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31 juillet 2008

Barak dans “ Show Boat"

Après sa tournée européenne et le triomphe reçu à Berlin, Obama, candidat à la Maison Blanche, semble avoir reçu en Europe un tel accueil, qu’on ne serait pas surpris qu’une majorité d’enthousiastes ne l’est que par une méconnaissance de la situation américaine. La confusion qui existe sur notre continent de la gauche et la droite aux USA brouille les cartes. Non, les Démocrates américains ne sont pas l’équivalent des socialistes d’Europe, comme les libéraux du MR n’ont rien à voir avec les Républicains.
Les deux partis qui se partagent le pouvoir sont bel et bien les deux ailes d’un même mouvement conservateur, nationaliste et libéral.
Le candidat républicain John McCain souffre en Europe d’appartenir au même parti que le président Bush, dont les huit années de présidence sont jugées catastrophiques et pas seulement du seul point de vue européen, mais aussi par bon nombre d’observateurs américains de la politique interne et externe.
L’Obamania s’explique un peu de la sorte. Au parti démocrate entre le sénateur et Hillary Clinton, le ticket s’est joué sur presque rien. On aura beau expliquer qu’un Noir à la candidature de la présidence, c’est quelque chose d’inouï, personne ne peut décemment contester qu’une femme candidate l’était bien davantage, plus encore qu’un choix où jouerait la couleur de la peau.
Ce qui est universel, c’est la frivolité de l’électeur qui se détermine sans bien se rendre compte du programme que leur candidat développera s’il était élu.
A part quelques prises de position annoncées à grands fracas et notamment sur la guerre en Irak, Barak Obama n’a pas autant que Clinton structuré son plan d’action, tout y est dans le vague, et parfois, de façon confuse et contradictoire.
Mais il est jeune, convaincant et Noir, ce qui est tout à fait conforme au désir people de changement. Le public américain confond la fonction présidentielle avec l’avant-première d’un film de Hollywood où la vedette suscite un mouvement de foule à la sortie du film.
Washington n’est pas Sunset boulevard.
L’Europe vit le phénomène à chaque nouvelle élection où apparaissent des hommes d’Etat jugés sur la faculté de leur staff de propagande à satisfaire à la popularité d’une personnalité se conduisant comme une star. L’exemple français est assez éclairant avec l’élection de Sarkozy, gagnée sur le talent de comédien et d’orateur de l’homme, secondé par d’adroits faire valoir.

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Pour l’heure Obama a dépensé des sommes colossales qui ont aidé à cette popularité qui n’a rien puisé dans les faits et des actions du passé du sénateur pour triompher sur le charisme, plus retenu, de sa rivale malheureuse, mais sur des affabulations d’un destin inventé et d’un passé souvent travesti pour les besoins de la cause..
Certes, Obama projette une vision bien meilleure de celle que Bush lèguera au mois de janvier 2009 à la postérité. Mais cette vision subjective, puisqu’elle n’est concrétisée par aucun pouvoir, n’est qu’en devenir.
En fait de transformation espérée, si Obama était élu, il faudrait pour cela qu’il puise dans le programme d’Hillary Clinton qui concerne principalement l’élaboration d’une sécurité sociale et quelques règles de conduite qui soulageraient au moins 20 % de la population qui vit actuellement sous le seuil ou la limite de la pauvreté.
C’est aussi par les modifications de l’optique de la géopolitique que les Européens projettent l’espérance d’une nouvelle Amérique possible si Obama était élu.
En effet, l’Europe est pacifiée et si elle ne menace plus personne, personne vraiment ne la menace. Le discours d’Obama est rassurant puisqu’il va dans ce sens et cherche à recourir à la paix par la négociation.
Bush pourrait lui rendre un dernier service en allant bombarder les six mille centrifugeuses qui travaillent à la bombe atomique en Iran, avant qu’Obama ne soit élu, s’il l’est, à Washington. Car, il se pourrait que l’Europe déchante d’un coup, exactement comme les Français ont déchanté d’un coup quand Sarkozy s’est embarqué sur le yacht du milliardaire Bolloré, juste après son élection. Il suffirait que le nouveau président réagisse en Iran, comme Bush l’a fait en Irak. Sauf que l’Irak s’est avéré ne jamais avoir eu la possibilité de créer une l’arme atomique, ce qui n’est pas le cas de l’Iran.
Il ne faut pas oublier combien l’immense ville de New York , dont la population avec la périphérie est estimée à 21 903 623 habitants, est restée fort européenne avec un fort taux de démocrates, du reste Clinton y est sénatrice. Et que cette ville influence les Européens sur ce qui se passe aux USA. En Europe, on croit toujours que les Républicains sont seulement établis dans les Etats du Sud et que les démocrates occupent les Etats du Nord. Nous nous jouons un remake de la guerre de sécession. Ce qui n’a pas manqué de se traduire par des allusions dédaigneuses sur les Texans du président, lui-même vu en santiags et stetson sur une barrière de son ranch.
Alors, comment voulez-vous que Obama ne bénéficie pas de l’auréole des martyrs de la cause noire ? On se demande pourquoi il n’a pas encore mixé « Ol’Man River », morceau de bravoure d’un noir à la voix chaude et profonde : Paul Robeson.
Le public aurait adoré !

30 juillet 2008

Quand le Turtelboom-à-cons bouture


- Pardonnez-moi, pourrais-je parler à madame la ministre Annemie Turtelboom ?
- De la part de qui ?
- D’Anton Khûl.
- C’est pas un nom chrétien, ça…
- C’est le mien. Mais je ne saurais pas le prouver, actuellement je suis sans papier.
- Sans papier parce que vous les avez oubliés chez vous ou sans papier parce que sans papier ?
- Sans papier parce que sans papier.
- Alors, si c’est une question d’ordre public, madame la ministre ne reçoit pas.
- N’est-elle pas ministre de la politique de migration et de l’asile ?
- Elle est actuellement en Italie.
- Elle y demande le droit d’asile ?
- Non. Elle visite le Saint Père.
- C’était juste pour une question pratique.
- Dites toujours.
- Voilà, je voudrais savoir si à Bruxelles il y a encore une grue disponible.
- Pourquoi faire ?
- Pour y monter pardi !
- Madame la ministre n’est pas dans le bâtiment. Elle ne pourrait pas vous répondre. Moi, je vous conseille de ne pas faire le malin. Vous avez vos papiers ?
- Je finis de vous dire que je n’en ai pas.
- Au moins vous avez un papier stipulant que vous n’en avez pas !
- Mais si je n’en ai pas, comment voulez-vous que j’en aie un ?
- Je vois, vous êtes un esprit raisonneur !...
- Pas du tout. C’est justement parce que je n’en ai pas que je voudrais en avoir.
- Avec quoi vous vous torchez tous les matins ?
- Ah ! c’est bien l’esprit du ministère. On vous parle poliment, puis vous le prenez de haut !
- Moi, je le prends de haut ? Alors que c’est vous qui voulez monter sur une grue !
- Permettez-moi de vous dire qu’au moins Joëlle Milquet rend visite aux sans-papiers, tandis que votre ministre va voir un émigré Allemand à Rome !
- Joëlle Milquet n’a pas en charge les sans-papiers. C’est une réforme voulue par le premier ministre. Dorénavant, les ministres feront du social mais en-dehors des responsabilités de leur ministère. C’est ainsi que Annemie Turtelboom va se rendre dans les usines pour montrer sa solidarité envers les travailleurs sous-payés et les chômeurs qui se sont adressés jusqu’ici en vain à madame Joëlle Milquet, la ministre du travail et de l’emploi pour qu’elle améliore leur sort.
- Et c’est Milquet qui se tape la grande échelle ! Vous m’en direz tant…

