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30 avril 2004

Ohé les 200.000 beaux !... le Forem recase.

Suite à la circulaire de Maria Arena, le FOREM en décentralisation à Hout-si-plout a le plaisir de réunir les soixante-deux ayants droit du dernier carré d’irréductibles du chômage longue durée du village qui ne compte pourtant que deux cents habitants. D’où l’inquiétant chiffre de 99 % de chômeurs complets. Vous totalisez 20.832 mois d’indemnités, un record ! Vous êtes donc prioritaires. Nous vous avions présenté, dans le cadre du plan Arena, d’anciens chômeurs qui ont trouvé du travail, d’autres qui ont monté leur entreprise.
Souvenez-vous du déménageur à la sauvette pour industriel en décentralisation, du serrurier d’huissier, du plafonneur en boîte de nuit, de la goutteuse en sperme, de l’avaleur de sable en Champagne, d’un salon-lavoir pour blanchiment d’argent et de la secrétaire en service de nuit, Edmonde Chéri, tirée à Liège puis retirée dans les Ardennes.
Aujourd’hui, voici Mac-le-Roumain au parcours étonnant et qui, Madame Arena et moi-même le souhaitons vivement, vous surprendra en vous parlant d’un métier peu connu.

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- Salut. J’irai pas par quatre chemins. J’ai jamais pu me lever avant midi. C’est ma nature. On se refait pas. Comme je dois bouffer comme tout le monde, j’ai fait un tour de chauffe dans les supers. Je m’attaquais en priorité aux boîtes de homard. Quand ça a mal tourné, j’ai fait un peu le guet pour des potes, bricolé des portables et chouravé des mobylettes. Bref, j’étais un minable parmi des minables.
Je vivotais comme ça. A mes 18 ans. Je m’suis dit : Antoine – oui, Mac-le-Roumain c’est mon blase de combat – Antoine, si tu tombes, pour le coup t’iras plus te branler chez les dames patronnesses. Ce sera Lantin. Avec ta belle gueule, je te vois mal au trou du cul chauffer les cadors en érection. Quand tu sentiras plus venir l’étron, c’est qu’i’ t’auront bousillé les hémorroïdes… Faut qu’tu montes ton affaire, mec !
J’ai rassemblé mes économies et je suis parti à la remonte en Roumanie instruire la minette au beau métier du sexe. Ainsi pendant quelques temps, j’ai vécu pépère. Quand une flanchait, je refaisais le voyage de Bucarest. Elles en raffolent d’histoires belges, les gamines. Elles croient que tous les vieux dégueulasses du Pont-d’Ile ont des couilles en or ! J’étais leur sauveur…
Seulement à la comptée du côté de la Batte, c’est là qu’elles déchantaient… Le salon moins grand qu’une carrée de mitard sentait le pauvre… Les persuader dans la dentelle de mon page suffisait plus. Mais ma réputation et ma belle gueule compensaient. Un seul inconvénient, fallait pas mettre Andréa, Vanessa et Cory en présence, jamais. (Oui, je les appelle toutes ainsi, question de pas s’embrouiller dans les blases). Elles pensaient chacune travailler en solo pour l’Antoine. Je leur baillais belle… que j’étais serré momentanément, mais que dès que possible… enfin, vous connaissez la chanson… surtout qu’en roumain, le boniment se traduit d’une claque sur les fesses et quand j’ai la tringle à la soirée, une petite gâterie pour détendre, après la comptabilité du jour…
Quand les Albanais sont venus me faire de l’ombre, j’ai vu ce que c’est d’être méchant. J’avais que deux perspectives, me reconvertir dans la rombière… mais l’aspirante à la retraite c’est pas du tout cuit. Ça rapporte pas derche et puis c’est vicieux comme un cheval de gendarmerie. Faire jouir madame, c’est battre le record d’apnée dans les grandes profondeurs et une fois qu’la tuyère est en feu, faut l’alimenter… Et ça consomme à enfiler des perles comme le Concorde en kérosène… Ou bien : tenir mes trois charmantes à la pogne, le pétard dans la poche, prêt à montrer mon bridge et faire du cinéma, comme Bogy, quand i’ sort d’un clandé, qu’i’ r’monte le col de son macfarlane, allume une clope et qu’on voit que sa gueule à la flamme du briquet.…

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J’suis pas un violent et puis j’suis mauvais tireur. J’peux pas dire que j’en aie étendu des masses… et encore sans le faire exprès. Je ferme les yeux quand je presse la détente…
Les Albanais attendaient l’occase, les affreux. Ils m’ont d’abord montré gentiment où étaient mes intérêts. Comme ça valait pas un pet leur proposition, ils m’ont cassé un bras, comme ça histoire de prendre les choses au sérieux. Ils ont fait la promotion de la fracture et le lendemain tout le milieu savait que je m’étais fait rétamé par les métèques.
C’est ainsi que Vanessa, Andréa et Cory ont appris qu’elles n’étaient pas sur le turf en solo du grand amour, mais qu’elles bossaient en consortium pour un toquard le bras dans le plâtre…
Et qu’est-ce qu’elles ont fait avant de se maquer aux Albanais ? Elles ont porté plainte, les fientes, contre moi, Mac-le-Roumain !
Quand la maison poulaga est venue me chercher, elles étaient-là. Les Albanais planqués dans les tinettes, la vaseline, les godes et les caoutchoucs se fendaient la gueule. Vu qu’ils étaient derrière le rideau de la réserve, ça leur faisait une protection. Les poulets, qu’étaient peut être les mêmes qu’à la cave à Dutroux, ne les ont pas vus ! Comme je partais, elles ont insisté pour qu’on aille sous l’oreiller saisir mon feu et quatre boîtes de 8,35 enterrées dans des paquets de sucre ! Dieu sait comme je les avais respectées mes marmites, du coup, j’ai pas pu m’empêcher, foi d’Antoine, de les traiter de putes !
Au poulailler, un mec crâne rasé, a étalé sa graisse sur la chaise d’en face pour mater mes ecchymoses.
J’étais pas beau à voir. Excités par la présence ignorée des Albanais, les poulets m’avaient truandé la gueule. Je voyais plus que d’un œil. Pourtant le mec d’en face me rappelait quelque chose… Je sais, on peut confondre, truand ou flic, on est de la maison… Nous sommes leur matière première qui les empêche d’aller bosser à l’usine. On s’attache…
- T’es parti en pole position, dis-donc toi, Mac-le-Roumain, qu’i’ m’ fait en se curant les ongles avec son eustache... En maison fermée avant tes 18 plombes, un recel, trois fois 15 de ballons, un pour coups et blessures, un autre pour vol à la roulotte… et maintenant maquereau de trois putes… tout ça avant tes 25 ans !... T’as d’jà ta deuxième prolonge au casier… faudra tantôt une main de 21-30 rien que pour ta gueule… Tu sais pas tenir tes femmes. C’est la déchéance du julot, une dame qui l’ouvre. Là, t’en as trois qui ont mangé le morceau dans la foulée, pour coups et blessures, viol, mauvais traitement ! Tu fais l’unanimité, ma couille ! C’est pas tout. On a trouvé un feu sous ta couette… Si au labo, sans r’monter au déluge, on t’associe à une affaire avec mort d’homme… Tu plonges pour au moins dix lignes. T’es un vrai multirécidiviste, bijou !... Tu vas avoir besoin d’une pointure du barreau. J’te signale, Maître Magnée est pris !...
Cette voix, ce petit nez fort… cet accent de Bassenge… cette haleine au roquefort… mais c’est Roland-le-Maestrichtois ! parole…
- T’as plus ton commerce de shit, que j’y fais soulagé ?
C’était bien lui. Il avait viré honnête rapport à la sécurité sociale, et la forte concurrence des Roms dans les trains, les courettes aux Guillemins et les misères qu’on fait aux fumeurs.
Il a plus roulé des mécaniques. On a sympathisé. J’avais un peu tiré sa sœur dans le temps. On était beaufs de la main gauche. Avait pas intérêt à l’ouvrir… Son parcours était pas triste. Pourtant, était jamais tombé… I’ m’a proposé un marché. On passait l’éponge, ça pouvait encore s’arranger, d’autant que mes gagneuses hors Schengen étaient sans papiers réguliers. On pouvait s’entendre avec les Albanais qu’étaient devenus propriétaires de ces dames… des gens raisonnables, en quelque sorte…
Alors, Roland-le-Maestrichtois m’a lâché le morceau.
- Tu sors dans une heure et on passe le mot que t’es en attente de Biribi. Tu rentres dans le milieu, t’évites tes tigresses et les Albanais. On te protège. Mieux, on te rend ton flingue et tes munitions. Tu pénètres les pourris d’en face, tu nous balances des renseignements.
- Quoi, mec, c’est ça être mon pote, que j’y fais ?… Tu veux que je balance ? Que je tourne viandard ? T’as vu la gueule à Nihoul… tu crois que j’y ressemble ? La tu me fais tort, mec…
- Non, c’est un métier, indicateur… C’est un job que je te propose.
Bref, j’ai beaucoup chipoté. Puis je me suis rendu. Fatalitas ! Sans nous, les cops, que peuvent-ils faire ? On les voit venir de loin. La police, c’est Michaux cloné… leur porte-drapeau… leur honte nationale. La véritable police, c’est nous les Julot au repentir… Et comme ils sont reconnaissants, que c’est grâce à nous qu’i’ sont pas pris pour des cons, on peut entreprendre sur le côté.
Quand on plonge… on est carême-prenant. Ce n’est jamais du grand tremplin. Même en forteresse, on peut encore se faire du blé. La prison, ça vous lessive moins que rien. Les durs à cuire se mettent à table… chialent comme des mômes. En cage, nous les saupicquets, on vaut encore par les graillons qui restent fond des dossiers. Voyez Nihoul, donneuse professionnelle, i’ revendique des égards, le fion, et i’ cause aux plantons d’égal à égal… Les autres son bonards au gnouf, lui est peinard à l’hôtel…
Je vous le dis, les mecs, indic c’est un métier d’avenir. On forme une grande famille : les flics au centre et pendus à leurs mamelles, nous et les journalistes… C’est dire l’arche de Noé !
On rentre par des petites portes… On infiltre des coups. On rafle des mises au passage… Au 421 chez les voyous, on joue les indignés, comme au théâtre, quand le poissard a pas le temps de jeter les dés qu’on l’embarque ! On voit tomber les grandes gueules qu’ont fait du tort aux réputations, c’est jouissif… Je vous donne un scoop, je sais que mes Albanais touchent à l’intégrisme. Ils attendent des bazookas. A la première livraison, i’ vont se faire gauler. C’est ça qu’est beau dans le métier : la vengeance…
On recrute, les mecs… Rien qu’un problème. Vous êtes que chômeurs… Faut goupiner son casier un minimum… Une fois cannibales et inscrits, allez pas plus loin, rejoignez nous. A Lantin comme ailleurs, i’a que des malchanceux… Vous valez quand même plus que des innocents au Golgotha… merde !...
Et puis, avec de la chance, s’y a une promo, p’t’être que vous ferez comme Arena, votre ministre : de la politique ?

29 avril 2004

Mourir à Bagdad !

Fatal destin des Bush, père et fils, ils seront sans doute désignés dans l’histoire des Etats-Unis comme n’ayant exercé chacun qu’un seul mandat de Président.
Il faudrait vraiment que le candidat démocrate soit mauvais pour qu’il en soit autrement.
L’Amérique profonde a beau être patriotarde, religieuse et conformiste, il n’est pas possible que la politique extérieure catastrophique de ce grand pays ne soit pas sanctionnée.
Les pataquès du plus calamiteux des Présidents depuis la fin de la deuxième guerre mondiale dépassent largement le scandale du Watergate et la démission de Richard Nixon.
Il y a un an Bush envahissait l’Irak, son prétexte était un mensonge. Il a eu beau dire, après, que son objectif était de mettre fin au règne d’un tyran sanguinaire quand il se soit avéré que Saddam n’avait pas d’armes de destruction massive. Personne ne l’a cru !
Tous les observateurs retiennent qu’il a trompé l’opinion de son pays et celle des démocraties qui ont été entraînées avec lui dans cette mascarade.
Il lui était sans doute impossible de faire marche arrière sans se déjuger et démissionner, d’autant que des soldats américains meurent tous les jours en Irak. Il a donc choisi de persévérer dans le mensonge, de l’agrandir à d’autres perspectives qui sont autant d’autres mensonges.

