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31 octobre 2004

Vivent les avocats, ma mère… vivent les avocats

Qu’est-ce que les avocats sont omniprésents : dans les entreprises, dans les Conseils d’administration, en politique !
Par contre au Palais de justice, faut se dépêcher pour en avoir un qui veuille… pro deo.
Outre les avocats et quelques autres licenciés ou gradués, au Parlement, au Sénat, dans les ministères, aux postes de responsabilité et aux leviers de commandes, vous avez déjà rencontré, un soudeur à l’arc et à l’autogène, un lampiste de la SNCB, un vendeur de la FNAC, un bureautier venu d’une modeste entreprise ?
N’est-ce pas trahir l’esprit des Lois que de réduire ainsi la représentation de la population ?
Déléguer son pouvoir de citoyen, c’est normal. Donner la parole à tous est impossible.
Mais, pourquoi toujours ou presque un avocat parle en votre nom – quel que soit le parti ?
Y aurait-il une concentration de petits génies parmi eux et, chez nous, un concentré d’imbéciles ?
Je n’ai rien contre la profession là où elle doit s’exercer… ailleurs, il y a excès.
On peut se demander comment la mode de l’avocat pour tout nous est venue ?
Cent contre un, Isabelle Simonis, qui vient de se faire vider par le PS à cause d’un balourd de son service, n’est pas avocate !
Si elle l’avait été, elle aurait entortillé la phrase, emberlificoté la journaliste, noyé si bien le poisson, qu’elle serait encore aujourd’hui au perchoir de la Communauté à se curer les ongles.
C’est peut-être pour cela qu’on les aime, les avocats dans les partis : ils sont insubmersibles.
L’art de concilier la chèvre et le chou, de se placer sans faire de vague, de se valoriser subtilement et, par conséquent, valoriser le parti, manier la litote et toucher à tout : nous voilà prévenus, ils sont surtout experts en langue de bois.
En somme, l’avocat est à l’opposé de ce que recommande La Bruyère dans ses « Caractères » : ” se faire valoir par des choses qui ne dépendent point des autres… ou renoncer à se faire valoir ”.

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Ces sous-mariniers en eau trouble de charme et de choc ont tout ce qu’il faut pour réussir à tous les échelons de représentation. Un bon avocat est celui qui fait acquitter un innocent, certes, mais c’est aussi celui qui ne fait prendre que six mois à un gangster qui, sans le cher Maître, aurait pris dix ans.
Puisque la Justice n’est pas l’art d’honorer le bien et de sanctionner le mal, qu’elle n’a qu’un rapport lointain et souvent conflictuel avec la morale, ceux d’entre eux saisis du prurit du pouvoir, ont compris qu’ils pouvaient appliquer leur astucieuse éloquence à des causes nationales. On n’est pas contre. C’est leur droit. Mais aujourd’hui, il y a pléthore. On a bien établi des quotas pour les étudiants en médecine, pourquoi pas au Parlement ?
Ce qui plaît chez l’avocat, dans les partis, c’est le présupposé qu’il est plus cultivé que les autres catégories professionnelles.
Voyez Maître Magnée l’autre soir à une émission qui lui a été consacrée. (L’Avocat du diable) : quelle prestance, quelle assurance de l’effet produit par son verbe !
Quoique n’étant pas sur une liste électorale (il faut lui reconnaître ce mérite), il lui a suffit de citer approximativement deux vers du Cyrano de Rostand (d’une rare redondance) et une réflexion de Zola pour que les populations s’ébaubissent. Vous arriveriez avec un paragraphe entier d’une Saison en enfer ou une fulgurance d’Antonin Artaud que vous passeriez quand même pour un abruti !
En politique, c’est comme au tribunal. Il faut savoir ne pas agacer le juge et attendrir le jury populaire. Ces professions-là sentent d’instinct la salle derrière eux. Ils n’aiment rien tant que les murmures flatteurs qui accompagnent leurs messianiques envolées. Ils ont le sens du bien dire à l’aune de la multitude. Le naïf de la rue croit toujours en 2004 que l’habit fait le moine.
La centrifugeuse sociale de l’Etat fait beaucoup pour leur succès. Le centre n’aime rien tant que niveler les aspérités, adoucir les pensées dérangeantes.
Les avocats rejointoient à merveille l’édifice de leurs propos lisses. Ils se gardent des idées trop complexes. Ils en imposent et, en même temps, ils rassurent et plaisent au plus grand nombre.
Les temps sont aux plaideurs. On a vu un plaignant de cinq ans, griffé par un enfant de son âge et un Chicaneau réclamer justice. Tout se traite par contrats épluchés par des avocats. La mode vient d’Amérique, bien sûr, mais elle était attendue chez nous par des gens qui ne règlent plus leurs petites affaires eux-mêmes. On va chez un avocat, comme on va chez le dentiste.
La démocratie fout le camp ?
Les parlementaires sortis du Barreau se feront un plaisir de revendiquer pour vous son retour. Ils savent ce que vous voulez, puisque ce sont eux qui vous le soufflent.

30 octobre 2004

With the following, please…

Dans le Grand prix de « Maison blanche », les deux cracks cotés se tiennent à une encolure,
tantôt c’est « Ketchup » qui prend l’avantage, tantôt c’est « La Voix du Seigneur ». Les autres sont loin derrière.
Quoique de deux écuries différentes, on les croirait issus du même élevage, tant ils ont la même robe et l’amble à l’identique au paddock.
Est-ce que Harvard ne produit que des cons ?
Qui croit encore aujourd’hui, à part ces deux là, que l’intégrisme islamiste est dans une seule main, celle diabolique de Ben Laden ? Ne serait-il pas plus réaliste de penser que l’aberrante politique américaine et les agissements criminels d’Oussama ont fait des adeptes à la violence qui n’ont aucun lien avec « le chef historique » sinon une haine sans limite envers le monde entier ? La preuve que cette haine n’est pas que réservée aux Occidentaux, il paraît indifférent à ces groupes éparpillés de fomenter des attentats partout où ils le peuvent sans se soucier de tuer des musulmans.
Dans ces conditions, pourquoi s’en être pris à l’Irak, sinon pour des raisons particulières contraires à la logique ?
Certes l’Irak avait été agressif envers Israël à la guerre de Bush 1er. Mais à la deuxième ? C’était un Etat dirigé par un despote sanguinaire, qui avait bien trop de têtes à faire tomber chez lui pour se préoccuper d’en faire tomber ailleurs. Depuis quand les USA entendent-ils mettre au pas les dictateurs ? L’ont-ils fait avec Pinochet ? Récemment Ben Ali vient d’être réélu en Tunisie avec 94 % des voix, qu’est-ce que les USA attendent pour bombarder Tunis en suivant leur logique ?
Quant à l’autre « mal absolu », on voit mal Ben Laden, déstabiliser un Etat, aussi infime soit-il. Il ne menace donc nullement l’existence de l’Amérique, ni avant, ni après le 11 septembre. C’est en voulant tuer une mouche avec un canon, qu’on peut transformer cette insignifiance en un essaim. Bagdad est un bel exemple de gâchis en ce sens.
Ce serait ridicule de minimiser la nuisance des groupes intégristes criminels, mais on ne pourra pas les mettre hors d’état de nuire avec l’US Army. Non pas qu’elle soit incapable de faire la guerre, mais elle est incapable de remplacer une bonne police. Il y a depuis le début la confusion des genres. Hélas ! Kerry n’en est pas conscient. S’il est élu, il continuera de se servir des armes foudroyantes comme Bush le fait depuis le début des hostilités en Irak. C’est comme couper une tarte au riz à la tronçonneuse.

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S’il y a dans l’avenir du monde des grandes déstabilisations, c’est bien du côté du social et de l’économie qu’il faut les chercher. Là, nous sommes sur une poudrière. La distorsion considérable entre les pays riches et les pays pauvres, entre les populations riches et pauvres des pays occidentaux, sont des facteurs potentiellement plus dangereux que les élucubrations des intégristes aux théories impérialistes fumeuses à l’usage des masses analphabètes ou intellectuelles radicalisées.
Les pays les plus pauvres ont vu leur pouvoir de réduire les différences et ainsi de rendre aux spoliés un peu d’espoir, échapper à l’Etat. Là où l’insécurité règne, de nouvelles dictatures de plus en plus sanguinaires naissent grâce à la terreur qu’elles génèrent.
Les villes se sont développées de façon anarchique et n’ont pu assimiler les populations des campagnes venues en masse vivre à leur périphérie, créant des bidonvilles de non-droit à proximité des quartiers résidentiels. Le seul moyen de survivre pour la jeunesse s’est de s’y livrer à des occupations guerrières là où les milices de riches particuliers engagent, ou, autre alternative, former des bandes criminelles, comme les banlieues de Los Angeles, ville américaine, s’il en est, mais devenue ingérable dans son entièreté.
Dans ce contexte, la superpuissance américaine est très largement perçue comme une anomalie parasitaire vivant sur la misère du monde. Si l’Europe est relativement écartée de la réprobation unanime, elle le doit à sa seule faiblesse militaire.

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L’armée est tout à la fois le plus beau fleuron des USA, mais en même temps son talon d’Achille. La réputation qu’elle a acquise sur les « chantiers » d’évangélisation de Bush a définitivement ruiné, chez nous, l’image de la Libération de l’Europe par la même en 1945.
Et à cela, si Kerry gagne les élections, il ne pourra rien changer.
Il faudrait aux USA un homme de grande stature pour se dégager du Moyen-Orient, y compris de leur inconditionnalité vis-à-vis d’Israël.
Hélas ! l’Amérique est à court d’humaniste. Place donc aux génies de la Silicon Valley, aux 400.000 « cerveaux » importés d’Europe et d’Asie séduits par le dollar… place à la froide logique économique et au désastreux jusqu’auboutisme d’un progrès de virtuosité technique incomparable… mais froid et sans âme, comme la mort.

Une mise au point du blog « Le premier qui rira… »

- Pourquoi tant de haine ?
- Hein ?
-Oui. Pourquoi tant de haine ?
- Pour qui ? Pour quoi ?
-Pour le PS. Tu n’arrêtes pas de l’attaquer.
-Moi ?
- Oui, toi. Et en plus tu as tout faux.
-J’ai tout faux ?
-Oui, tu as dit au Parlement de Strasbourg, que le PS ne bougerait pas le petit doigt.
-Moi, j’ai dit ça ?
- Oui.
-Je me souviens. C’est dans le blog « Le premier qui rira aura une tapette ».
- A propos de l’équipe Barroso et de certains Commissaires... Les marchandages étaient bien réels. Le journal « Le Monde » en a fait mention au PSE.
-Tu as quand même dit des craques !
-Pas du tout. Neelie Kroes et Rocco Buttiglione, entre autres, étaient contestés, comme le Hongrois Laszlo Kovacs. Issus de formations diverses, on a fait du donnant donnant.
« C’est à l’audition Buttiglione que ça s’est gâté. La dynamique des Verts et des Socialistes européens et surtout l’action du Français Martin Shulz et de l’Allemand Kohn-Bendit ont entraîné les formations de gauche à faire pression. Le vote a été postposé. Barroso s’est donné un mois pour réfléchir
« Le retrait de l’équipe Barroso n’est pas dû aux chefs de Partis. C’est clair. Même si, certains vont s’en gargariser.
« Le grief vis-à-vis du PS belge n’était pas que dans l’approbation en l’état de la Commission, ce qui a tourné court.
« Dans son dernier alinéa, l’article portait sur la ratification prochaine du projet de Constitution de l’Europe, où là aucune consultation préalable n’est prévue au PS. Elio Di Rupo agit à la manière de François Hollande qui voudrait emballer le bidule de Giscard vite fait par applaudissements et j’ai déploré que nous n’ayons pas un Laurent Fabius pour remettre un peu de démocratie dans un Parti qui n’en a plus beaucoup. »
- Pourquoi cherches-tu toujours des poux au PS ?
- Tu me dis que je publie des fausses nouvelles au sujet du PS. Je te prouve le contraire et tu n’es pas encore content ?
- Qu’est-ce que tu attends pour débiner le MR, le CDh et surtout le Vlaams blok et les partis flamands ?
-Je le fais. La détestation des partis de droite va sans dire, pour un homme de gauche…
-El la détestation du PS pour un homme soi-disant de gauche, ce n’est pas joli, joli…
- Je ne dois rien au PS et je n’attends rien de lui. Je ne suis pas client. Pourtant, je suis blessé par un parti qui devrait davantage s’intéresser au plus grand nombre, aux gens qui ne sont ni friqués, ni engagés dans des partenariats avec la chose publique. Bref, je suis frustré d’un combat pour le mieux vivre des petites gens que ce parti a abandonné au profit de « sa » classe moyenne et de son clientélisme social.
- C’est un langage de droite.
- C’est ton approche du problème qui l’est. Tu perds tout esprit critique quand on parle du PS.
-Non !
-Absolument. C’est à mon tour de te dire : « Pourquoi tant de parti pris ?

29 octobre 2004

Miracle à la Maison Blanche !

C’est ainsi, après un certain 11 septembre, vertudieu ! toute la société américaine est tombée à genoux… Ben Ladden sacré meilleur auxiliaire de la foi. Même Jean-paul II convertisseur polonais - quoique dans ses vieux jours, il soit en train de plomber l’entreprise - n’a jamais été aussi performant.
Dans les discours exemplaires de Dobeliou - une rhétorique incantatoire d’un curé de campagne – il y a tout le puritanisme du XVIIme siècle dont le peuple américain est issu et qui eut pour premier exutoire le massacre des Indiens.
On devine le président devant son prie-dieu, caressant sa bible d’une main et sa Winchester de l’autre. Le protestantisme évangélique n’est pas de la rigolade dans le pays des vaticinateurs prédicants. A défaut de Ben Ladden, insaisissable, Saddam Hussein en sait quelque chose.
Que peut faire « l’honnête homme » devant ce retour de la spiritualité agressive ?
Le grand tort des laïques, c’est d’être convaincus que la raison est supérieure à la foi. On a bien vu que la raison n’a pas eu le dernier mot lors de la dernière élection présidentielle et que le fondamentalisme s’est bien installé à la Maison Blanche et compte y rester.
Car, pour un croyant, qu’il soit protestant ou musulman, la démocratie ne joue que dans un sens. Faible et dans l’opposition, il réclame des droits, qu’aussitôt au pouvoir, il va contester à son adversaire vaincu. C’est surtout vrai aux pays des ayatollahs. Cela peut le devenir aussi outre-Atlantique. Il suffirait d’un deuxième 11 septembre, ce que personne de sensé ne souhaite bien entendu - même pas les intégristes washingtoniens, je le crois – pour que soit franchi un nouveau palier de radicalisation, déjà que l’interprétation des Lois et la phobie de l’attentat rendent le séjour des « suspects » (un voile islamique, une barbe dans un visage olivâtre suffisent parfois) désagréable, sinon dangereux, tant le FBI drillé par les Evangélistes, travaille à chaud dans un grand zèle de résultats.
Dans la semaine qui s’ouvre, la capture de Ben Ladden, par exemple, assurerait une réélection haut-la-main, au président sortant Il ne resterait plus à Kerry que de manager la sauce tomate Heinz dans les usines de son épouse.
C’est dire si l’Administration actuelle a poussé l’électeur américain moyen dans la paranoïa biblique et comme un facteur aussi extérieur que l’arrestation d’un voyou international peut avoir dans de telles conditions une influence prépondérante sur une élection d’une aussi grande importance.

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Il serait naïf de croire cependant que le retour au sacré n’est que l’œuvre du marguillier de la maison Blanche profitant par réaction des actions criminelles des ennemis de la nation. Cette évolution vers un mysticisme protestant vient de loin. Elle est plus profonde qu’il n’y paraît et perdurera encore quelques temps. Sur le fond naturellement croyant des masses fermières des campagnes américaines sont venus se greffer les événements qui sont autant de paraboles converties par les éminents spécialistes du marketing de la foi protestante que sont les prédicateurs du genre de Billy Graham.
Cette résurgence du passé n’est pas que la conséquence du 11 septembre. Elle est aussi une forme de révolte contre la libéralisation trop rapide des mœurs et l’absolu besoin de repères dans une société qui produit le meilleur et le pire, sans que l’on sache bien discerner l’un de l’autre.
Le néo-protestantisme qui apparaît, conforte le « rêve américain » qui doit être défendu des « envieux » venus d’autres cultures. Il rejoint dans la stricte tradition religieuse les Pères fondateurs du Nouveau Monde.
Larvée sous les anciens présidents, cette foi revigorée éclate avec Bush et les conservateurs républicains. Elle n’est plus bridée par la raison ou la connaissance des limites d’un Etat fût-il le plus puisant du monde. Ceux qui s’intéressent à l’histoire de ce grand pays, se souviennent de l’action du président Wilson au sortir de la guerre de 14-18, chrétien et homme de foi comme Bush, mais d’une foi suffisamment assagie pour tenir compte du multilatéralisme et contribué à créer la Société des Nations.

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On sait la politique de Bush et comme il s’est moqué des Nations Unies pour avoir envahi l’Irak envers et contre tous, pour faire la comparaison avec Wilson et avoir froid dans le dos.
On se demande où cette foi militante va entraîner les Etats-Unis, et avec eux, le reste des Nations occidentales.
On n’ose pas y songer.

28 octobre 2004

Ein klein nachtmuzik.