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- Nous ne discutons jamais avec les personnes qui mènent des actions. Il n'y a pas de dialogue et il n'y en aura pas. Nous laissons la police traiter cette affaire.
- Mais, monsieur Roosemont, à quoi sert votre ministère, si c’est pour en faire une succursale de celui de l’Intérieur ?
- La seule chose que nous pouvons éventuellement faire est de donner plus d'informations aux sans-papiers afin de leur montrer l'inutilité de leur action. Cela s'était produit lors des occupations précédentes car les activistes redescendent généralement des grues après un certain temps. Quand on a monté, il faut bien redescendre (rires)
- Si vous donnez plus d’informations aux sans-papiers, je suppose que ce sera sous la forme de circulaire, d’instructions écrites, bref sur du papier !
- Vous y êtes. Ainsi, ils en auront.
- Donc, ils seront cautionnés par vous, puisque vous leur fournirez des documents notifiés à leurs noms ?
- C’est dans les prévisions.
- Mais alors, c’est parfait. Ils auront des papiers et ils seront reconnus ?
- C’est ce que nous souhaitons. Dès qu’ils seront reconnus, avec leurs papiers, ils pourront retourner chez eux et dire qu’en Belgique, on ne les aura pas expulsés du territoire les mains vides.
- Et pour revenir à mon cas, vous avez bien une grue disponible ?
- Vous avez de la chance que vous êtes sans papier. Vous en auriez eus, j’appelais la police ! Comment voulez-vous faire un rapport sur quelqu’un qui n’a pas de papier !
- Juste une petite grue… pour commencer !...

29 juillet 2008

Le trio d’enfer Do-La-La !..

Dans le cadre des Conservatoires de Belgique, le Trio François-Xavier de Donnéa (Do), à la viole de gambe, Raymond Langendries (La), hautbois, bombarde et doucaine, et Karl-Heinz Lambertz (La), djembé et grosse caisse, donnera prochainement au palais de Laeken, un concert exceptionnel de musique ancienne (1).
On s’attend à la toute grande foule, car le programme est copieux et original avec des œuvres notamment de 1830, dont nous épinglons quelques titres « La Muette de Portici », inévitablement, une sérénade de la période espagnole du XVIme siècle, et la « Brabançonne » des inoubliables duettistes Jenneval et Van Campemhout. Suivis immédiatement d’un oratorio interprété par une postière anonyme qui aurait tout remboursé depuis longtemps : « Après la plainte, vient la Complainte. » d’abord furioso, puis andante Ma non troppo, n’en faut…
Octopus succédera ensuite au Trio et à la coloratur, avec les vice-premiers ainsi que les présidents au grand complet..
Le trio remettra au roi, les partitions imprimées sur papier d’Arche et numérotées par Aloïs Ferdinand Ludwig von Köchel qui a bien voulu refaire un petit séjour à la cour.
Dans le journal « Musikalisches Echo », l’écho musical, le critique Bart De Wever fait entendre un avis différent sur les qualités de l’œuvre. Il y trouve quelques assonances et des superpositions instrumentales en discordance. Mais surtout, il n’est pas d’accord de la longueur de l’œuvre qui comporte deux millions de pages qui porterait la fin du concert aux élections de 2009.
Son choix musical est là-dessus intransigeant. Il faut pour que la musique soit belle que l’œuvre soit courte et suffisamment forte.
Le maestro de la Monnaie, Yves Leterme, du théâtre flamand, n’a pas la baguette à la hauteur. Selon le critique Bart De Wever, le symphoniste De Decker qui fut l’élève de Von Karajan, lui-même de la classe de Von Braun, est le V1 amélioré de la musique baroque flamande. Lui seul est à même de compresser l’œuvre afin de la ramener à une audition normale de deux mois maximum, ce qui conduirait le public à la rentrée de la mi-septembre.
A la cour, les avis divergent sur la salle du concert. Les plafonds de la reine en ailes de libellule renvoient mal les sons graves. Les aigus provoquent des fissures dangereuses. Les frères Van Rompuy suggéreraient à leurs majestés un plafond d’hymens de Gantoises à marier. Le problème c’est la rareté. On aurait à l’heure actuelle moins d’un mètre carré de stock.
Les serres seraient un meilleur endroit, s’il n’était pas prouvé que deux des jardiniers qui y travaillent depuis 25 ans ne sont pas de parfaits bilingues, donc inaptes à percevoir les beautés musicales de l’œuvre.
Le VLD Guy Vanhengel trouve la partition charmante, mais bâclée au final, à cause des cuivres de Bruxelles, venus en renfort et faisant une sorte de cacophonie. Le tromboniste Picqué se défend de jouer trop fort.
Le président du Sénat, Armand De Decker, costume rayé du tailleur romain Gigi Fortunata et chaussé à Londres par Patrick O’Tonnô, soutient que l’œuvre a de la tenue et se présente bien.
Il ne lui manque qu’un « la » avant « bas si j’y suis » dans une fédération revitalisée des orchestres régionaux. Il pense mettre sa cravate bleue à rayures orange pour le concert.

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Les conseillers du roi seraient plutôt d’avis de jouer l’œuvre en kiosque. La difficulté résiderait dans sa construction, étant entendu qu’il s’agirait de faire passer la frontière linguistique en son centre de façon à ce que le chef désigné ait une couille de chaque côté. Ainsi serait sauvegardé l’esprit mathématique dont on sait qu’il est sans appel dans la construction de la symphonie.
Prête pour le 31 juillet ? C’est ce que souhaite les philharmoniques du cartel CD&V/N-VA.
D’autant que cette échéance avait été fixée par le roi.
Pendant les tractations on avait perdu la reine Fabiola. On la croyait égarée dans les serres ou au bois de la Cambre, aux champignons.
Aux dernières nouvelles, on l’a aperçue aux Beaux-Arts où s’établit un contrat pour le futur « Reine Elisabeth » aux trois musiciens.
Il a fallu lui dire que Mathilde attendait son cinquième enfant pour la décider à lui faire quitter sa loge.
Aux dernières nouvelles, si pour le 31 juillet François-Xavier de Donnéa, Raymond Langendries et Karl-Heinz Lambertz n’ont pas réformé leur grand œuvre, le gouvernement flamand pourrait les reconduire à la frontière… A tout hasard, ils s’apprêtaient à escalader une grue.
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1. Une musique ancienne veut dire ici une musique que l’on entend depuis longtemps.

