont le PIB est assez élevé pour qu’elle ne souffre pas la comparaison avec le Burkina-faso, est une société riche. Les échanges marchands sont très développés, même si on chipote sur la répartition de la consommation et la comparaison avec les autres régions d’Europe.
Heureux de le savoir. C’est une bonne nouvelle d’être riche, non ?
Ce qui est emmerdant, c’est après s’être autoproclamés riches de voir comme nous sommes vachards avec les pauvres, et pas que pour les enfants des trottoirs de Kin, non, chez nous, dans nos « favelas ». On ne peut pas dire : « on ne savait pas ». Si… si… on savait.
N’importe quelle catégorie, employé débutant de n’importe quelle banque, sait comment nous les « riches » sommes des dégueulasses profonds. Ce n’est pas le stagiaire fragile qui le prétend en furetant dans les comptes de la clientèle, non, c’est la froide statistique.
Les écarts des revenus augmentent que cela en devient dingue. Des sous-classes de riches naissent tous les jours.
En 1900 on était riche à 100.000 francs. En 2004, les débuts de la richesse sont toujours à 100.000… mais en euros. Il y a dévaluation, 1000.000 euros valent moins que 100.000 francs or.

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C’est ainsi qu’il y a des gens qui se croient riches et qui ne le sont plus. Ce n’est pas si grave, qu’on le croit… y a pas de lézard pour le bon renom de la Région.
Ce qui pose problème, ce sont les riches qui un beau matin ne le sont plus ! Mais alors, pauvres comme un genou sans poil, et qui le disent !... Voilà le scandale, que ceux qui ne le sont pas ou ne le sont plus osent ouvrir leurs gueules…
Alors, on se rend compte qu’en dessous du dernier des riches, il y avait déjà des pauvres, des bons pauvres, puisqu’on ne les entendait jamais. Il a fallu que d’autres pauvres venus du Sud, venus de l’Est nous le crient dans nos rues pour que nos pauvres se décident enfin à nous le dire.
Eh oui ! notre société de riches était en réalité une société de pauvres !
Ce n’est pas a contrario dans la fortune étalée des bagnoles que cela se vérifie, mais dans la loi du nombre aux revenus incertains…
Puis vient la façon… la manière dont on trimballe les pauvres dans des cadres de vie genre Kot de 10m² ; des transports où dès que le bus démarre seul un cosmonaute à une chance de rester debout ; dans la façon de discriminer le pauvre du pauvre en « récompensant » le bon chômeur et, d’infliger un blâme à la longue durée cohabitante et en dernière minute, le chômeur avec obligation de résultats (dixit madame Onckelinckx) ; la mendicité légale d’un CPAS ; finir dans les vestibules d’œuvres caritatives ; être handicapé ou malade à indemnités réduites…
C’est une question de termes. Quand les fous sont majoritaires, les sages changent de camp. Quand les pauvres sont majoritaires, ce sont les riches qui passent côté phénomènes de foire.
L’autre jour, Totor, un « riche » un tantinet réac, nous sort l’argument qui tue : « les pauvres sont pauvres parce qu’ils le veulent bien ! » Authentique…
Totor est de gauche, il a le réflexe d’en face parce qu’il est riche… A part ça, si on lui dit qu’il raisonne comme Jean-marie Lepen, il se fâche ! S’il y a des riches qui ne savent pas qu’ils sont devenus pauvres, il doit y avoir aussi des gens de gauche qui ne savent pas qu’ils sont devenus Front National !
C’est vrai que le pauvre a sa fierté mal placée. Enfin pas le pauvre qui est tombé dans le caniveau, je parle du pauvre moyen, le petit pensionné, le chômeur abasourdi par ce qu’il lui arrive et la ménagère qui ne travaille plus depuis 25 ans parce que son Jules gagne encore des pèpettes sur Seraing-Fourneaux et qu’on fait avec ce qu’on a, le manœuvre léger qui travaille la nuit pour payer son loyer, bref une bonne partie - plus de la moitié sans doute de cette société « riche » - lutte pied à pied pour rester socialement présentable, a l’orgueil haut placé et ne veut pour rien au monde se considérer pauvre. C’est cette grosse partie de la population qui vivant d’apparences crée l’illusion collective et sauve la face d’une société « riche ».
Ce qui pend sous le nez de ces innombrables ?
C’est de poursuivre tant qu’ils le peuvent le parcours dans la propriété privée, comme s’ils en avaient le droit, comme s’ils avaient les moyens d’assouvir sans dommage le fantasme de puissance que résume l’automobile, temple de l’individualisme forcené.
Vous savez quelle réalité sauvage il y a derrière les chromes et les équipements électroniques ?
400.000 morts chaque année, 2 milliards et demi de bagnoles en 2050.
C’est le rêve poursuivi. Celui du pauvre qui se veut riche.
C’est le rêve de Mac Beth…lift…
Les chimères comme au théâtre annoncent la mort au bout d’un chemin qui prend des raccourcis. Nous voyons déjà le mur fatal et nous savons que nous ne pourrons l’éviter ; mais, absurdité humaine, cela ne nous ralentit pas…

17 janvier 2004

Bombay à l’heure du Forum altermondialiste.


A partir du 16 janvier jusqu’au 21, les altermondialistes seront à Bombay pour un Forum social mondial.

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Cet événement - la réplique aux réunions de l’OMC – n’a pas été salué et mis à sa juste place dans l’information télévisuelle comme il se devrait en Belgique. C’est normal, puisqu’il s’agit d’une initiative populaire qui échappe aux gouvernements, comme aux partis et qu’il apparaît de plus en plus comme une réalité que l’information télévisuelle dont nous disposons est davantage au service du pouvoir que des gens.
Le Forum social à Bombay était un risque à courir, puisque le sous-continent indien n’a pas les mêmes possibilités d’accueil que le Brésil à Porto Alegre. On ne sait pas quelles seront les réactions d’un pays d’un milliard d’habitants qui joue un rôle fort peu central dans l’économie avec seulement 1% du commerce mondial !
Les 2.500 conférences, ateliers ou séminaires que les 80.000 participants attendus du monde entier organisent ne seront pas consacrés uniquement aux problèmes mondiaux du commerce, mais prendront aussi en compte les problèmes sociaux de l’Inde, les discriminations par les castes, l’intolérance religieuse et l’avenir de la femme.
A Nesco, vieux centre industriel, à 10 km du centre de Bombay, au bord d’une autoroute, dans la poussière et le bruit, au cœur d’un bidonville, les participants n’y auront guère l’espace et leurs aises comme dans le campus catholique de Porte Alegre.
C’est bien d’avoir choisi ce site au centre d’une misère effroyable qu’une émission d’Arte de la semaine dernière à illustrée de belle manière en suivant une famille de huit personnes dormant sous la tente et ne disposant d’aucune commodité sans lesquelles, en Belgique, nous ne saurions subsister.
Le revenu de cette communauté est le travail d’un seul de ses membres, forgeron, qui gagne l’équivalent d’un euro par jour !
Multipliez cette situation de famille par des millions et vous aurez une idée de la gravité de la situation sociale en Inde, cinquième de la population mondiale !
Il faudra attendre la fin de ce Forum, en lire les textes préalablement traduits pour décrypter cet événement mondial, en comprendre les tendances et surtout connaître la réaction de la population indienne au coeur de ce grand rassemblement.
Nous en attendons des réflexions et surtout des renseignements sur la manière d’infléchir l’égoïsme occidental vers une plus grande solidarité avec nos semblables.
Vivant dans une violence qui ne dédaigne pas s’appuyer sur des démonstrations de force des USA, notre système économique pourrait en retirer de nouveaux concepts qui changeraient les actions humanitaires en obligations d’aide.

16 janvier 2004

Le crime ne paie pas, le travail non plus.

Bressoux-Soir en partenariat avec le centre Culturel de Mons, l’hyper-antenne de Mons, le Club des Pensionnés montois, l’Association folklorique « Ah ! Qu’est-ce que t’as Doudou, dis-donc » et son Saint-Michel, Monsieur Elio Di Rupo, l’Aube Hyperbare du Changement pour des Ondes Nouvelles (AHLECON) et l’inventeur du poste à galène, (Grand prix des Inventeurs de la Ville de Mons), le personnel décentralisé des radios francophones en basses fréquences…

…vous présente une nouvelle série d’émissions culturelles :
Le crime ne paie pas, le travail non plus !
Cette semaine Odette de Rekonèsance, une charmante Montoise de 22 ans qui vient de participer à Star Ac avec le succès que l’on ne sait pas.
Chanteuse, danseuse, penseuse et amoureuse nous avons demandé à cette graine de star ses impressions sur les élections qui auront lieu dans 5 mois en Belgique.
Nous avons été surpris de la maturité des réponses de cette jeune montoise, membre du club « Mature ».

Bressoux-Soir : Qu’est-ce que dont auquel vous semblez ne pas devoir ce qui vous arrive qu’à vous-même, mais à vous-même ?
Odette : On ne peut pas tricher avec les gens…Au Club Mature on joue au bonneteau. C’est un jeu magnifique. C’est avec ce public-là que j’ai grandi…
B.-S. : Vraiment, qu’est-ce qui vous différencie de la différence que le public saisit dans sa totalité totale et qui vous différencie ?
O. : Je suis devenue comédienne. Ça s’est fait comme ça. C’est le public qui l’a voulu. Mon passage à la Star Ac a accéléré les choses, mais j’avais des projets avant… Le plus difficile, c’est de ne pas décevoir les gens.
B.-S. : On vous a vue dans un spot publicitaire sur la nouvelle RTBf. Vous coupiez le ruban de la radio-télévision de Mons. Le ruban était figuré par des câbles reliés symboliquement à la Boverie à Liège. Ce n’était pas de la provocation provocative et à la hauteur de la circonstance provocante, dont auquel, n’est-il pas ?
O. : Il faut protéger cette petite planète merveilleuse qu’est la terre. J’ai posé ma candidature à l’UNICEF.