- Et les humoristes ?
- Quoi les humoristes ?
- Y en a-t-ils qui te fassent rire ?
- Tous des cons…
-Jamel Debbouzze ?
- Il ne fait plus rire que Drucker…
- Jean-Marie Bigard ?
- Il ne fait plus rire qu’Ardisson.
-Je croyais que c’était Bafie ?
- Ah ! Parce que Bafie est un humoriste ?
- Les imitateurs, peut-être ?
- Comment veux-tu qu’un imitateur qui imite quelqu’un de sinistre, ne le devienne pas ?
- S’il est mauvais, du coup il devient drôle.
-Alors, c’est involontaire.
- Laurent Guerra ?
- Il est mauvais. Il est doublement mauvais, en quelque sorte, puisqu’il n’est pas drôle…
-Je perds patience… Muriel Robbin, Elie Semoun, Smaïn ?…
- On ne sait plus si ce sont des humoristes ou des imitateurs, c’est dire s’ils sont nuls…
-Veux-tu que nous passions à la bonne chanson française ?
-Tu ne vas pas déterrer Yves Montand pour la deuxième fois ?
-Je passe les Aznavour, Cabrel, Clerc…
-Bonne idée…

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-Greco ?
- Y en a marre des feuilles mortes qu’elle ramasse à la pelle Qu’elle prenne un râteau…
-Brigitte Fontaine ? Rue Saint-Louis en Ile ?
-A elle seule, elle vaut les Frères Taloches.
- Et les ensembles ?
-Ça y est. Ne dis rien. Tu brûles de citer Noir Désir ?
-Oui, justement
-Fous-leur la paix. Le rocker alternatif aurait pu à Vilnius se cantonner aux vocalises sans faire les gestes.
-The Little Rabbits feat Vanessa Paradis...
-J’ai jamais compris l’engouement des Parisiens à chaque fois qu’elle prend un taxi... On sait plus si c’est elle qui chante ou l’autre qui démarre !
-Gainsbourg lui trouvait de la présence.
- Ce m’as-tu vu aimait les voix confidentielles. Normal, pour qu’on entende la sienne.
-Olivia Ruiz « J’aime pas l’amour » ?
- Après son CD, elle n’est plus la seule.
-Bérurier Noir, Bénabar, Indochine, hein, Indochine ?
-Ça chante encore tout ça ?
-Mickey 3 D, le copain de Jane ?
-Moi aussi, je l’emmerde…
-Tu ne viendrais pas me dire que Jean-louis Aubert ?
-Aubert, c’est un record. A passé quarante ans, il a la voix immature de ses vingt ans !
-Motive en concert ?
-Et mon cul à la contrebasse ?
-C’est dit. J’en ai assez ; J’abandonne. T’es qu’un con toi-même.
-Là t’as bien raison. Autant pour toi. Voilà cinq minutes que je me dis, mais quel con ce mec ! Je vais encore l’écouter pendant combien de temps ?
- C’est ça. Tu es un con. Je suis un con. Nous sommes tous des cons.
- Exactly…
-Et tout le raffut pour en arriver à quoi ? Tu peux le dire ?
- Parfaitement. Exprimer mon ras-le-bol des dégueulis vocaux, des musiquettes du star system, des anciens, comme ceux qu’on nous prépare à la star ac.
- Voilà, on y vient. Tout ça pour balancer quoi ? « C’est des cons, c’est de la merde… ».
-Comment tu l’as deviné ?

27 octobre 2004

UN FOREM PERFORMANT.

- Nous avons deux nouvelles, une bonne et une mauvaise. Je commence par laquelle ?
- La bonne… hihi… je suis un optimiste.
-La bonne, c’est que la société Pordurière vous prend à l’essai.
-La mauvaise ?
-Si vous n’acceptez pas, des sanctions sont prévues. Alors, vous acceptez, ou vous refusez ?
- Posée de cette façon, la réponse réside dans la question.
- Donc, vous acceptez.
-Bien oui.
- Evidemment, la société Pordurière vous embauche à ses conditions.
-Evidemment. Et pour faire quoi ?
-Justement, nous y venons. On vous demande de vous projeter avec confiance et réalisme vers l’avenir. Vous avez vingt-sept ans, donc au moins dix belles années devant vous avant de coûter à l’entreprise et de revenir nous voir…
- Au moment où personne ne sait ce que l’avenir nous réserve…
- Raisonneur, hein ? Soyez l’acteur de votre propre changement. Remuez-vous, bon sang !
- Un acteur pour jouer dans quelle pièce ?…
-Vous avez le scénario. Monsieur Pordurière sera derrière vous pour vous faire bouger. Trois ans au siège, puis le grand départ pour les filiales. Vous êtes marié ?
-Oui.
-Des enfants ?
- Oui.
-Ce sera l’occasion pour votre petite famille de voir du pays.
-Mais…
-S’adapter, monsieur Vernouillet… s’adapter.
-Les habitudes… ça ne va pas être facile de…
- Vous verrez, la culture d’entreprise développée par Monsieur Pordurière est très prenante et dynamique. Logo reconnaissable partout et reproduit sur votre veston d’entreprise, vous aurez des sweat-shirts à l’image de la firme pour votre femme et les enfants, séminaires de motivation tous les derniers dimanches du mois sur le thème du réarmement moral…

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- Je vois…
- L’éthique, monsieur Vernouillet… l’éthique… Voyons votre bilan de compétence : licencié en philosophie… hum… Votre créneau est mince, peu porteur, passéiste, ah ! si vous aviez été ingénieur, ou mieux : avocat ! Evidemment, avocat, vous seriez déjà à faire carrière dans un parti politique… Enfin, si vous tombez d’accord avec eux sur un contrat d’objectif, vous ferez l’affaire.
- Mais, vous ne m’avez pas encore dit en quoi mon travail consiste ?
- En bas de l’échelle, vous devrez gérer vos débuts en vous référant à l’organigramme. Vous serez évalué sur votre stratégie d’assimilation…
- Qu’est-ce que la stratégie d’assimilation ?
- C’est le marketing de vous-même, Monsieur Vernouillet. Voyons, comment vous un universitaire pouvez-vous ignorer cela ?
- C’est l’art d’avoir l’air plus intelligent ?
- Pas que ça… Dans le cœur de votre métier, un seul état d’esprit doit vous guider, celui de développer des synergies avec vos collègues, former de petites entreprises, au sein même de la société Pordurière… Mais avant cela, vous devrez assimiler le « parler d’usine » comme l’a si bien écrit Monsieur Pordurière dans sa demande d’un cadre formé à l’entreprise.
- Qu’est-ce qu’on fait chez Pordurière ? Il faut au moins que je sache…
- C’est une société d’avenir. Monsieur Pordurière n’a pas été bavard sur la question. Vous comprenez, l’espionnage industriel aujourd’hui… J’ai cru comprendre qu’il s’agit de nouvelles technologies de l’information et des communications. C’est très porteur…
- En somme, on m’engage pour un boulot indéterminé dans une entreprise qui ne sait pas encore ce qu’elle va faire, le tout à un salaire plancher ?
-C’est exactement cela. Voici vos documents. L’heure et le lieu de votre premier entretien avec le psychologue de la firme. Et bonne chance.

(Un instant seule, la préposée baille et feuillette Télémagazine. Entre sa chef.)

- Tu as fini Vernouillet ?
- Il vient de sortir.
- J’ai l’impression que ce type n’est pas coopérant. Pourvu que la psy qui va le recevoir le décourage, de sorte que ce sera son deuxième échec dans les emplois proposés et ainsi, on pourra le pénaliser de six mois.
- Ça en fera toujours un.
-Faut des résultats pour entrer dans les normes Vandenbrouck.
-On a droit à quoi, quand on est performant ?
- Tu gardes ta place, tiens…

26 octobre 2004

Un drame de famille.

La gaffe :
Résumé de « La Libre » sur la démission d’Isabelle Simonis, Présidente du Parlement de la Communauté française de Belgique :
« Vendredi, la rédaction du «Soir» reçoit de l’attaché de presse de la Présidente une note de travail. Plutôt, une espèce de PV un peu décousu (et sans orthographe...) de propos tenus à une réunion de travail. On y a évoqué la campagne publique d’information qu’Isabelle Simonis, au nom de l’institution francophone, voudrait lancer courant mars, à l’occasion de la Journée internationale de lutte contre le racisme. Une phrase du court document étonne: il serait bon d’ «attirer le vote des étrangers vers le PS» en général et sa fédération liégeoise en particulier.
« Mélange des genres? Une consoeur vespérale interroge Isabelle Simonis. Elle tente de rectifier le tir. Mais au lieu de temporiser, et ainsi de s’informer sur ce document dont elle ignorait l’envoi voire le contenu, elle s’enfonce en expliquant que ladite note n’est qu’un document interne et très provisoire, «première mouture du document qui sera présenté au bureau du Parlement de la Communauté française, après avoir été soumis à la fédération liégeoise du parti».
« Plus tard, cette fois dans «la DH Dimanche», elle certifiera n’avoir «jamais dit cela comme ça. Cette partie de mes propos a été déformée». Qu’importe: si le mal n’était pas fait avec la seule (fausse) note, il l’est avec la tentative de justification, donnant davantage qu’un semblant de confirmation à l’idée que le PS entreprenait bien d’utiliser de l’argent public à des fins de propagande partisane. «Elle a perdu les pédales», commente-t-on entre camarades...
Du coup, samedi, ça s’emballe. L’opposition au Parlement demande des explications. Marcel Cheron (Ecolo) se dit «pour le moins interpellé» et Françoise Schepmans (MR) dénonce «l’instrumentalisation constante des gens d’origine étrangère par le PS». La Présidente est effondrée. Elle ne veut mouiller ni le Parlement, ni son parti. Sans besoin d’y être poussée par son président de parti, à ce qu’on dit, Mme Simonis annonce sa démission sur le coup de 16 h. «Ni victime ni fautive» (1), dit-elle, elle conçoit bien que «la dure loi de la politique est que les apparences sont aussi importantes que les réalités». Aussi, si elle assure que la volonté d’attirer le vote des étrangers vers le PS ne reflétait «en rien» les objectifs qu’elle entendait poursuivre et les valeurs qui sont les siennes, elle ne veut ni que la suspicion nuise à la sérénité des débats qu’elle était amenée à présider, ni fournir «des armes supplémentaires aux ennemis de la démocratie ou aux chantres de l’intolérance»...
Le doute n’est plus permis, il y avait bien faute, réagira Françoise Bertieaux, chef de groupe MR.
Elio Di Rupo, lui, dira saluer le sens des responsabilités de la démissionnaire: «Le Président du PS souhaite qu’Isabelle Simonis poursuive en tant que parlementaire socialiste ses combats de toujours pour l’émancipation de chacun».
(Fin de citations)

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On a bien compris. Les machines du parti sont, certes, imbriquées les unes par rapport aux autres et l’ingénieur est Monsieur Di Rupo, mais les fusibles sont performants et le remplaçant, Monsieur Istasse, avocat (encore un !) a un ampérage meilleur, espère-t-on, que celui de Madame Simonis.
On savait qu’à défaut d’un programme de revendications sociales convainquant, le PS axait ses lignes de force sur la lutte contre le racisme et l’extrême droite, mais on ignorait que l’idée sous-jacente de cette politique - somme toute très honorable à première vue - consistait à gamberger sur des possibilités annexes comme de faire de nouveaux membres pour l’occasion sur le dos du contribuable.
Voilà pourquoi, depuis si longtemps, le PS est à la tête des pressions pour le vote des étrangers. Vote qui, encore une fois répétons-le, est parfaitement légitime dans les conditions proposées par le législateur sur les Lois communales notamment et pour lesquelles un homme de gauche doit souscrire, le principe n’étant pas en cause.
On plaint l’attaché de presse, modeste porte-serviette zélé de la nomenklatura montoise et de madame Simonis accessoirement, qui aura torché le mot maladroit et sans doute honnêtement rapporté. En voilà un qui pourra retourner dans son Administration finir une carrière de bureautier de deuxième classe.
Quant à prétendre que ce type est cinglé et qu’il n’a jamais entendu les propos qu’il aurait cru à tort avoir été commentés par la Présidente, il serait sans doute intéressant que « Le Soir » le retrouve et l’interviewe. S’il est vraiment cinglé, il confirmera ce qui précède. Sinon, il jurera qu’il a eu quelques instants d’aberration auditive.
Nul n’est vraiment inquiet sur l’avenir de madame Simonis. On sait comme les grands commis du parti montés aux barricades pour le « bien » du schmilblick, et qui ont souffert de leur fidélité, ont toujours été appréciés du Bureau et de la base.
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1. C’est moins engagé que le « responsable, mais pas coupable » de Georgina Dufoix, ministre PS du gouvernement Fabius, lors de l’affaire du sang contaminé en France.

25 octobre 2004

Le top, une carrière complète au chômedu…

Si c’est vrai que le travail rend libre – alors pourquoi ceux qui rentrent à l’usine au chant du coq font une de ces gueules ?
Je sais de quoi je parle, nanti pourtant d’un emploi à compétence élevée, je m’y suis toujours copieusement emmerdé. Et je suppose n’avoir pas été le seul.
J’en ai lu des livres dans les WC des entreprises qui ont eu l’honneur de m’accueillir !... et pas que des romans, des ouvrages de philosophie, de la bien chiante, vous me direz : « c’est l’endroit ». A ça je réponds, plus chiant qu’une journée de travail, c’est pas possible. En comparaison, Heidegger et Nietzsche aux chiottes, c’est la semaine de Suzette.
C’est là que j’ai acquis tous les vices, j’y ai fumé, j’y ai même formé le projet de quitter ma compagne, par désoeuvrement et dégoût de moi-même.
Ah ! Einstein n’a pas inventé la relativité, mais les millions de types qui depuis l’ère industrielle tirent dix fois leur montre du gousset, lèvent la tête sur la pendule ou regardent par la fenêtre toutes les cinq minutes. Si bien que les acrobates du rendement les ont supprimées, les fenêtres, agrandissant par compensation celles des pharaons de la direction.
Est-ce que de la Libération à nos jours, le travail a évolué au point que l’on puisse dire qu’on ne s’y emmerde plus comme avant ? Oui, sans doute. La vérité, c’est qu’on s’y emmerde PLUS qu’avant !
Je passe sur les méthodes à la con pour dégorger le manœuvre de sa précieuse sueur, les gestes calculés au mini poil pour donner à l’ergonomie ses lettres de noblesse, l’anatomie du condamné bosseur au peigne fin. Je saute le passage où le mec avec une valise de diplôme est considéré comme une merde par une hiérarchie qui pousse comme le mérule sur les vieux bois. Entre lui et le décideur-en-chef invisible c’est l’incompréhension à vie..
Ce qui donne un basculement d’usines complètes bradées clé sur porte à d’autres continents.
Merci, le produit national brut augmente… pour élever le seuil de la précarité !
Si bien qu’il y a de plus en plus de monde dans le 36me dessous. C’est à celui qui sera le plus précaire, qui courra le plus aux indigents, aux restos du cœur, qui se logera dans les kots merdiques de la pire chienlit capitaliste : celle des propriétaires.

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Merde, notre société devient un vaste camp de l’Armée du salut. Et c’est ça qu’ils appellent le progrès ! Bien entendu le nez fourré entre les coupons de leurs stock-options, les gros mariolles s’en foutent. Normal. Plus on crève, plus ça profite. C’est dire si on n’a pas fini de tourner dans le luna-park de la douleur.
Les couillons qui turbinent sans lever la tête depuis la nuit des temps auraient pu prétendre à mieux, hein ! Marie… . Et voilà que c’est pire qu’avant ! Qu’on nous rende 1950-1960, nom de dieu ! Qu’on régresse et qu’on n’en bouge plus. On l’avait déjà bien profond, alors, mais on le savait pas encore. On bossait innocents !...
Pour le reste quand le FOREm vous sert la soupe aux bons sentiments, aux motivations « grisantes », on a envie de dire : « pourquoi n’y va-t-elle pas au cambouis des trois fois huit, la charmante Arena ? » Les belles mains de Marie « la bosseuse », technicienne de surface, à effacer l’étron puisant du maître des forges ? C’est pas demain la veille qu’on la verra en cache-poussière et gants de caoutchouc remettre des boules d’antiseptique dans les urinoirs, sur le temps que le type qui se lave les mains en face, lui mate le cul dans le miroir…..
Les générations sacrifiées au devenir meilleur de la Nation pour rien… pour arriver au résultat navrant d’une société qui s’abandonne aux plus offrants, qui ne peut même pas sauver ses meubles – à savoir ses outils – quand d’autres minables, plus minables que nous encore, travaillent plus dur et pour moins cher, si bien que l’employeur déménage sa quincaille et qu’il fout à la rue, sans autre forme de procès, ceux qui ont concouru à lui remplir les poches.
Et c’est la FEB qui parle de courage, de retrousser les manches, de redevenir compétitif, ah ! les enculés… Mais, vive le chômedu à ce compte-là.
C’est qu’ils savent qu’on n’y croit plus à leur bidule, comme on ne croit plus à la démocratie des bobos et des friqués. Ceux qui sont encore à souquer ferme, c’est parce qu’ils se sont enfoncés dans le gadget, la maison à surpayer et les vacances.
A l’hypocrisie et aux anti-dépresseurs qu’ils fonctionnent, les malheureux.
Fini de rigoler, c’est pas par la morale qu’on les tient à leur banc, les galériens, mais par les couilles. L’Arena qu’est novice chez les maffieux, elle l’a bien vu... n’est pas si naïve que ça. Elle tente plus de mordiller le candidat à l’oreille, de lui dire des douceurs à travers la masse magnifique de ses cheveux noirs – ça faut reconnaître – non, elle ne compte plus que sur le pied au cul de Vandenbrouck à la piétaille.
On en est là.

24 octobre 2004

Bush, Kerry, l’Amérique… et Dieu !

D’ici au 2 novembre, soit dans une semaine environ, vont s’étaler sur des dizaines de pages les commentaires sur l’élection américaine.
Pour Dobeliou ou Kerry ?
J’ai déjà eu l’occasion de m’expliquer : l’élection de l’un ou de l’autre ne changera pas grand-chose à la politique américaine.
Peut-être sera-t-on moins inquiet des réactions à chaud d’un Kerry que l’évangéliste « fou de dieu » de Bush.
A Liège, pourtant de vieille tradition chrétienne, les citoyens débranchés de tout fanatisme religieux ne mesurent pas bien la nuisance des églises américaines sur la vie et l’opinion du citoyen moyen. Avec cette plaie, il faut compter aussi sur Monsieur Tout-le-Monde qui fait basculer les majorités sans vraiment avoir lui-même une opinion. C’est ainsi qu’on a vu Kerry partir à la chasse au gros gibier, alors qu’il avait été naguère un brin écologiste et partisan de l’interdiction des armes à feu, dans l’espoir de lui plaire. Mais c’est surtout en matière de religion que les présidences se font et se défont outre-Atlantique.
Or, le parcours de Bush est exemplaire. Cela va peser d’un grand poids dans le choix face à un Kerry, modérément croyant, rationaliste et trop intellectuel pour ne pas avoir au fond de lui-même l’impression que toutes les religions sont des sornettes à l’usage des faibles et des débiles mentaux.
Bush s’est donné à Jésus. Il le clame haut et fort. C’est à Midland petite ville à deux usages : les Eglises et le pétrole, que Dobeliou, jusque là noceur invétéré et à deux doigts de se faire plaquer par Laura et ses deux filles a rencontré Billy Graham, le pasteur médiatique, et Dieu, par conséquent, qui traînait quelque part entre deux Chrysler, dans la poussière et les chardons qui roulent sous le vent, comme dans tout bon western. C’était en 1986.
Depuis lors, sans être aussi collant que nos disciples de Jéhovah, Dobeliou n’a plus que des paraboles et des mots inspirés de son église à la bouche. Toutes les interventions du 43me président des States sont marquées par son engagement : « La foi peut changer une vie. Elle a changé la mienne ». Alléluia ! Le comble, c’est qu’il a raison quant à sa propre vie transformée depuis qu’il croit !