28 juillet 2008

Diogène en vacances.

Comme l’info est en vacances, pour utiliser le langage des joueurs de carte-pastis, on a envie de se tenir à carreau…
Changer de quartier comme la lune, n’est pas mon fort. Il y a comme une faiblesse, un non-dit dans la fuite pour un décor de cinoche : mer et cocotier.
C’est abandonner des vies étalées sur trois cents pages, comme pas mal de petites ordures abandonnent leurs animaux de compagnie, pour un billet d’avion low-cost.
Ceux qui partent en vacances croient que changer d’air changera leur vie.
Non, mille fois non. Pour changer sa vie, il faut le faire ensemble, en même temps et y penser toute l’année. Cela s’appelle une révolution. C’est ainsi. Il faut militer dans le camp des gens qui sont d’accord pour transformer l’invivable en vivable.
Ce que j’en conclus ennuie les foules.
Les foules se construisent un passé de regrets qu’elles traîneront à l’année. Il n’est pas certain que le mois de vacuité sera défalqué du reste.
Certains sont en vacances chez eux, entre leurs livres et l’ordi et ils emmerdent les impétueux aventuriers en voilier de location. Ils ne donneraient pas leur tranquillité et leur liberté contre un séjour quatre étoiles dans un pays de golf du Golfe.
Certes, il leur arrive de partir et même fort loin. C’est pour visiter une ville, respirer l’air des musées, examiner des minéraux, faire le tour d’un cratère, descendre sous Castellammare-Di-Stabia à la recherche d’une cité enfouie dans la lave.
Bref de compléter le livresque par du vécu.
Evidemment, pour certains, les vacances, ce n’est pas ça !
Vous dites : « J’aurais bien fait l’église de Chartres, malheureusement, elle a déjà été faite depuis le XIIIme siècle ! »
Pour le reste, laissez-moi dormir – mais chez moi – j’étais fait pour ça.
Blanche a bien résumé la situation : « Mieux vaut boire le vin d'ici que l'eau de là. ».
Pour l’heure, il n’y a plus de Belgique, mais ce n’est pas grave. Tous les écologistes le savent, si Christophe Colomb n’avait pas découvert l’Amérique, en prenant des vacances, on n’aurait pas la pollution qu’on a.
C’est triste à dire, tous ces gens sur les autoroutes qui partent, on voit d’ici leurs gueules quand ils reviendront. Aussi, l’homme pratique se met à regarder l’autre direction pour voir ceux qui rentrent. Assez curieusement, ils ont la même tête réjouie. Il a dû se tromper de jour ?
Bien entendu, il y a dans ceux qui ne partent pas des gens moins réjouis. Tout le monde n’est pas philosophe. Il y en a beaucoup qui ne peuvent pas partir en juillet et qui n’espèrent pas qu’en août leur situation sera à ce point améliorée.
Ils sont aigris ou ils partent en septembre.
Quant à ceux qui fuient toute l’année, ou bien ils sont riches ou pilotes de ligne.
Pas possible, dit mon ami (celui qui me hait tant), pour être aussi con, tu as fait des études !
Eh oui ! Gustave (j’ai changé le nom) ce qui me manque en intelligence, je le compense en connerie.

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Certains, renoncent aux vacances afin de payer leurs maisons. Les mêmes essaient de payer leurs impôts avec le sourire. Le malheur dans l’administration, c’est qu’ils préfèrent les chèques, d’où une deuxième raison de ne pas partir.
Allez, une dernière dont je ne m’attribuerai pas la paternité, je crois qu’elle est de Dac, mais je n’en suis pas sûr, tant les bons mots depuis Rabelais se transmettent : « Je serais à la place des agriculteurs qui déposent du fumier devant les Mac Do, je me méfierais, parce que les gérants vont finir par croire qu'il s'agit d'une livraison. »
Vous me direz, Rabelais et Mac Do… et puis heureux de m’assommer vous lancerez perfide : qu’est que ça vient foutre sur le thème des vacances ?
Là je répondrai du tac au tac : si vous naviguez avec juste de quoi bouffer après avoir fait le plein d’essence, où passerez-vous la semaine qui vous reste ?

27 juillet 2008

Histoire de blogs.

A propos de l’article « Enfouissement », un lecteur auquel j’ai répondu, m’avait écrit ceci :
« A lire ce billet faut-il en déduire que "faire le siège des échevins" ne vous a pas réussi.
"Point de ressentiment", pourquoi vous croire obligé de le préciser si vous en êtes si sûr. »
C’était, ma foi, faire montre d’esprit et d’une certaine capacité à connaître les ressorts humains.
Ce à quoi j’avais répondu : « Je n'ai jamais fait le siège de personne et surtout pas des échevins du lieu. Ma visite au grand défunt n'était qu'une faute de jeunesse. La leçon m'en a été profitable. »
C’était une sottise de ma part. Elle fut faite toute à trac, par le besoin qu’a l’innocent de se disculper. Ce qui ne sert strictement à rien.
On peut se défendre d’une accusation. On ne peut pas se défendre d’un trait d’esprit qui relaie une accusation, sinon en approfondissant sa pensée si possible par un autre trait d’esprit.
Quelque part outragé, aussi, que l’on pût me croire bien adapté à une sacrée collection de gens incultes, polis dans l’abord, mais souverainement grossiers quand s’élèvent les débats. Voilà bien les leaders d’une société que j’abhorre par son bourgeoisisme et ses faux-semblants, et près desquels pour un empire, je ne me commettrais….
Bien entendu, autre chose est la démarche d’un auteur qui sollicite un éditeur ou qui prend part à un « concours », par rapport à son confrère qui fait du porte à porte chez des personnages en vue. La fréquentation de ceux-ci descend le quémandeur au niveau inférieur au sollicité, puisqu’il faut pour qu’une démarche de ce genre réussisse, faire montre d’admiration ou de retenue.
Pour le reste, il existe chez l’artiste resté modeste un sentiment partagé par tous.
Tout qui écrit est poussé par le démon de se faire connaître. Un blog est l’outil idéal pour cela. On n’a besoin de demander la permission à personne et on écrit ce que l’on veut. Izoard vient d’un autre temps. Peut-être cela aurait-il comblé sa soif d’être lu, si cette nouvelle façon de publier lui avait été connue plus tôt ?