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Ainsi, cette intention de faire de l’Irak une vitrine de la démocratie au Moyen-Orient !!!
Peut-on croire un instant que des Marines en armes assiégeant Faloudja soient représentatifs d’une démocratie idéale ?
C’est tragique. Parce que c’est exactement l’inverse qui se passe.
Le dernier soldat parti, ce serait plutôt à la naissance d’un Etat islamique auquel on assisterait !
Condoleezza Rice le sait. Si bien que si l’Amérique s’entête, ses contingents y seront encore casernés pour quelques années.
Les Irakiens qui avaient soufferts sous Hussein et qui au départ étaient favorables à l’occupation transitoire de leur pays par les Américains, un an plus tard, non seulement n’y croient plus, mais organisent la résistance un peu partout.
Le comble, par les frontières poreuses de cet Etat en plein chaos, des centaines de terroristes d’Al Qaida s’infiltrent tous les jours. Et ce pays, qui était jadis hors de l’emprise des Intégristes musulmans est, non seulement en train de rallier le camp de ben Laden, mais en plus, favorise l’effervescence contestataire dans des pays comme l’Egypte, le Maroc et l’Algérie qui n’en avaient vraiment pas besoin.
Heureusement que ce ne sont pas tous les pays européens qui se sont laissé piégés avec les Américains dans cette aventure, mais quelques irréfléchis avec en tête l’inconditionnelle Grande Bretagne qui pourrait sur sa lancée et sur proposition de Blair refuser la Constitution de l’Europe par référendum et s’exclure ainsi de l’Union, ce qui serait une bonne chose pour le Continent, après tout.
Reste que les dégâts de ce Président américain sont considérables sur tous les plans. Cela nous touchent aussi directement que nous le voulions ou non. Il faudra des années pour apaiser ce Moyen-Orient en ébullition… si cela est encore possible ?
L’Irak au bord de l’explosion, à l’exception des Kurdes, a refait son unité religieuse contre les Américains. C’est encore contre eux que les grandes villes sont aujourd’hui aussi dangereuses que Gaza en Palestine et c’est en partie à cause du problème irakien que les solutions pacifiques du cas palestinien s’éloignent peut-être définitivement.
Le fiasco est si complet que s’il advenait que les Américains traumatisés et obnubilés par tant d’échecs se fourvoyaient au point de reconduire par fierté nationale Bush junior à la Maison Blanche, ce serait un des jours les plus noirs de l’histoire contemporaine, pour l’Amérique et pour l’humanité.
Croisons les doigts pour qu’il n’en soit pas ainsi.
Formons des vœux pour que le successeur démocrate soit assez diplomate pour faire marche arrière sans froisser l’opinion de l’Américain moyen et sans heurter de front les familles qui ont laissé en Irak qui un mari, qui un frère et dont on perçoit la colère monter.
L’Amérique a besoin et nous avons besoin aujourd’hui d’un homme providentiel par son intelligence et son humanisme.
L’Amérique est dans une mauvaise passe.
Ne commettons pas l’erreur de nous en réjouir. Au contraire, soutenons les Américains qui vont voter contre le Président actuel. Sinon, nous pourrions nous en repentir. Mais il serait trop tard, pour eux comme pour nous.

28 avril 2004

Trop de lois tuent la Loi !

L’arrêt de la Cour d’Appel de Gand, condamnant les ASBL du Vlaams Blok en délicatesse avec la loi Moureaux réprimant les actes ou les écrits racistes, est en droit, inattaquable.
Les libelles et prises de position de la formation flamande d’extrême droite sont sans équivoques.
Les partis qui utilisent la technique du bouc émissaire, en chargeant les étrangers non européens de tous les maux, doivent être montrés du doigt. Les partis opposés aux actes racistes sont moralement tenus d’éviter toute alliance avec le Blok et les autres formations du même acabit.
Tout en étant parfaitement en accord avec les grands principes d’accueil et d’égalité de tout être humain d’où qu’il vienne, il est permis de penser que la Loi Moureaux, comme toutes les lois de censure, est une belle connerie.
Il n’y a pas d’exemple dans la presse depuis son créateur Renaudot d’une censure tolérable et justifiée, ni d’une Censure n’ayant pas l’effet contraire de ce pourquoi elle a été créée.
Que ce soit sous le règne de Napoléon III ou sous celui de Léopold II, les censurés se sont auréolés de la couronne de martyr, pris le peuple à témoin et attiré l’attention plus par le bruit fait autour de leur éviction que par ce qu’ils valent.
Une telle loi se fait l’écho des sophismes qu’elle entend réduire au silence. Cela a un effet de propagande. Et ce qui était médiocre et critiquable devient un dangereux cas de figure.
C’est étonnant que l’avocat Moureaux, initiateur au Parlement de cette xième mouture d’Anastasie, soit tombé dans le panneau.
On dirait que plus le pouvoir politique régresse par rapport au pouvoir économique, plus il légifère, croyant rétablir par cette compensation l’emprise qu’il perd sur nous !
En censurant, on supprime une occasion de pouvoir comparer et juger en connaissance de cause.
Si on me prive de la lecture de textes que je considère a priori comme contraire à mes opinions, on m’infantilise, on m’interdit d’en tirer des arguments et surtout on m’implique dans une démocratie sous contrôle, une démocratie qui est faite sur le présupposé que nos dirigeants ont raison, ce qui dans l’atmosphère générale de suspicion, creuse le fossé entre le citoyen et ses représentants.
C’est aussi une manière de prendre les gens d’en bas pour des imbéciles, en leur enlevant de sous les yeux une prose dont on les croit incapables d’en saisir la nocivité.
La loi Moureaux fait du Blok une sorte de secte qui proclame son amour de la Flandre poussé jusqu’au sacrifice. On chatouille le nationalisme flamand et on court ainsi à la catastrophe, plus sûrement qu’en laissant se décanter sur la place publique, tous les excès et tous les poisons dont ce nationalisme est capable.
Moralité, ce qui se passe en Flandre n’est pas triste.
L’électorat s’apprête à infliger aux partis « normaux » une défaite pour faire du parti « spécial » le premier parti de Flandre !

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Avec cette loi imbécile on n’aura rien gagné et on aura tout perdu.
Les partis de gauche couinent comme des gorets qu’on égorge, les autres se tâtent, surtout en Flandre ou le VLD est fort embarrassé, tout cela sous l’œil amusé de l’électeur flamand qui voit l’occasion de montrer son opposition au Pouvoir bruxellois.
Si cette loi stupide n’avait pas existé, le message de haine et de discrimination du Blok aurait été sans nul doute sanctionné par le vote du citoyen en Flandre, comme il l’est par les autres Communautés.
Cela aurait enlevé cette sensation de contrainte et de malaise que tout honnête homme ressent au mot censure.
Certes, il y aurait eu des « dérapages », ils sont inévitables, mais ils auraient eu l’intérêt de révéler ce que cette loi défend à connaître et que la Flandre a toujours couvé, malgré elle,
une certaine forme de nazisme, qu’on pourrait qualifier de nationalisme noir.
Cette Loi, si irréprochable dans ses principes, a frustré tous les amoureux de la liberté.

27 avril 2004

Dis-Claudy en spectacle dans Claudy-Dit !

- Comment dois-je vous appeler, Dis-Claudy ou Claudy-Dit ?
- C’est ma tante qui m’a toujours appelé Dis-Claudy, Monsieur Vrebos. Mais, depuis que je suis poète, je préfère Claudy-Dit.
- Dit, comme Claudy dit de la poésie, évidemment.
- Evidemment.
- Comment êtes-vous devenu poète ?
- Claudy-dit depuis que « son sein gorgé de lait » m’a pris aux tripes lors d’une après-midi dans une maison amie.
- C’est-à-dire ?
- C’est-à-dire, encore le mot dire…
- Le verbe…
- Vous voyez bien que je suis en phase, ne m’interrompez pas. C’est-à-dire, encore le mot dire, à propos de son sein gorgé de lait qui fut un déclic… dans déclic, il y a clic… le cliquetis des arbres sous la pluie, le cliquetis du lait du sein gorgé tombant dans la bouche du nourrisson…
- Vous avez été nourri au sein ?
- Oui, au sein gauche, exclusivement, comme Rimbaud.
- Votre mère vous destinait déjà à la poésie ?
- Non, c’est ma Tante qui m’a nourri au sein gauche gorgé de lait. Ma mère me destinait à la fonction pudique. Il m’a fallu surmonter cette pudicité et ce n’est qu’à l’âge de 33 ans que je suis devenu Claudy-Dit, le fonctionnaire, le seul de son étage qui a connu l’amour !
- Vous êtes devenu extraverti ?
- Je ne sais pas. Ce que je sais c’est que c’est extra…
- Oui, on dit que vous avez un beau succès !
- Encore le mot dire dans un coulage allégé… Dire devient Dit, ah ! merveille de la langue. Le dire est le dit de Claudy-Dit…
- Donc, cet après-midi là vous avez rencontré votre destin…
- Oui, j’ai senti le feu de la poésie m’envahir, Monsieur Vrebos, de la bouche de la poète et de son sein gorgé de lait, je me suis revu tétant ma Tante gorgée de lait… C’était sublime. C’est là que je me suis dit : Dis-Claudy devient donc ce que tu sens monter en toi… devient Claudy-Dit !
- Vous sentiez monter cela d’où ?
- De la base fondamentale, du pantalon Monsieur Vrebos… du pantalon.
- La poète s’en est aperçu ?
- Tiens, j’aurais dit aperçue ?
- Non. Pas dans ce cas.
- Ah ! j’aurais cru… déformation du poète… Non pas dans ce cas, la poète ne s’est pas aperçue de mon état, ai-je dit, Claudy-Dit si vous préférez.
- Je préfère.
- Elle était elle-même à son évocation lactique et je voyais son pur profil à petits tétons…
- Prophylactique ?
- Oui, Monsieur Vrebos. Je n’étais pas célèbre… elle l’était.
- Et maintenant que vous êtes célèbre ?
- Elle ne l’est plus…
- La correspondance des temps…
- Oui. Elle descendait en ville avec le 22 et moi le 21…
- Votre prochain concert ?
- De la prostate, c’est celui que je préfère.
- Vous serez seul en scène ?
- Non. Il y aura Gustave à l’accordéon, une Claudette et ma Tante en mini jupe.

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- On ne s’emmerdera pas comme l’autre fois ?
- Ah ! l’autrefois… que de souvenirs… et ce sein gorgé de lait que je ne saurais voir…
- Elle vous l’a caché définitivement ?
- C’est ce que je dis-Claudy dans mon spectacle Claudy-dit !
- Vous me mettez le lait à la bouche. Vous pouvez me donner quelque chose ?
- Je sais bien qu’à RTL, on ne travaille pas pour rien, Monsieur Vrebos. Deux euros, ça va ?
- Non. Je ne parle pas d’argent, mais une poésie de Claudy-dit ?
- Attendez que je fouille dans ma poche gauche la plus trouée, donc la plus en contact avec ma réalité gonadesque. Voilà :
Son sein était gorgé de lait
Dis-Claudy Claudy-dit ma Tante
Ta Claudette en a deux beaux parfaits
Mais c’est ceux de sa poète qui s’enchantent
Dis-Claudy Claudy-dit t’as ton ticket t’es Cools.
- Pourquoi faire allusion à André Cools dans ce dernier alexandrin de 14 pieds au moins ?
- Parce que c’est dans la salle André Cools qu’aura lieu mon opus poétique.
- Vous espérez du monde ?
- Je n’espère rien du monde qu’un peu de gloire…
Ah ! Vrebos donne-moi tes lèvres !...
Ah ! Vrebos ne comprends-tu pas ?
Ah ! Vrebos ne comprends pas…
Mais donne-moi tes lèvres !
- Qu’est-ce que c’est ? Ah ! vous êtes fou !.... Mon sein est loin d’être gorgé de lait…
- Aha ! petite salope… on vient emmerder les poètes et puis on leur résiste !...