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C’est bien la première fois qu’un président depuis Roosevelt se trouve si inspiré et si sûr de lui. Et c’est en cela que cet homme est inquiétant. Ses initiatives malheureuses et notamment cette calamiteuse deuxième guerre d’Irak sont des catastrophes programmées comme des croisades non seulement pour ses compatriotes, mais aussi pour toute l’Europe. Ne serait-ce que lors des décisions qu’il fallut prendre pour suivre ou ne pas suivre la Grande Bretagne et la Pologne, dans leur collaboration avec l’US Army en Irak, la Grande Bretagne qui s’est inscrite dans l’Europe pour mieux la miner de l’intérieur et la Pologne qui est un Etat où le ressenti de la foi de Bush est fortement apprécié.
Avec cette mentalité là, le danger d’une guerre des religions est possible. Au fanatisme des évangélistes luttant contre l’avortement, le mariage des homosexuels et sans l’oser pouvoir dire encore, le divorce, s’opposent les musulmans ultras, qui considèrent qu’à l’exception d’Allah, le reste n’est que démons et compagnie, donc à détruire. Et si les uns du haut de leur technique sélectionnent les cibles de leurs missiles en faisant des mares de sang d’innocents, les autres en égorgeant à tout va, associant à leurs sauvageries et tortures la pire racaille de Bagdad, ce n’est pas mal non plus.
N’oublions pas que le départ de toute cette histoire n’est le fruit que de l’imagination d’un seul criminel, Ben Laden, qu’après les Twin Towers on a considéré comme un chef d’Etat à abattre, alors que ce chef de bande aurait dû être traité à la mesure d’un chef de gang. Tout cela parce que les médias ont échauffé les esprits et fait jouer le ressort de la foi agressée par l’impie et qu’il y avait un certain Bush à la tête du plus puissant Etat du monde.
Après le 11 septembre, toute l’Amérique s’est à peu près convertie aux sentiments bellicistes de son président. Même Kerry, à l’époque, n’a pas vu ou n’a pas osé s’interposer entre la raison et l’opinion et a approuvé la politique américaine d’intervention ; alors qu’aujourd’hui, il voit bien le gouffre s’ouvrir sous les pas de ses concitoyens.

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Quant à la politique intérieure américaine, il n’est pas dit que la middel classs suivra les Démocrates dans leur lutte contre l’exclusion et la pauvreté. La croyance que l’on mord mieux quand on n’a rien à manger est toujours aussi tenace dans l’esprit « pionnier » qui a été un moteur de la croissance américaine (1).
Il n’y a vraiment que sur l’énorme déficit de l’Administration Bush que Kerry peut faire mouche, surtout après le boni laissé par Clinton à la fin de son mandat.
Les élections qui auront lieu dans une semaine seront passionnantes à suivre. C’est bien la première fois qu’en tant qu’Européens nous soyons tous d’aussi près concernés.
____

1. C’est aussi celui qui anime le ministre belge Frank Vandenbrouck dans sa traque du chômeur de longue durée, ce qui ne laisse pas d’être inquiétant venant d’un socialiste.

23 octobre 2004

Souvenir, que me veux-tu ?

- On n’est pas bien ensemble, ma grosse ?
- Tais-toi, mon Aldo. Tu vas t’énerver pour rien.
- J’ai pris mon Co-Renitec, double dose.
- Garde ton émotion pour tout à l’heure.
- Comme si on n’avait pas assez de s’être mariés une fois.
- Cinquante ans, ça fait un sacré bail.
- On va se retrouver devant le fils de celui qui nous avait mariés en 54.
- Reste tranquille, tu froisses ma robe.
- C’est celle que tu mettras pour la cérémonie ?
- Comme tu vois.
- Mais nom de dieu ! Elisabeth, tu ne te rends pas compte.
- C’est celle que je préfère.
- Elle a au moins trente ans, cette robe.
- Et alors, si elle me plaît !
- Elle ne me plaît pas à moi.
-Pourquoi Monsieur Aldo ?
- Tu ne te rappelles pas ? Ça par exemple, c’est un comble.
- Tu ne vas pas revenir sur cette vieille histoire ?
- Un autre jour, je ne dis pas ; mais aujourd’hui, y a outrage !
- Ah non ! Je t’ai dit mille fois la même chose. Il ne s’est rien passé.
- A nom de dieu de nom de dieu, il y a de quoi devenir dingue.
- Parle pour toi. C’est ce jour-là que tu as fichu le camp…
- Mais, il y avait de quoi ! Non, quelle saloperie ce type…
- Tu étais saoul comme un cochon.
- Et toi folle comme une pute en chaleur…
- Fais attention à ce que tu dis, pochetron…
- Comme si je voyais pas sa main, à ce rigolo. Et toi qui la tenais.
-Ça prouve que je voulais pas….
- Tu aurais dû la lui retourner sur la gueule…
- Pourquoi tu l’as pas fait, vieux trouillard ?
- Je vous vois encore à l’extase et sa main sous la nappe en route pour le bonheur...
-Comment que t’aurais pu la voir ? T’étais schlasse à gerber… C’est même ce que tu as fait.
- Ouais de dégoût à vous voir. Un effronté et une pute ! Je ne sais pas ce qui me retient de t’en balancer une.
- Oui, comme l’autre fois. Même que le flic a dit que je devrais porter plainte.
- T’as jamais pu te retenir dans le fond. Ça t’a toujours démangé le biniou…
- La ferme. Tu sais plus ce que tu racontes. Un jour je suis une pute, le lendemain, je suis frigide.
- Tu fais chier, Elisabeth. Les frigides c’est les pires ! T’es jamais comblée. T’es une chasseresse maudite. D’ailleurs t’es les deux. On peut dire que j’ai pas de chance.
- Ah ! ce culot… La patience que j’ai eue, monsieur l’éjaculateur précoce. Le vite repu qui pense jamais aux autres ! C’est une belle vie que tu m’as faite…
- Ordure !
-Pédale !

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- Alors quoi ! papy et mamy, pas encore prêts ?
-Ah ! mon dieu, c’est toi Paulette.
-T’es là depuis un moment ?
-Non, je viens juste de pousser la porte.
- T’es pas en avance ?
- Non. Je parie que t’as oublié qu’on devait passer chez le photographe pour la photo de famille.
- Ah ! Dieu du ciel ! complètement.
- Je vois, mamy a mis sa magnifique robe verte, pleine de souvenirs inoubliables.
- Pourquoi dis-tu ça ?
- Tu sais bien papy. C’est mamy qui a raconté. Au dîner du réveillon 79 que t’avais toujours ta main sous la table et qu’elle te repoussait pour que tu froisses pas sa robe.
- C’est heureux, qu’elle la repoussait la main qu’était sous la table…
- Puis à la fin… tu insistais tellement, qu’elle a cédé !
- Ah ! nom de dieu de nom de dieu… Vous en avez de ces conversations vous les femmes. C’est pas la différence de génération qui vous retient !
- Alors, c’était vrai vieux satyre ?
- Pour y avoir une main, y en avait une. Va savoir laquelle ?
- Toujours aussi blagueur, hein, mamy ?

22 octobre 2004

Qwand i plout so l’curé, i n’gotte pus so l’mårlî

Trop sollicité par des ailleurs qui promettent d’être moins regardants, donc plus lucratifs, DHL avait sans doute envisagé de dégraisser le mammouth de Zaventem dès le début de cette année.
La typologie de Lacan éclaire les PDG d’aujourd’hui : « La canaille est celui ou celle qui se met à la place de l’Autre, c’est-à-dire qui prétend commander à la cause du désir pour les autres. C’est le patron qui vous exploite, vous sous-paie et essaie en plus de vous faire croire qu’il vous veut du bien. »
A cela s’ajoute le comportement étrange des gens à la recherche du pain quotidien. Ils croient pouvoir s’en sortir individuellement, par coup de chance, piston ou magouille. C’est humain, mais c’est un mauvais calcul qui s’avère souvent déplorable. Un meilleur avenir dépend d’un mouvement collectif juste et rassembleur, à DHL comme ailleurs… une lame de fond qui mettrait tout le monde d’accord. Hélas ! ce n’est qu’une utopie même pas partagée par le PS ! C’est dire si on en est loin.
Etrange époque où soudain se perçoit l’abîme sans parvenir à retenir les gens au bord du trou !
C’est le gouvernement sensible à ce qu’on va penser de lui et qui essaie de tirer son épingle du jeu devant l’opinion publique. Il n’y parviendra que lorsque astucieusement il aura mouillé toutes les instances politiques responsables. Alors, que dès le début de la chose, au lieu de « licencier » Isabelle Durant en 2003 sur la question des survols de la capitale, il aurait mieux fait de la soutenir et d’adopter vis-à-vis de DHL une attitude de fermeté. Ce qui aurait peut- être ébranlé les certitudes de cette société sans autres plans qu’in situ à l’époque.
En tergiversant, en choisissant Laurette Onkelinx pour remplacer l’Ecolo, on a tout simplement permis à DHL de changer de stratégie. Dès lors, DHL a joué exactement le jeu du gouvernement, gagnant du temps, et, le moment venu, dévoilant des exigences inacceptables. Peu importe son point de chute futur et ses désengagements en personnel. DHL accomplira ainsi son plan de repli dans la compréhension des travailleurs manipulés.
Les riverains se sont lamentés et ont en vain pendant des années agiter les articles de loi sur le tapage nocturne. On voit bien là jusqu’où la logique capitaliste entraîne les politiques dans les concessions à son égard. Le rôle de séduction que l’on fait jouer aux hauts dignitaires de ce royaume, y compris le roi et le prince Philippe, représentants de commerce à travers le monde pour attirer des investisseurs, est dégradant pour le souverain et aussi pour les Belges lorsqu’il s’agit de concrétiser les appels d’offre, et de couler dans la réalité des faits, les « mamours » diplomatiques et que l’on constate les dégâts que cela infère en renoncements sociaux, dégrèvements fiscaux et saccage de la nature.

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Les jours qui viennent, Verhofstadt avec le dessus de la crème du pot, va blablater sur l’Etat belge et disséquer son anatomie. Les Flamands veulent ceci, les Wallons ne veulent pas cela, au point, dis-on, qu’une fois de plus ce pays va se trouver au bord d’une dépression nerveuse qui risque de mal finir.
On croit voir des enfants qui se disputent des jouets.
L’essentiel ne serait-il pas de réfléchir sérieusement aux échecs successifs d’une société qui n’avance que par à-coups, qui produit sans que ces résultats aient vraiment une valeur et un sens, sans servir à l’humain et en brisant des vies ?
Va-t-on se décider à vouloir un jour un progrès collectif, plutôt qu’un progrès individuel, qui, on le sait aujourd’hui et n’en déplaise aux sottises libérales, ne profite plus, même de façon indirecte à la population ?
Qwand i plout so l’curé, i n’gotte pus so l’mårlî. (1)
Il est tout de même aberrant que le rôle déclencheur de conscience qui devrait normalement être tenu par la gauche représentée par le PS en premier lieu et accessoirement par le CDH et les Ecolos, tarde tant !
Enfin, pour revenir au requin dans l’aquarium de Zaventem et qui va dévorer dans les prochaines années les travailleurs qui l’auront engraissé, les syndicats ne pourraient-ils pas, pour une fois, employer un langage de fermeté sans prendre en otage les responsables politiques et les populations victimes?
Franchement, est-ce concevable que la raison et la vérité viennent de ce modeste blog, servi par ce modeste citoyen qui prit un jour par dérision personnelle le nom de Richard III ?

21 octobre 2004

Un président fort demandé.

- Monsieur Jean-Bertrand Aristide, vous êtes aujourd’hui en exil à Pretoria, votre destin d’homme politique de premier plan s’est-il arrêté définitivement en Afrique du Sud ?
- Pas du tout. Je suis en pourparler avec un grand parti pour revenir bientôt au pouvoir.
- Pouvez-vous nous dire lequel ?
- Je ne vais pas compromettre ceux qui me font confiance. C’est un peu prématuré.
- Quand retournez-vous à Haïti ?
- Qui vous parle de Haïti ?
- Comment ? Le grand parti qui vous fait confiance n’est pas haïtien ?
- Pas du tout. J’ai définitivement tourné la page.
- Ce serait alors vers le Vatican que vont vos ambitions. On se souvient que vous avez été prêtre avant de vous marier avec Mildred.
- Le Saint Père nous a donné un missel et j’attends qu’il bénisse notre union Mildred et moi, d’autant que le Seigneur nous a donné deux filles, il est vrai que je l’y ai quelque peu aidé. (rire) Il s’agit d’un pays d’Europe et ce n’est pas celui du pape.
- Vous nous faites languir, Jean-Bertrand…
- Eh bien ! c’est de la Belgique qu’il s’agit.
- Vous avez été pressenti par un parti belge pour faire quoi ?
- Pour occuper un poste très important, bien entendu.
- Avec quelle aide ?
- Mes « chimères (1)» viendraient directement d’Haïti en Belgique pour appuyer ma politique.

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- Quelle politique ?
- Sociale, cela va de soi. La révolution haïtienne est la seule révolution d’esclaves qui a débouché sur un succès. Voilà une source de grande valeur qui n’est pas contestable. La situation en Belgique est grave. La pauvreté augmente dans les grandes villes, l’illettrisme gagne les Hautes Ecoles… Fondamentalement votre pays a besoin de se ressourcer.
- Ah ! C’est une offre du PS ?
- Qu’allez-vous chercher là ? Le parti que je ne nommerai pas a été le seul à nous envoyer une délégation pour le bicentenaire de l’indépendance à Port-au-Prince. J’ai depuis cet événement gardé des contacts avec les forces-vives de ce parti.
- Louis Michel ? Ce serait pour remplacer Louis Michel au MR ? Mais, il y a un certain Didier Reynders qui a été nommé…
- Vous allez vite en besogne, Monsieur Olivier. Je dois encore recevoir le prêtre Gérard Jean Juste de la « Famille Lavalas » qui enquête sur l’assurance que l’offre en dollars qui m’a été faite est sérieuse.
- C’est quoi, ce type ?
- C’est mon chef de cabinet, en même temps colonel des Chimères.
-Admettons que l’offre vous intéresse, quand prendrez vous vos fonctions ?
- N’allons pas trop vite. Quand les autres partis ont su que j’étais engagé pour faire tourner une équipe, ils m’on pressenti également pour que je devienne leur entraîneur.
- Vous êtes sûr qu’il ne s’agit pas de football ?
- Non. Le football, c’est Mildred qui s’en occupe. Si un club change d’entraîneur, faites signe.
- Les concurrents du MR ne sont pas nombreux. Il y a le CDh et le PS.
- Madame Milquet est une femme charmante qui vient régulièrement se refaire une santé en Haïti.
- Ah bon !
- Je lui fournis les oranges qui, je ne sais pas pourquoi, s’entassent devant elle dans ses tribunes. A la longue, le fruit s’altère. On croit que c’est la dame, mais non, c’est l’agrume.
- Vous êtes aussi importateur de fruits exotiques ?
- Parce que des oranges qui poussent en Espagne, c’est un fruit exotique !
- Mais alors, je ne comprends plus. Vous vendez des oranges d’Espagne au CDh ?
- J’ai un modeste commerce d’import-export. C’est plus un hobby qu’une affaire.
- Il ne reste plus que le PS. Vous avez des contacts avec Di Rupo ?
- C’est là que ça coince. Elio est très chatouilleux, voyez les vice-présidents qu’il a. Un homme de mon poids serait de nature à lui faire de l’ombre. Je ne désespère pas. Ma politique sociale devrait plaider en ma faveur.
- Mais, vous avez plongé Haïti dans la régression sociale et la misère…
- Oui, mais tout cela dans la fermeté. C’est cela que le président du PS apprécie. Il a des problèmes avec ses syndicalistes de l’enseignement, n’est-ce pas ?
- Et alors ?
- La méthode Aristide avec ses Chimères est radicale.
- Vous n’allez pas me dire que vous iriez jusqu’à…
- Si… C’est le destin de tout homme d’Etat. Mais, je vous laisse, j’ai une messe à Saint-Gilles.
- Quoi ! Vous exercez toujours votre sacerdoce, malgré votre mariage et vos deux filles ?
- J’ai une dispense du pape. La pénurie des vocations lui a fait lâcher du lest.
- Vous recevez un salaire ?
- Pas encore ? Je me contente des aumônes des plateaux. A ce propos, si vous avez des clients pour des pièces de l’Art religieux, j’ai quelques objets intéressants.
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1. Chimères : partisans armés du président Jean-bertrand Aristide qui réclament son retour et commettent des exactions, vols, meurtres, viols. Ils sont actuellement combattus par les forces de la Mission des Nations Unies en Haïti (Minustah)

20 octobre 2004

Tuesday look au Sénat.

Show au forum ce mardi matin au Sénat, salle Q.
Les délégués de nos délégués institutionnels, c’est une sorte de concentré chargé de prédire l’avenir de l’Etat belge, espèrent être médiatisés à mort, parce qu’ils le valent bien. Déjà que dans notre démocratie, nous ne maîtrisons pas nos délégués à savoir nos élus, mais alors, les délégués de nos délégués !
Quant à nous investir de tous les pouvoirs qu’en bonne démocratie nous aurions, c’est comme si on nous imaginait contrôleurs aériens habilités à régler les vols de nuit de DHL.
On ne nous demande notre avis que sous forme de sondage. Il paraît que sondés, nous nous agrippons à nos trois couleurs et à la survivance de l’Etat belge, même réduit à une arrête de poisson convoité par les mouettes du bord de mer.
C’est dire si « sondés » nous sommes unanimement patriotes. Cela ne se gâte vraiment que « désondés ou asondés pour les puristes » là où notre désarroi secret s’exprime.
Les délégués de nos délégués vont donc au Sénat débattre ni plus ni moins de notre avenir. Quand on parle d’avenir, il faut relativiser, il s’agit de notre avenir administratif. Comment nous allons bouffer demain, avec qui nous touillerons et dans quelle soupe, ne concernent pas cet avenir là.
Verhofstadt et les délégués de nos délégués, tiennent compte davantage des sondages que des sondés. En langage clair, cela signifie que pour consolider l’Etat, nos représentants wallons vont faire droit, comme d’habitude, aux nouvelles revendications flamandes et notamment sur la scission de Bruxelles – Hall – Vilvoorde.