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J’ose citer ici un texte – que je trouve admirable - de Jules Renard, tiré de son Journal, et qui dépeint très bien l’état de la pensée d’un artiste resté conscient de la valeur relative de son oeuvre.
« Je n’ai réussi nulle part. J’ai tourné le dos au Gil Blas, à l’Echo de Paris, au Journal, au Figaro, à la revue Hebdomadaire, à la revue de Paris, etc. etc… Pas un de mes livres n’arrive à un second tirage. Je gagne en moyenne 25 francs par mois. Si mon ménage reste pacifique, c’est grâce à une femme douce comme les anges. J’ai vite assez de mes amis. Quand je les aime trop, je leur en veux, et, quand ils ne m’aiment plus, je les méprise. Je ne suis bon à rien, ni à me conduire en propriétaire, ni à faire la charité. Parlons de mon talent. Il me suffit de lire une page de Saint-Simon ou de Flaubert pour rougir. Mon imagination, c’est une bouteille, un cul de flacon déjà vide. Avec un peu d’habitude un reporter égalerait ce que, plein de suffisance, j’appelle mon style. Je flatte mes confrères par lettres et les déteste à vue. Mon égoïsme exige tout. Une ambition de taille à regarder par-dessus l’Arc de Triomphe, et ce faux dédain des médailles !
Si l’on m’apportait la Croix d’honneur sur une assiette, je me trouverais mal de joie, et je ne reviendrais à moi pour dire : « Remportez ça ! .
« Le pli que j’ai au front se creuse chaque jour davantage, et bientôt les hommes auront peur de le regarder et se détourneront, comme si c’était une fosse. Je ne travaille même pas comme quelqu’un qui veut mériter l’abrutissement, et, malgré cela, il y a, ma parole, des quarts d’heure où je suis content de moi. »
Ah ! si un artiste liégeois pouvait atteindre à cette vérité, à cette simplicité d’écriture, à ce dépouillement non feint, combien je l’honorerais, mort ou vif…
Hélas !...
Une dame qui en est loin également, c’est Rachida Dati, ministre de la Justice de Sarko, qui commet un blog des plus singuliers. Il est fait uniquement à sa gloire, sans possibilité d’y laisser l’ex-voto d’un lecteur qui ne serait pas d’accord.
Elle me fait penser à la bande illustrée « Martine à… » (à l’école, à la piscine, à la cuisine, au cirque, etc…)
Dans ce blog, nous avons la charmante et exotique ministre à Toulouse, à Bruxelles, sur Europe 1, à Marseille, à Vitry-le-François, sur Skyrock Planète Rap, à Perpignan, au Maroc… Il n’y a plus qu’à mon cul qu’elle n’a pas été ! Oserai-je le dire ? Ma foi, je le regrette un peu. (Encore une belle occasion pour vous, cher lecteur critique)
Si vous voulez y jeter un regard (pas à mon cul évidemment), c’est facile, vous faites www.rachida-dati.tv.
Nos politiciens pourraient en prendre de la graine, quoique le blog de certains y ressemble furieusement…

26 juillet 2008

De la merde !

Mais, bon sang, qu’est-ce être libéral en 2008 ? On voit des êtres pétris de liberté et respectant les autres qui sont violemment apostrophés par nos suborneurs qui vivent en égoïstes et se flattent, cependant, d’appliquer toutes les règles d’un libéralisme « humaniste » ! Ils appellent ceux qui les contredisent extrémistes, sauf les socialistes, parce que sans eux ils ne pourraient diriger l’Etat !
Alors, comment concevoir l’intérêt général dans les actuelles contradictions de deux intérêts : ceux du peuple et ceux des gens « à statut » et à fric ?
Pourtant les libertés individuelles, comme la liberté économique, religieuse et la liberté de s’exprimer dans la langue de son choix, sont des libertés fondamentales que nul être censé ne conteste ! Mais justement, n’est-ce pas en jouant sur le registre de ces libertés que l’on dissocie le plus facilement l’individu du citoyen ? N’est-ce pas en faisant croire que le libéralisme donne des chances à tous et ce n’est la faute à personne que certains ne peuvent en profiter ?
Le libéralisme apparaît alors pour ce qu’il est : un projet centré sur l’autonomie d’un individu, au détriment de tous les autres !
Une question s’impose : le libéralisme est-il avant tout politique, afin d'établir des règles économiques ?
On peut le penser puisqu'il élabore une théorie de gouvernement, de l'État et de la société civile. Néanmoins, aussitôt établi comme nécessaire, l’Etat est controversé au nom de la primauté de l’individu sur la collectivité. Et l’on revient à la case départ.
On voit ainsi que dans ce système, la loi est un instrument attaché à l'intérêt particulier. Les partis libéraux ont souvent bien du mal à justifier les principes de tolérance, de respect d'autrui et de paix civile, avec l’intérêt particulier, d’autant que celui-ci est en proportion des moyens de l’individu qui en bénéficie.
Les recours pour faire respecter des droits de façon individuelle ne s’exercent que dans la situation où le citoyen peut se défendre en justice ou en appelant au jugement public par les médias et les relations qu’il détient dans les milieux influents. C’est donc bien un système libéral d’un genre particulier, puisqu’il concède des privilèges attachés à la notoriété et à l’argent et non à la valeur morale. Il est vrai qu’ils sont servis par la Justice qui n’a jamais prétendu la rendre avec équité.
Le programme libéral a une définition a priori de l'être humain comme un être libre avant d'être citoyen, tout à fait en contradiction avec les définitions du libéralisme du Siècle des Lumières.
Même si l’on peut faire la part de l’angélisme et de l’utopie chez Harrington, Locke, d’Alembert et même de Tocqueville, ce dernier cher à Didier Reynders, on peut craindre à l’heure de la mondialisation et de la recherche d’un nouvel équilibre, que le libéralisme des partis politiques aujourd’hui ne soit plus qu’un leurre, une énorme plaisanterie dont le moindre examen met en relief l’étonnante supercherie. Etonnante, puisque encore aujourd’hui, elle draine les espoirs d’une masse importante de citoyens.