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B.-S. : Quel rapport avec le parc de la Boverie ?
O. : L’UNICEF achète des locaux pour les remplir. Commenceront dans les mois prochains des travaux de reconstruction de la volière du parc de la Boverie, non loin de là… Le projet, c’est de remplir cette cage de tous les noms d’oiseau entendus depuis la réussite totale de Mons et environ par rapport à d’aucuns…
B.-S. : Enfin dernière question. La coalition du MR et du PS, n’est visible que dans sa forme visible. Croyez-vous qu’à Mons, chacun en a conscience, une fois ?
O. : On est aidé par le public. Je suis heureuse d’être dans le cœur de mes compatriotes. Vous savez, lorsque je suis à l’étranger – pas plus tard qu’hier, j’étais à Martelange pour des cigarettes – on ne pense qu’à une chose, bien revenir.
C’est tout ce que j’ai à dire et que le meilleur gagne, en pensant à Elio, évidement.
B.-S. : D’évidente évidence, évidemment.

C’était Bressoux-Soir pour « Le crime ne paie pas. Le travail non plus ». A vous la rue Basse-Wez, à vous les studios.

15 janvier 2004

Elections : prendre la chose en riant et non pas...

Entre Chirac et Sarkozy, la cohabitation sans merci, titre Le Monde.
Chez nous, les rivalités entre gens de pouvoir sont plus feutrées. L’accord est tel entre les deux partis MR et PS qu’il n’y a même plus de rivalité entre des gens qui, en principe, ne sont pas du même bord.
Encore faudrait-il savoir si Babord est toujours à gauche, parce qu’on va à tribord toute…
Qu’en France deux militants de l’UMP se tirent la bourre, et voilà qu’on parie sur les deux cracks, comme aux courses. C’est vrai qu’en Belgique les liens de parenté qui unissent les membres d’un même parti sont tels qu’on en arriverait comme au Sénat romain, à voir le fils poignarder le père (ça rappelle un peu l’affaire Cools ?), la belle-sœur qui élève des aspics dans un vivarium au cas ou… le neveu qui va voir l’oncle muni d’un gilet pare-balles. Cependant, rien de tout cela. La grande famille est unie.
Mais qu’il y ait véritablement de l’amour entre les libéraux et les socialistes cela confine à l’absurdité.
Qu’attendent-ils pour convoler, ces deux-là ?
Oui, dans deux ou trois mois, quand on sera au bord du néant et qu’il faudra bien trouver des différences entre Elio et Louis, peut-être dégagera-t-on l’une ou l’autre chipoterie. Oh ! pas des choses irrémédiables, des paroles qui dépassent la pensée et qui laissent des traces… non, mais de ces petits riens qui laisseraient supposer que l’un est plus attentif que l’autre aux problèmes des ménages. Restera à trouver de quoi ?... Ce sera le plus dur. Mais, c’est affaire de public-relations.
Il y a des sociétés en leasing qui travaillent pour les deux qui ont toujours fait cela très bien.
Quant à l’opposition sur le turf : l’UDh, la pauvre Joëlle Milquet m’y attendrit.
Son parti est toujours la proie des flammes de l’enfer dont le menace le dernier carré des chevaliers de Jérusalem. Ces irrésistibles calotins ne voient pas que pour résister, Dieu doit mettre de l’eau dans son vin de messe. Déjà que le treizième apôtre, le dénommé Deprez, s’est fait la malle avec sa Marie-Madeleine pour rejoindre l’équerre et le fil à plomb d’en face. Les Jansénistes en frémissent encore.
L’épisode Nothomb a failli tourner au cauchemar. En, réalité cet illustre président était déjà décédé depuis un bout de temps et personne ne s’en était aperçu.
Joëlle a vécu pendant deux ans avec dans ses bras un cadavre !
Enfin, il s’est décidé à retourner au tombeau. Son Saint-Suaire a été envoyé à Turin pour vérification avec l’autre, des fois que celui de Nothomb serait l’authentique.
Eh bien ! Voulez-vous que je vous dise ?
Toutes ces péripéties d’un parti d’opposition me le rendent sympathique.
Là au moins, on sait ce que cela veut dire la rivalité entre Chirac et Sarkozy.
D’autant plus sympathique qu’un administrateur du Standard et syndicaliste sur le retour, Louis Smal donne à ce parti la petite touche folklorique qui manquait. Nul doute que grimper sur une chaise dans une arrière-salle de bistrot pour beugler d’une voix éraillée les résultats de « la dernière chance » entre Trucmuche et son personnel lui servira de réflexe pour la bonne cause.

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A vrai dire, les zigotos de l’opposition n’ont pas plus envie que les autres de changer le système ; mais à défaut, ils se pourraient que les glorieux rabattent de leur superbe et que dans les Régions le courant s’inverse.
Restent les Ecolos. Ils sont bien trop honnêtes pour figurer dans une coalition, bien trop brouillons pour figurer dans l’opposition. Alors ? Mazoutés comme sur un bête littoral, épris de moulins à vent comme don Quichotte, pigeonnés comme pour Zaventem, gaffeurs hors-pair à Francorchamps, porteurs de chapeaux imbattables comme pour les éco-taxes, ils n’ont qu’un seul atout, mais pour moi, il est essentiel. Je trouve Evelyne Huytebroeck d’un charme fou ! Je n’écoute même pas ce qu’elle dit, tant je craque à l’avance. Elle me dirait d’aller m’exhiber nu place Saint-Lambert habillé de sa seule affiche que j’y cours.
Je ne sais pas à quoi cela tient. Plutôt si : je suis amoureux, bêtement. Comme n’importe quel primate lâché dans une salle de meeting et chargé d’applaudir. Pour elle je ferai des rappels comme pour la Callas. Hélas ! elle n’est pas de ma circonscription et ne lui suis d’aucun secours, d’où son extrême froideur à mon égard.
Je me demande si je ne vais pas changer de domicile.
J’ai bien essayé d’aimer Elio ou Loulou d’amour, pour faire diversion, je n’ai pas pu. On est hétéro et on ne se refait pas !
Finalement, je suis comme la majeure partie des électeurs. Je vais voter pour quelqu’un qui ne m’aime pas !
On en est tous là. C’est fatal. Voyez-vous où nos amours contrariées nous conduisent ?

14 janvier 2004

Entre nous...


Divine vous n’êtes pas celle que l’on pense
On n’aperçoit de vous que l’envers d’un décor
On vous croit près d’ici vous partez en vacances
Le bagage léger l’oreille au transistor

Et à quelque destin l’heureux sort vous destine
Tout fait nombre en votre propre singulier
Voue êtes fée de Morgane à Mélusine
Si l’une ne veut pas l’autre à son cœur lié

Délicieuse en votre liberté maîtresse
Vos paumes sur mes yeux je vous reconnaîtrais
De l’ordinateur qui vit en vous la prêtresse
L’imprimante en secret à tirer le portrait

Aussi n’y aura-t-il aucune dédicace
A cet envoi discret entre deux feux de joie
Sous le gui un fantôme emportera la trace
D’un baiser supplétif aux gens de votre choix

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Mélancolie

Son âme est ensevelie
Sous les plumes de l’ara
Dans les larmes elle rie
Quand joue la guitara

L’oiseau de mélancolie
Du ciel de la señora
A ses pieds se réfugie
Quand joue la guitara

Elle ment comme Thalie
Pleure comme Debora
Mais elle aime à la folie
Quand joue la guitara

Les cordons blancs se délient
Qui tenaient la gandoura
Les ailes de l’ara plient
Quand cesse la guitara

Melancolía

Su alma se entierra bajo
Las plumas del ara
En las lágrimas ella se rea
Cuando mejilla lo guitara

El pájaro de melancolía
Del cielo de señora
A sus pies se refugia
Cuando mejilla lo guitara

Miente como Thalie
llora como Debora
Pero gusta a la locura
Cuando juega lo guitara

Los cordones blancos se desligan
Que tenían la gandura
Las alas del ara doblan
Cuando interrupción lo guitara

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Qu’ai-je sauvé de mes naufrages
Ce visage vieilli ces yeux
D’un triste Robinson sans âge
Lune éteinte sur fond crayeux
Ces papiers de poésie
Tout couverts de mots rabâchés

Qu’ai-je sauvé de mes naufrages
Des passants à l’amitié
Aussi changeante qu’un nuage
Poussé dans un ciel oublié
Des noms sur des stèles perdues
Au milieu des déserts du cœur
Et qu’on traîne avec soi en rue
Comme l’esprit d’une liqueur

Qu’ai-je sauvé de mes naufrages
Ce besoin de cris de fureur
Ces temps perdus ces bavardages
De la mort les avant-coureurs
Ou cette flamme violette
Qui s’allume et parfois s’éteint
A la vie quand même offerte
Et qui malgré tout nous atteint

Richard.

13 janvier 2004

Let us be modern, coco ?

Moderne… modernité… Soyons moderne… sans bien savoir à quoi cela correspond… rénovation… jeunisme… de son temps… c’est le snobisme du début de siècle, le tout dernier cri.
- T’es moderne coco, donc tu bouffes toutes les merdes qui passent du moment qu’elles datent pas d’hier… pas trop compactes… qu’on sente encore l’effort de l’hémorroïde… que la date de péremption soit pas sur le papier-cul… que les mouches aient pas déclenché l’éco-système…
On se staracadémise toute vapeur… Syndrome passionnel de la vedette… résurgence d’un prurit silurien… caractéristique des sociétés qui se caramélisent… inconvénient des vieux fouleks… les sphincters qui se relâchent, puis un jour, vlan… tous les zoukeurs sont dans la merde.
En fin de compte comme toujours quand on s’engoue d’un mot, être moderne ne veut rien dire. Ma grand’mère était moderne quand elle a eu sa première machine à écrire Underwood. Est-ce qu’il est moderne, Hallyday avec ses « tujurs » des chansons qu’on lui fabrique au kilo depuis cinquante ans ? Et Pagny avec sa barbichette de mandarin d’arrière-salle d’un salon d’opium à Nankin ? Il est moderne Schumacher, quand on sait qu’on va le voir passer le dimanche aprem toutes les trois minutes, soixante-huit fois ?
Pour coller au peloton, faut être « branché »… Sur quel secteur ?
- T’es alternatif ?
- Non. Je me contiens.