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Déjà, la semaine dernière, en prolégomènes des hautes instances prévues, des forces-vives de chez nous nous avaient rappelé que cette fichue scission était déjà inscrite dans les réformes de 1995, autant dire qu’elle existait avant la pseudo découverte d’une nouvelle exigence flamande et le foin qu’on fait aujourd’hui.
Les cocoricos que nous avions entendus de la basse-cour namuroise n’étaient destinés qu’aux poulaillers intérieurs qui de Liège à Charleroi, sont on ne peut plus fermes sur notre opposition à toute nouvelle tentative des Flamands à se débarrasser de nous.
A l’extérieur du cercle des poètes wallons disparus, c’est autre chose. La preuve, nos délégués de délégués parlent tous flamands et sont prêts, le cas échéant, à se faire domicilier à Gand en cas de scission irréversible. Déjà Laurette, se rappelant les origines familiales, glisse imperceptiblement vers la sortie en passant de Seraing-la-Morte à Bruxelles-l’avenir.
Mais à défaut « d’avancée spectaculaire », c’est surtout le sénat dans sa forme actuelle qui va en prendre un coup. Que les mandataires de cette antique institution se rassurent, idem pour les gouverneurs de province qu’il avait été question un moment de supprimer, l’employeur Belgique a ceci de différent avec nos industriels, qu’il ne fout jamais ses cadres supérieurs à la porte. Au contraire, chaque réforme est synonyme de promotion. On l’a vu avec la justice, où ceux qui fautent sont automatiquement promus à un rang supérieur. Et comme ces braves sénateurs n’ont pas fauté, au contraire, sont restés bien calmes et paisibles à l’instar de leur nouvelle Isabella Peron, notre Anne-Marie Madonna Lizin, à agiter les drapelets aux trois couleurs, ils ne seront pas oubliés dans la réforme.
C’est même un des grands paradoxes des réformes. Celles qui par exemple apportent des simplifications de procédure, des allégements de « bureautiers » au lieu de faire les économies qu’elles supposeraient, coûtent finalement plus chers que ce qui existait auparavant !
Pour le reste, les Flamands vont nous faire peur. Ils se feront peut-être peur à eux-mêmes. On finira par faire la scission qu’ils demandent, mais ce sera en stoemeling. Ainsi Van Cau ne perdra pas la face et Jean-Marie pourra passer ses dimanches à Fouron sans que ses ex-citoyens ne lui lancent des pierres. Seul Maingain Olivier aura l’air de souffrir un peu à Bruxelles. C’est normal. De quoi aurait-il l’air devant ses électeurs, s’il paraissait réjoui comme les autres ?
Va-t-on un jour arriver à une version définitive de l’Etat ?
On se demande si la forme parfaite de cette chrysalide ne sera pas sa disparition complète et définitive. D’ici là que les cocardiers se rassurent, on en a encore pour cinquante années de métamorphoses… à moins que son prédateur, le Vlaams Blok, résistant à tous les insecticides, ne finisse par dévaster notre culture belgicaine ?

19 octobre 2004

Les filles au casse-pipe.


Joëlle – Les études supérieures, c’est un ministère où il ne se passait jamais rien. C’était parfait pour un début de carrière, Marie-Dominique, pourquoi as-tu tout gâché ?
Marie-Dominique – Moi ? J’ai tout gâché ? tu veux m’expliquer ?
Joëlle – J’ai cru en toi. Tu sais naviguer à vue et passer sous les ponts sans toucher les arches.
Marie-Dominique – Qu’est-ce que ma science de la navigation a à voir là-dedans ?
Joëlle – Tu as le sens de l’eau et surtout de la toile.
Marie-Dominique – La toile de l’eau signifie quoi ?
Joëlle – Qu’on est à la toile, tout simplement.
Marie-Dominique – Qu’est-ce que je vais dire à la meute qui me court après ?
Joëlle – N’importe quoi, que l’affaire suit son cours.
Marie-Dominique – Ce n’est pas le canal Albert, ce ministère.
Joëlle – Peut-être, mais on y coule, tout pareil.
Marie-Dominique – Il faudra bien que je me jette à l’eau.
Joëlle – Ce sont les risques du métier.
Marie-Dominique – Et pourquoi je suis la seule à courir au casse-pipe !
Joëlle – Les présidents, c’est sacré. Un président condamné, c’est un parti qui meurt.
Marie-Dominique – Et Marie ?
Joëlle – C’est une présidente aussi.
Marie-Dominique – Oui, mais pas d’un parti.

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Joëlle – C’est une égérie du PS, donc encore plus intouchable. Où étais-tu quand Deprez a quasiment noyé le PSC ?
Marie-Dominique – J’étais en croisière sur « Li Torè ».
Joëlle – Alors que tu aurais dû voler à mon secours.
Marie-Dominique – Comment l’aurais-je pu ? Je n’étais pas membre de ton parti.
Joëlle – J’aurais mieux fait de donner le poste à Nothomb ou mieux, à Grafé.
Marie-Dominique – J’étais plus tranquille à la capitainerie du port de Liège.
Joëlle – Tu peux toujours donner ta démission.
Marie-Dominique – Pas avant que tu ne donnes la tienne…
Joëlle – Ça m’apprendra d’offrir une chance à une non-professionnelle.
Marie – Qu’est-ce qui ne va pas, les filles ?
Marie-Dominique et Joëlle en même temps – C’est elle qui…
Marie – Ah ! oui… c’est à propos du refinancement des Hautes Ecoles.
Joëlle – Marie-Dominique ne veut pas prendre ses responsabilités.
Marie-Dominique – Joëlle m’a envoyé au casse-pipe.
Marie – Allons les filles, c’est arrangé. Je viens d’avoir Elio au bout du fil.
Marie-Dominique – Ouf ! C’est arrangé…
Joëlle – Je le savais. Elio a sauvé la retraite de Louis en le fourrant à l’Europe… C’est notre bon ange à toutes…
Marie-Dominique – Je reçois la délégation demain. Je vais dire quoi ?
Marie – Tu leur promets ce qu’ils veulent. Qu’ils rentrent contents chez eux…
Joëlle – Quel homme cet Elio !
Marie – Puis, tu n’as plus qu’à prier pour que le gouvernement saute..
Marie-Dominique – Et s’il ne saute pas ?
Marie – Il reste une chance. Joëlle aura fait pression sur la CSC et Elio sur la FGTB.
Joëlle – Il n’en est pas question.
Marie – Parfait. C’est ce qu’Elio souhaite.
Joëlle – Je ne comprends pas !
Marie – Pourtant, c’est simple. La CSC continuera seule ses revendications.
Marie-Dominique – Je ne comprends pas non plus.
Marie - Ça foutra la merde dans les syndicats.
Joëlle – La CGSP va perdre des membres !
Marie – Et alors ? Voilà longtemps qu’Elio veut rabattre le caquet des enseignants.

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Joëlle – Tu vois, Marie-Dominique, quel stratège, cet Elio… J’admire…
Marie-Dominique – J’en ai connu des tordus aux Voies navigables, mais c’est rien à côté.
Joëlle – Et si la combine ne marche pas et que la base de la FGTB poursuit son mouvement ?
Marie – Alors, Marie-Dominique démissionne et Elio se débarrasse de deux ou trois permanents qui l’emmerdent.
Marie-Dominique – Mais alors, je retourne à la case départ !
Marie – Non. Elio te trouvera un meilleur boulot.
Joëlle - …tout ça en attendant les élections où tu refais surface sur ma liste.
Marie – Alors contentes les filles ?
Marie-Dominique et Joëlle ensemble – Elio, c’est notre bon ange à toutes…

18 octobre 2004

Un univers impitoyable.

- Ricky Golden, depuis six mois tu fais chanteur. T’es motivé ? Pourquoi?
- Je chantais faux. Je me suis dit, Sébastien, tu chantes faux. Je te mets au défi de faire chanteur.
- Non, je voulais dire, t’as fait chanteur comment ?
- J’ai rencontré Latouma à Disney Park. Nous avons sympathisé. Elle m’a dit « Ricky mon petit, que veux-tu faire ». J’y ai dit « mamy » je veux faire chanteur.
- Excuse Ricky, c’était pas ça ma question. T’as fait chanteur pour qu’on parle de toi ?
- C’est un nom qui m’a pris par les tripes en mangeant une golden. J’ai dit à ce type que je sentais monter en moi "Que veux-tu faire Ricky Golden ?", "Chanteur"qu’il m’dit, Ricky Golden, comme il aurait pu dire, Ricky Golden, dragueur de mine dans le Pacifique avec John Wayne, tu vois.
- T’as eu des années de galère ?
- Quand j’ai su que j’allais faire chanteur, j’ai rencontré Latouma tout de suite. Le talent, ça fait pas plaisir à ceux qu’en n’ont pas. Moi, j’en avais pas, un peu comme Johnny quand il a commencé... Ça ne me faisait pas plaisir, tu comprends ? Latouma m’a rassuré. Sans talent au départ c’est mieux. D’autant que sans talent, tu vois, j’ai jamais galéré quand même.
- Quand c’est que ça t’es venu le talent ?
- Je te dis. Avant Latouma, j’étais nul. C’est elle qui m’a appris que j’en avais, du talent.
- Tu veux t’excipikler, t’essexpliquer, tu veux préciser ?
- Oui, quoi, je chantais pour moi avant Latouma, surtout dans les cabinets, tu vois le double contentement par en haut et par en bas…
- Et puis après tout de suite l’Olympia !
- J’ai éclaté d’un coup, bête de scène. La carrière, chanteur compositeur interprète les contrats… sans connaître la musique et sans certificat d’études… le talent pur.
- Tu composes comment ?
- En marchant. Par exemple le mois dernier il pleuvait. Je dis à Latouma « Tu sais chérie, il pleut. » Oui, on a souvent des conversations intenses, moi écorché vif, elle, l’alcool… tu comprends à son âge, lectrice des auteurs russes… Elle ne sort plus sans soleil. Gentille comme tout elle fait « Vas te promener, gamin. Prends ton parapluie ». En sortant, je fredonnais « Singing in the rain ». L’inspiration, tu vois. J’ai sifflé l’air dans le portable à mon aide compositeur. J’ai expliqué en duplex à un pauvre type qu’est professeur de français la conversation avec Latouma. Et le soir, j’avais la bande.
- Ouais. « Rions sous la pluie », on n’entend plus que ça partout....
- C’est Latouma qui fait passer sur les chaînes…
- T’as beaucoup de personnels, Ricky ?
- Je ne sais pas. C’est Latouma qui s’occupe de tout. Je suis l’artiste, tu vois, je compose, je chante. Tout pour mon public…
- Tu as des projets d’avenir Ricky ?

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- Beaucoup. La grande différence d’âge avec Latouma risque de briser notre amour. Qu’est-ce qu’elle ferait sans moi ? Je lui ai tout donné. A part moi, elle n’a rien. J’ai un nom, Ricky Golden, un public et deux singles. Si Latouma me dit : « Pars, tu es assez grand pour voler de tes propres ailes. Je me sacrifie. », je sais qu’elle aura de la peine, mais je partirai sans me retourner. Les vrais artistes sacrifient tout à leur art.
- Justement, t’aurais intérêt à ne pas te retourner Ricky, on dit que Latouma a une idylle avec le poids lourd américain Joe Dupoing, t’es au courant ?
- Ouais, c’est son masseur. Un type gentil. On se marre bien ensemble.
- Justement, je suis venu avec la gazette, on les voit en première page, elle dans sa voiturette et lui l’air amoureux qui la pousse, entièrement nus tous les deux sur une plage de Sète.
- Nom de dieu, la garce à son âge ! Qu’est-ce que je fais ?
- T’as ton talent Ricky. Excuse-mi partner, mais on a parlé, tout ça, parce que t’étais là, mais j’étais venu pour interviewer Latouma pour le combat à NY de Joe. J’aurais aimé savoir ce qu’elle en pense et ses pronostics.
- Comment, t’es pas un professionnel de « Disk adventure » ?
- Non, j’suis rédac sportif… et toi, qu’est-ce que t’en penses du combat ? T’as un pronostic ? Je parie que t’es pour Frazier ?
- Mais…
-Allais, tu dégages, les voilà…

17 octobre 2004

Les beaux métiers du FOREM

Aujourd’hui, comment obtenir un emploi stable.

Mes chers stagiaires, je vous présente Berthe Sékattre, de chez Tapis-Ston, SPRL, une entreprise en pointe.

Mes cher Foremmiennnes et Foremmiens,
sans tarder, j’entre dans le vif du sujet :
Nous sommes une petite entreprise qui avons trouvé un joint venture dans une fenêtre de l’espace administratif.
Comment se vendre, c’est bien. Mais à qui se vendre pour un maximum de succès, c’est mieux !
Vous savez comme moi, mes chers amis, que la parentèle, l’amitié ou une recommandation par tierce personne d’une « Force-Vive » est indispensable pour un emploi dans l’Administration, les Mutuelles, les Syndicats, les parastataux, etc... A la pêche aux gros, il faut ferrer au bon endroit. Une première méthode consiste à prendre une carte de parti. Le problème, c’est de savoir laquelle ?...
Si par exemple vous vous lancez dans le rempaillage des chaises du PS place Sainte-Véronique et que, au moment où vous êtes bien placé pour le contrat, l’échevinat auprès duquel il vous semble avoir une ouverture, la Députation permanente ou le secrétaire de la fédération du Machin change de titulaire et que c’est un MR ou un CDH ou même un PS mais avec une autre clientèle qui occupe l’endroit stratégique au lieu du PS local, vous êtes ce qu’on appelle vulgairement « baisé ».

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Pour parer cette sinistre éventualité, certains cotisent au PS, au MR et au CHh, en même temps ! Ainsi, tout paraît assuré pour décrocher la timbale. Outre le fait d’être assidu aux réunions des trois antennes locales, ce qui n’est pas toujours facile, d’autant que dans les petites communes, on est forcément toujours repéré, trois cotisations finissent par obérer le budget. Il faut de l’organisation, tenir son agenda, raser les murailles, ne pas se tromper de réunion, par exemple entonner une vibrante Internationale à un meeting du CDH. Mais l’écueil majeur reste encore la découverte du pot aux roses. Si trois emplois sont à pourvoir dans une Intercommunale que se partagent le PS et le MR et que votre nom est inscrit sur deux, voire trois listes, votre compte est bon.
La Société Tapis-Ston SPRL a mis au point un système d’échange de cartes de parti pendant la période au cours de laquelle vous sollicitez la gent politisée de votre district. Si à Barchon on a besoin d’un électricien PS et qu’à Durbuy on souhaite le même, mais CDh, on voit l’intérêt de l’échange. Le tout se fera dans la plus grande discrétion avec dans certains cas, échange de domiciliation. Pour dix euros supplémentaires, on vous trouve même un parent dans la commune.

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Notre bureau Prévision vous signalera, en outre, le mouvement « Force-vive », au cas où vous miseriez à long terme sur un élu, qui, d’après les statistiques va se faire dégommer soit par l’électeur, soit par son propre parti, dans lequel, nous le savons bien, des propres pistonnages et dépistonnages agitent les états-majors. L’assurance non-partant, dans ce cas, est recommandée.

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Vous aurez ainsi la garantie de ne pas dépenser vos efforts et votre argent pour un perdant.
Notre Société a des bureaux partout en Wallonie, et notamment dans les grandes villes où les emplois sont rares et disputés.
Moyennant un supplément de cotisation, dans le cas d’un concours d’entrée, nous pouvons vous guider sur les probabilités de réponses aux questions.
La Société Tapis-Ston s’engage moyennant 20 euros par mois à régler pour vous vos cotisations jusqu’à obtention de l’emploi tant attendu, avec remboursement de faux-frais comme drapelets et cocardes du Premier mai, offrande à la grand messe de la paroisse ciblée ou tricotage de chaussettes pour les Œuvres du vestiaire Libéral.
Un suivi technique moyennant 5 euros la leçon, vous apprendra à ranger les chaises d’une réunion, à vous tenir à proximité de l’élu ciblé et vous donnera toutes les instructions pour le maniement sélectif de la brosse à reliure. Quant aux leçons de maintien comme ouvrir les portes et tenir les porte-documents, nous publions un fascicule « Le Bon maintien » en vente dans le hall du Forem.
Avec Tapis-Ston c’est plus sûr…

16 octobre 2004

Le premier qui rira, aura une tapette.


On ne se connaît pas trop au Parlement européen, mais pour ce qui est d’enrichir les Institutions de l’expérience des membres rapportée des pays d’origine, pardon ! tous des chefs.
C’est Rocco et ses frères qui ont réveillé les instincts.
Rocco, c’est Rocco Buttiglione, le très grand ami du pape, futur Commissaire de la justice, de la liberté et de la sécurité.
Recalé à l’oral, Rocco est contre l’avortement et l’homosexualité… un homme de droite comme le Saint Père les aime.
Les frères et sœurs de Rocco viennent ensuite. Une tête dans la sciure, ce n’était pas assez. Un conservateur anglais présidant la commission de l’industrie a recalé un candidat commissaire socialiste hongrois, le sieur Lazlo Kovacs, tandis que les commissions ont émis des réserves à propos de la richissime hollandaise Neele Kroes à la concurrence, Mariam Fischer-Boel à l’agriculture et Ingrida Udre à la fiscalité.
On pourrait croire que le Portugais Barroso chef du pot-bouille allait être à la peine pour trouver mieux à proposer, pas du tout.

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Les grands groupes se sont mis d’accord pour effacer le travail des commissions, puisque aussi bien, aucun d’eux ne sortait indemne des grands oraux.
Les Verts et les Communistes qui n’ont pas de leurs stars au hit parade se sont récriés. Peine perdue, le PPE, les Libéraux et le PSE (parti socialiste européen) ont dit à Barroso qu’il pouvait y aller, qu’il n’y aurait pas de lézard.
Tout n’est pas pourri au Royaume du Père Ubu. Certains parlementaires des groupes maffieux se sont désolidarisés de la combine de ce pacte de non-agression. Mais quand même, on se demande à quoi cela a pu servir ces commissions chargées de vérifier les compétences, mais aussi les convictions des membres du collège ? Onze journées de fichues, au cours desquelles les candidats mis sur la sellette auraient pu raconter n’importe quoi, que cela revenait au même. Et dire que notre Louis Michel national redoutait l’examen ! En foi de quoi, les journaux auront remué la laitue pour rien.

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Déjà que Barroso, le Portugais hors-concours, plus à droite que lui tu meurs, aurait bien été en peine de satisfaire à un oral, enfin, devant ceux qui se disent encore à gauche. On est loin d’une commission présidée par un Jacques Delors.
Tant qu’on est là-dessus et puisque l’opinion, comme des examens, tout le monde s’en fout à l’Europe, Barroso devrait faire un tour de chauffe dans les pays membres, histoire de rappeler que la droite compte sur la gauche pour ratifier le projet de Constitution Giscard-Dehaene.
En Belgique, les socialistes sont prêts, en France, il y a un cactus (Fabius), ailleurs, ça gaze.
Qu’est-ce qu’on attend pour faire la fête ?