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Comment donner un rôle minimal à l’Etat, comment rendre la possibilité juridique d'un libéralisme économique non entravé par les institutions, quand les citoyens se trouvent confrontés aux surenchères d’un monde barbare, quand des grands pays comme les USA refinancent des banques sur le dos des citoyens, quand les prix des matières premières et des céréales s’envolent, quand les spéculations sur le pétrole vont bon train, quand, enfin, les entreprises mondiales paraissent être au-dessus des lois « ordinaires » des Etats libéraux ?
Dans un livre intitulé « De l’audace » Bertrand Delanoë se découvre un indécrottable libéral, bien dans la ligne de ce socialisme-libéral qui a fait et fait encore tant de torts à la majorité des citoyens qui n’ont que leur force de travail pour vivre. On assiste dans cet opuscule à la glorification de l’Etat libéral incarné par les Etats-Unis d’Amérique, comme dans les plus beaux moments de propagande de Hollywood, quand John Wayne, en béret vert, élevait « l’idéal américain » à la dimension d’un mythe.
Ainsi, cet américanolâtre, aussi croyant que Sarkozy dans les vertus de l’Oncle Sam, justifie la mondialisation, la discrimination positive, l'adhésion à l'Europe «libérale», dans une sorte de délire transcendantal, en oubliant la pauvreté qui progresse et même l’effondrement de tout un pan de la classe moyenne !
Delanoë mêle dans son délire la dignité du peuple tibétain, Locke et Montesquieu, les valeurs humanistes, sur fond d’aigreur, il est vrai, d’avoir loupé les Jeux olympiques à Paris.
Voilà encore un de ces socialistes flamboyants dont les parisiens se sont entichés et qui pourrait les conduire dans les années prochaines à un lent et sûr déclin, toute la foi dans le libéralisme intacte, bien entendu.
Le libéralisme en politique n’est donc pas la merveille imparable qu’on attendait. Il n'est – il n’a jamais été - synonyme de liberté, ni de démocratie.
Il n’est même plus le libéralisme utile qui mettait à des taux accessibles le prix de la pomme de terre et le litre d’essence. Il n’est plus rien, qu’une baudruche qui se dégonfle, qu’un misérable moyen qu’ont des politiciens sans doctrine et sans programme à tirer leur épingle du jeu et de rester du bon côté, dans une arnaque du citoyen, prêts à défendre leurs statuts en piétinant les victimes !
Voulez-vous que je vous dise ? Pas vrai Tony ? Le libéralisme, c’est de la merde !

25 juillet 2008

C’est la faute à Belgrade !

C’est fou comme on se cache, rien qu'en se transformant à Belgrade !
C’est le dernier rendez-vous de ceux qui ont beaucoup de choses à se reprocher. Les transformistes des partis sont sur les dents.
L'administration wallonne va changer de tête, c’est le moment d’aller prendre des leçons chez Radovan Karadzic.
Les nominations, il paraît que ce sont les socialistes qui n’en ratent aucune à la Région wallonne ! Ils passent par Belgrade, au retour, on les reconnaît plus ! De socialistes pur jus avec brassard, Internationale et meetings en province, un coup de fil et hop, la filière serbe leur arrange une autre gueule, qu’on croirait être celle d’un MR ! Chemise bleue, ventre large et quelques leçons de golf…
D’autres sont intéressés pour l’immersion complète. Leterme étudie le dossier de son projet d’immersion en profondeur.
Si le docteur Radovan a tenu une clinique pendant 13 ans, Yves Leterme pourrait faire entraîneur de football. Le problème : s’il est aussi mauvais sur un terrain qu’au 16 rue de la Loi, il ne durera qu’une saison. Eventuellement, il pourrait tenir la buvette du stade ? Les conditions de son transfert ne sont pas réunies. Il attend la navette chargée de conduire Radovan à La Haye.
Rien n’est encore signé. Le roi hésite. Qui sait après Leterme, si Reynders ne sera pas encore plus mauvais ?

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On trouve de tout à Belgrade en ce moment. Par exemple Bart De Wever, se passionne pour le dossier de Radovan Karadzic, l’artisan fameux d’un plan de « nettoyage ethnique ».
Bart est convaincu que ce plan a du bon. Il ne lui a pas manqué grand chose. Tout est dans l’opinion publique. Une application pour BHV est à l’étude.
Belgrade est aussi l’endroit à la mode du TPIY (Tribunal International pour l’ex-Yougoslavie). Où voulez-vous qu’il enquête sinon sur les lieux de l’Etat-major du crime organisé ? Le TPIY aurait bien aimé faire aussi une enquête à Bruxelles et dans la périphérie où on lui a signalé un début de génocide linguistique. Ce qui l’en empêche ? Outre le fait que c’est à Belgrade qu’on passe pour quelqu’un d’autre, les Flamands ne veulent rien savoir. Et ils ont raison. Quand on est un tribunal pour l’ex-Yougoslavie, on ne peut pas siéger pour l’ex-Belgique ! Il faudrait changer le sigle. D’éminents fonctionnaires s’y emploient. Tout dépendra des subsides. C’est dire que les Flamands peuvent d’ici-là améliorer leur technique…
Ils pourraient dès la déclaration d’indépendance appeler la Flandre l’ex-Yougoslavie ! Ils ne sont pas fous. Ils ne feraient jamais une chose pareille… A moins que les légendes qui circulent sur les fameuses histoires belges ne seraient en réalité que des histoires flamandes !
Enfin une dernière ouverture à Belgrade concerne la ravissante Marie-Dominique SIMONET,
Ministre de l'Enseignement supérieur. C’est une fois de plus le bon docteur Karadzic qui pourrait la dépanner. Il gagnait sa vie en s'occupant de médecine alternative et travaillait dans une clinique privée. Il semblait avec de faux papiers et sans numéro INAMI, avoir surmonté toutes les difficultés que rencontrent en Belgique des étudiants qui sont reçus-collés. La sémillante Domino pourrait envoyer des reçus-collés à Belgrade en immersion d’un an, à la suite de quoi ils exerceraient légalement en Belgique au titre de médecin-alternatif, moyennant quelques formalités, comme l’affiliation au CDh !
En Région wallonne on parle beaucoup d’une autre charmante : la fulgurante ascension de Sylvie Marique, haute responsable du bureau de Courard. Elle aurait été pressentie – toutes les belles femmes sont en général fortement pressenties – pour devenir number one de l’Administration générale de la Région… mais d’autres pressenties protestent.
C’est SELOR (bureau de sélection des fonctionnaires) qui rechigne un peu à la tâche. Elles sont trop nombreuses à être pressenties.
On tient à bonne source que le poste, finalement, lui échappera. Motif ? On le saura au prochain épisode. Qui décrochera le poste ? Personne pour le moment. Les mystérieuses créatures de rêve sont en Congrès à Belgrade qui serait la ville des exorcismes et des renaissances. On pense que Tito n’est pas mort et il pourrait intervenir directement dans les nominations à Namur, puisque son ami Radovan ne le peut plus !
Mais qu’on se rassure Marique ne devrait pas rester les mains vides. Elle postulait aussi pour la Direction des pouvoirs locaux, action sociale et santé. Le bidule ronflant pourrait lui revenir. Car la dame est postulante et pressentie à la fois, partout où il y a du blé.
En attendant Courard cherche une belle personne pour lui tenir son bureau. Un séjour dans l’ex-Yougoslavie est prévu à cet effet. Il paraît qu’avec l’Euro fort, les pressenties serbes font des prix.
Willy Borsus qui n’est pas Serbe fulmine depuis que les pressenties du MR ne sont pas dans les pressenties du SELOR, il prétend que les Socialistes ont calibré les impétrantes et que ce n’est pas de leur faute si le MR n’a pas de calibres correspondants pour des fusions de compétences.
Radovan Karadzic, un moment soupçonné par le MR d’avoir aidé le PS, a démenti formellement avoir fait un séjour incognito à Mons. Il a aussi démenti qu’il était au courant de la solitude sentimentale actuelle de Marie Arena, qui, pour une fois, n’est ni pressentie, ni sollicitée. Du reste, là aussi, ça s’est arrangé.