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Voilà que des réformes s’en trouvent justifiées.
Le mec qu’on envoie sur les roses à cinquante balais, s’il la ramène, c’est que le pépère est plus dans le coup. Pas d’accord ? T’es vieux jeu, bonhomme, démodé, has been…
Le mec moderne parle plus comme tout le monde, il est relooké amerloque. Il s’habille plus, il se fringue via la pub de « Lui ». Il s’appartient plus. Il a trop à faire pour coller à l’actu. Pas l’actu des meurtres et des désolations qui courent la planète, non, le piercing… la dernière mode… clonage des stars… Aaron a bouleversé la vie de Jenifer !... T’as vu son look ? T’es sûr que c’est ses vrais nichons ?
Voilà les questions fondamentales de la société de désolation !
Quand on gratte un peu, on voit que le moderne, c’est du neuf qui a déjà servi et surtout qui touche pas à la tradition. Le boss au milieu de sa basse-cour, le mac chez les putes et les flics à la protection du système… surtout qu’on touche à rien. C’est ça le moderne !
Ah ! si c’était faire du futur un monde meilleur, sans se dire que c’était mieux avant !... C’est justement ce qu’on nous balance, le monde meilleur… mais dans la bouche de ceux qui le profère, ça devient ambigu. On sent qu’on va se faire avoir…
Surtout que d’une année sur l’autre, on voit bien où ça nous mène le moderne… le monde meilleur… Comment ça tourne mieux depuis qu’on est moderne !

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Dans une rue étrange, se glisse, de nuit, une procession diabolique d’êtres qui n’ont plus rien d’humain, sur leurs visages se lisent l’alcool, la syphilis, la peste. Une figure souffle sur une trompette, une autre crie « hourra ». Symbolisée par un squelette, la mort, assise sur un cercueil, plane au-dessus de cette foule. (1917- George Grosz)

Les nouveaux outils de la Communication !... ça vous transforme son bonhomme, comment on double-clic sur Word… si mon correspondant de Rome est en ligne… Si Estelle de mon site « Rendez-vous » a qui j’ai envoyé ma tronche modernisée couchera la première fois ?... Si elle reprendra une consommation avant de monter !... Si je dois changer de slip ?...
Et mes trois portables… si j’ai vérifié les batteries… des fois qu’elles viendraient à flancher...
- Robert, pardonne-moi, je crois qu’on m’appelle sur Nokia !...
- Dis Luc, tu m’as photographiée en train de pisser dans le bain de siège… T’es malade ?
Mais, est-ce que cela a beaucoup changé pour celui qui est à la recherche d’un emploi et qui glande deux heures pour un rendez-vous avec un « profiler » chez ARCELOR ?
Etre moderne empêche pas le salingue de jeter ses ordures sur le trottoir d’en face, le petit con d’écrire au feutre qu’il encule ta mère sur les coussins oranges d’un bus de la STIL et mes zigues de rouler dans une Toyota de 15 ans parce qu’il peut pas s’acheter une Mercedes… la toute électronique… le nec… moderne, quoi !
Déjà que pour être moderne faut suivre, des futés ont déjà dépassé le mouvement, ils sont devenus post-modernes…
L’autre jour, je lisais une question de Marylise Lebranchu sur le sujet… déjà je la comprenais pas la question, alors comment veux-tu que j’y réponde ? C’était : Sommes-nous condamnés au simple choix entre de plus en plus d’individualisme et de plus en plus de valeurs, mais particularistes, non universelles ?
En réalité le modernisme est essentiellement technique.
C’est vrai que sur ce seul critère, on est vite largué.
Mais tout le reste, l’éthique… l’aura du vivant… Malgré cette avancée formidable des techniques, ne pas être parvenu à se débarrasser du chômage structurel, plus de 12 % de la population depuis un quart de siècle, voilà qui en dit long sur le sens que nous attribuons au mot moderne.
Et quand de la force-vive de la meilleure cuvée nous prévient que d’ici à 2010 le chômage va aller en s’amplifiant sur le temps que nous allons manquer de main-d’œuvre qualifiée, là oui, la technique a battu l’humain à plate couture et on n’est pas prêt de troquer la précarité de l’existence et la trouille au ventre de se retrouver sans un, avec une meilleure vie, dans la sécurité et une horloge pointeuse débarrassée des nazis du parti national patronal.
Donc, mes loulous, vous bilez pas, si on dit que vous n’êtes pas modernes, dites aux étrons qui vous interrogent et qui parsèment votre trottoir, que le moderne sera toujours pour demain, qu’il n’est donc jamais d’aujourd’hui. Le temps qu’ils comprennent, ils seront d’hier.

12 janvier 2004

La reine avait une pierre fine à la main !

Des siècles qu’on se lamente… pourtant des périodes bien différentes… pleines de traverses et pas que de chemin de fer.
Depuis l’Antiquité, les péplums ne manquaient pas d’étoffe… pire que Victor Mature à souffrir de la Métro Goldwyn Mayer… de ces crucifixions d’esclaves paresseux, de ces barbares sacrifiés à des jeux cruels… Il est vrai, peu de sadiques dans les rues… suffisait d’aller au Colysée…
Le baron médiéval, au relais, s’est emparé du témoin. Ça s’est gâté beaucoup plus tard… quand le noble a laissé ses hardes en gage et Marie-Antoinette sur le carreau.

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Beau début des temps modernes, des Girondins rédigent les Droits de l’homme ce qui permet aux domestiques d’être appointés et à madame Roland d’être désappointée des mauvaises grâces du docteur Guillotin.
Depuis, les riches se sont repris… Ils ont gambergé, après qu’il s’en soit fallu d’une arche d’un des 300 ponts de Saint-Pétersbourg qu’ils ne gambergeassent en enfer. Les successeurs de Marx s’étaient mis à vouloir leur ressembler !
Voyez l’horreur des salaires fous… l’arrogance de Madame Sans-Gêne et le culot de Stavisky... quand les besogneux pouvaient compter sur Staline !
Heureusement après les Rouges, les riches se sont refait une santé. Le malheur, c’est qu’ils ont promis la semaine anglaise et l’électroménager, dans l’angoisse de ramasser la pâtée... Dame, on n’était plus tellement chauds pour coopérer… C’est la poule au pot et pas le panache blanc qui séduit les foules.
Ce n’était qu’une question de vocabulaire. Les esclaves sont devenus des salariés. Le bon plaisir est allé aux chiottes, remplacé par des lois de protection des minorités très solvables (ce qui est la même chose)… et Marinette qui ne s’appelle plus Nana a le cul désormais négociable.
Pourtant le bon peuple grognait toujours.
Oh ! pas comme en 50 où la monarchie eut chaud aux fesses, pas comme en 60 où la belgitude était une insulte, pas comme en 68 quand des âmes fransquillonnes nous exhortèrent à raser la cathédrale Saint-Lambert, heureusement que cela avait été fait… mais comme dans la décennie 90 où par mimétisme les pauvres se sont mis – modestement – à vouloir ressembler aux riches.
Là, il y eut un flottement. A quoi servirait la richesse si tout le monde l’avait ?
- Ecoute Fernand dit Nadine, tu sais bien qu’Hermès peut pas faire des sacs pour toutes les femmes… à la limite, des godes made in Hongkong… mais Cartier qui solde la quincaille et Fauchon au Caviar démarqué, ce n’est pas sérieux.
- Oui, répliqua le vieux dab, mais si les pauvres s’en aperçoivent, peut-être bien que certains ambitieux voudront prendre notre place !
Ils consultèrent polytechnique !
Redoutable polytechnique… Eux qui ne pensent jamais, sauf quand une idée passe, quand Ségala phosphore, quand Tapie évoque, quand Zizou marque… alors, c’est le flash.
Fernand se plaisait trop à rechercher les sources du bonheur. Il mourut sous une cloche qui avait quitté sa poutre.
Après les discours aux funérailles nationales, les polytechniciens s’adressèrent à Edmond. Nadine les avait précédés dans le lit à colonnes du ci-devant.
- Livrons aux foules la recette du bonheur, vrombit l’affolante créature ! L’art d’être heureux avec la téloche en vade-mecum, poursuivit la vierge des secondes mains, ça calme… ça peut même rapporter…
- Pourquoi pas, dit Edmond. Jouons la carte du bonheur !
Antoine cherchait le bonheur dans l’amour, Brutus, dans la gloire, César, dans le pouvoir. Le premier trouva l’ignominie, le second, le dégoût, le dernier, l’ingratitude…
Le peuple cherche de nouvelles idoles : les Star Ac, les lofts, les loteries, les « qui veut gagner des millions », les grands chapiteaux seront nos terrains d’aventure… les informations ne seront plus que du rêve… Pavarotti, papa à 68 ans… la Clotilde Courau, duchesse de Savoie… Demie Moore qui agace un minet de 25 ans… Bebel à 70 ans qui insémine Natty, seul et sans seringue en triomphant de son hémiplégie… Elodie qui devient star avec une garde-robe du X… Sharon qui à 45 ans surmonte son hémorragie cérébrale en tête bêche avec un romantique dans la trentaine vigoureuse… sans compter les nuits dans le lit des Beckam… pour qui répondra à la question subsidiaire : « Le plaisir solitaire ne l’est plus, dès que je tourne le bouton du poste, pourquoi ? » Téléphone à 50 cents la minute. Réponse : parce que j’ai l’esprit Tintin !
Arthur cherchait le bonheur dans l’amour, Brutus Lagaf, dans la gloire, Jean-Pierre Pernaut, dans le pouvoir et le peuple dans le travail. Le premier trouva du fric, le second du fric, le troisième, pareil… Y a que le peuple qui n’aurait trouvé que le travail sous le travail, sans Tintin, mais avec Vande Putte au palonnier…
C’est ainsi que cette décennie de fichue allait nous mener aux années de bonheur !... Aux années Tintin…
Edmond se réserva la partie comptable.
Il donna des gages. Les riches partagent avec les politiques les promesses libérales…En contrepartie, il fut convenu de ne pas changer l’ordre des choses. Edmond pour toujours…
Le programme est en bonne voie. Les syndicats n’existent plus. Les partis se ressemblent comme deux liasses de cent euros. Les chômeurs s’opposent aux temps partiels et les temps partiels aux titulaires. Les vieux privés de retraite sortent leurs bas de laine de sous leurs albums de Tintin. Les malades et les handicapés proposent qu’on les élimine.
Ailleurs, ils n’ont pas notre bonheur. Des gaillards se font sauter les tripes à la tronçonneuse. Les murs des lamentations se multiplient. Enfin le sosie d’Adolf Hitler a demandé à Madonna de tourner un « hommage » à Eva Braun aux noms des Ligues féminines pour la réhabilitation de la femme allemande !
Nadine a demandé et obtenu le rayon beauté.
Désormais au-dessus de 50 kilos une femme n’est qu’un tas de graisse. Son statut est certes identique à celui de l’homme, dans la mesure où elle va bosser à moitié prix sur des emplois que les hommes ne veulent pas. On reconnaît le viol comme une infamie, mais coucher utile est une nécessité. Enfin, relookée par la 2, elle ne pourra pas se plaindre si son mec préfère les blondes.
Le polytechnicien a été chargé de la formule : Ayons l’esprit Tintin !
Soyons de Moulinsart, hadockien, castafiorien. Vive Hergé, nom de dieu !
On est heureux.
Voilà vingt ans de commémos en perspective, de ces discours bien sentis… de la force vive en boîte de douze !
Une pétition circule pour que les hommes politiques se succèdent à eux-mêmes. Chez eux, vu l’état de Jean-Paul, leur leader, l’âge de la retraite a été supprimé. Seuls seront remplacés ceux qui auront disparu. Et encore. C’est le propre des grands hommes d’être irremplaçables, malgré les cimetières dont on dit qu’ils en sont pleins..
Edmond et Nadine se portent bien. Elle a déjà enterré trois générations de pékinois… Faites le compte, ces petites bêtes là vivent jusqu’à vingt ans !
Le couple veut tout abandonner… plus tard… à leur mort. Tout reviendra à la collectivité.
C’est une question de temps, de patience… Mais le bonheur d’aujourd’hui ne sera complet qu’à leur trépas. Ils le savent. Ils s’en excusent. Ils y travaillent au don Perignon, ils se finissent aux truffes et foie gras…
A 70 ans Nadine s’est fait refaire les seins. Edmond a de la merde au fond du caleçon… C’est en cela qu’il se sent proche des gens…
Nadine mettra aux enchères ses poils du pubis, Edmond ses bouts de Havane. La somme sera versée à leur fondation « La bite à Fernand », une association qui soigne des marins manchots dont un cal dans l’unique main les rend impropres à la masturbation à l’hôpital où Nadine les visite déguisée en infirmière
Le bonheur… quoi ! Le bonheur.