15 octobre 2004

Fatum

Dans la fiction d’une démocratie active les petites gens sont inessentiels, inutiles donc inférieurs, par oukase d’un moindre être et, par conséquent, d’un même avoir, avec tout ce que cela implique de déterminismes et de destins arrangés.
Les gens remplissent des cases prédéterminées, tant d’ouvriers charpentiers, tant d’employés comptables. Ils ont l’impression d’avoir été faits sur mesure dans une matrice de quartier, comme on est de Sainte-Marguerite ou de Robermont. L’école n’est pour eux pas autre chose que le moule qui les assigne à une médiocrité prédestinée.
L’infériorité du plus grand nombre par rapport à la minorité de pouvoir est vécue comme la condition indispensable à l’équilibre social.
On ne peut pas lutter contre le fait établi d’une différence avant toute mise à l’épreuve et toute manifestation de l’intelligence, comme s’il était notoire qu’un riche ou un apparatchik (il n’y en a pas que dans les anciennes républiques socialistes de l’Est) outre les avantages en nature, ait aussi celui des dons et des signes favorables par rapport à un pauvre.
Ainsi, les classes inférieures sont détruites dans leur ambition par l’altérité ordonnée des autres, ceux qui savent, en opposition avec ceux qui, par avance, ont été considérés comme ne sachant pas.
On tient un double discours à destination de la multitude. On lui dit qu’elle a toutes les capacités et que le système dans lequel elle vit pourrait la placer aux places les plus élevées. Puis on lui déclare qu’à tout jamais, elle n’aura les capacités nécessaires à la propre conduite de ses affaires. C’est trait pour trait, le schéma de la démocratie par délégation de pouvoir.
Etonnons-nous que les petites gens ne puissent trouver la volonté d’une détermination, sans entrer en conflit avec leurs délégués. Ces derniers sont poussés aux premières places par d’étranges pratiques ou même le cahier des charges, pourtant léger, du suffrage universel, n’est pas respecté.
L’obéissance passive que suggère le suffrage universel par délégation de pouvoir engendre le ressentiment et prescrit ses limites. La croyance non vérifiée qu’il n’y ait pas de meilleur système pour la conduite des affaires empêche la frustration populaire de se commuer en haine.
La haine, c’est le discours de l’extrême droite. On nous le dit dans la crainte que nous y cédions ; mais nous savons d’instinct que le discours fasciste ne peut être le nôtre ; car, sur le temps que le suffrage universel par délégation de pouvoir nous ignore, le totalitarisme de droite nous agresse et nous persécute tant que nous ne lui appartenons pas, cela malgré nous et avec le ressenti d’une violence plus grande encore.

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En choisissant de montrer une vie politique et sociale dichotomes, le pouvoir sait ce qu’il fait. Il empêche la réflexion sur une démocratie qui offrirait d’autres choix que le suffrage universel par délégation de pouvoir. Pourtant d’autres manières de vivre ensemble existent dans un cadre démocratique. La démocratie directe et autogestionnaire en est un, parmi d’autres, comme le référendum est un des moyens de rendre à l’agora des Anciens une situation meilleure. Enfin, il suffirait d’inclure une clause restrictive dans la durée non renouvelable du mandat unique pour éliminer la plupart des inconvénients du suffrage universel par délégation de pouvoir. Il conviendrait ensuite de régler la question financière de sorte que plus aucun responsable ne finisse millionnaire des deniers publics.
On voit immédiatement que les objections des gens de pouvoir tiennent plus à la préservation de leurs privilèges qu’à tout autre considération.
Un des réflexes premiers de défense des personnels de pouvoir est évidemment d’accréditer la thèse que tout ce qui tend à déconsidérer le système actuel est une démarche Front national.
Voilà qui place les démocrates sincères dans le système par délégation de pouvoir absolu en porte à faux avec une opinion publique manipulée.
C’est une tâche considérable que celle de faire admettre qu’aucun système n’est pérenne et qu’il faudra bien un jour, notamment devant les abus des concentrations capitalistes, envisager des réformes profondes de notre système qui est arrivé au bout de sa logique et qui est en passe, dans son déclin, d’offrir des avenues de pouvoir au Vlaams Blok.

14 octobre 2004

Un de perdu, un autre de retrouvé.

Drôle de pays !
Après les heures de folie douce – la fameuse méthode Verhofstadt – avec DHL, le budget, les rumeurs sur la séparation de Bruxelles-Hal-Vilvorde… une voiture dans le fossé plus tard, les ministres font du non-stop la nuit, et comme Jeanne d’Arc, le lendemain qui était souriante, revoilà le calme surréaliste, le fameux calme à la Belge qui touche à la placidité.
Il reste bien quelques millions à trouver, mis à part tous les dossiers dont aucun n’est résolu, tout va très bien. Pas vous ?
Hier après-midi, à la Chambre, on aura tout bouclé : un peu de maquereautage de dealer sur le tabac à rouler, les taxes sur les bagnoles de direction qui servent de familiales pour conduire les enfants au collège, quelques centimes additionnels de taxe dus au prix du baril, le tout assaisonné de la reprise des affaires et hop, le tour est joué !
Ah ! on le regrettera ce pays quand il aura vécu.
On se demande si les petits pois qui germent au Lambermont n’ont pas raison et si ce n’est pas la meilleure méthode que celle qui consiste à toujours reporter au surlendemain ce qui de toute manière ne saurait être fait le jour même et les jours à venir.
C’est alors qu’on s’aperçoit que les crispations, les grandes envolées font partie d’une gesticulation théâtrale qu’on a raison de ne pas prendre au sérieux.
Les petites feuilles locales d’information l’ont admirablement bien compris, puisqu’elles ne parlent jamais que de la modeste reptation calculée au hit-parade des élites, en l’occurrence, liégeoises.
C’est ainsi que l’événement local a été la semaine dernière la mise à la retraite du gouverneur. C’est heureux que les toutes-boîtes en aient parlé car, autrement, quel est le Liégeois qui connaît ce brave homme ?

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C’est cela qui rassure les gens. D’une information qui ne vaut pas un pet de lapin, on en fait un monument de surprise admirative. La semaine dernière aurait été morne et sans relief, les ploucs auraient risqué leur peau chez ARCELOR comme d’habitude, éventuellement, ils seraient morts pour rien, si le peuple n’avait appris que le gouverneur est à la retraite !
Ces informations apaisantes, roboratives pour les digestions lentes et osons le mot, indispensables, en plus ne coûtent aucun argent à la lecture ! Que peut-on espérer de mieux ?
Et elles nous promettent encore pour les semaines à venir du bonheur à la pelle, ne serait-ce que le nom du remplaçant. Eux, ils savent ; mais nous, il faudra qu’ils nous le martèlent au moins trois mois de suite pour que nous le retenions. Son blase ? Je ne le dirai pas. Chacun son rôle.
Allais, une scoopinette : le nouveau gouverneur a parlé allemand à la minorité germanophone. Stop. Je n’en dirai pas plus.
Parfois, un élément négatif se glisse entre l’adresse d’un bon restaurant et les deux lignes d’une évanescente qui suce à domicile. Justine Hennin-Hardenne serait toujours sous la patte du mégalo virus qui l’empêche de courir à fond après les dollars !
Je le dis tout net, le maladroit qui signe un article aussi outrageusement contre la nature profonde de l’information liégeoise devrait être condamné à finir sa déprime à la pige au journal La Meuse.
Car cette information est fausse. Je vous livre la vraie : « C’est en pleine forme que Justine Hennin-Hardenne fera sa rentrée en décembre à Charleroi. Interviewée, la championne a déclaré que tout va bien et que les deux joueuses classées par erreur devant elle la rassurent tant elle les a déjà battues à plate couture, par le passé. »

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Que la mauvaise presse nous promène dans le duel Bush-Kerry, qu’elle nous harcèle avec le conflit irakien, qu’elle se lamente sur les conflits linguistiques de Weezembeek-Oppem ... tant qu’on veut. elle pourrait même chipoter sur les chiffres de l’inflation, dénoncer les patrons abusifs et chantonner un couplet de l’Internationale, à Liège, les gens s’en moquent.
Grâce à Dieu ! les Liégeois ne lisent pas la presse défaitiste et subventionnée par des agents venus de l’étranger. Ils ne lisent plus la presse du tout. Voilà de la sagesse populaire semblent s’écrier les éditeurs en ligne avec les lecteurs de l’almanach de Mathieu Laensberg.
Allant toujours à l’essentiel, nos Tchantchès sont unanimes, le vrai problème de demain sera de savoir si Michel Forêt suivra la politique de Paul Bolland. Merde, j’ai dit les noms ! Ah ! je m’en veux. C’était un scoop qu’on m’avait demandé de garder en suspens. Pardon !
D’autant que je vais être emmerdé la quinzaine suivante pour laquelle je comptais bien développer ce thème explosif.

13 octobre 2004

Locus of control

Le Jocond – On a la certitude qu’entre « On a marché sur la lune » et « L’affaire Tournesol », Hergé a dessiné un album qu’il n’a jamais publié.
Achille-Cléophas – Comme c’est intéressant. Et comment l’avez-vous découvert ?
Le Jocond – Les Tintinophiles vous le diront, l’évolution du coup de crayon et les dialogues des personnages du premier album au second laissent la place à un autre opus.
Achille-Cléophas – Je parie que vous en savez le titre ?
Le Jocond – « Tintin chez Madame Arthur ».
Achille-Cléophas – Ah ! je comprends. Tintin, c’était Hergé. Il a été effrayé de ses tendances homosexuelles dans les scènes où Tintin s’essaye au transformisme. Il a détruit son œuvre.
Le Jocond – Pas du tout. Le dessinateur avait terminé son album et il avait rendez-vous avec Dupuis, l’éditeur. Fatigué, il était parti se reposer à Denver, le rendez-vous ayant été reporté à quinzaine. A Denver, Hergé rencontra William C. Kholderupp, le roi de la chaussette en latex de Detroit et son admirateur absolu. Ils sympathisèrent et Hergé ne résista pas à l’offre d’un million de dollars pour l’achat du manuscrit avec l’interdiction faite à Hergé de ne plus jamais en parler à quiconque.

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Achille-Cléophas – Je ne vous crois pas. C’est impossible. Cela se saurait, ne serait-ce que de la bouche du roi de la chaussette en latex !
Une-de-Mai – Moi je crois Le Jocond. On ne nous dit rien. On nous cache tout. Un curé a bien retrouvé le trésor des templiers.
Le Jocond – Là, vous voyez bien. Si on a retrouvé le Trésor des Templiers, pourquoi pas un album secret d’Hergé.
Achille-Cléophas – Comment vous, Monsieur Une-de-Mai savez-vous cela ? C’est vous le curé ?
Une-de-Mai – Parce que c’est ma cousine qui habite Hamoir sur le Bâti qui avait hébergé un curé qui pour la remercier lui a donné une pièce en or, exemplaire unique frappé de la tête de Philippe-le-Bel, et qui faisait partie du trésor des templiers disparu et dont le curé, on ne sait comment, était entré en possession.
Simonetta Vespucci – Monsieur Achille-Cléophas, vous êtes un incrédule. Monsieur Une-de-Mai est un témoin à la source, puisque c’est le témoignage de sa cousine.
Une-de-mai – Germaine.
Le Jocond – Germaine, ça ne s’invente pas.
Simonetta Vespucci – Si vous saviez tout ce qu’on ne nous dit pas, vous n’en reviendriez pas. Ainsi, de source sûre, c’est officiel, Jacques Brel a écrit une chanson sur Bruxelles. Quand il chante « Pour manger des frites chez Eugène » dans un couplet de la chanson « Madeleine », il s’agit ni plus ni moins du fils de Léopold II. Ils étaient copains et s’étaient rencontrés sur le tram 33.
Achille-Cléophas – Qu’est-ce que cela. On peut bien être le fils de Léopold II. Il y a plein de Bruxellois qui sont les fils de Léopold II.
Une-de-Mai – Vous en connaissez beaucoup des fils de Léopold II qui s’appellent Eugène et vendent des frites ?
Achille-Cléophas – Non. Je ne connais personne.
Une-de-mai – Là, vous voyez bien, que cela laisse une chance au personnage de Brel d’être ce que Simonetta Vespucci nous en dit.
Simonetta Vespucci – Ce ne sont pas des paroles en l’air. Eugène est mon père !
Jocond – Tu es donc la cousine du roi actuel ?
Simonetta-Vespucci – Non, sa petite cousine.
Achille-Cléophas – Vous marquez un point.
Teilhard du Jardin – Question filiation, mon père était le célèbre de Chardin. On a déformé mon nom, parce qu’il était jésuite et très influent. C’est Raymond Poincaré qui a fait les démarches à sa place. Cela a été vite fait…
Bonaparte – Si je voulais parler, Achille-Cléophas se cacherait sous la table de honte. Mais l’arrière petit fils du duc de Morny m’a fait signer un papier et je dois me taire.
Jocond – Raison d’Etat ?
Bonaparte – Evidemment. Trop de personnes influentes sont en jeu. Le gouvernement serait en danger. Il se pourrait même que la scission de Bruxelles Hal-Vilvorde qui doit se faire sous peu serait remise en cause…

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Achille-Cléophas – Vous êtes tous fous ! Achille-Cléophas était bien le père de Flaubert. Est-ce pour autant que je suis lui ou que lui, c’est moi ?
Une-de-Mai – J’ai parlé de ma cousine. Vous suspectez ma cousine ?
Simonetta Vespucci – Vous allez mettre en doute ce que m’a dit mon père ?
Le Jocond – William C. Kholderupp est dans le Who’s Woo.
Le docteur Pascal – J’arrive à temps. Vous avez l’air bien énervés. On va passer à la douche. Gisèle Bovy, pour commencer.
Simonetta-Vespucci – Ils font tout pour que j’aie une crise docteur. Vous aussi. Combien de fois faudra-t-il vous dire que Gisèle Bovy n’est plus mon nom.
Le docteur Pascal – Bon. Si vous voulez. C’est quoi votre nom aujourd’hui ?

12 octobre 2004

Mars attacks.

- T’as pas une petite pièce, mec ?
- Non, j’ai rien mec. Tu vois pas que je suis mancheux comme toi ?
- Aha ! t’en es… J’ai pas bien regardé, le contre-jour.
- Je te connais. Dis, je t’ai vu quelque part…
-Ça se pourrait…
- Qu’est-ce que tu foutais avant ?
- Avant quoi ?
- Avant la défonce.
- Attention, mec, je prends rien moi. Je suis clean. Tu prends, toi ?
- Un peu la bibine.
-La bibine, ouais, moi aussi, c’est pas prendre, ça, la bibine.
- C’est quoi alors ?
- Si t’as pas de bibine, tu peux pas résister. Sous les soucoupes de surveillance, tu fais pas dix mètres.
- Mais d’où je te connais ? Qu’est-ce que tu foutais dans le civil ?
- Tu vas rigoler si je te le dis.
- Dis toujours…
- J’étais au Parquet.
- Tu faisais l’entretien ?
- Non. J’étais magistrat.
- Merde. Tu schlingues comme si tu sortais de l’amigo !
- Oui, vieux. J’étais en robe, tout ça… je rendais la justice.
- Tu ressembles plus à rien. T’as fait du camp ?….
- Ouais, Guantalamars, deux ans...
- Qui est-ce qui aurait pu prédire ?
- Comme on était parti en démocratie, on en avait pour un siècle à l’avance de gras-double.
- C’est pas les merdeux des banlieues qui nous auraient empêché d’avoir la trique patriote.
- C’était le bon temps.
- A quoi ça te sert, d’avoir jugé les autres, si t’as plus rien à juger ?
- Je touche le fond, comme ceux que j’ai foutu dedans.
- Ça me dit pas toujours d’où je te connais.
- Attends, t’habitais pas Cointe, la zone qu’est maintenant interdite ?
- Elle l’était déjà pour nous protéger du commun. Ils ont réquisitionné ma maison, ma femme fait aide-soignante chez un général.

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- J’y suis, le baron des Noix !...
- Oui, Noix de Méricourt… Noblesse de barreau…
- Et toi, tu serais pas Sacha Desnoyer, l’auteur des Purpurines ?
- Lui-même.
- Avenue des Myosotis !
- Et toi, château Chinard… derrière l’Observatoire ?
- Et t’en es là aussi ?
- Pourtant juge, il en faut. Qui c’est qui va protéger leurs friqués ?
- Ils ne m’ont plus voulu. Leur code n’est pas le même que le nôtre. Et toi, tes lecteurs ?
- En prison pour moeurs. Personne se fait à leur sexualité, leurs bizarreries des sens.
- Et mademoiselle Tronche-Surdeux ? Tu te rappelles la surdouée du haiku ?
- Elle l’a dans le ku, recycleuse de foutre dans leur hôpital-éprouvette.
- On s’est douté que cela allait mal finir, quand leurs équipes ont démonté le perron.
- Qu’est-ce qu’ils en ont fait ?

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-Ils avaient besoin de cailloux pour occuper les édiles communaux à quelque chose.
- Je ne me fais pas à leurs manières sans-gêne ! Je comprends pas que pour se dire bonjour, ils se mettent un doigt dans le cul !
-C’est comme ça chez eux.
-C’est encore heureux qu’ils ne nous ont pas liquidés.
- Hein ! t’es comme moi, tu veux pas finir savonnette !
-C’est pas peu dire qu’on regrette l’ancien régime. Deux siècles d’effort par terre…
- On avait pourtant gagné. Tout le monde au boulot et les chefs au tiroir-caisse.
- Maintenant, on est toujours des merdes, mais c’est nous qui sommes au boulot.
-Tu vas où ?
- A l’épouillage obligatoire.
- Tiens, moi aussi.
- Y a qu’une chose qui m’emmerde vraiment.
-Quoi ?
- C’est quand ils appellent ton numéro et que t’es obligé de dire bonjour à l’infirmier à leur façon.
- Que veux-tu, faut bien se plier aux habitudes des vainqueurs.
- Note qu’on vaut pas mieux.
- Sauf qu’on se foutait pas un doigt dans le cul pour dire bonjour.
- Ça fait une différence.
-C’est juste ce qui nous sépare.
-Nous autres, l’élite, on s’est toujours fait à tout. Sous tous les régimes, tiens même du temps d’Adolphe.
- L’élite, ils l’amènent dans leur bagage. Sauf que leur élite au lieu de leur foutre un doigt dans le cul, leur code de la politesse veut qu’on doive leur embrasser les couilles.
- Ça me gêne moins, cette pratique. C’était même un peu dans nos mœurs, comme si on pressentait ce qui allait nous arriver.