24 juillet 2008

Enfouissement (1)

S’il y a bien une chose qui ne se fait pas, c’est dire du mal des morts. J’entends des morts récents. Qu’est-ce qu’on se fout de la mort de Nabuchodonosor !... Et encore, des morts récents dont personne n’a dit des horreurs du temps de leur vivant.
Fourniret et Dutroux, s’ils vivent encore longtemps en cellule et qu’à leur mort quelques-uns se les remémorent, ce ne sera pas pour faire leur éloge funèbre.
Pour les morts qui ont été quelque chose dans leur spécialité, leur art ou leur fonction, il est prudent de ne pas les traiter tout de suite de salauds, de vendus ou de quoi que ce soit d’ignoble, surtout si vous les remplacez dans leur fonction, ou pire, un autre que vous.
La brosse à reliure est plutôt généralement d’un usage répandu.
C’est le fameux respect des morts.
En général, quiconque écrit un article à la demande sur la disparition « inopinée » d’un personnage connu – ne serait-ce que localement - ne peut faire autrement que de se fendre d’un éloge. Je ne connais pas un discours, un article, une évocation dont l’auteur dispensât son talent des truismes et des lieux communs de circonstance.
C’est comme ça.
Autrement dit, cet exercice ne sert à rien, si ce n’est à soi-même ; car, plus le mort est célèbre plus vous en tirerez de la notoriété.
Ces réflexions me sont venues à la lecture de Karel Logist rendant hommage « à son ami Jacques Izoard » récemment décédé.
Que de poncifs, de fatras idéalement nécrologiques, de figures de style à la Bourdaloue, de déclarations à l’échos des nefs où retentissent encore les oraisons funèbres des successeurs de Bossuet !
J’ai noté quelques perles que l’on retrouve dans tous les discours du genre, sous la coupole de l’Académie française, jusqu’aux allées du Père-Lachaise.
Karel Logist ne dépare nullement l’ensemble des nécrologues.
« Homme de communication, contraire du poète dans sa tour d’ivoire, homme facétieux, figure populaire pétrie de bon sens et de générosité, son humour pince-sans-rire, ses anecdotes et ses coups de gueule, très attentif à la poésie des autres, il n’avait pas son pareil pour découvrir le meilleur chez un poète, ne fut-ce qu’un seul vers, très attaché à sa ville, à ses lieux, à son fleuve, à ses escaliers ». Voilà pour le poète.
« Il aimait les petites gens, les déclassés, les laissés pour compte. Il allait et venait, écoutait tout, recueillait des histoires, des blagues entendues et vous les rapportait devant un verre de bière. » Voilà pour l’homme sensible…
Question critique : « …c’est une poésie matérielle, qui se méfie des abstractions, des cailloux, mais aussi de bijoux de mots, magicien des sonorités, de la libre association, il écrivait tous les soirs un ou deux poèmes, sans exception. Ce n’est pas un penseur, c’est un sourcier. Il est difficile de caractériser cette poésie, sinon peut-être en en soulignant la liberté, la limpidité. Personne n’écrivait comme lui. Il écrivait comme on respire… ».
Tirons l’échelle.

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Eh bien non ! ce n’est pas rendre hommage à un poète que d’écrire cela..
C’est se moquer du monde ! Tant on y sent l’artificiel, le convenu. Il n’y a pas là-dedans un seul mot qui sonne juste, qui nous fait comprendre ce que cet homme fut, pour tout autant que quelqu’un le sût.
L’ensemble pourrait resservir pour quelqu’un d’autre, un peintre, un écrivain, un homme politique, un chef de bureau…
Une seule fois, j’ai approché Izoard. Je ne le connais pas pour autant. J’étais assez jeune et je commettais des vers rimés et libres, comme il m’arrive encore de le faire parfois (pas deux fois par jour comme on va à la toilette).
Je lui donnai ce jour-là quelques poésies. Quoique reçu glacialement, il m’assura qu’il me lirait et me donnerait un avis. Voilà vingt ans de cela. J’ai attendu jusqu’à la semaine dernière..
Le ressentiment ne dicte pas ma conduite. Peut-être même s’était-il préoccupé de ne pas me faire de la peine en s’abstenant d’un commentaire ? Vis-à-vis de lui, je suis dans le même état d’esprit, mû par un vrai respect et qui n’est pas de circonstance. Mais où se trouve l’écoute des autres, l’amabilité et l’intérêt envers les débutants, les jeunes qui écrivent, tout ce qu’on lui prête?
A la vérité, qui veut être connu et un jour compter dans le domaine de l’Art et surtout en poésie, ne doit pas être avare de ses heures de représentation, courir les salons et les vernissages, savoir s’emmerder avec discrétion, surgir opportunément dans un débat, s’infiltrer dans les centres culturels, faire le siège des échevinats, passer pour très politisé avec des militants et apolitique avec le reste de la coterie, ne pas lésiner les coups d’encensoir quand ils peuvent renvoyer l’ascenseur… bref passer plus de temps en ronds de jambe et salamalecs qu’à sa planche de travail, et surtout se blinder par rapport aux autres, s’accrocher en égoïste, égotiste dirait Stendhal, à la seule promotion de « son génie ».
S’il y a bien une qualité que personne n’oserait disputer à Izoard, c’est sa patience, sa ténacité à se vouloir poète reconnu.
Plus « perseverare diabolicum » que « Errare humanum est ».
C’est en cela qu’il est touchant pour une si petite chose intime que d’autres rougiraient d’en convenir : la poésie.
Et pour rien d’autre !