26 avril 2004

Mon Fred chez les Máku-Máku !

Un nouveau jeu dans la Gerbe télévisuelle belge :
A la recherche de Mon Fred ! Lancement en mai sur la chaîne recentrée à Mons, dans le cadre des grands moments de la RTBf.
Marcher en forêt, c’est ployer sous le sac, à chaque pas trébucher, glisser, tomber. On se raccroche à un arbre et c’est épineux ! On le lâche pour un autre, il cède car il est pourri et vous voilà couvert de fourmi. On évite une liane pour tomber sur une autre. On met le pied sur un tronc qui cède et vous voilà enlisé jusqu’au genoux. Marcher en forêt, c’est aussi se glisser, marcher à genoux, à quatre pattes pour franchir un obstacle. C’est se débarbouiller de toiles d’araignées gluantes, se couvrir de fourmis, défoncer un nid de mouches (guêpes) méchantes et se retrouver enflé, meurtri, harassé, épuisé saignant, prêt à mettre le pied à l’endroit précis ou une seconde auparavant un petit serpent noir et terriblement venimeux se tortillait dans une tache de soleil. On rage, on jure, on serre les dents, on avance tout de même, de plus en plus flagellé, déchiré, saignant. On affecte la démarche de l’homme ivre courbé sous le poids d’un sac.

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- C’est un nouveau concept...
- Si c’est nouveau…
- On reconstitue en studio la forêt amazonienne…
- On peut louer les serres de Laeken… ou le Botanique…
- Non. Tout doit être centré sur Mons, ordre de qui tu sais.
- Faudra faire une serre sur la place du village… pardon, de la ville. Tu parles d’un bled !...
- Une tribu… les Máku-Máku.
- Elle existe ?
- Absolument.
- Nous aurons le chef Kunu-Kunu comme consultant.
- Tu crois que c’est un nom porteur ?
- On introduit dans la serre tous les insectes des forêts chaudes. On construit des termitières géantes en polystyrène expansé … dans une serre de 4 hectares.
- Les conditions de vie seront plus terribles qu’à la ferme ?…
- Justement. D’autant que les Máku-Máku vivent tout nus !
- On n’acceptera pas en haut lieu. Tu les connais, ils en ont viré pour un décolleté trop plongeant…
- Si, on a des appuis…. Le consultant nous a vendu la moitié de sa tribu.
- Je ne comprends pas ?
- Avec l’appui de Kunu-Kunu, on a établi une piste de fortune à côté de son village. Il est de mèche avec le sorcier.
- Et alors ?
- Le sorcier endort ceux qui doivent partir pour l’émission. On les embarque pendant leur sommeil dans l’avion qui les amène à Zaventem et de là, sur les lieux du tournage. On les dépose dans la forêt reconstituée, dans un village réplique du leur.
- Je croyais que c’était nos vedettes qui devaient être à poil. Mais alors, quel est leur rôle ?
- Elles ont pour mission de retrouver un explorateur disparu, Mon Fred… Elles partent avec toile de tente, lits et moustiquaires. Elles ignorent, qu’elles vont rencontrer les Máku-Máku.
- Je comprends. C’est le choc des civilisations… la surprise totale !
- Il y a un petit inconvénient.
- Quoi ?
- Les Máku-Máku passent leurs prisonniers au court-bouillon.
- Anthropophage ? Excellent…
- Ce n’est pas le public qui élimine les vedettes, mais les Máku-Máku.
- Nos stars accepteront pas de se laisser bouffer pour l’audimat !
- Non. En dernière minute, c’est notre consultant Kunu-Kunu qui négociera leur rachat en donnant en échange aux Máku-Máku des hamburgers de nos sponsors du MacDo,.
- Et si c’est trop dégueulasse et qu’ils veulent bouffer nos vedettes quand même ?
- Daniel Gilbert nous a déjà dit pour passer à la télévision qu’elle était prête à tous les sacrifices, y compris la marmite des Máku-Máku. Elle en a marre de l’eau froide de la douche chez De Chavanne.
- On pourrait récupérer les animaux malades de la ferme, vu les fermiers qu’ils ont. C’est l’abattoir gratis et troquer la vedette contre un porc bien dodu…
- Un seul inconvénient.
- Lequel ?
- Avant de sacrifier leurs victimes, les Máku-Máku les sodomisent.
- Si c’est ça qui t’inquiète, il suffira de glisser l’information dans le tuyau de l’oreille de tes stars candidates pour que tu refuses du monde…

25 avril 2004

Copier/Coller interdit.

J’ai reçu du fakir Rahd’jou l’ordre du ciel de recopier 642 fois ce texte en l’honneur de Shiva Mollo, la déesse aux multiples vengeances.
Celui qui reçoit ce message devra impérativement recopier ce texte 642 fois, de sorte qu’en 642 jours, il fasse 642 fois le tour du monde.
Si tu es fidèle à cette déesse toute puissante de l’Inde, de grands bonheurs te seront réservés. Tu vivras 642 mois soit 53 ans et 6 mois d’un parfait bonheur avec ton épouse adorée. Tu la chériras comme elle le mérite car elle ne regardera aucun autre homme que toi. Tu seras honoré et tu feras l’amour 642 fois dans ta vie exclusivement avec elle, soit une fois tous les trente jours, sauf si la lune est dans son quartier ascendant ou elle dans son mauvais jour. Alors, la déesse te comptera ton abstinence comme si tu avais eu un rapport.
Tu travailleras honorablement dans une compagnie d’Assurance au plus bas échelon parce que l’argent corrompt et tu vivras paisiblement à ton bureau pendant quarante ans dans une parfaite tranquillité de corps et d’esprit. Ton départ passera complètement inaperçu. Tu béniras 642 fois la déesse qui te permettra de vivre encore plus près de ta compagne. Car, ta pension ne te laissera les moyens que vivre dans une seule pièce, ta femme et toi, serrés l’un contre l’autre vu l’exiguïté du local. Tu t’abstiendras de manifester tes opinions politiques et toute sorte de sentiments qui pourraient te blesser ou blesser les autres. Tu seras fidèle à ton pays et aux personnes qui le dirigent et qui sont l’émanation de toi-même.
Dans le premier tiers des 642 mois de ton union, le ciel te pourvoira d’enfants de Calcutta, la déesse s’est arrêtée au chiffre 12 qui est la somme de 6 + 4 + 2 ; car ta femme n’en aura pas, vu que tes rapports auront été de 11 ½ (le ½ à cause d’une éclipse de lune) en 53 ans et demi de mariage. Tu iras chercher tes enfants en deux fois et ce seront pour toi des vacances inoubliables. Tu les nourriras et ils te quitteront lorsqu’ils auront atteint 25 ans. Tu ne les reverras jamais plus suivant notre vœu pieu.
Lorsque ta femme mourra, tu ne lui survivras que quelques jours, car nous ne voulons pas que tu aies trop de douleur et de regrets.

Voilà mon cher fils, tous les bonheurs qui t’attendent si tu accomplis ce que nous t’ordonnons.

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Si tu désobéis, au point de ne pas recopier ce papier 642 fois, tu seras puni sévèrement.
Tu auras une vie agitée dans les voyages et les aventures. Tu feras l’amour avec 642 femmes dans 642 positions. Tu gagneras facilement et sans travailler 642.000 euros, ce qui te rendra inquiet et mauvais, comme tous les riches. Tu mettras ton nez dans les affaires des autres et surtout dans la politique. Enfin, comme tous ceux qui sont touchés par les démons, tu seras un créateur, artiste en un mot, avec tout ce que cela comporte de vanité, de perversité et de promiscuité indécente.
Tu atteindras la gloire, ce qui pour nous les Dieux est le comble de la déchéance.
Enfin, tu seras condamné à vivre de la sorte 642 mois. Tu te lèveras tard et tu traîneras chez toi avant de te décider à jouer au golf ou t’envoler pour le Pacifique à un concours de surf.
Tu seras joueur, baiseur, voleur à l’occasion sans jamais te faire prendre, ce qui laissera ta conscience sans châtiment et libre de n’éprouver aucun remord.
Bref, tu seras indigne et malheureux. Le déshonneur sera ton lot. Après 53 ans et ½ d’une vie dissolue, il te restera encore au moins 20 ans à vivre que tu consacreras au repentir dans une villa au bord de la Méditerranée, en exil, loin du pays où tu es né.
Tu y auras encore des aventures, mais avec des jeunesses du pays qui te coûteront beaucoup d’argent.

J’espère, mon cher fils, que tu n’hésiteras pas et que tu accompliras ton devoir envers Shiva avec zèle et ponctualité.
Encore un mot : le Copier/Coller est interdit. Tout doit être écrit à la plume Ballon, modèle 36.

24 avril 2004

L’Etat ou l’art de se foutre du Citoyen.


Dans leurs discours les hommes politiques aiment les citoyens. Cet amour est variable. Cela va de l’infini, à une piètre estime.
Certes, l’électeur est sacré et le suffrage universel est le sommet de leurs relations amoureuses.
Ils répètent à l’envi ce qu’un vieux crooner comme Hallyday clame devant
les micros : « Je dois tout au public ! ».
C’est aussi le discours de Guy Coeme qui sera réintégré dans le team du PS, à peine sorti de son purgatoire.
Ils poursuivent généralement : « Le public me soutient depuis longtemps et je l’en remercie ».
Nos élus pensent-ils un seul mot de ce qu’ils disent ?
L’équilibre affectif entre eux et nous est fragile et l’amour pas si profond que cela.
L’alchimie du mot « rue » accolé au mot « citoyen » a particulièrement un effet désastreux sur leurs sentiments. Sitôt dans la cornue, le subtil mélange devient dangereux, explosif… De la gauche à la droite les sourires se figent. Pourtant les électeurs ne sont-ils pas pour la plupart de la « rue » ?
Alors, après l’extase, les bouches se tordent. Le sourire devient rictus et exprime une inquiétude.
Il y a un morceau d’anthologie dans les anciennes actualités de 60-61, lorsque Gaston Eyskens parle de « la rue » suite à la réaction de celle-ci à sa Loi unique. Son visage se tord, la haine et le dégoût s’y marquent. C’est Lionel Barrymore dans « Capitaines courageux ».