11 janvier 2004

Affaire Cools : Le tour du monde en 80 jours.

Phileas Fogg a gagné son pari. Passepartout a quitté le Palais des carnets de notes plein les poches.
Le rideau est tombé sur l’Affaire Cools et tout le monde s’étonne que l’on ait pu instruire si longtemps une affaire qui n’était en somme qu’une machination de maffieux gravitant autour de la personne d’Alain Vander Biest dont on ne saura jamais « s’il en était » pour écrire à la façon d’Alexandre Dumas.
Vingt ans pour les principaux initiateurs de cet assassinat, on n’aurait pu faire moins attendu que les bras armés, les deux Tunisiens, purgent la même peine dans leur pays.
Avec les remises et le système de conditionnelle, certains renoueront assez tôt avec la « combinazione », un sport national sous le soleil de Syracuse.
Mais cette longue instruction a donné le sentiment aux gens – à tort ou à raison – qu’on leur cache quelque chose, d’autant que Marcel Cools, le fils de la victime et « l’épouse morganatique » de celle-ci, Madame Joiret, avaient l’ambition « post mortem » que le père et le compagnon ne pouvait avoir été la victime que de hautes ambitions contrariées.
Cette suspicion, non corroborée par les faits, montre la piètre estime de l’opinion et de la famille du disparu en la justice et les politiciens de ce pays.
Le procès Dutroux qui va suivre est du même tonneau. Pire, sans doute, quand l’opinion n’est pas loin de considérer les dérapages de la Justice, les fausses pistes suivies et les vraies négligées, les bizarreries d’un jeune juge d’instruction et le regret de la perte de l’ancien, comme un effroyable gâchis.
Le petit monde officiel va devoir jouer serré dans cette affaire.

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Si par malheur, apparaîtraient de trop flagrantes zones d’ombre au cours du procès, l’opinion pourrait renouer avec le défilé de masse qui a fait trembler le pouvoir et qu’on a appelé « la marche blanche ».
Ce qui est grave, dores et déjà, c’est qu’à l’avance, à moins de rebondissements spectaculaires, l’opinion n’a plus envie manifestement de faire confiance au système politico judiciaire de ce pays.
Cette confiance perdue en « Ces Beaux Messieurs du Bois Doré » est un signe que leur démocratie, le fonctionnement des institutions et l’omniprésence d’un gratin considéré comme faisandé sont perçus comme un parasitisme bourgeois par la plupart des Wallons.
On vote encore. On se dit de droite ou de gauche. On parle des affaires. On écoute les discours toujours triomphants. Mais on n’y croit plus.
Ce n’est pas du défaitisme, c’est de la lucidité.
Car, à la fin, cette ténacité de nos « vedettes » à paraître, à s’offrir en spectacle et à gouverner le pays, cela avec la complicité des médias, ne passe plus.
Dans cinq mois, on va voter. La plupart des Wallons ne savent pas pourquoi ils vont aux urnes. Les élus pavoiseront. Ceux qui ont le plus de voix de préférence jubileront, sans qu’aucun enthousiasme ne soit perçu, sauf des porteurs de serviette et des récipiendaires.
Et tandis que les rois de la piste repartiront pour un tour, que les trapézistes pour une Europe de l’esprit des pères fondateurs feront des triples sauts pour nous éblouir, le Wallon fera la gueule en allant au boulot, payera ses taxes indirectes d’une grande injustice pour les petites gens et s’emmerdera de plus en plus en pensant à l’avenir qu’on lui réserve.
Car, les illustres auront oublié une chose essentielle dans la hâte qu’ils ont de se construire une belle carrière en pensant aussi à leurs rejetons: celle de nous faire rêver, de nous proposer un avenir meilleur. Ils ne le feront pas, parce qu’ils ne le peuvent plus. Ils gèrent la Wallonie comme des boutiquiers. Ils pensent comme des économistes. Ils n’ont pas encore vu que de cette manière, ils nous font la démonstration que ce ne sont plus eux les vrais maîtres du destin du pays et qu’ils gèrent la boutique pour des patrons qui ne sont même pas d’ici.
Pitoyable justice, médiocrité des personnels, honteuse démission des grands commis de l’Etat,
Pot-bouille des partis, lieux communs des discours… Les messieurs « gros bon sens » n’ont jamais été si nombreux dans une si médiocre partie.
Sur un show man qui nous emmerde, vite on baisse le rideau.
Eux, cela fait si longtemps qu’ils nous emmerdent qu’on se demande ce qu’ils font sur les planches. Il est vrai qu’ils jouent devant des salles vides.

10 janvier 2004

3. A traîner sur des trottoirs qu’on connaît pas...


Un type arrête sa voiture et me fait signe.
Il tombait des cordes. « Encore quelqu’un qui cherche son chemin. Avec moi, il est mal venu dans cette cité de laquelle je ne connais que le Sacré Cœur ».
- Monte !
Il m’ouvre la porte. J’hésite pas. Un abri, quand on n’a pas de parapluie…
Le type me disait rien. Le très imposant satrape, complet gris foncé, la très fine rayure, cravate « Wimbledon », l’énorme bagouze à l’auriculaire haut du volant… De ces profils en forme d’étrave, puissant, décidé, vainqueur…
Je me disais « En voilà un que la réussite a pas gâté au physique. » Pourquoi moi, rue Saint-Denis, avec les ruisselantes en short l’hiver ? Je ferais Ganymède ?…
Je le remettais pas, pourtant vaguement je le voyais comme dans un vieux film… sans plus savoir le nom de l’acteur.
- Brontosaure !
Merde ! C’était ce sale con de la place du XX Août !
L’affreux Yéti que c’était à pisser sous les banquettes des auditoriums, toujours le feutre vengeur pour stigmatiser le foutre et la Faculté sur les portes des WC…le mec qu’avait l’air de jamais ouvrir un livre, qui se foutait de tout…
- Je suis dans un Cabinet, qu’il me répond à une question. Je suis économiste.
Il pouvait pas mieux… le job pour crétin effronté à satisfaire ses instincts fortement surréalistes.
Son ministre l’avait recruté sur base des cotisations en règle du parti… la routine, quoi !
Non. Je dirai pas des noms. Pourtant je pourrais, il y a prescription depuis belle…
Brontosaure était en « mission » rue Saint-Denis à mater les putes.
Je pouvais pas dire le contraire, j’y étais aussi… mais moi, c’était mon chemin pour couper direct vers la rue Monsieur Le Prince qu’était pas la porte à côté…
Il avait fait du chemin depuis chez Coca où il fourguait de la limonade en salopette verte.
Je suis pas d’un naturel à ruser. Je suis naturellement porté à la simplicité. Lui aussi, apparemment satisfait de son job… Enfin un économiste qui l’ouvrait, un officiel qui cause.
Brontosaure qui savait que je savais ne s’en priva pas.
« Je suis venu voir des collègues. Il faut éviter la formidable débâcle des cloches, anémiques 100 %, chlorotiques à bout. Je suis chargé de rendre l’espoir… Ordre du ministre.
A toi, je te raconterai pas des craques. Ici, ils sont déçus. Moi, je savais. Eux s’aperçoivent. »
On a été jusqu’à son hôtel, le vraiment bien confortable, sur la note pour le ministère. Pour ça, économiste de premier plan, il notait tout. Je l’ai même vu rafler un ticket abandonné sur une table voisine.
Sa conférence-symposium, l’endroit sérieux… Sorbonne… plein Saint-germain…
« Ils ne m’ont rien proposé, les tantes. C’était d’un pathétique. Au fond, nous, on n’est que des petits bricoleurs. On doit raconter des histoires comme celles de La Fontaine, tu vois ”Le laboureur et ses enfants”… prenez de la peine ! Le thème que mon ministre sûrement va beaucoup aimer… la supériorité de la concurrence et de la force du travail conjuguées. »
Des histoires du café du commerce, en quelque sorte…
« L’économie est une science imaginaire qui s’arrête aux très gros portefeuilles. Après les cracks boursiers, 29, 36, le plan Marshall, 68, nous on explique toujours après pourquoi le petit actionnaire s’est fait pigeonner. Ils sont très forts à Bruxelles pour ça. On ne vient qu’en renfort de la forte affirmation, quand la FEB a découragé tout le monde, même les syndicats, que le patron des patrons sent qu’il va en avoir sur la gueule. Alors, on arrive modeste et pathétique. Haut les cœurs. La Patrie est en danger. On n’a pas besoin de canons, mais seulement de retrousser les manches et bosser plus ; que ça se sente qu’on a perdu de la force de travail à cause de ceux qu’on a dû virer !... Certes, vieux, un discours pareil, c’est pas facile. Remarque quand ça craint, c’est toujours un ministre de gauche qui convient le mieux. »