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1. Flaubert « in Dictionnaire des Idées reçues », p. 30. Enterrement : A propos du défunt : « Et dire que je dînais avec lui il y a huit jours ! » S’appelle obsèques quand il s’agit d’un général, enfouissement quand c’est celui d’un philosophe ».
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23 juillet 2008

Les affaires sont les affaires…

La liste des morts s’allonge dans ce qu’il est convenu d’appeler la plus grave crise financière mondiale depuis 1929, tant pis pour nos économistes qui ne veulent pas traduire leur conviction d’un prochain désastre en langage courant à seule fin de ne pas affoler le public. Sans doute FORTIS pourrait rejoindre les « cadavres exquis » dans le déjà grand mausolée de l’économie, comme Martinsa-Fadesa (Espagne) qui paie le retour de manivelle de l’immobilier,
IndyMac qui se serait bien passé de devenir une banque mondialement célèbre dans la nuit de vendredi à samedi dernier, quant à Pasadena, elle a déposé le bilan. C’était la Northern Rock britannique qui avait été la première à faire faillite, dès septembre 2007, en plein engouement et les prix fous de l’immobilier. Les têtes pensantes des banques auraient dû dès ce moment comprendre ce qui ne manquerait pas de se passer sans une modification importante de la politique hypothécaire. Hélas ! l’euphorie fait partie du discours bancaire et c’est impossible de changer les mœurs, même devant les réalités.
Bear Stearns a chuté à la mi-mars. Les rumeurs d'une crise de liquidité chez le numéro cinq de Wall Street ont été suffisantes pour que cette banque passe à la trappe.
Cette fin tragique est aussi le début d’un reniement des Etats-Unis du credo de la liberté d’entreprendre, mais aussi de la liberté de « plonger » en cas de pépin.
Désormais le système libéral pur a vécu, puisque les Etats-Unis ont soutenu JPMorgan Chase pour le rachat de Bear Stears par l’entremise de la Réserve fédérale, c’est-à-dire l’argent des contribuables américains.
Comment ce fait capital n’est-il pas souligné partout et repris par la gauche ? Il est vrai qu’on n’entend pas délibérément donner la parole à la gauche anticapitaliste sur ce thème explosif et que le PS embringué jusqu’au cou dans la panade du système devient ainsi un allier potentiel du libéralisme vacillant en fermant sa gueule.
Le calvaire ne fait que commencer.
C’est ainsi que les investisseurs nourrissent des craintes pour d’autres banques. Cette contagion a gagné l’Europe.
Pas que FORTIS qui est sur le cul en ce moment, Lehman Brothers, quatrième maison de Wall Street, a perdu les trois quarts de sa valeur depuis le début de l'année.
Bush complètement sonné à la fin de son deuxième mandat pompe dans les poches du contribuable américain afin de sauver des banques. Ainsi le contribuable est deux fois mis à contribution, puisque les banques détiennent les hypothèque de centaines de milliers de « mauvais payeurs », par ailleurs aussi contribuables. N’aurait-il pas été plus juste et plus logique d’aider les contribuables en difficulté plutôt que les banques ?
A présent le parc immobilier s’encombre de milliers de maisons invendues et invendables. Les sans-abri ne se comptent plus, certains ont la chance d’avoir une caravane, d’autres dorment dans leur voiture, certains finissent sous les ponts.

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On ne parle plus à Washington que de Fannie Mae et Freddie Mac en pleine crise. Ces deux organismes, garantissaient plus de 6 000 milliards de dollars de prêts hypothécaires !
Le montant du plan de sauvetage de « Fannie » et « Freddie », vu la « difficulté » à déterminer l'ampleur de la ligne de crédit nécessaire, est loin d’être trouvé. Le découvert est astronomique.
Freddie Mac a perdu hier 26,02 %, et Fannie Mae, 27,34 %. L'indice Dow Jones de Wall Street a terminé dans le rouge, comme cet indice en a pris l’habitude depuis quelques temps.
On souligne chez les économistes sérieux la détérioration de la confiance des marchés financiers, l'accélération de l'inflation et les signes de ralentissement de la conjoncture, du fait de l'aggravation de la crise immobilière.
Ben Bernanke, président de la réserve fédérale, est franchement pessimiste : « Le niveau actuellement élevé de l'inflation, s'il perdure, pourrait conduire le public à réviser à la hausse ses anticipations de l'inflation à long terme. Une responsabilité critique des autorités monétaires est d'empêcher que ce processus ait lieu. Les événements des dernières semaines ont démontré que beaucoup de marchés financiers et d'institutions demeuraient soumis à un stress considérable, en partie parce que les perspectives de l'économie et de la qualité du ¬crédit demeurent incertaines » .
Nous voilà loin des discours de Didier Reynders et de cette aile libérale volontairement aveugle qui s’oblige à un discours cent fois entendu « Prenez votre mal en patience. Cela ira mieux demain. » Entre parenthèse, c’est aussi le discours des socialistes et c’est encore plus étonnant !
Pour ceux qui poursuivent l’illusion que nous sommes toujours dans un système libéral de l’économie fondé sur la liberté des prix et de la concurrence, ces dernières semaines nous offrent un sacré démenti.
Mais dans quel système en vérité sommes-nous donc ?
Dans le contraire d’une dictature du prolétariat. C’est-à-dire une ploutocratie qui aboutit à un genre de régime comparable à ceux des Emirats, en attendant pire.
C’est une belle réussite pour les gogos et les coquins qui croient qu’en associant capitalisme et démocratie, ils ont tout dit.
Reste à convaincre les masses du contraire. Peut-être quand le pétrole sera à 250 dollars le baril et la pomme de terre à 10 € le kilo ? C’est-à-dire quand il sera trop tard !

22 juillet 2008

Football-sand à la télé.

La Presse, parce qu’elle est pauvre, que le papier coûte cher et qu’on ne peut pas fermer boutique pendant les vacances sous peine de fermer définitivement, la presse, donc, est à peu près vigilante sur le pont avec l’ensemble des rédactions, en ce mois de juillet plein de rebondissements politiques. A un moment grave comme celui que nous vivons, c’est le moins.
Mais où sont les émissions politiques et d’informations de RTL et de la Une RTBF ?
Les caïds ont fichu le camp, en vacances comme Monsieur-Tout-Le-Monde, comme des jean-foutre, salariés à vie, ils ne risquent rien !
On dit le discours d’Albert complètement nul, sans perspective, comme se réfugiant dans le passé d’un frère renfrogné et catholique. C’est bien la première fois que le monarque s’attarde sur la pauvreté qui gagne du terrain. Il emboîte le pas aux politiciens wallons. Tout vaut mieux que le communautaire.
La Belgique se meurt, la Belgique est morte… et les joyeux lurons de la RTBF s’en tapent, partis à travers le monde des cocktails de plage, assoupis sous les cocotiers, renversés sous 40° à l’ombre dans les transats de l’Aventure première classe.
RTL ne vaut guère mieux, à la recherche de sable fin des mers bleues, à plonger dans les lagons, parmi les mérous et les coraux.
Merde ! Juillet les découvre en paréo écoutant les ukulélés, alors que les partis s’enflamment !
Sur le champ de bataille, nos guerriers n’ont jamais été autant patriotes, chacun de son côté. Les busards planent au-dessus de la plaine de Waterloo. On s’y croirait encore !
Blücher-Bart De Wever marche au canon. Après une courte défaite et un cheval nommé Leterme tué sous lui, il cantonne ses effectifs à Hal-Vilvoorde. Ney-Maingain ne s’en aperçoit que la veille de la cata. C’est trop tard. Le cantonnement somnole. Les volontaires du département de l’Ourthe se passionnent pour le Tour de France. Napoléon-Reynders est fichu. Il se retire à Sainte-Marguerite. Il l’a déclaré haut et fort, il part à Sainte-Hélène le premier août. Grouchy-Di Rupo bat le beurre. Mons-La Malmaison le réclame. Il pense au beau lieutenant qu’il a laissé là-bas. On connaît la suite.
Albert II attend la RTBF avant de monter dans sa berline qui le conduira à Ciergnon. Elle ne vient pas. On appelle le roi depuis Ouagadougou où le seul journaliste repéré apprend le tamouré avec une Brésilienne du Bois de Boulogne. Le journaliste s’excuse. Il ne pourra interviewer l’ancien chef de l’Etat qu’à la rentrée. A tout hasard, il expédiera l’interview par courrier, la Cour n’aura qu’à vérifier le contenu et biffer l’inutile.
Pendant ce temps, la presse-papier héroïque aide Dunan-Milquet à soigner les blessés. Beaucoup sont dans un état grave. Le NV-A accroît la tension et le nombre de crises cardiaques.
Sur le champ de bataille, un Rouletabille du Soir écrit :
« Les 7 novembre, 20 mars, 15 juillet… Depuis treize mois, la Belgique tremble, d'ultimatum en ultimatum… De plus en plus rapprochés. À peine libéré de l'échéance du 15 juillet, Yves Leterme est coincé par un nouveau « deadline » : le 31 juillet. »
On est loin du soleil d’Austerlitz. Les charmantes de la météo font l’amour ailleurs que sur les plateaux de la RTBF. Le public dégoûté par les averses de septembre en avance cette année trouve un refuge dans la masturbation !