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Dans des réunions de « la dernière chance », quand les mesures que l’on va prendre au nom du suffrage universel sont universellement combattues, la salive blanchissant leurs lèvres, nous voyons nos modernes sorciers éructer… anathématiser. Ils ne céderont pas à la pression de la rue. La politique ne s’y fait pas et que ce n’est pas là qu’on dirige un pays.
La rue facteur de trouble et de désolation, qu’est-ce ?
Les manifestations à caractère populaire, les rassemblements ouvriers, les regroupements de mécontents, cela devrait plaire, au moins à la gauche, non ?
Pourtant, c’est un des rares moments où la gauche et la droite semblent d’accord. La haine de la rue les réunit !
Cette grogne de la Belgique d’en bas, abominée par nos grands amoureux de la démocratie, n’est pas toujours visible. Parfois une rumeur de fond, une fronde qui ne s’est pas encore infiltrée dans la conscience populaire couve quelque part sur les pavés, dans les impasses, dans les ensembles type Le Corbusier.
Ce qu’on reproche alors à l’opposition diffuse et hors contrôle, c’est justement son côté populaire, son gauchisme irresponsable... Comme si chez nos élus l’opprobre recouvrait l’ensemble des dérivés honteux du mot : populace, populacier, populiste et parfois le mot de base lui-même : « peuple », lorsqu’il est dit de façon particulière à des réunions où justement il n’est pas convié.
Chose curieuse, le dégoût pour la rue a des limites. C’est lorsque de « la rue » sourd une lame de fond capable de renverser le pouvoir… quand l’émeute frise la révolution !
Alors fleurit un nouveau langage. C’est le fameux « Je vous ai compris. » traduit dans toutes les langues, par tous les diplomates.
Cette ouverture est une ruse. Car, le « Je vous ai compris » signifie avant tout que le Pouvoir a saisi le sens du mécontentement et qu’il réfléchit à la parade.
D’abord, dans un premier temps, les politiques adhérent au mouvement. L’espoir renaît.
C’est lorsqu’elle croit triompher que la contestation populaire est la plus fragile.
Le Pouvoir attend qu’il pleuve, que les volontés s’émoussent que les foules ne s’autogérent plus.
L’exemple le plus récent, c’est la Marche Blanche. 300.000 personnes dehors ! Du jamais vu. Du coup la rue devient le prolongement naturel du Parlement. C’est le Peuple sacré qui dicte sa loi. Dehaene alors premier ministre reçoit les parents des victimes. Le Parlement met en place une commission. On annonce des réformes.
Certaines verront le jour comme la réforme des polices, avec le peu de résultat que l’on sait.
On attend toujours celui de la justice.
Comme ce phénomène unique de rassembler 300.000 personnes ne saurait se renouveler, tant il y faut des circonstances exceptionnelles, le Pouvoir mise sur la lassitude rapide.
Et c’est bien vu. Les manifestants s’impatientent, ne voient pas de changement immédiat, se découragent et abandonnent.
Entre-temps, les Personnalités visées auront infléchi leurs discours. Ils ne parleront des meneurs qui n’existent que dans leur imagination, que si des noyaux durs de contestataires persistent.
Pour la marche blanche, les meneurs sont inoffensifs. Ce sont ceux qui croient au réseau Dutroux et qui pensent qu’une bonne instruction est à charge et à décharge et non pas la défense d’une thèse, comme l’a fait Langlois.
Aujourd’hui les Marches blanches se résument à des lâchers de ballons. Le pouvoir les a récupérées. Les enseignants trouvent pédagogique de les organiser dans les cours d’école. Tout baigne…
Alors que rien ou presque n’a changé !
Transformer une critique venant de « la base » en une leçon qu’ils donnent aux autres, les gens de pouvoir n’ont jamais fait que cela.
Les politiciens réagissent comme la justice, quand celle-ci se sent menacée par ceux qui la contestent. Un Dutroux, par exemple, n’est pas un subversif, donc il n’est pas dangereux. Au contraire, il renforce le sentiment que la justice est dans son rôle et sera exemplaire : « Qu’elle doit passer et qu’elle passera ! ».
Ce qu’elle craint, la Justice, ce sont les gens qui sont convaincus qu’elle est laxiste, voire corrompue, en tous les cas inefficace et au service des puissants, donc injuste. Ceux-là écoperont à tout coup du maximum, s’il leur arrive la moindre peccadille.
Après l’orage, il suffit au Pouvoir de reprendre le discours sur le désintérêt des foules, de « réprimander » les mauvais électeurs, de dire la chance qu’on a d’être dans une démocratie.
Ils font très bien cela à la télévision. Leur show est rôdé.
Dès que le pouvoir n’a plus peur de la rue, tout se remet à ronronner. La rue se rendort. Elle est oublieuse, bon enfant. Les bourgeois s’attendrissent sur une douceur de vie retrouvée. Plus personne ne croit aux changements brutaux. D’ailleurs la brutalité vient d’ailleurs… la crainte du terrorisme… des attentats.
A part ça… tout le monde est content.
Il ne manque plus que la cerise sur le gâteau : « Wallon et Flamand sont des prénoms, mon blase c’est la Belgique ».
Là-dessus une bonne trappiste et un fromage d’abbaye… merde, ce qu’on est bien !

23 avril 2004

Messieurs... la Cour !

On voudrait dire des choses… qu’on savait… qu’on était au courant moins par les faits que par intuition… que c’était inévitable… qu’un jour, cela devait arriver…
Il paraît que nous ne sommes pas qualifiés. Ce n’est pas une question d’études… de raisonnement… Tout bêtement, nous n’avons pas la fonction… le grade… donc pas la compétence.
Nous n’avons pas passé les concours… D’autres qui ont frappé à la bonne porte, sollicité les appuis requis… rempli les bons formulaires… ont investi la peau des personnages classiques… normaux… représentatifs.
Plumet, bicorne ou sabre en bois… ils incarnent. Ils sont le Verbe !
Ils sont entrés dans une confrérie dont le premier réflexe est la reconnaissance des pairs… l’autoprotection réciproque et active des mandants et un mépris de bon aloi pour tout le reste.
Ils savent d’instinct qu’on ne se méfie pas des apparences, de la hiérarchie, que la compétence est automatique… qu’il est impossible que les autres vérifient… analysent… concluent.
C’est classique. Vous êtes devant une carte… vous poussez des petits morceaux de plomb… vous expliquez avec forces détails que c’est ainsi qu’il faut disposer les forces… Personne ne vous écoute… On vous rit au nez… Pourtant c’est le plan idéal qui évitera des pertes… une défaite… Une ganache d’une école militaire vous interrompt. Il parle avec assurance. Tout le monde lui donne raison. On court à la catastrophe, mais selon des règles de professionnalisme bien établies. Il a l’équipement pour séduire… l’uniforme… la petite badine avec laquelle il pousse si bien les petites pièces sur l’échiquier des affaires.
On ne refait pas l’histoire. Personne ne dira le contraire, vainqueurs ou vaincus… Ils ont raison définitivement.
Il en va de même partout.
Là, un juge d’instruction, des enquêteurs se sont attelés pendant huit ans à l’Affaire.
Ils sont venus briller à la barre, expliquer, détailler tout à loisir…
Aujourd’hui on se demande… Ce n’est pas ainsi que vous auriez conduit les choses. Vous ne vous eussiez pas laissé emporter par votre conviction. On n’établit pas à l’avance le parcours de certains en évitant de contrôler des autres, tout aussi crédibles ou tout aussi suspects… Vous auriez travaillé à charge et à décharge… sans a priori.
Vous vous dites, c’est étrange que ceux qui ont le plus de titres… qui normalement ne pouvaient pas échouer… qui ont eu le temps, les moyens… à qui on a fait confiance… et qu’encore aujourd’hui des scrupules vous agitent… voilà que des convaincus inconditionnels font vaciller votre conscience…

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On établit le bilan… On n’est pas fier…
Ils avaient le droit d’occuper les fonctions… à paraître ce qu’ils ne sont peut-être pas.
Ils revêtent l’habit avec tant de prestance… l’accessoire leur donne tellement d’assurance, qu’un éventuel désaveu semble impossible.
Et au même moment que l’on pense cela, voilà des langues qui se délient… des enquêteurs qui n’ont pas été si heureux que cela au service du Savoir, de l’Autorité.
Comme la contestation est toujours suspecte et le suivisme rarement sanctionné !
On s’aperçoit qu’on est passé à côté, sans le dire… de peur de sortir d’une majorité… une majorité de quoi ?
Ce serait inconvenant d’aller plus loin… qu’immanquablement on se heurterait à la Nation.
Parce qu’il faut bien s’accrocher à quelque chose. Sans règle tout peut arriver… On s’invente des barrières… des préjugés… des respects… l’Etat, le Parlement, la Justice, la Police… et on pourrait ainsi décliner tous ceux qui usent et abusent souvent de la petite parcelle d’autorité que leur confère un hasard… une bonne fortune… une situation… Et on se monte la tête en se disant la pièce essentielle d’un vaste puzzle et qu’il faut faire confiance à celui qui sait… vous saisit d’une main ferme et vous place au bon endroit pour peaufiner le tableau final, l’édifice parfait avec au sommet les trois couleurs… un sans faute.
Foutaises.
Des flics qui se tapent dessus à Jamioulx, des Juges qui donnent ou pas la parole suivant leur fantaisie, et des chefs partout qui organisent à leur profit un monde qui exclut au lieu de conforter… qui pérennise au lieu de bouger… qui accapare au lieu de donner.
Messieurs, la Cour ! Merde… faudra bien encore se lever.

22 avril 2004

Janus

A voir le nombre de plus en plus grand de personnes qui vivent seules à Liège, à part celles qui ont choisi le célibat délibérément, il y a forcément un paquet qui sont mal dans leur peau, d’où les clubs, les lieux de rencontre et tout dernier must, le NET.
Seulement, ne nous leurrons pas, ces lieux ne sont pas nécessairement des endroits où trouver « l’âme sœur » (pour employer le langage des agences). Y prolifèrent des espèces carnassières qui ne sont là que pour agrémenter leur solitude et mettre en pièce l’âme naïve. Quand un spécimen de cet acabit rencontre un homologue de race et de vie identiques, la chose est entendue. Après les frottis d’épiderme et le reste, on se donne une claque dans le dos et basta !
Mais c’est souvent l’histoire du loup et de l’agneau, d’où méfiance… et qui dit méfiance, dit à la longue, l’impossibilité de faire confiance.
C’est ainsi qu’on se replie entre son pot de géranium, son poste de télévision et le téléphone.
Le géranium pour les évocations à la nature, la télévision pour ses paillettes et le rêve, enfin le téléphone pour faire la conversation quand on a besoin de parler.
Seul lien avec l’extérieur, le travail, pour ceux qui en ont.
Aujourd’hui, le travail comme lien social n’est plus ce qu’il était.
Les rivalités entre les personnes y sont telles que les relations sont souvent conflictuelles. La sujétion de l’employé à son chef n’annonce que trop bien une contrainte. Tout revient à des notions d’intérêt.
Les statistiques montrent qu’on se marie de moins en moins entre collègues de bureau. Les entreprises intérimaires en pullulant dans les métiers raccourcissent d’autant les contacts entre les acteurs du drame social. Quand on quitte son travail, ce n’est pas pour retrouver après journée celui ou celle qu’on a eu devant soi toute la journée.
Un/une célibataire battant le pavé en quête de quelqu’un/une avec qui partager un bout de chemin, bute sur un dilemne. Comment dire dans la rue à un/une passante « Vous me plaisez, voulez vous que nous aillons prendre un verre et parler pour savoir si nous avons des affinités culturelles ? » Cette franchise aurait pour conséquence un refus outragé.
Reste le hasard. Un renseignement auquel vous répondez. Une conversation banale dans un endroit qui l’est encore plus, un magasin, un bus, une salle d’attente… Il n’en demeure pas moins que ce premier contact, s’il est facile, n’augure pas de la difficulté.
Or, la méfiance et la timidité sont des facteurs envahissants du monde moderne et ce qui peut apparaître pour des petits riens, prend des proportions jusqu’à créer des obstacles insurmontables.