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L’heure était à la détente, Brontosaure n’avait pas sommeil. Secrètement, il m’en voulait de l’avoir contrarié dans sa quête d’une âme sœur pour la nuit. Si, il avait su que je ne le remettais pas… Puisqu’il me tenait, Talleyrand vidait son sac.
« C’est le moins, les hommes ne sont pas raisonnables. C’est à tous les échelons pareils. Mieux, c’est pire au sommet. «
On n’avait pas encore inventé le joyeux terme « les force vives ». Son sommet, c’était déjà cet emblématique quarteron qui s’était révélé champion du coup de coude pour être placé à la photo de famille.
Il s’est enfoncé dans le décrit des artistes du temps, Hayek, Edmond Malinvaud, qui se sont fourvoyés dans l’économie mathématicienne, comme si un boulier arrange une science qui n’en est pas une et qui serait bien en peine d’avoir ses logarithmes, comme Hicks qui l’a regretté ensuite.
Puis on a ri des méthodes qu’on apprend à l’Université à travers les enseignements des économistes et des remèdes proposés par les grands du métier pour faire repartir l’économie.
Je me suis souvenu du général Hoche « Si le remède n’emporte point le mal, il emporte au moins le malade. »
On a fini la soirée sur la loi de l’offre et de la demande, cette énorme blague racontée aux enfants pour faire peur. Il a cité Guerrien et Laurent Cordonnier. On a pataugé un peu, mêlé les genres.
On ne s’est mis d’accord que sur une chose : on aurait mieux fait d’aller aux putes.
Pour une fois les économistes étaient du même avis.

9 janvier 2004

Il est libre, Max...

Comme c’est bizarre, moi qui n’ai jamais eu la bosse de l’admiration, qui ne cesse de répéter de vous méfier des grandes gueules ou de ceux qui torchent facile une ou deux petites choses (tortiller du croupion ou tortiller le verbe, c’est pareil) voilà qu’il me vient de la prétention !
Notre siècle déjà si avancé à la quatrième année de son existence qu’on en devine la suite n’est pas avare en superlatifs, mais c’est pour mieux ne rien dire.
Et si j’avais raison ?
Par les temps qui courent, allez à contre courant, vous verrez comme cent nageurs vont plonger d’un coup pour vous replacer dans votre couloir. Prendre la clé des champs de cette manière, n’aimer l’autoroute qu’à contresens (au figuré), une mamy si elle a des dessous sexy (au réel) et un curé s’il chante avec moi « Les filles de Camaret », c’est mieux que râler à l’horloge pointeuse sur la condition ouvrière ; c’est mieux que faucher une boîte de homard le jour de Noël dans un supermarché pour le plaisir de la baston avec un beauf à la sécurité.
Il y a des moutons noirs qui ne pissent pas avec les autres mérinos derrière leur bon berger, de sorte que, à la fin de la transhumance, les sacrifiés sont un peu moins nombreux à l’abattoir.
L’individualisme du bas de l’échelle ne serait qu’un avatar dérisoire d’un mec qui ne se veut pas « A poil commercial », si le troupeau n’était pas si hostile aux dissidents !
Je suis pour la provoc non-violente, non pas que le 3me dan me fait faire dans mon froc, mais je trouve qu’il y a assez de sujets qui fâchent comme ça, sans aller s’épuiser à la courette les flics au cul. Car, ils ne demandent que ça les mastards de l’Autorité, qu’on se mette une bonne fois dans son tort, qu’on disparaisse vite fait. En cage les malotrus…
Partout c’est pareil, les graines « d’ananar » finissent au trou.
Mais comme les bourges font des discours pour qu’on sache qu’on est en démocratie, faut en profiter avant la fermeture.

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Avant qu’ils n’aient trouvé le moyen de nous la fermer sur des sujets qui fâchent, faut se dépêcher. On finira par plus pouvoir l’ouvrir sur Ben Laden sans que la CIA dépêche ses zombies armés jusqu’aux dents, l’oreille à l’info pour vous empêcher de prendre le 747 à destination de Washington. Comme les sept restés à Roissy dont deux enfants pris pour suspects ou pire… On pourra plus dire que Sharon, c’est de la fine ordure sans passer pour antisémite. On se demande si le ratage en Irak n’a pas rendu Blair et Bush dingos au point qu’ils ont résolu de nous avoir à la psychose. Comme en Belgique on crâne toujours avant de bouger sa culotte, maintenant que Michel a fini ses logorrhées, on est bon pour le repentir, en route pour la psychose… pas besoin d’être Hitchcock pour nous en faire bouffer… on a les experts qu’il faut !

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Sur les trottoirs, on croise des gars qui ont de ces gueules de dénonciateurs nés, des ménagères au nettoyage du vendredi qui regardent les criminels potentiels fouler de la semelle leurs pavés rincés à la Javel comme la crème d’engeance, que si – sans doute pour plus tard – on avait une plaque au cul comme les bagnoles, elles iraient porter plainte.
Et puis les potes avec lesquels on rigolait bien, qui ont bifurqué après Saucy, qui sont devenus « Jeunesse libérale », « Jeune socialiste » ou tout simplement boutiquiers, on a autant de points communs dix ans plus tard qu’un oxymore de chez Proust avec un pet.
Mais, je garde le plus beau en dernier, ces rangées de patriotes qui prennent la fraîche sur les boulevards en été, de ces chauds briscards au folklore et qui – je sais, je parle wallon – vous descendent tous les étrangers que si je vous disais en quels termes je ferais un pont d’or aux racistes anversois, ce que je ne veux à aucun prix, c’est vous dire si on peut compter sur personne pour la chaude compréhension.
Mais cet air de liberté, cette manière de passer en se foutant de tout… Quand le berger vous met sa botte dans la gueule, on saigne un peu, mais on se relève quand même. C’est pas rien d’être marginal. Faut du caractère. On est étranger dans son propre pays.
Mais pas tout seul… chez les trous du cul qui ne la ramènent pas au boulot, il y a plus de mecs qui ont la légionellose patronale qu’on ne le pense.
Si on avait suivi le génial inventeur de l’allocation universelle, on aurait de la naissance à la mort les moyens de bouffer. Beaucoup de lèche-culs manqueraient à l’appel en 2004.
J’en suis plus là. Avec ma panouille aux choses « ne pas supporter d’être commandé, mais incapable de commander aux autres » pour employer le langage imagé des sportifs (moi qui n’aime pas l’effort inutile), on peut pas dire que je me suis fait des couilles en or. Qu’importe, personne n’a encore réussi à me fermer la gueule. C’est mon luxe. Mon honneur aussi. Je ne connais aucun friqué qui soit plus libre que moi. Et puis, l’opinion… si elle savait ce que j’en pense, elle se gendarmerait bien davantage

8 janvier 2004

Montherlant sur la commode


La Reine morte de Montherlant.
Dans un atelier de peintre, on prépare activement l’événement.

L’Infante : Les princes mettent des lions sur leurs armoiries, sur leurs oriflammes… Et puis un jour ils en trouvent dans leur cœur. Vous avez vu son visage vert ?
Césare Concini : Qué vissage verte ? On dirait què tou fais oune poub per oune dentifrice à la chlorophylle…

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- C’est kwoua ça ? oune tablô per la Reya mouerte dè l’illoustrè Montherlanto ! Mallorose imbecile ! C’est oune tablô per la vôdeville. C’est immondice « Mets ton coulo sur la commode ». Et l’ôtre là, qui joue Inès après la formidabilè Madeleine Renno, c’est ounè ténue de pouta !... Ma la scèna à Mondego-Montemor avè Pèdro qui doit esposé l’infante… est grandè dolorose… Comment kè tou va dire « Cette dousseûre mêlange à la tristesso !... alors kè, jusqu’ô dicième rang tout lé mondo va voir ton coulo !!!! Si, Liegi è petitè, oune noullité artistico, ma la reputacioné dè l’incomparabilé do moa Modesto-Cesaré Concini, comé Concino, mio ancestro valorose, est en jeûûûg ! Nous sommes en Avignonné, ma poule… pas au théâtro minouscoulé et nauzéabonde dè la piazza del Yser !