11 octobre 2004

Une affaire entendue…

Man chez les Caroli, au « Véronèse », Maison de repos, c’est quelque chose qui devait arriver. Personne n’y pensait vraiment. La déduction vient d’elle-même quand on s’aperçoit que Man ne peut plus si souvent garder les enfants, qu’on finit même par avoir peur de les lui confier, qu’elle oublie les tickets pour retirer de la teinturerie les robes de ses belles filles, qu’elle achète du « Clé d’Or » au lieu de « Chat Noir », qu’elle casse des assiettes plus qu’à son tour, qu’elle ouvre le gaz au lieu de le fermer et qu’elle perd régulièrement ses clés du petit appartement qu’elle occupe depuis que Pa a été retrouvé raide au moment de sa sieste, victime d’un infarc…
On a fait un conseil de famille. Les belles filles ont été unanimes, Man serait mieux dans une Maison qui dispose d’un personnel spécialisé.
Spécialisé de quoi ? Man a toujours sa tête, malgré quelques pertes de mémoire – mais qui n’en a pas ? On suppose qu’Alzheimer est insidieux, que les os se fragilisent et qu’une fracture du col du fémur, ça n’arrive pas qu’aux autres.
C’est Germaine qui a eu le mot de la fin : « Mieux vaut prévenir que guérir ».
Alors, un dimanche, sans crier gare, au lieu d’une promenade à Banneux, on s’est arrêté un peu avant…

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Au début, chez les Caroli, tout était nouveau pour elle.
Avec ses dictionnaires, ses livres préférés, Man s’illusionnait que rien n’était changé.
Au début, même ses belles-filles n’avaient que des éloges. Ses fils passaient à tour de rôle. Il y avait toujours quelque chose pour eux, un cadeau, cent euros (quoique plus riches qu’elle).
Mais les Caroli n’habitaient pas la porte à côté. Plus grave, la pension de Man ne couvrait pas les frais de séjour. Les fils y allaient de leur poche. Les belles-filles avaient réagi à la perte de leur pouvoir d’achat. On comptait pour rien les services que Man avait rendus jadis; mais on lui imputa les inconvénients qui résultaient de sa chambre avec vue sur l’étang..
Les fils espacèrent les visites au Véronèse. Parfois, ils rasaient les murailles du bureau d’Aphasie Caroli, à cause d’une facture de retard. La porte était toujours ouverte, sauf à certains jours, quand Aphasie recevait le livreur des bonbonnes d’oxygène. Ces jours-là, Luigi Caroli, le mari, tondait d’ordinaire les pelouses.
Bientôt les fils se découragèrent de courir au diable Vauvert. Ils n’apparurent plus du tout.

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Man seule, malgré ses dictionnaires, ses romans de Barbara Cartland et ses mots croisés 3***, trouva le temps long.
Elle s’était fait une raison.
Elle n’en avait pas, pour autant, montrer de l’humeur à ces fils.
Un jour, Aphasie, verte de rage, jeta devant Man les factures impayées des deux mois précédants. Elles se décomposaient très simplement en deux chiffres : Pension de Man, 750 euros, restant dus, 418 euros fois deux.
Elle avait pensé jusque là que sa retraite de veuve suffisait à son entretien. Man ignorait que chacun des fils s’acquittait d’un tiers de 418 € par mois. Elle eut même sur le coup un sourire, 418 est indivisible par 3, comment ses lascars s’arrangeaient-ils ?
Mais la dure réalité de l’argent à trouver était là. Et elle n’y pouvait rien.
Elle chercha des solutions pour éviter les dépenses qu’elle occasionnait à ses fils.

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Ce home était, ni plus ni moins que les autres, une affaire de gros sous. Cette honorable maison tirait profit de tout. Une bouteille d’eau coûtait plus cher qu’au magasin, le moindre service était payant, chaque prise de courant augmentait d’autant la location de la chambre. Les médicaments qu’elle ne pouvait commander sans passer par l’infirmerie lui étaient facturés à des prix qui ne concordaient pas avec ceux des boîtes. La nourriture était détestable et comptée en calories selon les circulaires, de telle sorte que chacun y crevait de faim. Aphasie spéculait sur les agueusies pour faire passer la saveur contestable des denrées de second choix.
Man médita un mois. Puis, elle prit une résolution. Elle accumula les pilules qu’on lui donnait chaque jour, en les dissimulant dans un cache-pot sous ses lunettes et son porte-monnaie.
Le jour qu’elle s’était fixé, elle commanda une bouteille de Chaudfontaine, alors qu’elle s’était faite à l’eau douteuse des robinets, écrivit à chacun de ses fils une lettre qui ne ressemblait pas à une lettre d’adieu… puis absorba toutes les pilules conservées et se coucha, calmement, bien à plat sur le dos, les mains jointes sur la poitrine, pour que le croquemort n’ait pas trop de travail.
Son décès ne fit guère de bruit, le médecin ayant diagnostiqué un arrêt cardiaque Les Maisons de repos sont des endroits où la mort est quotidienne. Man discrètement descendue au sous-sol, un cousin des tenanciers l’emporta dans sa Berlingot à la nuit tombée au funérarium.
Bien qu’ayant une peine véritable, les fils se sentirent soulagés de l’issue rapide. Ils s’émerveillèrent même de la prémonition d’une fin ressentie suffisamment proche pour que leur mère ait pensé leur écrire quelques heures auparavant.
L’aîné, poète, y alla d’une citation hugolienne : « L’amour d’une mère, amour que nul n’oublie, chacun en sa part…» dans l’émotion, il retint la suite dans un soupir : « et tous l’ont en entier ».
Les belles-filles trahirent leur contentement en se querellant amicalement sur les robes qu’elles allaient mettre le jour de l’enterrement.
L’infirmière chargée de donner aux pensionnaires les médicaments fut mise à la porte pour négligence, mais discrètement, après qu’elle se fût confiée à une amie…
Sitôt libérée, la chambre de Man fut occupée dès le lendemain, par un octogénaire qui garda les dictionnaires et mit le roman de Barbara Cartland à la poubelle..

10 octobre 2004

Un mec à plat !

- Tu fous, mec, t’écris plus ?
- J’ai plus de colère… j’en ai plus rien à foutre des Michel, Di Rupo, Onkelinx… je me demande si ça leur fait pas de la pub que je les arrange au vitriol…
- C’est vrai que jusqu’à ces derniers jours t’étais assez violent…
- J’ai plus que du dégoût…
- On peut pas écrire avec le dégoût…
- Non. On se détruit soi-même…
- J’ai jamais su ce que tu voulais vraiment…
- Moi non plus… J’avais des indignations… Ça montait par bouffée…
- Soupape ,
- Non, soulagement. Je me disais, si moi je pense ainsi, les autres, c’est pareil, sauf qu’ils la ferment. Question pudeur ? Difficulté dans le choix des mots ? Confusion des esprits ? Eh bien non ! J’avais tout faux sur toute la ligne.
- Autrement, voilà longtemps qu’on serait au grand soir…
- C’est sûr… Non. Les gens s’indignent pas que les mandats politiques enrichissent leurs bonshommes tout à fait légalement, ils pensent pas comme moi. Mieux, ils sont d’un avis contraire.
- Ce sont des croyants ?
- Exactement Ils croient en Dieu, même les athées !... à la vertu des gens en place. Ils ont foi dans ce qu’ils appellent la démocratie. Ils se sentent dirigés par des responsables compétents. Ils trouvent que le pognon fait toute la valeur d’un homme. Les plus sceptiques, à la limite, jouent au Loto. Ceux-là croient plus à la promotion par le mérite. Ils pensent que faire du fric, c’est aussi con que ça. C’est les plus vrais.
- Qu’est-ce que c’est le plus important pour eux ?
- C’est de se faire reluire tout de suite. D’abord le fric – c’est-à-dire comment en gagner - avec tout ce que ça suppose d’affirmation de soi et de bonheur immédiat et de stress pour rester au top, puis le cul, avec toutes les variantes, la bouffe, les vacances, la télé. Même le fonctionnaire chrétien à famille nombreuse pense ainsi, sans l’oser pouvoir dire…

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- Evidemment, tu déranges !
- Non. Même pas. Ils s’en foutent. Ils ont compris qu’avec les casseroles qu’ils traînent c’était pas le moment de se poser des questions, de la jouer sentimentale…Puis, avec mes trois lecteurs et demi, j’suis pas dangereux… juste un loustic, guignolo d’Internet…
- C’est le contraire, ils pensent que t’es pas assez sentimental… que tu t’attendris pas sur leurs misères à eux… que tu respectes pas ceux qui se crèvent au boulot… que t’es un facho égaré, même.
- Evidemment, je vois pas la rémission des péchés comme eux. Je pense pas que Bush fait la guerre pour le bien général. Je ne saisis pas en quoi le PS est meilleur pour le plouc que le MR. Je ne suis pas à m’esbaudir sur le travail des Missions dans le tiers monde et je ne pense pas qu’un sac de riz estampillé don de la Belgique est meilleur que dix sacs de riz arrachés à la maffia de la famine. Je ne jubile pas à une Résolution des Nations Unies qui répare une injustice sur le papier mais qui la laisse perdurer dans la réalité sans rien faire.
- Là, tu repars dans tes colères…
- T’as raison. J’essaie seulement de t’expliquer.
- D’expliquer quoi ?
- Les gens, même qui ne sont pas loin de partager tes idées, te traitent de pignouf pour des raisons de commodité personnelle. Que tu sois vendeuse au GB ou au guichet de la FMSS, t’as qu’un objectif : durer. Qu’est-ce que tu fais ? C’est simple, tu fermes ta gueule. Toi le sensible, l’émotif, le consciencieux, tu te dis que c’est plus la peine de vouloir changer les prudents en responsables.
- Que vas-tu faire alors ?

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- J’ ai cru pouvoir jouer au golf, me faire sucer par une pauvre fille désargentée, voter pour le premier gangster sur n’importe quelle liste de ma couleur, sans trop savoir laquelle, rêver de ce qu’on va bouffer le soir dès le petit déjeuner, trouver que Britney Spears a un beau cul et disputer à un ami la qualité d’une bouteille de Juliénas par rapport à un Gevrey-Chambertin, me scandaliser avec ma concierge de la montée des violences en ville et réclamer avec les pensionnés qu’on remette les bancs qu’on avait enlevés pour le village gaulois place Saint-Paul, m’abonner à des magazines de l’auto parce que ma tire va avoir quatre ans, trouver que la vendeuse de Tintoretto est drôlement mieux foutue que ma femme et dire en même temps à celle-ci : « T’es magnifique, chérie, avec cet ensemble », mettre mon cul enveloppé dans un tweed très british dans le fauteuil à 65 euros de la salle du concert du conservatoire, alors que des rappeurs rue Sainte-Marguerite savent pas ce que c’est qu’un basson, m’entendre dire « certainement, monsieur le ministre » en serrant des mains de gens qui pillent le trésor public ne serait-ce qu’en salaires et revenus adjacents énormes et d’autant immérités, envoyer mes bons vœux de retraite au gouverneur, alors que je m’en fous et que s’il avait joué de la clarinette au lieu de faire du vélo, on s’en serait jamais aperçu, initier ma famille aux mille et une bluettes de la superficialité et passer à côté des vérités les plus élémentaires… En foi de quoi, je serais en train de gueuler partout qu’il n’y a que le travail et l’amour de la famille qui compte avec celui de la Belgique…
- T’en as encore pour longtemps ?…
- Jusqu’à demain matin, si tu veux.
- Pour me dire quoi ?
- Que, même ces choses banales, en somme, si communes aux citoyens « honorables » enfin, eh bien ! je n’ai pas pu…
- Arrête, tu deviens pathétique…

9 octobre 2004

Patchwork.

Aux jours fastes, les mobiles du crime d’écriture foisonnent.
A ce compte-là, la page du soir devient de la rigolade.
Question internationale, après le match Bush – Kerry, c’est celui des dauphins Cheney – Edwards. Les américains, aussi dépolitisés que les Européens, adorent ce genre de spectacle. Le show les tente plus que les programmes des candidats. Pour faire la lèche à tout le monde, les adversaires restent dans le flou. Après une heure de langue de bois, un journaliste pose la question de savoir quelle politique étrangère sera adoptée si John Kerry est élu.
John Hulsman de la Heritage Foundation répond : Si Kerry est élu, il adoptera la même ligne que George Bush !
On peut faire semblant de ne pas avoir entendu, sinon, comment parler sans rire de ce combat de « titans » ?
Côté Palestinien, c’est toujours Ariel Sharon qui mène tout le monde en bateau. Son plus proche conseiller déclare à la presse que l’intention de son patron est de couler les pourparlers en faveur d’un Etat palestinien. Il ne faut pas s’attendre, à trois semaines des élections américaines, à une réaction de l’auteur de la feuille de route, Bush en personne.
On a assez dit que les Résolutions des Nations Unies assorties du veto des potes de Sharon ne changeront pas la donne tant que la diaspora juive pèsera à Washington un poids de voix considérable. Alors, à quoi bon se fendre d’un xième article indigné sur la brutalité de Tsahal dans les territoires et à Gaza ?

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En « Belle Gigue », après avoir fait tressauter son petit monde à propos de l’urgence d’un règlement pour DHL d’un survol accru de Bruxelles, le premier ministre Verhofstadt se calme et prépare sa déclaration de politique budgétaire à la rentrée de la Chambre. C’est plutôt la petite nouvelle CDh, madame Simonet, qui a le feu aux trousses rapport aux étudiants qui attendent une politique des Hautes Ecoles et des Universités un peu moins ragnagna. C’était quand même plus facile de gérer les darses du port autonome de Liège. Enfin, chez ces gens-là, pas de problème, si elle est recalée aux examens, elle pourra toujours revenir à son amiralat de la flotte liégeoise. Par contre, si elle avait été coiffeuse au Centre Ville, c’est place Saint-Paul qu’elle aurait dû s’inscrire. Cela aurait été moins drôle.
Justement puisqu’on est en Ville, il y a un maniaque qui démonte les planchettes des bancs publics de la Place cathédrale, sans doute qu’il s’est persuadé que cela ferait un beau plancher de sa terrasse. Prions pour que celle-ci ne fasse pas 200 m², car alors, il n’y aurait plus moyen de s’asseoir nulle part… sauf à la terrasse des cafés. L’hypothèse d’une conspiration des gérants n’est pas à exclure.
L’édicule contre le mur de la cathédrale continue à réjouir les mateurs. Cet après-midi, un individu dans la belle quarantaine n’a cessé de mater les queues dont la mienne. Facile depuis que les séparations de ce remarquable monument finissent là où la braguette commence. J’en suis sorti en protégeant mon intégrité des regards libidineux du quidam. J’en ai mouillé le bout de mes chaussures ! Après un tour de la place, à nouveau au sommet des escaliers, il était toujours là, dis donc !... urinoir de gauche, face au mur. Si ça se trouve, il y est encore.

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Question commerce, le centre est devenu une vaste boîte à chaussures. Entre deux chausse-pieds, une autre boîte : une boîte à fringues ! Je me suis promené tout l’après-midi en quête d’un godemiché. On n’a plus l’article ! Les mémères qui ont perdu leur julot se poignent au mixeur ou se calme au tranquillisant ! Vous n’allez quand même pas me dire que l’esprit industrieux des liégeois boude l’article ? Je refuse d’aller à Maastricht acheter un bidule à 5 € et en payer quatre fois plus pour le billet du train et un expresso Borschstraat.
Comme l’ensemble artistique et culturel « Les As du bénin » se déhanche sous la fontaine Delcour du carré, je demande à une passante ce qu’elle en pense ? Visiblement distraite, elle me parle de la trahison de Harlem.

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- C’est qui Harlem que j’y fais ? Harlem Désir ? Un membre de la troupe ?
Elle me regarde avec des yeux ronds. Elle se demande si je ne suis pas en train de la draguer. J’aurais mieux fait de lui demander si elle n’a pas à vendre un gode d’occasion.
- C’est une vedette de la Star Ac qu’elle me fait, de la même façon qu’une maîtresse de première s’adresserait à un dysleptique après six mois d’effort inutile pour lui apprendre l’alphabet.
Pour ne pas mourir idiot j’achète l’équivalent du Monde Diplomatique de la Télé.
C’est l’histoire d’un mec, comme dirait Coluche, qui après avoir baisé quasiment en public sur TF1 à l’heure de grande écoute des enfants, une candidate du nom de Karima, et qui, comble de félonie, accorde son vote à quelqu’un d’autre ! Voilà la pauvre Karina remballée. L’affront public de son amant !
Apprenti showman et déjà pourri ! Tout ça pour qu’on parle de lui dans l’hypothèse d’une « carrière » ! Non, je vous jure… Aux dernières nouvelles, Karima manque à l’enfoiré… A moins que tout cela ne soit arrangé d’avance.
Comme dirait un journaliste sérieux : rendre compte des événements et du choix du public, sans prendre parti...
Je resterai donc sur l’événement. Encore un petit effort, et j’aurais fini par souhaiter une bonne retraite au gouverneur… C’est dire où j’en suis, traumatisé par Harlem !...

8 octobre 2004

Sociopathie

C’est une fatalité. Plus on se spécialise et s’affine, à moins d’être un veau qui pleure à tous les téléfilms, plus on a difficile de rencontrer quelqu’un qui vous aime et vous comprenne, comme chantait Verlaine qui, au moment où il pensait à sa bourgeoise alors qu’il était fonctionnaire à l’octroi, ne savait pas qu’il allait adorer se faire poinçonner par Arthur.
J’ai cru cela longtemps.
C’était encore une idée reçue, parce que c’est faux.
C’est faux parce qu’on s’individualise trop à courir sans fin après le blé.
On croit rencontrer Dulcinée, c’est un autre individu qui ne pense momentanément comme vous que pour être dans le même concept, « en symbiose » pour vous avoir.
- Pourquoi mon chéri ne m’aimes-tu plus ?
- Mais je t’aime toujours darling.
- Je ne te comprends plus !
- Mais si. Je t’aime ! Cependant, j’aime quelqu’un d’autre encore plus que toi.
- C’est qui ?
- Moi.
Voilà le drame. On s’aime trop aujourd’hui pour aimer quelqu’un d’autre.
Et les exemples, vont gueuler ceux qui ne sont pas de cet avis, les exemples contraires, de ces couples éternels qui s’adulent après un demi siècle de mariage ?
- Jules, ça fait combien qu’on est mariés ?
- Beaucoup trop…
- Tu ne m’aimes plus ?
- Si, si…
- Pourquoi ce ton désabusé ?
- Un moment d’égarement.
Celui des deux qui est lucide, pour ne pas faire de la peine inutilement, triche.
Evidemment, quand on a affaire à deux idiots… ou à deux cyniques.
Aussi, vais-je tenter une dernière tentative pour infirmer mes dires.