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- Totor de quoi tu causes ?
- C’est sartrien, tu pourrais pas comprendre.
- Dis tout de suite que je suis conne…
- Mais non chérie, je veux juste dire que tu n’as pas besoin de chercher les moyens de communiquer…
- Parce que toi, t’en as besoin ?
- J’explique aux autres…
- …que t’en as marre de ta bergère…
- Que vas-tu encore te mettre en tête ?
- C’était pour te dire qu’en ce qui me concerne… ta salade, tu peux l’assaisonner toi-même.
- Ça veut dire quoi ?
- Juste que tes séances à te torturer le citron devant ton ordi pour te demander si les autres existent, te pose plus la question.
- Je te comprends pas.
- Effectivement, ils existent et j’existe. Enfin, c’est ce qu’on me dit depuis trois semaines.
- Je ne… enfin, je crois que…
- C’est ça. T’es le champion du « Je ». Mais regarde autour de toi pour voir si le monde existe ailleurs que devant ton écran… D’ailleurs, ton écran, il est comme toi… il est vide… il ne reflète que toi, ton écran… Quand tu l’allumes, tu t’allumes…
- Mais enfin Majo…
- M’appelle plus jamais Majo. Je suis Marie-Josée.
- Qu’est-ce que ça veut dire ?
- Tu sais dire que ça « Qu’est-ce que ça veut dire ? ». Ça veut dire que cet aprem quand tu seras à ton ordi, j’irai voir Pierrot…
- Quoi Pierrot ? Tu vas pas me dire que tu vas voir ce gros con qui explique pourquoi elle penche, la Tour de Pise ?
- Oui, et pourquoi on baise mieux dans son lit que dans le tien…
- Ce que tu es vulgaire…
- Ce que tu es seul… sacré Victor !
- Comment as-tu pu, avec ce silène repoussant !
- Quand tu sais plus, tu sors ta mythologie. Alors, je vais sortir la mienne. T’es qu’un Janus, mon vieux Totor. Un Janus…
- Tu sais pas ce que tu dis.
- Si… si, un Janus… philosophe et raisonneur par devant et cocu par derrière… Si bien qu’on ne sait pas si c’est le cocu qu’est devenu philosophe ou le philosophe qu’est devenu cocu… Eh bien ! aujourd’hui, le cocu est des deux côtés…

21 avril 2004

Emplois, sonates, sonnets et graticulations.

S’il y avait autant de presse à la porte des séminaires qu’il y en a pour rafler les emplois catégories A1 et A2 de hauts fonctionnaires, il y aurait en Belgique pléthore de curés.
Pour cause de grenouillage et colonisation des partis politiques, les seize fonctionnaires qui devaient être incessamment nommés à la Région wallonne sont priés d’attendre.
Devant le portique, c’est l’émeute. Van Cau joue à « qui veut gagner des millions ».
Ce n’est pas rien, ça madame, un haut fonctionnaire. Ça va chercher dans les… non, je ne l’écrirai pas, par respect pour les chômeurs.
A la culture, match entre Vrebos Pascal, journaliste à RTL-TVi et Martine Lahaye, l’actuelle directrice générale, avec un outsider de la Maison, Léon Zaks.
Aux droits de l’Enfant, les impressionnantes moustaches de Claude Lelièvre seront-elles reconduites pour d’autres temps ? C’est un mystère.
Il y a plus de postulants que d’emplois.
La Commission Selor, grippée par excès de main-d’œuvre, peine à sortir l’as de sa manche.
Quand on pense que les plus ardents sont les libéraux, eux qui prêchent pour dégonfler l’Etat en faveur du privé ! Comme quoi, question exemple…
Le cas Vrebos est parmi les plus délicats.
Tout le monde pensait que pour le salaire première catégorie, il fallait être objectif et ranger sa deuxième casquette, en l’occurrence celle de journaliste à RTL-TVi. Ce n’est même plus une deuxième casquette, c’est toute une chapellerie ! Ce type est à la fois professeur (Institut Cooremans, Académie des Beaux-Arts de la Ville de Bruxelles, Conservatoire Royal de Bruxelles : sémiologie, stylistique, analyse textuelle), écrivain et accessoirement journaliste.
- Ah ! vous me rassurez. S’il est tout ça et qu’il devienne responsable de la culture, il n’y aura pas d’accablantes nouveautés ! Voire… Les p’tits gars de RTL-TVi sont nombreux. Il y aurait beaucoup d’amis à pourvoir…
Les Libéraux qui soutiennent leur crack, spécialistes eux-mêmes des portefeuilles multiples, entendent bien engager un chapelier pour les derniers essayages. Ah ! le poignon…
Quand on connaît, pour avoir fréquenté le Journal de 19 h de cette chaîne, la façon dont ces gens présentent l’information et bidonnent les reportages, on ne peut que redouter la venue d’un des leurs à la culture, déjà si peu ouverte à tous.

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La Culture, hyper embourgeoisée depuis toujours, recevrait avec Vrebos son estampille de garantie Ancien Régime. On voit d’ici les fauteuils Louis XV et les tronches des agrégés de la modernité télévisuelle…
Le Belge moyen ne se doute pas de l’urgence qu’il y a de donner de la voix.
Ce n’est quand même pas aux flambeurs de tourner la roulette du casino Belgique.
Ne serait-il pas temps de ramener les têtes chaudes sous le robinet citoyen ?
Je n’en ai rien à foutre que ce soit le tour d’un MR ou d’un CDh, voire d’un PS, qui ne sont pas les derniers, à se poser les fesses sur les cuirs souples des fauteuils de direction.
Ce qui compterait, ne serait-il pas de faire une politique culturelle qui donnerait la parole à tous ceux qui ne l’ont jamais et qui ont, sinon plus, de choses à dire que ceux qu’on entend partout et tous les jours et qui, pour la plupart, nous cassent royalement les couilles ?
Question musique, les théâtres lyriques et les orchestres philharmoniques bouffent tous les budgets. Le fiasco est grandiose. Mais on roule pour le prestige.
Chaque fauteuil des nobles étrons des premières classes coûtent pas mal aux contribuables qui n’y mettent jamais les pieds. Pourquoi pas un prix vérité au fauteuil d’orchestre pour ces cultivés de père en fils et faire « gratuit » pour les besogneux, les vieux et les chômeurs des amphis ?… Cela créerait un renouveau dans le courant d’air des couloirs du Conservatoire. Les vapeurs wagnériennes pour la mégalomanie d’un Karajan ?… le chef est mort, Madame !
Tant mieux si on case de temps en temps un trombone ou un hautbois méritant, mais pas au détriment des autres musiciens obligés de jouer de la grosse caisse dans le garage familial,
Sans oublier les compositeurs et les jeunes formations !

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Question littérature, on nous emmerde avec les rétrospectives Simenon et les « consécrations » d’artistes qui n’ont pas besoin de tendre leur sébile pour qu’elle se remplisse et on laisse crever de faim et hors d’édition des gens dont personne ne prend la peine de lire les manuscrits. L’Edition est un truc bidon en Belgique, une imposture... Pourquoi ne pas créer une maison d’Edition subventionnée qui fonctionnerait grâce à un Comité de lecture qui changerait chaque année par la rotation des titulaires, au lieu des vieux croûtons qui polluent nos Lettres depuis un demi siècle ?
Peinture. Des milliers de gens peignent en Belgique, des Académies existent dans presque toutes les Communes. Qu’est-ce qu’on attend pour pratiquer une politique d’achat qui ne tournerait pas qu’autour de quatre ou cinq pistonnés ?
Enfin, coup de torchon dans les concours de poésie ou de littérature. Ils sont tellement colonisés par certaines « élites » que c’est à gerber. Les jurys seraient parfaits pour élire à 99 % des voix n’importe quel dictateur d’une république bananière.
- Mais où on est Môssieu ?
- En Belgique, fils !
- Ah ! oui pardon. J’avais oublié. Alors, c’est normal. Je ferme ma gueule.
- C’est ce que vous avez de mieux à faire.
C’est difficile de la fermer. Je suis un incurable. Et si, quand il y a de la nomination à des postes sensibles et croustillants dans l’air, la Belgique d’en bas se fendait de lettres de candidature ?
Van Cau et Michel, les démiurges des hautes fonctions wallonnes, noyés sous des monceaux de courriers, comme ce serait drôle !...
Parce que, entre nous, nous les minus, nous les valons bien.
La différence entre eux et nous, c’est que nous sommes timides et modestes. Et si nous ne sommes pas pris au sérieux, nous pourrons nous consoler en pensant que ce ne sont pas les meilleurs qu’on met arbitrairement aux manettes, mais les pires.
Où on s’inscrit, mec ?
Qui connaît encore la chanson du Bitu qui commence par « Vivent les candidats ma mère, vivent les candidats… » ?

20 avril 2004

Bush, Blair, Sharon et les autres...

Délaissant des projets modérés, Bush vient d’approuver le nouveau plan de Sharon, fort défavorable aux Palestiniens. Cela n’est pas de nature à apaiser les esprits.
Se déjugeant de sa dernière proposition d’accord, « la feuille de route », le Président américain poursuit son cavalier seul - si l’on excepte Tony Blair, le compagnon zélé - dans son appui unilatéral à Sharon, malgré la désapprobation des Nations Unies et des partenaires européens.
Le dernier plan de Sharon est particulièrement préjudiciable à l’ensemble du peuple palestinien. Il remet en question le tracé de la frontière avant la guerre de 1967, entérine la mainmise des colonies « sauvages », à l’exception de celles de Gaza, qui mordent allègrement sur la Cisjordanie et exclut tout rapatriement des exilés palestiniens sur leur terre d’origine.
Bref, c’est le diktat d’un homme et d’une armée.
Israël devient « un cas » dans le concert des Nations, comme l’ont été jadis la Libye et l’Irak.
Il n’y a pas d’exemple d’un autre état, pour collectionner les résolutions des Nations Unies contraires à sa politique. L’Irak s’est fait envahir par l’US Army pour moins que cela.
Il n’y a pas d’exemple aussi d’un autre Etat qui n’ait jamais tenu compte des mises en garde avec autant de désinvolture, confiant que les pays de la vieille Europe ne feront rien d’hostile tant qu’il aura l’appui américain.
A trop flatter l’électorat juif pour sa réélection, le Président Bush s’enfonce en Palestine dans une politique catastrophique pour le monde occidental. On comprend pourquoi Ben Laden est très attaché à sa réélection. Avec ce président-là, il est assuré d’une escalade dans l’affrontement. Le but final du terrorisme est l’embrasement de tout l’Islam, à croire que son ennemi partage aussi ses vues.
Avec l’appui de certains médias occidentaux, Israël tente de reprendre son ascendant sur l’opinion européenne, selon sa méthode habituelle : référence à la Shoah et dénonciation outrancière de ce qu’il tente de faire passer pour de l’antisémitisme. Ses partisans sentent qu’ils ont mauvaise presse, malgré quelques médias gagnés depuis longtemps à leur cause.
Le récent reportage du cinéaste Elie Chouraki dans un établissement public et un lycée privé à Montreuil, montre les limites d’un plaidoyer exclusivement au service d’une cause..
Ces déformations contraires à l’objectivité s’ajoutent à bien d’autres manipulations de l’opinion. Il y a un risque que cela fasse un effet contraire à ce que voulait la Communauté juive en Europe. Elle serait alors par les excès de zèle de ses prosélytes, mise en porte-à-faux vis-à-vis des autres communautés.
A force de souffler sur le feu de façon délibérée, les amis d’Israël seraient-ils en train d’agir selon la même politique que Ben Laden, en poussant la partie adverse à la faute ?
Il y a dans ce rappel constant aux lois contre l’antisémitisme une sorte de jeu du « Chat perché ». Israël fait ce qu’il veut, et parfois de façon discriminatoire et particulièrement raciste à l’encontre des malheureux palestiniens. Dès que la réaction devant un tel déni de justice se fait sentir dans des terres où le citoyen a encore son mot à dire, il joue à la victime et hurle au racisme !