Inès : C’est que j’ai parfois besoin de laisser reposer mes cheveux. Alors pendant une journée, je me coiffe en chignon. Seulement, cela donne un pli…
Césare Concini : Miserabelo Montherlanto, c’est oune texte impossibilé ! Comment y veut l’idiote d’autor qu’une star qui passe tous les jours dos hores chè coiffeûze pouisse dire céla !
L’Infante : Vos cheveux sont très bien, je vous assure ; ne vous en tourmentez plus.
Césare Concini : Stop. Jé déteste Montherlanto… et l’Infante et Inès… littératouré dès papillottes… frizoure dè pulcinella… gougousse…
Inès : Gugusse tu veux dire… parle pour toi…
Césare Concini : Ziré jusko boud… ô boud…
(Il s’arrache les cheveux)

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Quinze jours plus tard.
Hercule Savinien, journaliste : La foule des grands soirs pour la première de « La reine morte » de Montherlant. Jeanne Moreau dans les premiers rangs a essuyé quelques larmes. Les petites troupes de province, en l’occurrence ici, celle de Liège ont des acteurs formidables et plein de talent. On ne peut que saluer la performance de Madeleine Bovy, soixante quinze ans et arrière petite fille de celle qui fut une des reines de la Comédie française. Cette prestation était d’autant plus impressionnante qu’elle interprétait le rôle de l’Infante qui a dix-sept ans dans la pièce. Une nouvelle Sarah Bernard nous est née !
Le rôle d’Inès de Castro était tenu par la ravissante Maud du Bouhay dont la plastique a bouleversé les premiers rangs.
On devine le bonheur du metteur en scène d’avoir à conduire de pareilles interprètes.
L’audace du décor nous a surpris et enchanté. La toile « un cul sur une commode » du peintre parisien Antoine Antoine a été la petite touche de fantaisie qu’il fallait pour alléger ce sombre drame. Décidément, ce théâtre d’outre Quiévrain peut rivaliser avec les meilleures scènes parisiennes.
Hercule Savinien, journaliste à l’Eclair-Théâtre.
- T’as fini ton papier Hercule ?
- Ouais.
- C’est dommage. En dernière minute, la deuxième représentation prévue est annulée. Les ayants droits ont porté plainte. La brigade des mœurs d’Avignon a saisi le tableau d’Antoine Antoine. Césare Concini est introuvable. Jeanne Moreau a dit que c’était nul à chier. Quant à Maud du Bouhay, un spectateur l’a reconnue. Elle lui aurait volé son portefeuille dans la chambre d’hôtel où elle l’avait entraîné !
- T’as rien sur Madeleine Bovy ?
- « Les Heures bleues », une maison de retraite de Beaufays a signalé à la police la disparition d’une pensionnaire qui correspond au signalement de la nouvelle Sarah Bernard !
- Ah ! je les hais ces Belges… ça doit pas être facile d’être journaliste à Liège…

7 janvier 2004

2. Woody : Prends l’oseille et tire-toi !

En économie, on ne parle que des moyens pour entreprendre : travail, sport, culture, loisir, environnement
Dans la logique des économistes, on se demande s’il est profitable d’être honnête ou malhonnête, utile pour un politique d’être intègre ou corrompu, une famille plutôt sans enfant qu’avec, un débutant aller au boulot ou arracher des sacs, etc.…
De quoi parlent finalement nos économistes ?
Simplement d’une valeur fictive supérieure à tout, l’argent ! Et ils en parlent comme s’il n’y avait rien d’autres.
Une dynamique qui se résume à cette caricature qu’en fait Heidegger : « qu’une chose n’ait pas d’utilité, à quoi bon s’en soucier ? »
Les traités d’économie ne traitent nulle part ce qui nous différencie de l’animalité : le sens du juste et de l’injuste, du vrai du faux, de la supériorité de la générosité sur l’avarice et surtout de l’amour et de l’altruisme.
A croire que Freud écrivit pour eux « Malaise dans la civilisation » qui les dépeint retenant leurs fèces, parce que constipés par principe.

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La perversité du système actuel consiste à bien vivre en s’accaparant du travail des autres soit à travers les moyens de production, soit en étant surpayé pour un travail qui en soi ne vaut pas grand-chose (présentateur de télé, sportif de haut niveau, PDG à stock-options).
Qu’entend-on par gâteau à partager ? Quelle est sa composition ?
Ces questions sans réponse, les altermondialistes commencent seulement à les poser.
Qui a droit à quoi ?
Les économistes se sont bien foutus de monde. De mèche avec les marlous de tous les pouvoirs, ils ont concocté un brouet qui n’est que la résultante d’un quarteron de cinglés, sur des pseudo lois naturelles de marché, créant des opacités dont personne ne percera les ténèbres et pour cause, eux-mêmes en sont incapables.
Qui fabrique l’argent ? Qui brouille l’écoute (contrepèterie pour détendre) ? Pourquoi ne pas dire tout net que l’inefficacité des marchés sert les riches et appauvrit les pauvres ? L’altruisme et la gratuité ne jouent aucun rôle dans le processus économique et pourtant s’ils ne sont comptabilisés nulle part, ils ont un rôle essentiel.
A qui profite le crime de la rareté dont il n’est dit nulle part que l’organisation mondiale du commerce allait débattre ?

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De qui les propriétaires terriens tiennent-ils leurs biens ? De quel droit spolient-ils les paysans qui cultivent la terre ? Le droit par héritage ? De la force armée ? De la fatalité du barbelé ? Des Régimes forts ? Des survivances coloniales ?
L’ordre social ne vient pas de la nature. Il est fondé sur des conventions (Rousseau).
De Rousseau encore cette réflexion si juste : « Le premier qui ayant enclos un terrain, s’avisa de dire : ceci est à moi, et trouva des gens assez simples pour le croire, fut le vrai fondateur de la société civile. Que de crimes, de meurtres, que de misères et d’horreur n’eût point épargné au genre humain celui qui arrachant les pieux ou comblant le fossé, eût crié à ses semblables : gardez-vous d’écouter cet imposteur ; vous êtes perdus si vous oubliez que les fruits sont à tous et que la terre n’est à personne. »
On pourrait méditer sur ces importantes questions en relisant « Le Chat, la Belette et le petit Lapin » de ce bon La Fontaine.
L’avance technologique est rapide. On a cru pouvoir dire qu’elle assurerait le recul de la pauvreté. Quelle erreur ! L’avance technologique a seulement permis aux industriels de s’épanouir. Les autres ont mesuré combien les progrès de l’économie n’apportent rien aux masses. Comme il conviendrait de balayer ces sinistres et prétentieux imbéciles qui font du monde une poubelle et de leurs semblables des esclaves !
Le seul moteur est le profit. On essaie de le codifier pour faire passer l’amertume de la potion que seuls les imbéciles croient magique. Serait-on parvenu à donner des lois à quelque chose qui par nature n’en a pas ?
Mettons les choses au point. Les accords souvent pitoyables et boiteux ne découleraient ni de lois mathématiques, ni d’une conduite calquée sur la raison. Ils sont les preuves tangibles qu’il n’y a pas de Loi générale, pas de leçons à recevoir, pas d’espérance d’avenir.
On pourrait résumer l’histoire du capitalisme en quelques mots : Entre eux, les hommes n’ont jamais pu fonder une société civile sur l’altruisme et les bons sentiments. Ils se sont rabattus sur leur contraire. C’était plus à portée de l’instinct de mort partagé par tous, que la raison si parcimonieusement distribuée par la nature.
Le capitalisme cumule à lui seul l’ensemble des perversions humaines. Si les économistes voulaient être honnêtes, ils devraient étudier ses origines, pour revoir leur copie. Alors, ce ne serait plus des économistes, mais des philosophes. Ce dont ils sont à cent lieues.
L’humanité ne progressera pas en utilisant les « Lois » économiques actuelles, bien du contraire. Les économistes ne sont pas qualifiés pour ce travail.
Ils vivent de fausses compétences et d’attitudes parasitaires de possédants. Ce sont des inutiles !

6 janvier 2004

1. Aux innocents les mains vides (affaire à suivre)

J’ai envie, oui, j’ai envie de vous parler d’économie et des économistes !
Pourquoi ? Pour faire lourd et prétentieux ? Non. Mais parce que, mine de rien, c’est important de réfléchir sur l’avenir qu’on nous propose. C’est quand même de nous qu’il s’agit, non ?
Que les « énervés » qu’un rien prend la tête ne la ramènent pas trop. Ce n’est pas en discothèque que s’apprennent les manières des marlous qui vous ouvrent l’œillet pas que pour le dire avec des fleurs !
Que l’escadrille qui s’en tamponne aille au FOREM, voir comment les patrons descendent les caïds à coups de tatanes dans la gueule.
Les marioles qui ont compris la répulsion des pigeonneaux pour l’étude, en profitent. Les industriels exultent. Les gouvernements nous donnent les leçons que les ministres ne suivent pas. Les banquiers ânonnent des conneries révérées. Le curé des loubards ramasse les morceaux. Les geôliers passent en dernier pour les restes.
« Ils se foutent de notre gueule. » Beaucoup pensent qu’après ça, on a tout dit. Puis on court au charbon comme un seul homme.
Allez, au boulot l’engeance !...
Ils sont tellement fortiches qu’ils sont parvenus à faire passer le fric avant le travail ! On ne parle plus que de pognon, partout et toujours. Alors que sans le travail, l’argent, qui n’est même plus en or, en papier ou en nickel comme l’enclenche de votre WC, n’est qu’une saloperie de fiction !
Le fric en liasses sous le matelas de certains, s’il n’est pas bouffé par les rats, dix ans plus tard, les billets ont dévalué de la moitié ou n’ont plus cours. Est-ce là le formidable motif qui vous pousse à l’horloge pointeuse par tous les temps ?
Est-ce que cette merde sans nom, vaut les années d’effort, de sueur et d’ennui que vous passez dans la hantise qu’on vous foute à la porte après fortune faite des propriétaires ?
C’est cela l’économie. Ce rapport entre la valeur réelle du travail, votre travail, et ce que les économistes estiment ce qu’il vaut en papier.
Des fumistes déguisés en bons apôtres vous font marcher depuis qu’on vous a appris à l’école que pour être un bon citoyen, il faut travailler, gagner peu et la fermer.