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Si par hasard, vous connaissez quelqu’une qui a lu l’œuvre complète de Saint-Simon (Louis de Rouvroy duc de) et qui aime ça, qui pense que Flaubert est insurpassable dans le pathétique de sa correspondance, qui déteste le poisson, qui adore les sucreries, qui lit deux pages de « L’Idiot de la famille » tous les matins dans les cabinets, qui est en vacances toute l’année et qui donc n’emmerde personne pour savoir si on ira à la Baule ou à Mostuejouls le premier juillet prochain, qui est capable de rester sans l’ouvrir pendant que j’écris trois à quatre heures, qui aime la poésie et Antonin Artaud, qui connaît la liste des empereurs romains depuis Auguste jusqu’à Constantin (ce qui serait épatant, je ne la sais pas moi-même), qui a des pensées élevées et l’âme assez basse pour se livrer sans retenue aux joies du corps, qui aime l’ordre et traque la poussière pendant que j’organise le désordre en contre-feu, qui peut soutenir sans faiblir une controverse jusqu’au moment où il est nécessaire qu’elle se rende à mes arguments afin de préserver la paix du ménage, qui voue un culte à Evelyne Huytebroeck tout en détestant les Ecolos, qui est pour tout ce qui est contre et contre tout ce qui est pour, qui déteste l’humour à la radio et rit en cachette des facéties des complices de Laurent Ruquier, qui ne mange une choucroute garnie qu’une fois tous les dix ans, qui n’a jamais d’entretiens cliniques et à qui on a enlevé les amygdales et l’appendice au préalable à toute fréquentation, qui n’a pas des règles douloureuses, qui déteste Ariel Sharon et Bush tout en ayant un faible pour les opprimés, les Palestiniens et les Wallons des Fourons, qui a une grande confiance en moi sans me connaître (parce qu’après, c’est impossible), qui ne raconte pas à tout le monde que c’est à Venise qu’elle a eu les plus beaux orgasmes alors qu’elle ne me connaît pas encore, qui ne fume pas, qui connaît la filiation qui lie Louis XIV à Louis XVI, sans oublier le Dauphin Louis et le duc de Bourgogne, qui croit que je suis spirituel et qui voit un mot d’esprit là où je n’ai été que maladroit, qui est agréable à regarder et qui s’habille pas cher tout en restant chic, qui n’a pas eu un enfant d’un premier mariage qui fait chier tout le monde en étant d’extrême droite, qui enfin a un beau talent de décoratrice et tapisse elle-même les pièces qu’elle remet à neuf... qu’elle m’écrive immédiatement en lieu et place des commentaires sous cette page, à moins qu’elle ne trouve ce blog magnifique et que, par la même occasion, elle me le fasse savoir. Ce serait un atout de plus pour sa candidature.
- Tu espères que quelqu’une t’écrira ?
- Non. Pas vraiment. Une femme qui aurait toutes les « qualités » que j’ai écrites me ferait une peur bleue.
- Alors, pourquoi cet étalage ?
- Pour bien te prouver que d’une manière ou d’une autre on n’aime que soi sur cette fichue planète et qu’à chaque disparition d’un être cher – c’est-à-dire nous même – c’est la fin du monde, puisqu’on n’existe plus !
- Et dire que c’est le même type qui a écrit sur l’honneur de Marie-France Botte. Une femme qu’il ne connaît même pas ! Voilà bien une communication paradoxale !
- Le paradoxe est une proposition à la fois vraie et fausse, qui entraîne des déductions contradictoires entre lesquelles la raison oscille interminablement. Demain, si tu veux, je pourrais soutenir le contraire et croire dur comme fer que c’est le fond de ma pensée…
- Quel mec infernal !

7 octobre 2004

Marie-France Botte : non-lieu.

La chambre du conseil de Bruxelles a rendu mardi une ordonnance de non-lieu à l’encontre de Marie-France Botte, inculpée depuis 1996 de faux, usage de faux, détournement et abus de confiance.
On se souvient du lynchage médiatique de cette infirmière dont le parcours jusque là avait été admirable au Cambodge et au Vietnam dans le sauvetage d’enfants maltraités et prostitués.
C’est un des graves défauts des médias en Belgique d’accorder trop de crédits à certaines inculpations, quitte à rester presque muets sur d’autres.
Que dire à présent que le mal est fait, alors que Madame Marie-France Botte est déclarée innocente des accusations qui pesaient sur elle depuis huit ans?
Il existe en Belgique des personnages à gauche comme à droite qui s’en mettent plein les poches grâce à des mandats publics octroyant des traitements cumulés et prohibitifs et qu’au-dessus de ces pourvus légaux, il y a toute cette faune de gros industriels vivant sur la sueur des esclaves industriels que nous sommes devenus, se moquant des lois et transmettant de génération en génération une galette qui s’accroît et s’embellit à force de contourner les lois ou de les interpréter à leur profit.

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Comment faire pour rendre l’honneur perdu à cette femme injustement accusée ?
Ce qui ne va pas dans la justice belge, c’est qu’il n’est pas possible de faire une enquête sur l’enquête, comme il y a une police des polices. En principe, un magistrat ne se trompe jamais. La morale n’ayant rien à voir avec une décision de justice, comme chacun sait, le fait d’avoir saccagé une existence n’entre pas en ligne de compte.
Chaque ordonnance de non-lieu est comme un poinçon qui reste au cœur ; car, il existe des non-lieux qui masquent des culpabilités. Le défaut de preuves probantes n’exclut pas de conserver un doute sur « la faute » du relaxé, suivant le principe qu’il n’y a pas de fumée sans feu.
C’est cela qui est intolérable dans le non-lieu d’un innocent.
Et quand bien même, Marie-France Botte aurait été coupable d’avoir déjeuner d’un sachet de frites mayonnaise sur le compte de l’ASBL, est-elle pour cela à blâmer, quand il y a trop de gens qui ont en Belgique des commodités, frais de représentation, voiture avec chauffeur, badges officiels de toute nature, sans que cela heurte le moins du monde, tous les lèches culs de la presse télévisée et écrite ?
Ce qui manque à cette législation bourgeoise sous le joug de laquelle nous sommes, c’est une procédure discrète de mise en examen, surtout quand elle provient de dénonciateurs.
Il n’y a que les politiques et les industriels qui tirent gloire d’une condamnation de ce qui pour tout autre serait une atteinte à l’honneur. Le politicien convaincu de corruption et condamné ne descend aux enfers que momentanément. On ne saurait dire pourquoi, peut-être est-ce par esprit frondeur, l’électeur adore le margoulin qui est tombé. Ainsi on prend un malin plaisir à lui faire confiance et s’il n’a pas trouvé une combine plus lucrative, il pourra toujours se représenter au suffrage universel, il aura de fortes chances d’être à nouveau élu.

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Quant à l’industriel pris la main dans le sac, n’en parlons pas. La nuée d’avocats à son service va rendre la vie difficile à l’Instruction. Les millions qu’il aura mis sur le côté ne seront qu’à peine entamés s’il y a une amende, même forte, à la clé. Irait-il jusqu’à la prison, il disposera d’attentions particulières et d’une cellule de VIP. Sa réputation comme celle du politique sortira grandie.
Ce qui est grave dans le cas de Marie-France Botte, cette action malencontreuse de justice a privé des associations de secours à l’enfance des possibilités de poursuivre leur travail.
J’attends toujours que ceux qui parlent haut et fort au nom de l’enfance maltraitée, violée, meurtrie, qui se disent prêts à payer de leur personne pour que cela cesse, élèvent au moins une protestation.
J’attends que les médias qui se sont rués sur Madame Botte aient au moins la décence d’accompagner la froide décision du non-lieu de leur mea-culpa et regret.
J’attends que l’entartreur Godin qui n’avait pas raté sa cible reconnaisse l’indignité de son geste et présente des excuses.
J’attends enfin de l’opinion qu’elle se pose la question de savoir comment on va « rembourser » ces huit années perdues aux petits protégés de Marie-France Botte ?
Sans déconner, qu’est-ce que Child Focus et Lelièvre, le porte-parole des enfants, attendent pour poser la question aux médias ?

6 octobre 2004

Sondage Saint-Lambert.

- Vous êtes ?
- Raymond Chamouillé, coiffeur à Lodelinsart, de passage à Liège.
- Monsieur Chamouillé, nous faisons un sondage sur nos hommes politiques.
- Vous savez, je suis très intuitive. Je ne connais rien à la politique. Je marche au coup de cœur, hou !...
- Vous ne connaissez pas les politiciens liégeois ?
- Très peu. Je les vois rarement à Télé Borinage.
- Vous connaissez au moins Willy Demeyer, notre bourgmestre et William Ancion ?
- Non. Jamais entendu parler…
- Qui connaissez-vous alors ?
- Il y en a deux qui sont choux. Attends que je me les rappelle ? Oui. Il y a Jean-Pierre.
- Jean-Pierre ?
- Oui, un beau brun, en cravate, toujours impeccable, qui fait de la moto.
- Ah !... Jean-Pierre Grafé ?
- Hou ! c’est celle-là. Très bel homme… J’aimerais avoir un contact !
- Il est pensionné !
- Et alors ? On peut avoir un contact à tout âge !... Toi, t’as quel âge ? T’as pas de contact ? Je comprends. T’as pas le look. Viens chez moi, je t’arrangerai… Chamouillé, avenue de la Petite Ceinture…
- Il frise les quatre-vingts…
- Je me doute bien qu’elle se teignait les cheveux. Ce doit être quelqu’un de très agréable encore.
- Très… Et l’autre ?

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- Attends. Elle a le nom du prince…
- Philippe ?
- Oui ! Ce qu’il est chou aussi Philippe…
- Le prince ?
- Non ! L’autre Avec un beau regard velouté… qui est passée à la télé dans l’émission streep tease ! L’air Sacha Guitry en Talleyrand… renversé sur un canapé à boire le thé…
- Monfils !...
- Voilà, Monfils ! Excuse-moi, je n’ai pas la mémoire des noms. Je m’attache surtout au physique…Qu’elle a l’air douce, calme, intelligente… Si j’étais liégeoise, foi de Raymond, je voterais pour elle…
- …pour lui !
- Qu’est-ce que tu as à m’embêté avec les sexes ! Ne sommes-nous pas toutes pareilles ?
- C’est vous qui le dites !
- Madame ?
- Jacques Amin.
- Tais-toi, tu m’effraies ! Tu es trop grosse…
- On n’est pas là pour parler de moi, mais des hommes politiques que vous connaissez. C’est tout ? Vous n’avez plus personne en tête à Liège ?
- Une autre, mais celle-là, elle me fait peur !
- Un homme, une femme ?
- Un homme, si tu veux.
- Vous me le décrivez ?
- Elle a des yeux terribles. Elle doit être méchante, méchante… Je la déteste, hou !
- Michel de Lamotte ?
- Tu vois bien, toi aussi, elle te fait peur !
- Mais non. C’est un nom qui m’est venu sur la langue et je l’ai dit sans réfléchir.
- Comment ce fait-il qu’on ait eu la même peur sur la langue et au même moment, dis ma grosse ?
- Il vous fait peur ? Comme c’est bizarre !
- Qu’est-ce que tu veux, je le sens comme ça. J’ai peur même quand elle n’est pas là et rien que parce que tu prononces son nom, je frissonne !
- Et si on s’intéressait à la politique qu’ils font ?
- J’ai toujours fait confiance à mon instinct. Je coiffe, comme tu sais. Rien qu’à passer une main dans les cheveux, je sais dire tout de suite si elle est bonne, ou si elle me fait peur. Tu veux que je te passe une main dans les trois cheveux qui te restent ?
- Non. Mais ça ne va pas…
- Tu faisais moins ta farouche tout à l’heure au comptoir de l’Orléanais bar…
- Je vous remercie…
- Attends… Wayne Lapierre, ça c’est un chou !
- Qui c’est Wayne Lapierre ?
- Comment ? C’est toi qu’informe et c’est moi qui sais ! Wayne, je l’appelle dans mon salon : John… c’est le porte-parole du lobby pour les armes à feu !... avec André Mordant de la FGTB, voilà des choux !... Mordant, c’est sa barbe qui m’excite…
- Mais, ils sont pas du même bord !
- Qu’est-ce que tu racontes ? Tu te rappelles quand les Flamands voulaient plus qu’on livre des mitraillettes au Trouduculkistan ? Comment, qu’elles se léchaient la gaufre, les gamines ! Attends. Pars pas !... On ira boire un verre à l’Orléanais bar après.
- Je suis occupé ailleurs…
- …Le plus chou de toutes, mignonne, adorable, charmeuse et que j’ai une photo d’elle au-dessus de mon lit… ah ! je l’adore…
- C’est qui à la fin ?
- Elio di Rupo !
- La présidente du PS… pardon, le président du PS ? Mais il n’est pas liégeois !
- J’ai toujours voté pour sa parti depuis qu’elle est élue…
- Son parti…
- Pourquoi veux-tu toujours employer le masculin, vilain macho. Tu sais que tu commences à me faire peur, toi aussi ? Tu ferais pas partie de la russian connection ? Rentre ton ventre, fais pas ta Tchétchène… Et puis si tu veux que je dise ce qui me plaît le plus d’Elio, c’est sa coupe de cheveux... déformation professionnelle. Je me suis même demandée si c’était une moumoute de chez Michou ? Magnifique, noir corbeau. Je ne connais pas sa coiffeuse, mais pour les rinçages, elle est forte. J’ai toujours voté pour sa parti… toujours… Je ne le regrette pas… quoique Didière…
- Didière ?…
- Oui, la Reynders, les tempes argentées, elle réveillerait un mort, ma choute !

5 octobre 2004

Une pulsion agressive


Elle ne pouvait pas tomber plus mal avec Chocolat. Charron lui avait dit : « pour ne pas rester seule, prenez un animal ». Le conseil avait été judicieux, sauf que Chocolat n’aimait pas la solitude non plus. Il avait rongé les boiseries des portes, lacéré un coussin et s’attaquait à un pied de la table quand Clotilde était rentrée. « Mon dieu ! la sale bête… ».
Elle l’avait remise à la SPA d’où Chocolat n’aurait jamais dû sortir. Ce fichu appartement pour étudiant peu fortuné ou pour adulte complètement fauché, n’était qu’une niche, mais pour un humain seul.
Depuis qu’elle avait rompu avec un type qu’elle avait connu en ville, qui l’avait invitée au restaurant, pour ensuite la conduire chez lui à Harre dans un taudis d’où elle s’était échappée au milieu de la nuit sur le vélo de la fille aînée, Clotilde ne sortait plus d’une poisse sans pareille.
Le chien n’était qu’un épisode. C’était une succession de catastrophes. Elle s’était endettée pour les trois meubles et le divan-lit de son minuscule appartement. L’argent s’était tout de suite mis à manquer, lancinant, taraudant, envahissant de crainte sa pauvre tête déjà tourneboulée.
Charron était un de ces médecins pas méchant homme, mais tellement pris par une nombreuse clientèle, qu’il entreprit une démarche de placement pour s’en débarrasser, comptant bien faire…

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Quand on dépend de tout le monde, il n’y a que deux façons d’être : faire face courageusement et se faire tout petit et humble ou se rebeller et accuser la terre entière de sa faillite.
Trop de misère d’un coup dispose à la deuxième solution qui est sans issue lorsqu’on n’a pas l’indépendance d’esprit par des moyens assurés. Que voulez-vous que cette pauvresse entreprenne dans son état d’impécuniosité permanente ? Elle n’était pas comme ces protestataires qui rangent les soirs d’émeutes leurs jean’s troués pour réintégrer l’ambiance d’une maison de notaire.
Elle n’avait pas les moyens de protester. La Société le sait bien qui attend ces catégories sociales-là au tournant.
De sorte que ce ne sont pas ceux qui sont victimes des plus grandes injustices qui protestent, mais d’autres à qui le régime profite et qui en ont honte. C’est tout à leur honneur du reste.
Les riches tiennent en laisse les esclaves « heureux » - la grande majorité restante – qui ne sont ni fous, ni révoltés.
Les patrons se rassurent par le piteux état de leur personnel. Une tare qui n’empêche pas d’être vaillant au service ne les gêne pas du tout, au contraire. Elle justifie même un certain mépris et un moindre salaire. Mais au-delà, ils s’inquiètent d’une trop grande déchéance. Et Clotilde effrayait positivement, jusqu’aux Ateliers protégés.
Elle ne pouvait plus se contrôler. Elle constituait un danger social pour les entreprises et une source d’insatisfaction inquiète pour ses ultimes amants.
Ses derniers appuis, elle n’en voulait plus. Elle se coupa de tout le monde.
On mit ses affaires dans le fond d’un garage.
Elle n’avait pas grand-chose. C’était encore trop. Des voisins pillèrent son bagage.
De l’hôpital psychiatrique de jour, elle passa à la pension complète.
Son cas n’était pourtant pas compliqué.
D’une nature honnête, Clotilde ne pouvait supporter devoir partout et n’être rien.
Un peu de respect, quelques billets d’avance et c’était l’espoir qui renaîtrait.
Mais la médecine n’est pas une banque.
On la gava de pilules dont l’argent nécessaire au traitement complet aurait largement suffit à lui rendre la santé avec la liberté et l’autonomie.
Son cas n’intéressait personne et on pensa sérieusement à l’interner définitivement.
Enfin, on parvint par ce traitement à la rendre complètement abasourdie et comme absente.
Sensible au raisonnement, capable de penser sa vie et de l’organiser, comme ses crises de fureur étaient étouffées de pilules de toutes les couleurs, quelqu’un décida qu’elle était guérie et apte à retrouver les chemins de la liberté.
Oui, mais laquelle ?
Il importait peu pour la médecine. On la refila à l’assistanat social.
Elle y serait encore à partager « les lieux de vie » avec les immatures et les drogués, si quelqu’un ne s’était avisé qu’elle prenait la place d’un cas intéressant.
Je l’ai trouvée un soir qui dormait sous mon porche.
Que valons-nous pour juger les autres ?
Cette femme n’avait besoin que d’un peu d’amour pour retrouver l’équilibre et la raison.
Le reste ne vous regarde plus.

4 octobre 2004

Totormania

Monté en graine à baiser le cul du progrès… puis des aficionados du progrès, puis des caudillos des aficionados du progrès… c’est l’homme

Aná Búdet póssle po Píteru !...
Revenu de Saint-Pétersbourg, qu’était encore Leningrad, vers des Internationales moins exposées, ce Liégeois – imaginaire, qu’alliez-vous penser ? - s’assoiffa d’horizons certifiés belges et indolores.
C’est le parcours normal d’un Jean Gol et de bien d’autres. Le cœur pousse à gauche à la jeunesse, mais l’intérêt part à droite à l’âge mûr.
Totor s’est barré du goulag de la rue Saint-Léonard où il était pourtant entré par les WC avec la courante… carte numéro 8768… cotisation en règle jusqu’à l’affaire de Prague… Il s’en éloigne à ce moment-là, et c’est tout à son honneur. La suite l’est moins.
Cité ardente, nom de dieu !... c’est fait, l’artiste bande plus que pour elle… L’érection sévère, la crampe à hisser le coq wallon du gouverneur en larmes, « noss maïeur » redressé… émotion, « t’chant dè Wallons », discours… Belge, comme on est « Scout toujours »… Di Rupo, en montreur au castelet rue Surlet, rigole pas à la manœuvre.