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Cioran a eu une réflexion dans les années septante qui pourrait résumer un sentiment qui gagne du terrain en 2004. On ne peut mieux illustrer l’état d’esprit de la population européenne, en général, même si, habilement à force de références au passé douloureux, les partisans d’Israël y trouveraient leur miel et l’occasion belle de jeter l’opprobre sur un racisme rampant.
« La raison profonde de l’antisémitisme : les Juifs font trop parler d’eux, ils sont trop présents, ils ne se font pas oublier, ne serait-ce que par tactique, par habileté. Je me rappelle le mot qu’avait employé à leur sujet, le docteur Druard, type de Français modéré « vieux style » : ils sont encombrants ». (Cioran, Cahiers 1957-1972)

Pour nous Européens, la situation extérieure à l’Europe que constitue le chaudron en ébullition palestinien pourrait nous entraîner dans des conflits dans lesquels nous n’avons aucun intérêt à nous immiscer, pour la bonne raison que la force n’y fait pas bon ménage avec le Droit et qu’il est impossible de s’interposer entre des populations sans défense et un Etat super armé, sans prendre fait et cause pour ceux dont la faiblesse est criante.
A force d’en trop vouloir, la politique de Sharon conduit à un affrontement avec les populations arabes. Compte tenu des disproportions démographiques, même avec l’appui des Etats-Unis, à terme, Israël devra composer ou disparaître. Et plus il attend, plus chère sera la facture.

19 avril 2004

Un pas vers le Meilleur des mondes !

Fichus prétextes : la grande criminalité, le recyclage de l’argent sale, le terrorisme, etc. pour nous raboter les quelques petites libertés qui nous restent.
Hier, c’était le téléphone, aujourd’hui le NET !
Les Israéliens compte tenu de leur grande expérience en matière de répression ont chez eux une petite merveille, la société NICE, spécialisée dans les écoutes téléphoniques. Cette charmante entreprise vient de fourrer son nez dans un autre domaine, celui du NET. Les grands inquiets qui nous dirigent ne pouvaient pas passer devant cette nouvelle occasion d’explorer nos âmes et nos consciences, sur un des tout derniers espaces de liberté.
Ceci, vont se récrier nos mentors, n’est pas pour le citoyen ordinaire.
L’honnête homme n’a rien à cacher, dirait Anne-Marie Lizin, déjà fervente de l’écoute téléphonique. On pourra toujours envoyer des mails à Elio pour l’assurer qu’on votera pour sa liste aux prochaines élections, sans que des spécialistes écouteurs prennent des notes, comme cela s’est vu par le passé pour le Mouvement Populaire Wallon et les Rattachistes.
Toujours est-il qu’honnête citoyen ou pas, à partir de lundi 19, les bricoleurs de la Sûreté de l’Etat vont s’appliquer aux nouvelles techniques, d’abord entre eux, et ensuite sur nous.
Les courriels seront évidemment visés en premier lieu.
Il faudra donc se méfier dans quelle tenue vous êtes pour envoyer l’image avec le texte, à moins que vous vous décidiez de leur montrer votre cul carrément une bonne fois.
On aura beau dire que toute écoute, toute image de vous capturée ne pourra l’être que sur réquisition du juge d’instruction selon l’article 90 ter du Code d’instruction criminelle. Il n’empêche que le matériel sera opérationnel dans les locaux de la police 24 h sur 24 et que pour être sûr qu’un gusse avec brassard et flingue ne pousse sur le bouton, il faudrait que la petite merveille NICE soit mise sous scellé en-dehors des demandes du juge. On voit que c’est impossible et contrairement à l’optimisme affiché de la bourgmestre de Huy, toutes les dérives sont permises.
Qu’on chipote sur les règles, qu’on nous bassine avec notre « démocratie » à défendre contre des envahisseurs, c’est dans l’ordre des choses.

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Comme le concussionnaire dont les premiers mots sont « devoir » et « patrie », nos grands hommes n’ont que « liberté » et « démocratie » à la bouche.
C’est que notre espace liberté se rétrécit de partout. En écrivant ces réflexions, je pense au nouveau code de la forêt qui va passer au parlement concocté par l’ancien fermier (donc méfiant par rapport aux promeneurs aussitôt qualifiés de maraudeurs) José Happart. Il sera notamment question d’interdire l’à travers tout, la cueillette des champignons sans autorisation, etc, etc. D’un côté il y a l’écoute, de l’autre la restriction dans le déplacement….
De restriction en restriction, les libertés fondent comme glaçons au soleil.
Et quand elles n’existeront plus, notre pays sera sous la coupe d’un « Meilleur des mondes » comme l’imagina Aldous Huxley en 1932.
Alors oui, les terroristes seront dans un terreau favorable. Et peut-être rebaptisés « résistants » serons nous dans l’alternative de répondre à la violence par la violence, devenant de fait les alliés potentiels de cette violence que nous détestons le plus.
On n’en est pas là. Certes. C’est ce qu’on pensait aussi en République de Weimar fin des années vingt.

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Espérons que c’est un mauvais exemple.
L’ennui, c’est que dans tous les milieux politiques belges, c’est fou ce qu’il y a de Daladier…
(Pour ceux qui n’étaient pas nés, Daladier était le président du Conseil français qui a signé un peu avant la guerre 40 un traité de paix avec l’Allemagne et qui est revenu sous les acclamations de la foule, tenir des discours triomphants et assurer que la paix était sauvée !)
Tiraillé entre son désir de liberté et son désir de sécurité, le citoyen ne se rend pas compte que pour rester dans un système de liberté (relative), il faut courir des risques. Quant au politique, plus il contrôle les gens, plus il croit faire œuvre utile, avec, cependant, l’idée derrière la tête, qu’en contrôlant les gens, il contrôlera fatalement l’électeur.
Le terroriste veut détruire nos libertés. Pour lutter contre lui, nous détruisons nous-mêmes ces précieuses libertés, en acceptant lâchement des muselières. Qui gagne dans l’affaire ?

18 avril 2004

Merci de m’avoir abandonné...

Bizarrerie des jours. Le correspondant qui vous envoyait courriel après courriel sur l’air du temps, les événements aux antipodes, sollicitait votre avis sur des écrivains du passé et aussitôt que vous vous étiez fendu d’une réponse fortement documentée, n’en finissait plus de vous appeler « cher maître », ce type qui n’aurait pas survécu un jour sans vous, qui découvrait son âme dans de longues lettres, alors que vous ne lui aviez strictement rien demandé, voilà que vous n’en recevez plus rien.
Alors qu’à force d’avoir lu ses flagorneries, vous commenciez par le prendre au sérieux, au point que vous sentiez naître de vous-même, une opinion flatteuse…
Vous vous disiez : « La mort était la seule chose qui pût vous séparer. Il doit reposer roide au fond d’un trou. » Et vous n’en êtes pas autrement ému, car, quand on se porte comme un chêne, que vaut la mort des autres ?
Vous n’y penseriez plus, si vous ne le voyiez attablé à la terrasse d’un café à boire une bière !
Vous redevenez instantanément humble et vous faites un écart pour ne pas le saluer.
………
Ce sont ceux qui ne s’élèvent pas trop qui se font le plus mal en retombant. Plus le mérite est mince, moins il amortit. C’est normal.
On retombe sur le cul et on a honte de s’être fait charrier.
Ah ! les bonimenteurs ont de l’avenir. Plus c’est gros mieux ça prend. Jusqu’à vous faire croire que vous êtes l’incarnation de ce que vous n’avez jamais cru être et qu’un sycophante habile vous a convaincu que vous étiez.
Nous en sommes tous là : la vedette qui signe des autographes à la sortie du Forum et qui fait son choix parmi la dizaine de minettes à la mouillette pour finir sa nuit, a besoin avant tout d’entendre qu’il est formidable. Ce dont on ne le persuadera jamais assez.
L’artiste est fragile tout en se croyant invulnérable. Il est persuadé qu’aucune admiratrice ne peut lui résister. Et il finit par « forcer » une aussi paumée que lui dans les toilettes d’un restaurant ou sur le pont d’un bateau à Cannes.
Il se persuade – parce qu’on l’a persuadé – qu’il est un nouveau Rimbaud pour avoir déconné sur une estrade des hauteurs de Flémalle. Depuis, il pourrit la vie de tout le monde avec des rimes de mirliton, ses sautes d’humeur et des hymnes larmoyants à sa famille…

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Sauf que l’artiste qui sort du Forum se fait du blé sur son soi-disant génie, ce qui le blinde contre la déprime qui devrait doublement l’atteindre à bien considérer le foin qu’on fait pour son filet de voix et une ou deux répliques d’un film d’auteur.
Que des victimes de la gloire… que des déçus… surtout les gloires éphémères… footballeur, ténor réfugié en Patagonie pour cause de feuille d’impôt, imitateur reconverti en Monsieur Loyal, femme-artiste, veuve célèbre d’un mort qui l’était encore plus, fille de star,
auteur-compositeur de bleuettes sacralisé par le disque d’or, sans compter les cadors des étranges lucarnes… Ce qui est dur, c’est qu’il faut vioquir sans le montrer. Les gueules qui s’allongent, les nichons qu’on bourre de silicone, les blairs qui finissent par dénoncer des origines qu’on avait oubliées et qui vous pètent à la face au tournant des quarante-cinquante.
Alors, tout compte fait, mon inconstant admirateur a bien fait de vaquer à d’autres enthousiasmes. Sa faculté d’oubli a enrichi ma nature. Elle en avait besoin. Merci.

17 avril 2004

L’alphabet du vide.

La télé s’amenuise. Un jour, il n’en restera rien qu’un verre dépoli sur une décharge.
J’ai longtemps hésité avant de faire de la pub pour Monsieur Bouygue. Mais si, sans claironner la chose, on pouvait dissuader ne serait-ce qu’un « client » de mater par le trou de la serrure ?…
Quelle mouche me pique à tirer les gens de leur sommeil. Il vaudrait mieux les laisser dormir, n’est-ce pas ? D’autant que je n’ai rien à leur proposer qu’une critique qui pourrait être interprétée comme étant la somme des jalousies cumulées au long d’une déjà longue habitude de téléspectateur.
Et si par esprit de contradiction, un lecteur frondeur devenait voyeur ?
Si à la suite de mon exemple, toujours par esprit de contradiction, il se mettait à aimer ça ?
La vérité est que les jeux sont faits à l’avance. Un Richard III sommeille dans tout amateur du petit écran.
D’un côté, il y a les recettes publicitaires, Dechavanne et Carmouze en laboureurs des champs, de l’autre nous. Ce serait insuffisant s’il n’y avait les has been des gloires parisiennes en quête de promotions et de come back…
En visionnant Elodie Gossuin, Eva Kowalewska, Mia Frye, Tita, Céline Balitan, Eve Angeli et Danièle Gilbert, côté cour et Ilario Calvo, Mouss Diouf, Massimo Gargia, Vincent MacDoom, Maxime, Moura et Pascal Ometa, côté jardin, on se dit que TF1 a eu du fil à retordre pour convaincre des gens plus connus qu’eux à mettre le bout de la semelle dans le purin de la Première.
Reste qu’en dix ans, on est descendu tellement bas dans les jeux du cirque que cela en devient fascinant. On se demande aujourd’hui où est la vraie indécence : en montrant son cul ou en montrant son âme ?
Ici, le problème ne se pose pas. Même vêtus, ces gens sont tellement indécents dans leur désir d’argent et de gloire qu’ils nous salissent quand nous les regardons.
La Chaîne espère que les campagnards vont se fendre la gueule en voyant des Parisiens faire la file devant les chiottes de cette fausse métairie du Vaucluse et les gens de la capitale, se foutre d’une Jet Set, acheteuse place Vendôme et vêtue par Emmaüs.
Le plus accablant, les programmateurs n’ont pas tort. Les premiers épisodes sont un succès !
Pourtant, tout dans cette série est truqué.
L’eau de la pompe est amenée au canon de la fontaine par un moteur électrique, la douche dans la cour est alimentée en eau chaude et l’entretien des animaux est supervisé par le loueur de chèvres et de ruminants, traite comprise, qui vient finir le travail et épandre la nourriture quand les mouches à merde du star system ont déserté les écuries.