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D’abord le sérieux des économistes, l’incroyable culot de cette secte si souvent révérée, sortie à la queue leu leu de Harvard, de Yale ou de l’Université de Liège, si écoutée de nos politiciens – surtout de gauche – que ce serait hautement comique, si ce n’était si nuisible.
La situation favorise les complicités. Les politiques noient leur impuissance à contrôler l’économie sous des considérations où ils exaltent un rôle qu’ils ne tiennent plus depuis longtemps : celui de sauvegarder l’intérêt prioritaire des populations.
Le cirque est devenu international. Tous savent que des réformes sont nécessaires, que les marchés sont pourris et que les appétits de quelques-uns sont incompatibles avec l’intérêt général. Mais personne ne veut réformer en premier. Parce que l’unanimité est nécessaire en ce domaine ; or, elle est impossible ! Voilà dans quel dilemme se sont enfermés les hommes d’Etat. Vous devinez bien, chers naïfs, le premier pays occidental qui quitte l’OMC en claquant la porte, que son compte est bon. Les dix ou quinze personnes qui tirent les ficelles de tout le fourbi ne l’entendront pas de cette oreille. Et voilà pourquoi votre fille est muette ! (dixit Molière)
Qu’est-ce qui lie entre elles les classes dirigeantes si férues d’économie ? N’importe quel con peut y répondre fastoche : tous veulent le maintien de la forme politique dans laquelle ils détiennent le pouvoir ! Mais, est-ce notre intérêt de laisser pisser le mérinos ? Quand on sait qu’ils ont fait de la démocratie le plus souple, le plus merveilleux instrument d’exploitation des foules.
Première idée reçue : il y a des règles, des bons et des mauvais économistes.
Concernant les prévisions, on a des exemples célèbres.
C’est Galbraith, un des caïds de la chose, qui résume tout. L’économiste avisé, écrit-il, attend toujours que le cortège passe devant sa porte, pour se porter bravement en tête de la fanfare.
C’est Léautaud qui rappelle dans son Journal littéraire, 9me volume, page 161, qu’en 1914, les plus brillants économistes prédisaient une guerre avec l’Allemagne de courte durée : « pas plus de trois mois, les Etats n’ayant pas les moyens pour plus longtemps. »

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Gainsbourg, le flambeur, se paie une pub à la télé qui vaut plus que le billet de 500 FF qui se consume.

Alors quand Louis Michel, Elio di Rupo ou Guy Verhofstadt nous parlent de rigueur, de sérieux, de choix… quand ils nous disent qu’on ne pourra plus payer les pensions, les médicaments, les soins de santé, dans un des pays les plus « riches » de la planète, je balance entre leur tourner le dos en haussant des épaules ou les dénoncer pour atteinte au moral des ménages par des propos mensongers.
Est-ce que l’économie est compliquée à comprendre ?
Pas du tout. C’est l’économiste qui se cache derrière des monceaux de difficultés qu’il accumule, comme le hamster s’enterre dans la sciure les joues pleines de graines. En réalité c’est très simple. Il y a d’un côté des équilibristes assis sur des montagnes de papier monnaie dont la seule ambition est de bien vivre sans rien foutre et de l’autre, il y a vous à la clé de douze.
L’astuce est de vous convaincre que vous devez aller bosser pour leur donner les moyens de hausser le tas de papier d’une couche supplémentaire.
C’est ça l’économie.
Bien sûr, ils ne vous le disent pas ainsi.
Ils paraissent accablés de soucis, prennent des airs préoccupés, vous disent qu’ils travaillent vingt heures par jour, de vrais talents à la Depardieu. Ils ont le jargon. Ils ont la manière.
Sur ses deux points là, ils sont fortiches.
Vous vivez depuis si longtemps dans la terreur que vous impose les économistes, dans l’asservissement des banques et dans une croyance quasiment religieuse que l’économie capitaliste est ce qu’on a de mieux pour régler les rapports entre les hommes (Il n’y a jamais eu tant de guerres et tant de misères.) ; que c’est faire œuvre de salubrité publique de dire aux gens qui bossent comme des esclaves, aux chômeurs et aux gens âgés qui vivent dans la misère : non, la vie comme on vous la faite, n’est pas irrémédiable.
Réfléchissez et espérez, nom de dieu !
2004 qui commence est peut-être l’année où collectivement nous pourrions tous devenir moins cons !

5 janvier 2004

Jean-Pierre Giboyeux, meubliste cartoniste.

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4 janvier 2004

ARCELOR a repris USINOR pour fermer - entre autres - Seraing !

C’est peut-être un des tout premiers scandales de ce début d’année.
C’est ce que donne en tout cas l’impression de l’interview au Monde de ce samedi 3 janvier 2003 de Joseph Kinsch, président du Conseil d’Administration d’Arcelor.
A la question « Saviez-vous qu’il faudrait procéder à des fermetures de sites quand vous avez engagé la fusion ? (avec Usinor)
La réponse qui ne laisse aucun doute - quoique comme toujours dans ce milieu, on ne réponde pas catégoriquement par oui ou non – évoque une fusion longtemps préparée et méditée avec des discussions sur quatorze mois et l’aveu que des études avaient été faites sur ce temps. Suit le couplet entendu cent fois de la compétitivité nécessaire devant la Russie et le Brésil et l’extension des sites de bord de mer, comme indispensable.
Ainsi Arcelor était parfaitement conscient en reprenant Cockerill-Sambre de fermer Seraing !
C’est tout à fait contradictoire avec les affirmations de la direction aux syndicats et au Gouvernement wallon selon lesquelles le programme modifié a été inspiré après les accords de reprise avec USINOR au vu de l’évolution des coûts et des besoins.
Toutes les assurances la main sur le cœur et les investissements prévus, c’étaient du pipo !
Francis Mer et Joseph Kinsch ont abusé de la bonne foi du Gouvernement wallon et des syndicats, Usinor étant vraisemblablement au courant de la manœuvre.
Quelle est la différence entre un marchand de légumes du coin de rue qui rachète son concurrent pour l’éliminer et faire disparaître ainsi un emmerdeur et ces grands industriels toujours par monts et par vaux avec un seul objectif : croissance et pognon ?
Aucune !

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C’est le même manque de scrupule, le même esprit froid et calculateur, le même appétit et la même mégalomanie.
Ce n’est donc pas devant la dure réalité du commerce de l’acier qu’Arcelor a revu sa copie, mais bien avant et au nez et à la barbe du ministre Kubla qui n’a rien vu ou qui était tout content de se débarrasser de la patate chaude et qui a fait semblant, puisque comme cela a été le cas, entre lui et les travailleurs, il y avait USINOR, un autre spécialiste du coup fourré.
La fermeture définitive de Cockerill se fera en plusieurs étapes. Beaucoup de travailleurs partiront en prépension d’ici là. Les syndicats ne piperont mot de peur de placer le PS en première ligne et pour le reste, Seraing sera de plus en plus ce qu’il n’a cessé d’être depuis la période Onckelinx, une commune sinistrée et polluée jusqu’à l’os.
Ce scénario nous l’avions prévu. Il en reste des traces dans un article que j’ai écrit à « Proxi-Liège » au moment de la reprise d’ARCELOR. Il est vraisemblable que nous n’étions pas les seuls. Tout le monde était au courant, sans l’oser pouvoir dire. C’est ça la politique aujourd’hui. On doit faire comme si jusqu’au bout. Et puis, tout naturellement, avec la désagrégation de l’entreprise, plus quelques concessions pour les anciens, on tourne le dos à la chose laissant la population de proximité et les travailleurs qui en font partie dans la misère et l’indifférence générale.
Franchement, place Saint-Paul et au Parlement wallon, il n’y a pas de quoi être fiers.
Je ne comprends toujours pas comment ils ont osé nous tenir les propos que j’ai entendu le premier mai passé au kiosque d’Avroy ?
Huit mois plus tard, les gens ne se rappelleraient plus de rien ? L’Alzheimer aux Camarades !
Les syndicalistes et les socialistes, main dans la main, étaient-ils à ce point complices ?
Si c’est ça leur politique de rassemblement des gauches et leur marche en avant, autant demander à Di Rupo de faire la fusion tout de suite avec le MR.

3 janvier 2004

La téloche à la soirée du pauvre.

Une drôle de chute, mais une chute quand même. C’est pareil partout. Des spectacles à des millions d’euros la pellicule. Des acteurs formidables, un metteur étonnant, un bon départ et puis, on ne sait pas, comme le biscuit dans la jatte de lait, ça entre dur pour sortir mou.
Sans parler des guipures, nippes et joyeusetés à la bougie et arbre de Noël, arrangées à la fresque émouvante… les gueules au symbole du personnel endimanché pour les galas de « Prizu » devant des crèches en fond d’écran avec pourtours enrubannés.
La chose dure depuis Catherine Langeais et pour nos oignons, Janine Lambotte.
Comme à la Cour de Louis XIV, on s’invente des étiquettes chaque année. De ces sévères façons de présenter les vœux, les hommes en pingouin, les femmes tous nichons dehors. Plus le décor est riche, moins il y a dedans. Avec en feu d’artifice, un bouquet final à vomir, le ramassis des conneries de ces messieurs dames de l’audio-visuel, les mêmes que l’année avant ; pour certaines, des mises en scène préméditées, arrangées, du genre : le présentateur bègue ou la star qui perd son râtelier de rire.
Pour couronner le tout : le bouquet ! Le « vrai » feu, celui-là… Il est plus beau d’année en année… On se demande si dans dix ans, on ne sera pas obliger de faire péter Thihange pour surpasser… En attendant, la cote, enfin on nous le dit, c’est Copacabana. On croyait les Cariocas sur le cul… Erreur.