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Etrange destin, après la faucille… le marteau de rempailleur de chaises au PS !
D’abord tâtonnant sous Spitaels… puis, passion du charbonnier… cara mio Elio…
Oint des Saintes Ampoules, paré des hardes et des produits dérivés de la modernité capitaliste, où c’est qu’on va, Totor ?
Merde… Pierreuse, beugle le professionnel, titillé par les écologistes (sa bête noire) trois bouffons emmerdent l’admirable décision de foutre la Justice gare du palais …
Quoi, la pollution ? Quelle pollution ? On va sortir l’hyper filtre qu’on pourra boire l’eau des chiottes de la cathédrale.
Foutaise le débat DHL, les riverains, qu’ont acheté des piaules quinze jours avant la proposition d’augmenter des vols, vont pas nous la faire, ces spéculateurs honteux, comme ces râleurs de Bierset... C’est le destin des grandes villes, le bruit. Le bruit qu’est dispensateur d’emplois, faut pas la gâcher, ma bonne dame, la chance de favoriser l’emploi. Moi, les 747 je les entends ronronner toute la nuit. Ça m’endort ! Positif !... Je pense aux ménages heureux quand le père revient de chez DHL, du flouze plein la casquette, à la maisonnette du Nordstrand. Respect aux bouseux, mec !... Ce bruit-là, c’est sacré…

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Quoi, plus d’essence en 2029, pourquoi pas 2015, mon con ? D’ici là, t’auras un as de l’éprouvette qu’aura le combustible inépuisable, sans aucun CO2, rien que du bonheur parfumé, qu’on pourra faire soi-même… que Didier Reynders sera embêté pour ramasser du fric…
Le protocole de Kyoto, tu te fous de ma gueule ? Tout est résolu, dans les tiroirs… les signataires attendent plus que le feu vert de Texaco ! Le trou d’ozone ? Pourrais pas y passer mon cul à la feuillée de l’espace…
L’emmerdant, c’est les Chinois aux topinambours qui font un milliard d’ivrognes. On leur enverra les as du CHU, 100% liégeois… désintoxication totale… une trouvaille : l’inhalation du pet de vache, pas n’importe laquelle… bleu blanc… radical… garanti !
Le sida ? Tu parles mon Condom. Si on donne pas l’antidote de suite, c’est pour un peu éliminer du monde… Vaut mieux ça qu’une guerre, oui ou merde ?
Il est comme ça, Totor…. invincible raisonneur, arguments imparables, dévot orthodoxe au service des grands hommes.
Rafraîchissant pro d’arrières salles des maisons de l’inculture… trop typé PS pour être honnête, because un secret de famille… corps de ses vieux pour la science question de pas payer l’enterrement… une tante dans le besoin… un comité de quartier réclamant davantage de survol depuis Bierset… amoureux du bruit… syndrome de Ménière… l’acouphène berceur... Va savoir ?...
Totor repart au sérieux pour de nouveaux délires.
Mister Progrès est sûr qu’on va caser les glandeurs du chômedu… des ateliers nationaux, gigantesques, des patrons convertis, rempailleurs massifs de chaises PS.
L’hitlérie à la flamande, l’hystérie du Vlaams Blok… à la casse des vieux gréements, fond de cale, port d’Anvers, direction Hoboken, bout des wharfs, les pieds dans le ciment pour nourrir les moules. Ah ! mais, faut défendre la démocratie, au canon, s’il le faut.
Y a des moments à être tonique comme ça, i’ s’empourpre qu’on se demande si va pas péter une artère… excès d’optimisme. C’est déjà arrivé par le passé les grands hommes fragiles… les rempailleurs qu’avaient misé sur Freddy Terwagne ont été baisés….
Ouais, ça remonte…
Sa spécialité, c’est dans la commémo, passation de pouvoir, changement de direction, élections en tous genres, célébration, solennités diverses. Le maniement consommé de la brosse à faire les pompes, hérédité d’un petit cireur à la Nouvelle-Orléans et lente acquisition d’un sociocentrisme en ont fait un incontournable d’exclamation admirative.
Totor aime pas le rétroviseur, l’Histoire, les musées, les vieux livres, ça l’emmerde… Sauf si cara mio Elio lui commandait une étude sur Charles Quint.
Capable alors d’apprendre le gantois pour lire l’empereur dans le texte. On se refait pas.

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3 octobre 2004

C’est tout con, c’est du belge.


- C’est quoi, un compromis à la Belge ?
- C’est quand Axel s’arrange avec Virenque. A richard le maillot à pois et à Merckx l’étape.
- Et que c’est Virenque qui gagne l’étape quand même !
- Ou quand DHL s’engage à remplacer des avions peu bruyants par des appareils qui le sont beaucoup plus.
- Un compromis, c’est un des deux qui est baisé ?
- Oui, et c’est toujours celui a qui tu penses, qui l’est !
- Pourquoi on est toujours refait dans un compromis à la Belge ?
- T’as déjà vu Huub Broers respecter un accord avec les francophones des Fourons ?
- Non. Mais je ne vois pas le rapport.
- Eux non plus. Pourtant on est baisé.
- Et l’unité du pays, c’est quoi ?
- Ça, c’est plus facile à comprendre. C’est quand elle est menacée, qu’on en parle. Elle est menacée quand les Flamands veulent qu’elle le soie.
- Nous, on la menace jamais ?
- Jamais !
- Pourquoi ?
- Parce qu’on est des patriotes.
- et les autres pas ?
- Si.
- Alors, je ne comprends pas.
- Les autres, c’est des patriotes flamands.
- Quelle est la différence ?
- On aime tous les deux une Patrie.
- Je ne comprends pas…
- …à part qu’elle n’est pas la même.
- Il y a quand même des différences.
- Lesquelles ?
- Les Flamands votent à droite, nous à gauche. Ils ont leurs extrémistes de droite…

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- Nous on a nos centristes de gauche.
- Oui, mais ils sont moins sectaires.
- Ça dépend sous quelle forme.
- Explique.
-Sans être tout à fait aussi nuisibles qu’un Anversois du Blok, en Wallonie nous avons nos fascistes de gauche.
- C’est quoi un fasciste de gauche ?
- C’est un type qui veut des réformes pour que ça change rien que pour lui.
- Ce n’est pas suffisant comme définition.

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- Non. Il faut ajouter que le fasciste de gauche déteste plus que tout les gens de gauche qui ne sont pas fascistes comme lui.
- Il les déteste plus qu’un fasciste anversois ?
- Beaucoup plus.
- On peut dire qu’un fasciste, c’est quelqu’un à droite comme à gauche qui exclut celui qui ne pense pas comme lui ?
- Exactement. Tu as tout compris.

2 octobre 2004

Bouillon de courges au PS

Sport magazine - Brudi Polair, vous êtes à la fois président du PS en Wallonie et des Travaillistes à Londres, comment cela est-il possible ?
Bruni Polair - C’est une longue histoire, mademoiselle Pêche Line. Mes parents étaient à Pavie pour un match de tennis, lorsque mon père fut enlevé, on le sut par la suite, par le professeur Bourne Otite, généticien.
La Meuse-La Lanterne – Pavie pour un tennis !
Brudi Polair – A la même heure un touriste anglais subissait le même sort.
L’Auto-Journal – Une maffia pour rançonner les touristes ?
Brudi Polair – Pas tout à fait. Celui qui allait devenir mon père fut libéré à la condition qu’il laissât quelques gouttes de son sperme dans un flacon de laboratoire.
Femmes d’aujourd’hui – Je suppose qu’il en fut de même du touriste anglais ?
Brudi Polair – Nous n’en avons qu’une preuve indirecte par une religieuse qui nous montra le coup du tronc qui servit de réceptacle.
Télé7jours – Que nous publiâmes sous le titre : Mon cœur est un violon.
Brudi Polair – On apprit que le professeur Bourne Otite fut accusé des séquestrations mais ne fut jamais condamné faute de preuve.
Le magazine du hard – Cela ne dit pas si votre père était au bout, pour que sa femme fît mander un prêtre ?
Brudi Polair – Ma mère eut tellement peur qu’elle fit des syncopes et dut séjourner à l’hôpital. Et pas dans n’importe lequel. Elle fut hébergée à proximité des laboratoires du professeur Bourne Otite !
Vedettes – Elle craignait son mot de guichet ?

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Brudi Polair – Neuf mois plus tard, je vis le jour. Bourne Otite avait fécondé un ovule avec un spermatozoïde de mon père jumelé à celui de l’Anglais !.
Nature – Qu’est-ce qui vous fait croire que vous êtes le fruit d’un spermatozoïde modifié par le professeur Bourne Otite ?
Brudi Polair – A un an je parlais couramment l’anglais. A deux ans, je connaissais toutes les règles du cricket et enfin à cinq, ma mère me surprit en train de mettre de la confiture à l’orange sur un steak.
Vlan – Il faut bien du courage pour arriver au but…
Brudi Polair – Etonné de la précocité de mon amour pour l’Angleterre, mon père entreprit des recherches afin de retrouver l’Anglais de Pavie. Je lui ressemblais comme deux gouttes d’eau.
Tiercé magazine – Voilà qui complique les choses.
Brudi Polair – Mon père crut que l’Anglais l’avait fait cocu. Mais comme il était centriste, prudent et peu sensible à la fantaisie, il fit procéder à une analyse d’ADN sur ma personne. J’avais un ADN semblable au sien mais couplé avec l’ADN de l’Anglais ! Une gémellité rarissime.
Publi-hebdo – Une belle thèse !
BP – Absolument. Mon père en conclut logiquement que Clotilde, ma mère, avait été ensemencée la nuit à hôpital de Pavie à l’insu de son plein gré…
Le Soir illustré – Vous êtes un kid d’éprouvette ?
Brudi Polair – Absolument. Lorsque mes parents moururent, je voulus savoir ce qu’était devenu mon père anglais. Il était mort aussi, mais sa veuve ajouta mon quart à son dû. Le défunt avait été du Labour, comme mon père avait été du PS.
Le Petit Montois illustré - La projection narcissique de soi-même sur l’enfant systématise le mythe de l’enfant parfait.
Brudi Polair – Je suis un militant socialiste modéré et réformisme, adapté à calquer mon comportement sur l’opinion la plus répandue et par conséquent propice à dégager le plus grand nombre de voix aux élections.
Europe Magazine – Un bon président, en quelque sorte…
Brudi Polair – Un militant qui cherche les sources du bonheur.
Le bulletin de défense des habitants de Pierreuse – Vous le devez à quoi ?
Brudi Polair – A ma double hérédité et ensuite à mon inhibition idéologique.
La Gazette de Liège – Vous seriez un président sans idéologie ?
Brudi Polair – C’est très répandu à gauche. Louis VI fit bien brancher Montlhéry !
Le courrier de l’Escaut – Et en Angleterre, cela se passe bien ?
Brudi Polair – Encore mieux qu’en Belgique. Les Anglais boivent le thé à quatre heures de l’après-midi et la Reine chasse les biches à grands coups de bottes.
Le Bulletin de la vie wallonne – La travailleuse anglaise ne rougit pas d’un cal fécond.
Brudi Polair - Nous admirons trop le factum du recteur pour être vraiment de gauche en Belgique.

1 octobre 2004

Si tu donnes la pièce au Pont d’Avroy…

…aie une pensée pour Clarence.

Avec l’Amiral, on compte profiter… quoique ça soie pas très généreux en ce moment. En attendant que ça redémarre, on se cale juste derrière Désiré Delille. C’est encore tout chaud dans la poubelle. On n’a plus qu’à se servir. Avant j’étais deux, l’Amiral et moi. C’était plutôt facile. Il me tenait le chaud pour dormir. Un chien, même en hiver, a jamais froid. Voilà qu’au printemps, elle est venue rappeler que j’en avais encore sous le suint. Elle a gratté. C’était pas évident. Les instincts restent malgré les années d’abstinence. Y avait quelque chose enfoui. Ça s’est réveillé… Maintenant, on est trois. Clarence, ça doit pas être son nom, mais comme elle s’en souvient plus… Clarence, c’est une femme, avec des nichons, un cul, tout quoi… sous des couches et des couches de crasses et de vêtements.
Pour le reste, c’est comme nous, ça pète, ça boit, ça mange. Comme ça mange beaucoup moins que ça ne boit, faut le double de bibine, sans compter l’Amiral qu’aime bien son cendrier de Stella de temps en temps.
Elle a réveillé mes instincts. Je suis deux fois plus actif pour demander la pièce. J’insiste plus qu’avant. Je vois bien que le donneur fait la gueule, mais il donne plus aussi, depuis qu’on étale notre petit ménage ; car, si Clarence mendie pas, elle regarde sans rien dire, droit dans les yeux, l’air féroce, comme si elle allait donner un coup de lame.
Reproche vivant, qu’elle est, comme si c’était la faute aux passants ses tentatives au gaz, ses bras tailladés, ses noyades sauvées in extremis. Et l’autre croyait passer à travers ! Le voilà gêné, il y coupera pas. Il donne…

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Pourtant, comme y a plus de place à la pliure des bras, des genoux pour ses tentatives, elle s’est calmée un brin. Clarence raconte qu’elle remettra ça... vieux réflexe… habitude… On se refait pas. Tout le monde rigole. On dit : « Alors, Clarence, pas encore réussi ? ».
C’est en été qu’on a su. Elle a montré ses bras. L’hiver, avec ses trois chandails, y aurait trop de travail. Je l’ai vue qu’une fois à poil dans la pénombre sous une couette de chez Terre qu’on installe dans le porche de l’école au coin d’Avroy. Ses cicatrices à la saignée des bras, elles disparaissent sous les saletés. C’est pas que ça soie esthétique, la crasse, mais ainsi, ça se voit pas, ses singeries.
Le problème avec cette fichue femelle, c’est qu’à deux euros de collectés, on la voit plus cinq minutes, juste le temps de prendre deux canettes chez le Pakistanais. Quand elle nous revient, l’Amiral et moi, elle en a déjà fini une. Reste plus qu’à partager l’autre. Comme elle a bon cœur, elle vide le reste quand on a bu à tour de rôle, dans la gueule de l’Amiral et du coup faut voir comme il l’ouvre ! Les chiens, c’est pas fiers, ça a bon cœur, c’est fidèle, autrement l’Amiral, voilà longtemps qu’il serait mieux à la SPÄ, alors quand il peut, il se saoule la gueule aussi.

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Parfois, i’ me vient des envies de quitter le quartier, de passer l’eau, de m’expatrier, quand son vieux fond de rancune lui remonte au point qu’elle fait chier tout le monde.
On se regarde l’Amiral et moi, pendant la crise, on se dit rien, mais on s’est compris…
Ça lui monte par bouffée. Elle dégueule ses chapelets d’insulte. Que tout ce qui lui arrive, c’est de ma faute, moi qui la connais depuis à peine depuis… merde, je sais plus !
Dans ses accès, tout y passe, viol du père, du type qu’elle appelle le Français… et tant qu’on y est, la mère qui fait des passes et qui montre le cul de ses filles à ses meilleurs clients… Je me demande, comme ça change toutes les semaines, ce qu’il y a de vrai dans sa roucoulante, si elle ne se les raconte pas elle-même pour se remonter contre l’humanité tout entière.
Parce qu’à la fin, on sait plus, si c’est le mari ou le père la fine ordure, ou encore, le dernier qui lui a fait perdre pied, quand elle a quitté son métier de coiffeuse, pour suivre un julot qui la maquait du côté d’Anvers…
Un jour elle a deux filles, l’autre jour un garçon. Dans ces bons jours, elle peut pas en avoir à cause d’un avortement qu’a mal tourné…
Puis d’abord, quel âge elle a, Clarence ?
On saurait pas dire, comment elle serait après un bon bain ?… Et encore les cals, les squames, ça part pas au savon. J’en sais quelque chose, moi, après un mois de douche à Lantin, j’avais toujours deux plaques irréductibles aux coudes.
En y pensant, je saurais pas même dire si elle a été jolie. D’abord faut pas qu’elle ouvre la bouche, sa dentition répond plus à l’appel et puis, l’exhalaison… pardon !
Un jour qu’elle était à gueuler après une bière, elle s’est mise à lancer des canettes après les passants…
On allait droit à l’incident. Alors, on s’est regardé, l’Amiral et moi, puis on a filé. Direction la Passerelle, de l’autre côté, on était à l’étranger.
Et la vie a repris, sans Clarence, peinard et tout… Derrière l’école Saucy, un hangar entrebâillé pour la nuit. On a refait son trou, reprit des repères, traîné Cage aux Lions, trouvé des coins du côté des Récollets… Au local Tchantchès, des marrants, fins saouls, paient des pèkèts après minuit...
Un vendredi aux puces Saint-Pholien, je tombe sur le Jockey. On l’appelle ainsi parce qu’il est tout petit… la rue est dure aux infirmes…
Il en avait une bonne à m’apprendre : « Clarence, elle s’est ouverte avec le couvercle d’une cannette… Elle est à Dos-fanchon… »
Nom de Dieu ! Clarence à la morgue !… Comme j’étais pas loin, je me décide, je lui devais bien ça. Justement, une mémère hollandaise se tapait un pot de chambre en émaillé avec des fleurs artificielles dedans, qu’elle voulait pas…
Me voilà avec les fleurs à la porte des glacières. D’abord, on voulait pas de moi. Mais le type était plutôt humain. « Juste cinq minutes qu’il dit alors ».
Elle était là, Clarence, propre dans un grand drap blanc. Je la reconnaissais pas. A tel point que j’avais pour le coup pas trop de peine. Elle avait l’air calme et content d’être là.
Voilà le type qui revient avec une dame, la trentaine, soignée et tout. Elle hoche la tête devant le beau macchab, si blanc. « Maman ! »… qu’elle articule.
Là, je m’arrête, je voudrais pas doubler « la Porteuse de Pain » ou les machins à deux balles qu’on mettait avant à remplir les gazettes.
On est sortis ensemble. On s’est rien dit, la fille de Clarence et moi. Ça la branchait pas de connaître la vie de sa mère. Elle a repris tout de suite son air absent. Elles avaient jamais été du même monde, mère et fille, de toute manière….
Dehors, en double file, il y avait une bagnole comme il n’y en a pas deux à Liège qui l’attendait. Comme quoi, j’y ai pensé, la Clarence aura un beau cercueil, c’est le moins… déjà à voir le coffre…
La fille de Clarence s’est tirée.
Merde, j’avais même pas pensé à demander à la bourgeoise le petit nom de sa mère !
Peut-être qu’elle s’en souvenait pas non plus ?