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Dans la cuisine, tout vient du supermarché et la literie est en multispires avec sac de couchage « montagne » pur nylon. On est loin de la vie rustique dans les campagnes du XIXe siècle, par contre, on est très proche d’un XVIIIe arrondissement avant l’expansion de Moulinex, vers les années 50.
L’éclairage n’est pas à la bougie, mais en watts. Enfin, chaque pseudo bouseux est équipé d’un micro sans fil capable d’enregistrer un pet de Danièle Gilbert à dix mètres.
Le ton juste n’est pas là.
Il est dans le panel professionnel de ces quatorze pionniers de l’émission. Il y a là des putes, un maquereau, des comédiens de seconde zone, une velléitaire de la télé du temps de Guy Lux, une miss France récemment reconvertie en conseillère UMP, la gentille amie de Paul Loup Sulitzer, l’ex de Georges Clooney et l’ex d’Elodie Gosuin.
Vous ne saurez ni le nom, ni les heures, ni les jours de l’émission.
C’est ma façon de faire de la résistance.

16 avril 2004

Le commissaire est bon enfant.

- Chier. On r’tourne à l’école avec Rancotte. D’où i’ sort cette tante ?
- Devine ? On croit qu’a fait des études d’avocat…
- De comédien à l’ancien Gymnase, tu veux dire ?
- Ta gueule le voilà.
Entre Monsieur le Commissaire Rancotte. Tous les inspecteurs se lèvent.
- Asseyez-vous. Messieurs. Je suis très mécontent de la dernière dictée. Beaucoup trop de fautes, quoique j’aie autorisé l’usage du Larousse de poche fourni dans l’équipement sur l’insistance de notre bourgmestre. Inspecteur Tapinois, police ne s’écrit pas avec deux « s », Moustachu, amende ne s’écrit pas avec un « t ». La police n’est pas le refuge des dysleptiques ou des dyslexiques ???... Seul Vopapié a été en dessous de la barre fixée à vingt fautes.
Aujourd’hui, Messieurs, séance d’initiation à la politesse. Les inspecteurs Crack, Dedans et Boizunver au tableau. Boizunver jouera l’interpellé. Voici vos rôles. Jouez la scénette pour vos camarades.
Crack :
Notre ennemi c’est notre maître.
Je vous le dis en bon français,
Rue haute Sauvenière
La nuit. Vos papiers s’il-vous-plaît !
Boizunver :
Voilà… fruit de ma veste. Quel démon favorable
Vous rend l’accueil si doux et l’humeur si traitable ?
Le libelle est fort beau, la demande pas sotte,
On y sent la main du commissaire Rancotte !
Dedans :
Le tact est notre fort. Les gros mots importuns
Sont d’un mauvais agent les fruits les plus communs.
Tard séant une femme a été violée.
Elle fit donc appel à la maréchaussée.
Depuis nous interpellons ceux des jeunes gens
Qui nous paraissent aptes à jouer les méchants.
Boizunver :
J’ignore ce qu’au fond votre zèle recèle,
Mais en me désignant votre choix m’interpelle.
Vos reproches me sont…
Crack :
……………………….Mes gardes affligés
Vont perdre leur patience autour de moi rangés.
Gardez qu’une voyelle à courir trop hâtée
Ne soit d’une voyelle en son chemin heurtée !
Qui ne sait qu’en ce lieu toute action criminelle
Peut très bien, par le ciel ! aller de vous à elle…
Boizunver :
On doit se regarder soi-même un peu longtemps
Avant de songer à condamner les gens.
Crack :
Que diable faisiez-vous en cette nuit tragique
A bien nous exhiber toute votre boutique ?
Dedans :
Etes-vous sous le joug d’une fine liqueur
Lentement envahi d’une ardente chaleur ?
Boizunver :
Laissez-moi, je vous prie encore assez d’espace
Pour que le malheureux qui sur ma tombe passe
Puisse y déposer ses deux genoux,
Sans que, comme à moi, vous lui serriez le cou !
Dedans :
Je lis sur tes papiers qu’en ce lieu tu dérives,
Que tu quittas jadis une lointaine rive.
En un mot il est dit que tu fus Maghrébin,
Bien avant que ton nom par nous devint chrétien !
Boizunver :
Mais quel fâcheux démon, pendant des nuits entières,
Assemble ici les chats de toutes les gouttières !
Et comme il suffirait qu’être né en ces lieux
Pour vous blanchir de tous les crimes odieux !
Crack :
Je sens, de veine en veine, une subtile flamme
Courir par tout mon corps à entendre ta voix.
Et dans les forts transports où s’égare mon âme
Je prends déjà plaisir à te montrer le bois
Avec lequel se chauffe…
Boizunver :
………………………. Et la question des us ?…
Que fais-tu de l’innocent aimant la vertu ?
Crack :
Il n’est pas d’innocent oh ! races importunes,
Qui peuplent d’assassins toutes les nuits sans lune.
Dedans :
D’un plomb qui suit l’œil et part avec l’éclair,
J’entreprends une guerre à tous les monte-en-l’air.
Boizunver :
Dans les convulsions dignes de Saint-Médard,
Vous me voyez vraiment jonglant avec mon dard ?
Tu me donnes des coups et je n’ai pas de casque…
Enfin, vos natures messieurs à mes yeux se démasquent.
Dedans :
Quand tu auras fini à lui porter des coups,
Chef, jette un œil par là et tu verras le loup
Qui rase la muraille au sortir de sa cache.
Tenant encore en main sa sacrée bardache.
Crack :
Pourquoi courir après quand je tiens celui-là ?
Laurent serre le bien qu’avec ta discipline
Il paie pour tous ceux que le ciel abomine,
Qu’il meure de nos coups ou qu’il n’en meure pas.
Boizunver :
Quelle est cette police à faire des ravages
Qui du sang d’étrangers fait un affreux carnage ?
Liégeois, souffririez-vous qu’on vous immole un homme.
Sans qui Rome aujourd’hui cesserait d’être Rome ?

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(Les trois inspecteurs saluent et regardent Rancotte avec soumission.)
Le commissaire Rancotte : Messieurs, je vous demande de les applaudir.
Nous allons faire une explication de texte. Est-ce quelqu’un peut me dire ce qu’il a compris ? Pourquoi la brutalité avait une connotation raciste et était injustifiée ? Personne ? Quelqu’un a-t-il un commentaire ?
L’inspecteur Peevee : On n’a rien compris, M’sieur l’commissaire Rancotte. Mais c’était beau. On aurait dit des vers ! Même que l’inspecteur Ledoux a écrasé une larme…

15 avril 2004

Littoral.

Magnons nous le train pour prendre l’A4 une heure avant celle de pointe… Gavons-nous de kilomètres sous l’œil féroce des gendarmes en carton pâte…
C’est ça… précipitons-nous sur la route fleurie des Vacances de Pâques… Allons bourrer un peu plus les hôtels bourrés… Bouffons n’importe quoi sous prétexte qu’on est dans un deux fourchettes… Traînons dans les deux ou trois endroits où il y a quelque chose à voir mais dont la vue est gâchée parce qu’il y trop de monde devant nous… Sortons par un temps dégueulasse inaugurer le nouveau futal en se disant que la boue s’enlève facilement quand elle est sèche… Crevons-nous la paillasse à trouver un magazine qui ne soit pas aussi con que ce que l’on voit à la télé et tombons sur Christine Bravo qui raconte son calvaire de pochtron devant une bouteille vide… Refaisons un tour de digue dingue donc… Et comme tout le monde, affalons-nous à la terrasse chauffée d’un bord de mer à lamper une bière forte la mousse dans le nez « qui sont meilleures à Nieuport que chez nous »… Prenons-nous en au monde entier pour ce week-end coûteux et nul à chier… C’est-à-dire commençons par nous foutre en rogne sur ceux qui n’en peuvent… d’abord les enfants… proies faciles… puis la compagne de quinze ans, qu’on se demande « comment on a pu baiser, ça !... »… Précipitons-nous à l’éclaircie à la rencontre de la mer qui se retire qui nous a laissé son sperme de méduse et toutes les petites foutreries que des enfants ramassent dans des seaux pour saloper la banquette arrière au retour … Enlevons nos godasses, parce que l’eau de mer, c’est tout bénéfice pour les pieds… Glaçons-nous les orteils en regardant un crevettier qui a l’air immobile à deux cents mètres du rivage… On a l’œil tellement fixe qu’on attrape la berlue… C’est pas marrant de scruter la mer… Quel est l’andouille qui a dit « sans cesse recommencée ou jamais pareille » On sait plus… On voit plus rien… C’est comme si le crevettier était passé par le fond… Respirons bien, c’est tout iode cet air-là, enfin, c’est ce qu’on dit avant de revenir avec une bronchite… Ce que Louisette dit aussi aux enfants qui comprennent pas qu’on doive respirer spécialement au ras des flots et qui se mettent à plat ventre par jeux pour être au plus près encore, jusqu’à avoir du sable dans les yeux …

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Entre deux périodes d’exaltation à s’emplir les poumons au point qu’il nous vient des étoiles, ayons notre coup de blues en revenant des lustres en arrière quand nous étions à faire des châteaux de sable au même endroit à la marée montante pour plus vite les voir s’effondrer… Jaloux des pierres du môle, immuables quasiment immortelles, les mêmes sur lesquelles on courait insouciant… On compare notre fragilité à cette composante éternelle et on trouve que ces pierres ont été bien plus photographiées que nous ne le serons jamais… En face de cette fausse platitude de l’Océan, ce fichu passé nous tombe sur la gueule… Une vraie gueule qu’on attrape définitivement après quarante ans d’illusions sur notre capacité à être comme un poisson dans l’eau… apte à être actif, à donner notre éternelle jeunesse au service des grandes causes qui se résument généralement à fermer sa gueule devant un patron acariâtre et soupçonneux… On envie les trous-du-cul qui apprécient les cycles à quatre roues qui foncent à du cinq à l’heure à l’aventure d’un espace aussi long qu’un terrain d’aviation et aussi étroit qu’une manche de chemise…. Un quatuor de Charleroi, qu’on reconnaît à l’accent, finit par se planter dans les amas de sable que le vent du large accumule par place et que les employés municipaux mobilisés pour la bonne cause n’ont pas encore éliminés… En s’abritant entre deux cabines, on mate une charmante qui brave les éléments… elle détache les brides de son deux pièces et s’oriente pour profiter d’un rayon et demi de soleil sur des nichons que d’habitude elle n’exhibe que par obligation contractuelle à son mari et par plaisir à son chef de service… On remonte avec des idées à la chambre, où il n’y a personne et on se rend compte qu’on a permis aux mômes de se déchaîner devant les machines du Luna-park en compagnie de Louisette… Du coup on s’attendrit, parce qu’on redevient soi-même dans la quiétude de la « suite », désenragé par l’absence de vent. Tout ce que l’on a pensé de Louisette, on ne le pense plus. On s’attendrit même par la force du désir inassouvi.
On revient à Liège en cauchemardant sur les bouchons à hauteur de Gand… On se dit pas un mot… Même les mômes font la gueule et font semblant de dormir pour se flanquer sournoisement des coups. Dans le rétroviseur, l’initiative revient à l’aîné…. On est tellement abattu, qu’on n’intervient pas d’autorité pour ramener le calme à l’arrière… Au moment où l’on sent une raideur à la nuque à suivre des yeux le pare-choc arrière de la bagnole de devant, Louisette se réveille et par réflexe de solidarité vous passe la main gauche entre les jambes, s’attarde sur le bulbe et croyant vous faire plaisir masse avec le pouce à l’endroit précis où vous sentez une douleur à cause du jean’s trop serré… On n’ose pas le lui dire dans le vague sentiment que l’on ne doit pas décourager une initiative trop rare depuis qu’on a dépassé « tout ça »… Le seul désir qui reste, c’est celui de pisser…
On croise une voiture dans le fossé avec des ambulances autour et des flics qui font des signes pour ralentir… Heureusement qu’on n’est plus du côté du boum économique flamand, mais dans la merdouille stagnante de l’économie wallonne… On passe sans problème en s’interpellant « Comment ces cons se sont plantés dans une ligne droite ? »… Puis, on se dit qu’on maîtrise pas toujours l’engin qu’on a sous le cul…
At home, on a oublié les velléités de l’apres-midi et on s’endort cul contre cul en faisant rêve à part… On n’est ni heureux, ni fâché… Juste l’impression que les vacances étaient nécessaires, que ça fait du bien, et qu’ainsi à la rentrée on n’aura pas l’air con en étant allé nulle part, cependant qu’on envie sans se l’avouer, un type qu’on dit ringard parce qu’il ne bouge jamais du fond de son jardin et qui s’en fout du musée Delvaux, de l’abbaye des Dunes, et qui n’a jamais mangé une croûte sur les marches en bois du moulin reconstitué sur la route de Furnes et qu’on photographie sans savoir pourquoi depuis dix ans.