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Guimauve au jus « sentiment », les cœurs sur la main prêts à tout donner à l’abbé Pierre, les restos du cœur, la chorale sous les ponts ; mais faut pas demander aux séraphins de service qu’ils l’ouvrent un peu leur porte-monnaie ce qui nous changerait pour une fois de leur grande gueule, des gestes larges qui tranchent le vide…
Bazar de la charité de branleurs, certes… mais les comptables derrière, eux sacrifient pas au folklore, eux se foutent de la tradition judéo-chrétienne, s’ils en remettent une couche chaque année, c’est que ça fait de l’audience. On voit la pente. On la descend au pas de charge et tout le monde en redemande ! Le peuple en raffole. Des perclus dansent la gigue. Des mariés de l’autre siècle rebandent ! Un juvénile courant secoue les foules : Magic Tchernia et Arthur resignent des contrats à jets continus… Alors forcément, l’industriel qui dort en chaque présentateur artiste, émouvant directeur de chaîne, bête de spectacle, mécène à indemnités lourdes, administrateur délégué partouzeur, les picaillons, ils ne connaissent que ça.
Une année, quand on sera bien au fond, que l’audience aura fondu, s’il faut peindre le grand plateau couleur caca, se masturber au douze coups de minuit ou communier avec la communauté gay un bouchon de champagne dans le derrière, pour l’audimat, pour la paix dans le monde, pour que l’Abbé Pierre en profite et que Sœur Emmanuelle sauve son millième enfant de l’infamie, alors oui, haut les cœurs… si évidemment ça fait de l’audience, que les coffiots d’arrière-cour regorgent et que la courbe ascendante reparte…
Si c’est leur bonheur aux gens, la merde et que ça profite aux marlous !
Tout ce qui entoure le caca audio-visuel, le bien moulé pour ardents téléspectateurs, est en emballage cadeau. La fioriture accélère la vente. C’est connu depuis Boucicaut.
On va dire que je m’en prends toujours aux mêmes, que ça vire à l’obsession, mais le concert de louanges, n’est pas que crachoté de l’écran. Ceux qui savent encore lire – et ils sont de moins en moins nombreux – peuvent se rendre compte des litanies sur le fil tendu aux kiosques, accents émouvants d’une critique unanime, exaltation du chef d’œuvre absolu, et pas que dans les mouvances liégeoises, pas que par les fiers esprits de chez nous…
Tous n’ont qu’un mot d’ordre : plus près du peuple, au plus serré, de la puce savante à la maquerelle « relookée » qui éponge un escadron de militaires à la forte érection sans se rincer la bouche !... c’est infâme ! C’est obscène !... non !... pourquoi ?... C’est pour la télévision, le film, le bulletin de santé du pape, l’avenir de la planète. Ah bon !... Si c’est pour les grandes causes…
Quand toute cette fiente sera bien assimilée par les millions de spectateurs bien robotisés, il se trouvera des gens encore plus forts que Sébastien, Chose, Christophe, Arthur ou Rocco. Ce sera la régalade générale, l’immense escroquerie de la poésie vivante, tableaux définitifs d’une hallucination collective, dès lors qu’on aura mis la prochaine couche - génération future - à la tranchée des baïonnettes, à l’atomisation des villes en cartes à puces et jeux vidéos, on pourra légitimement la laisser aux manettes de la vague suivante, la déferlante pour les hosannah d’un terminal où une émission comme « ça va se savoir » sera reléguée définitivement sur une bobine tellement dépassée qu’on en tapissera les chiottes du musée de l’audio-visuel.
Pour préparer l’avenir, nous le préparons. Critiques, journaux, télés, films, téléfilms, tous réunis, unanimes, seront au sommet, Michel-Ange suprême, aux créneaux de l’indicible : le monstrueux tiroir-caisse où sous les liasses, nous dégueulerons définitivement les tréfonds de nos gros intestins dans les remugles d’une intelligence à hauteur de braguette. Nous aurons atteint la religion du foutre à quoi nous nous destinons depuis cinquante ans.

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2 janvier 2004

Blog et théâtre classique.

LE JOUR N’EST PAS PLUS PUR QUE LE FOND DE MON CŒUR
(Ce vers, un des plus réussis de la Langue française, est tiré de Phèdre, acte IV, scène 2 : Hippolyte à Thésée)

L’imaginaire amoureux du théâtre classique : Corneille et Racine.

Par Richard III

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L’amour dans le théâtre classique pose déjà la question de la relation amoureuse de façon moderne et libérée. Les femmes qui ont souffert longtemps du décalage entre le discours amoureux des poètes, notamment ceux de la Pléiade, et la réalité du droit, libèrent leur cœur plutôt librement dans le théâtre de Corneille et de Racine. C’est que ces auteurs mettent en scène des personnes de qualités, des reines, des princesses, bien au-dessus de la loi des prêtres et des hommes, et ne relevant que du fait du Prince. Cette émancipation avant la lettre existait dès le Haut Moyen Age.
On en trouve l’illustration dans les épisodes sanglants de la lutte de deux femmes pour le pouvoir : Brunehaut et Frédégonde.
Nous ne remonterons pas aux civilisations gréco-romaines dont sont issus la plupart des arguments de nos deux dramaturges. Les exemples sont à foison et n’ont pas besoin de commentaire.
Notre intention n’est pas tant de montrer les hardiesses du théâtre classique, mais de dépeindre les sentiments amoureux de leurs héroïnes qui transcendent peut-être davantage chez Racine que chez Corneille, les relations entre les sexes.

Suit une monographie de dix-huit pages avec des citations extraites de Pierre Corneille :
Attila (1667) ; Rodogune (1645) ; Le Cid ;
de Jean Racine : Britannicus (1669) ; Iphigénie (1674) ; Bérénice (1670) ; Phèdre (1677) ;
et une conclusion, à la disposition d’un lecteur intéressé qui m’en ferait une demande motivée.

Le blog est un moyen d’expression moderne fort peu exploré dans toutes ses possibilités. Il touche un public varié sur des sujets qui peuvent sortir sans dommage du nombrilisme ou de la simple rigolade.
Ce qui ne veut pas dire qu’une critique libre et le dénigrement d’une société qui le mérite ne soient pas jubilatoires pour le bloggueur et son lecteur. Au contraire. Dire ce qu’on pense est un plaisir dangereux mais trop vif pour que j’y renonce un jour, malgré l’étonnant appauvrissement de l’opinion au profit du seul intérêt de l’argent.
Notre époque formaliste n’est émancipée qu’en apparence. Elle a le plus grand besoin de bouffons.
Aussi m’y efforcerai-je.

1 janvier 2004

2004... un rappel des Lois internationales.

Nos importants vont résumer l’année écoulée et conjecturer sur l’avenir.
Je doute fort qu’ils nous parlent des conflits dans le monde comme ils le devraient.
La paix dépend de trois grand Etats et d’un petit : les USA, la Russie, la Chine et Israël. (1)
Les USA et son satellite Israël engagés dans un conflit avec les Palestiniens menacent la paix ; la Russie avec le problème Tchétchène et enfin la Chine avec son annexion du Tibet. La Chine n’a plus de communisme que le nom. Ce qui est bien pratique pour la conservation du pouvoir des dirigeants actuels.

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La paix, la guerre, « le terrorisme » ou la pacification dépendent d’eux.
Il y a une règle générale que tous enfreignent généreusement.
Un Etat à prétention démocratique, lorsqu’il est victime du terrorisme, ne peut pas sortir de la légalité et a l’obligation de traiter les populations par toute voie de droit et de justice. Il n’y a pas d’exception à cette règle.
Pourquoi ?
Parce que s’il répond à des méthodes criminelles de la même manière que les terroristes, il se discrédite et devient un état terroriste. Ce que Sharon est en train de faire. Ce que les Américains ont fait à propos de l’Irak, la Russie en Tchétchénie et la Chine au Tibet.
Quand la situation s’étale sur des années, on ne sait plus qui réplique au terrorisme de l’autre.
Les terroristes doivent être capturés et châtiés selon les procédures et la loi, comme tout citoyen justiciable. Leurs proches ne peuvent être tenus pour responsables des méfaits commis sauf s’il y a eu complicité prouvée. Si le terroriste meurt avec sa bombe, en droit l’action est éteinte, sauf si son bras a été armé par des tiers. Dès lors, il convient de poursuivre l’enquête et de lancer éventuellement un mandat d’arrêt. La méthode employée par Israël qui consiste à dynamiter les maisons et chasser les parents ou les sympathisants, de se permettre des incursions en-dehors de ses frontières, sont des faits terroristes, d’autant plus graves qu’ils sont perpétrés par un Etat souverain. Les soldats qui commettent ces actes de barbarie et les responsables de l’Etat d’Israël devraient être traduits devant le Tribunal de La Haye. On ne peut pas condamner Milosevic et laisser courir Sharon. Cette inégalité devant la Loi commune me choque profondément.
Dès lors, qu’il satisfait aux exigences de l’Etat de Droit, un Etat victime du terrorisme serait soutenu dans sa lutte par les démocrates et les Nations Unies.
Dans l’état actuel des choses, on assiste au massacre d’une population désarmée. Cela fait mal à la conscience collective.
Israël est un Etat belliciste qui n’a pas compris qu’il rend légitime la défense des citoyens palestiniens. On pourrait dire que le meilleur pourvoyeur en hommes du Hamas et des autres formations en guerre contre Israël, c’est Sharon lui-même et son équipe de va-t-en-guerre.
L’Etat d’Israël n’a pas compris les leçons de l’Histoire dont il a été victime.
Il ne sait pas que lorsque la haine répond à la haine que la haine ne finit pas. La droite à Tel-Aviv poursuit un rêve celui d’un grand Israël. Il ne peut aboutir que par l’élimination d’un peuple, comme les Turcs ont voulu éliminer les Arméniens et aujourd’hui les Kurdes, comme Poutine veut dominer la Tchétchénie, un territoire conquis du temps des tsars et annexé, comme la Chine a annexé le Tibet, en se moquant des Tibétains. Ce sont là des bellicistes dangereux. On a fait une barrière « sanitaire » autour de l’extrême droite en Europe, pourquoi ces gens – peut-être les premiers racistes – en sont-ils exclus ?
S’achemine-t-on vers un génocide des Palestiniens sans qu’aucune protestation occidentale se fasse entendre ?
Les Etats-Unis jouent un rôle ambigu qui n’est pas celui de la grande nation démocratique dont ils se réclament. Ils servent à la fois leurs intérêts et ceux de leur satellite israélien.
Et ce qu’il y a d’accablant, c’est l’incroyable désinvolture avec laquelle ils traitent des problèmes mondiaux de l’environnement afin de préserver intacte leurs capacités de production et de consommation, mettant ainsi le comble à leur nuisance.
Pour moi, Amérique, Chine et Russie sont des nations prédatrices pour le malheur de l’humanité.
Et ce constat accablant augure mal de 2004.
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