14 avril 2004

Etre socialiste en 2004.

On est quelques-uns à se demander en Belgique, mais Nom de Dieu ! à quoi sert la gauche aujourd’hui ? D’autant que demain les perspectives européennes vont encore rétrécir son champ !
On chipote, dit Elio Di Rupo, comme si je l’entendais causer aux masses éberluées. La Gauche est là pour veiller au grain et remporter les enjeux sociaux de notre société.
Le mot est lâché. En même temps on entend le monsieur Gros-Bon-Sens d’en face nous dire que « La gauche n’a pas le monopole du cœur ».
Qu’est-ce que cette surenchère signifie ?
La droite nous parle de charité et la gauche d’équité ; mais, ne s’agit-il pas avant tout de justice ?
En Belgique, sur cinquante ans de pouvoir des droites et des gauches en bi ou en tripartites, malgré les coups de gueule des syndicats et, parfois, la rage des électeurs, c’est tout de même les patrons et le capital qui l’emportèrent à tous les coups !
La majorité silencieuse – enfin celle qui ne s’exprime que par onomatopées et borborygmes quand les leaders la ferment pour respirer – l’a toujours eu bien profond.
Une grossière jalousie secoue les besogneux dès qu’on parle des chômeurs qui « touchent le pactole à ne rien foutre ». Les handicapés de l’âme ne savent pas qu’ils pourraient se retrouver tout cons au guichet « de la honte ».
C’est tout de même un ministre socialiste qui remet en question le statut des chômeurs et recommande des mesures de contrainte sous prétexte d’aider les gens à s’en sortir. Dans la rue, on a compris qu’il s’agissait surtout de rayer de l’accablante liste, le plus possible de « chômistes ».
Quant à la dotation des retraites, la gauche s’est toujours fait piéger par un ministre de droite pour les bonnes nouvelles, alors qu’elle n’a jamais annoncé que les mauvaises.
C’est tout de même un comble en Belgique qu’on ne fasse rien pour diminuer l’injustice au constat de l’écart de l’espérance de vie entre un métallo et un fonctionnaire. Ce dernier termine carrière plus tôt. Les autres travaillent plus longtemps et se contentent de la plus petite pension !
Holà… réveillez-vous « camarades ! » comme dirait Jean Jaurès avec son accent de Castres.
Même scénar dans l’égalité des chances suivant le milieu duquel on vient. Nous ne parlerons pas des émigrés deuxième génération, tout aussi Belge que le Premier ministre et qui n’ont guère plus de chance que leurs pères de sortir diplômé d’une université et d’avoir un boulot à la hauteur de leur capacité.

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Dans ces conditions, quelle est la différence entre la politique de gauche et la politique de droite ?
J’ai beau écarquiller les yeux, me frotter les paupières, je n’en vois pas.
La suite est à l’avenant.
Prenons l’inhumanité des lois à l’encontre des clandestins. Les ultras cachent mal leur volonté de « foutre tout ça dehors » d’accord en cela avec les mêmes beaufs qui conspuent les chômeurs. Le refuge derrière les accords internationaux, les coordinations des polices, les mesures adoptées de Schengen, cache mal la jubilation de nos tôliers. Des « no man’s land » et des constructions hâtives, de zones de non droit avec miradors et barbelés se construisent. On se croirait dans une « colonie » de Sharon !
Où est la gauche d’habitude humaniste et universaliste ?
Avant tout, ces gens que nous asseyons dans les rembourrés du pouvoir, ces politiques si distingués et si aimables, sont des machines à gagner des places, à prendre des voix, à tuer l’adversaire. Ils ne prendraient l’humanitaire en considération que si cela payait et leur valait des points de plus dans le découpage de la tarte aux pommes que l’on nous montre le soir des élections.
A la tête des beaufs, ils aident la droite à bouffer le foie des progressistes.
C’est en cela qu’être socialiste en 2004 est bien aléatoire et difficile pour un mirliflore débutant dans les allées du show politique. Il devra avaler bien des couleuvres pour un strapontin, s’il n’est pas le fils d’un émir. Et si c’est un honnête homme, il se dira, au bout du compte, « qu’est-ce que je fous là ? ».

13 avril 2004

Les chaisières de Saint Lambert.

Affaire de coïncidence, trois auteurs liégeois bien différents, René Henoumont, Jean-Claude Bologne et Bernard Gheur ont eu l’envie tumescente d’écrire sur Liège.
Ce ne sont pas les histoires qui importent à la fantaisie des auteurs, mais le manteau pastel commun aux trois choristes qu’ils jettent sur Liège.
Quand j’ai envie de me gaver de clichés sur ma région, je pousse la porte « touriste » de la rue Féronstrée et je me farcis tous les lieux communs d’un coup : de l’impasse de la Vignette, à la Place Saint-Lambert en passant par les degrés des Bégards, aux mâchefers du musée de la métallurgie.
On ne reconnaît pas Saint-Pétersbourg dans l’œuvre magistrale de Dostoïevski, ni Toula et Moscou dans celle de Tolstoï. Pourtant, Saint-Pétersbourg, c’est quand même autre chose que Liège.
Même Céline qui raconte son enfance Passage Choiseul ne pousse jamais une pointe au Louvre et ne s’extasie pas sur les tours de Notre-Dame. Faut dire qu’après les quatre-vingts pages de description du père Hugo, on pouvait plus rien dire… entre parenthèse, ce sont les quatre-vingts pages de description les plus chiantes que j’aie jamais lues de ma vie.
La discrétion des dosages n’est pas notre fort. On se repasse le moulin à nostalgie comme celui du poivre et c’est reparti pour un tour… Liège par-ci, cité Ardente par-là…
Henoumont, c’est la vallée de l’Ourthe liégeoise qui le travaille. Vous me direz, voilà cinquante pages au moins vite faites. Décors en carton pâte comme dans l’œuvre de Fritz Lang, praires au Ripolin et pont sur la rivière plus célèbre que celui de la Kwaï. Sauf qu’en littérature il vaut mieux évoluer dans des lieux vagues, même s’ils évoquent la cour du château de Hamoir-Lassus. Ainsi le lecteur s’évade et crée soi-même un décor.
C’est que Hamoir, j’en pourrais dire autant que Henoumont. J’y ai joué aux billes sur le « Bâti », devant la ferme d’une cousine. Différences de tempérament ? Absence d’évocations poétiques dans une âme sèche ? S’il me prenait l’envie d’écrire une histoire d’Ourthe, c’est l’odeur forte de purin qui me monterait au nez et qui sourdrait de l’étable de Charles, oncle de mes cousins. Le reste ? Méfions-nous d’une certaine nostalgie que nous nourrit facilement l’âme. L’office du Tourisme pourvoit à toute admiration et à toute description fussent-elles balzaciennes !

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Ah ! si chacun des livres de Henoumont s’accompagnait d’un herbier… d’un beau cèpe, avec un paragraphe lapidaire sur le bivalve fossile de Comblain-Fairon, le tout parfumé de cette fragrance de merde qui plane sur les campagnes en période de fumage ! Cela changerait des promenades enchantées sous les noisetiers en fleurs et les vaticinations d’un diariste qui voit sa vie foutre le camp et qui nous retient par le veston pour masquer en fausse gaîté ses larmes sur notre épaule.
Autres temps, autre artiste, voici Jean-Claude Bologne, retenu à Paris pour cause de spécialisation dans la fine édition, mais dont le cœur bat mieux entre le cimetière Sainte-Walburge et la Vieille Voie de Tongres que partout ailleurs. D’un livre à l’autre sur les faux-culs de la mode1900 et sur la pudeur du temps de Jacques Cœur, le voici à l’aise dans la nostalgie hénoumonienne…
Voilà le drame. A force d’exalter l’amoureux du Vieux Liège perché au milieu de la Montagne de Bueren, on masque le « chômiste » en face qui avec huit cents euros par mois se farcit trois ou quatre ascensions par jour parce qu’il ne sait pas faire autrement.
Encore que l’homme-fougère de l’auteur soit moins romantique qu’il n’aurait été sous la plume de Henoumont-le-sensible.
Plus 6me arrondissement, J.-C. Bologne mignardise sa passion liégeoise. On sent que l’auteur a sa vie ailleurs. Dans le fond, Liège, il s’en fout. Alors, il se fait du mal pour retrouver une émotion ancienne. Il insère des touches « modernes » à son Liège rêvé dont il redit les malfaçons architecturales, les erreurs peu compatibles avec l’écologie. Mais, les vieilles rues ont la peau dure et nous retrouvons Louis Lefebvre, son héros, a son bonheur d’alpiniste des sommets de Pierreuse, tout ému d’un Liège qui n’a jamais vraiment existé, mais que tous les folkloristes ont vu, comme Jeanne à Domrémy.
Vite il faut nous ressaisir en abordant le dernier auteur de cette tétralogie des bords de Meuse.
Assez de fantaisie, les puristes se réjouiront, du « Liège » de Bernard Gheur. C’est enfin celui que le monde entier nous envie.
C’est le Liège avant les « Prizu », quand on passait en panier à salade de la Prison à la Place et que le grand Bazar brillait de toutes ses vitrines.
Le cinéma, les filles qu’on drague en sublimant le navet italien « La couronne de fer », le Carré et les anciens zazous devenus garçons de café, on se retrouvait sur les sentiers de grande randonnée du Pont d’Avroy au Pont d’Ile… ronde désoeuvrée des mercredis amoureux.
On se passait des infos sur les bons coups, on apprenait à fumer sans trouver ça dégueu et on cherchait des thunes pour aller tirer un coup rue Sur-la-Fontaine où officiaient les vétérantes du Corps expéditionnaire américain de 45. Ces pionnières admirables du sexe avaient décongestionné les braguettes de plusieurs générations de rhétoriciens de Saint-Servais
Hélas !... Les années de faux bonheur n’ont pas chez Gheur l’absurde cruauté dont je le pare. C’est dommage. A sa place, afficherai-je donc une indifférence à l’opinion dont il se garde bien.
Alors, allons-y : le Collège Saint-servais, les films de Hitchcock et les branlettes sur les effigies des stars de Ciné revue. Certes, vous ne trouverez rien dans l’œuvre de Gheur, de cette pollution du potache guetté par l’ombre du Frère surveillant. C’est une question de pudeur chez ce très catholique auteur ; cependant d’ajout en ajout, on a pitié de quelqu’un qui a une vie si conventionnelle. Y a-t-il rien de plus naturel qu’un collégien qui se poigne dans les waters d’une institution liégeoise aussi prestigieuse que Saint-Servais ?
Si vous êtes un chaud partisan de la survivance du folklore et des auteurs liégeois qui en usent et en abusent, si vous avez besoin d’une recommandation de l’échevinat du Tourisme pour une place d’animateur dans une maison de jeunes, alors achetez ces livres et consommez liégeois.
Sinon, avec l’argent que vous aurez économisé, prenez un ticket de bus « Si t’as ton ticket, t’es cool » et allez faire un tour de piste à Cointe ou relisez l’histoire d’Alexis Alexandrovitch Karenine qui eut le tort d’épouser Anna Arcadievna, vous passerez de meilleurs moments.

12 avril 2004

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