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A la veille de Waterloo, Albert-Louis XVIII a nommé ses chambellans. De Donnea, Langendries et Lambertz, maîtres de la garde-robe. Ils sont tellement maladroits qu’ils vident les pots de chambre par les fenêtres de Laeken. Ce dont se réjouit le marchand-drapier Armand De Decker, chef des guildes de Flandre. Il décide d’habiller ses partisans-miliciens à la couleur caca.
On relève madame Houard grièvement atteinte par une insulte du Vlaams Belang. On n’a plus de civière, plus rien qu’un grand drapeau dans lequel on l’enveloppe. Courageuse, elle offre le lait de sa mamelle gorgée du liquide précieux à nos Romulus et Remus, deux ketjes des marolles qui parlent un sabir qu’elle souhaiterait qu’il fût dorénavant la langue de l’Union nationale : l’arabo-hollando-marollien.
Et pas toujours de journalistes de télévision à l’horizon !
Des furieux investissent les locaux de nos chers absents.
Stupeur ! ce sont des robots qui diffusent « La grande vadrouille » en boucle, tandis qu’une machine chargée de trois mille CD catalogués « Cucu » poursuit sa mission de service public !
A RTL, la place est prise par le grand Rabbin de Bruxelles qui tient un Congrès sur la teigne du citronnier à Tel-Aviv ! Il est aussi surpris que les manifestants. Il appelle néanmoins la protection civile qui emploiera des gaz lacrymogènes, à tout hasard.
Les sismologues attendent la réplique du 15, prévue pour le 31. Comme il n’y a plus personne pour en parler à la télé, les ministres s’engueulent à l’aise.
Ecolo, avant son départ pour le triangle des Bermudes où Durand espère perdre Jean-Michel Javaux et vice-versa, Ecolo, disé-je, entend interpeller dès mardi Leterme ou son sosie (c’est le bruit qui court) sur les suites de la bataille de Waterloo.
Aux dernières nouvelles, Vrebos et deux journalistes des télévisions nationales – partis pour un raid dans l’Himalaya - ont été vus au camp 3, à 6700 mètres d’altitude pour une interview du Dalaï lama. Comme l’oxygène manquait, c’est une équipe de montagne de l’Armée chinoise qui leur a porté secours. L’interview est censurée par le parti communiste local. De toute manière, ils n’avaient pas vu le Dalaï lama. C’est en se rendant à Radio Pékin pour la mise en boîte du document qu’ils se sont aperçus que la Belgique n’existait plus. Ils ont été immédiatement expulsés par les Autorités chinoises sur la Thaïlande où paraît-il, ils vont faire un film sur la reconversion des pédophiles en passeurs d’opium.
A la suite des événements de juillet, quatre millions de Wallons sont déclarés apatrides. Ils réclament la protection des Nations Unies.
Et toujours la Grande Vadrouille à la RTBF.
C’est dire comme on est informés !

21 juillet 2008

N’oubliez pas d’être amoureux !

Il y a encore des publications indépendantes en France qui disent merde quand l’envie leur en prend. « Le Canard enchaîné » est la référence. « Charlie Hebdo » en était une autre.
Philippe Val, directeur de « Charlie Hebdo » en virant le dessinateur-humoriste Siné pour antisémitisme, n’est-il pas en train de changer l’ambiance maison ?
Revenons au 2 juillet 2008, date du début de la polémique.
Voici le texte incriminé par Philippe Val.
«Jean Sarkozy, digne fils de son paternel et déjà conseiller général de l'UMP, est sorti presque sous les applaudissements de son procès en correctionnelle pour délit de fuite en scooter. Le Parquet a même demandé sa relaxe ! Il faut dire que le plaignant est arabe ! Ce n'est pas tout : il vient de déclarer vouloir se convertir au judaïsme avant d'épouser sa fiancée, juive, et héritière des fondateurs de Darty. Il fera du chemin dans la vie, ce petit !»
On peut chipoter sur les allusions, admettre que l’histoire de cette relaxe du fils à papa devant un plaignant arabe n’était pas tellement bien écrite. On a déjà relevé pire dans l’absence de finesse et triomphe du mauvais goût, pour se demander quelle mouche a piqué Philippe Val ? Sinon qu’il a profité d’un texte pas très bon, pour vider Siné.
Aujourd’hui dans le show-biz, le star system, la presse, la télé et les milieux de l’art, soupçonner un professionnel de sentiments antisémites, c’est suffisant pour le condamner au chômage, sans autre forme de procès.
Depuis les lois contre le racisme et l’antisémitisme, les rédactions s’affolent. Le mot de trop, la phrase qui n’était pas à dire, fait verdir les gens de peur.
On retient sa plume. On glisse sur certaines infos qui ne feront pas plaisir. On édulcore.
Se voir traiter de raciste par une ligue, une coterie, des ultras ou un intégrisme quelconque avec à la clé éventuellement un procès, cela peut être une catastrophe financière quand les plaignants ont derrière eux avocats, argent et opinion publique, encadrés par un panel d’organisations qui couvre le champ de toute la politique. En face, il y a un type tout nu que l’écriture démange et qui paie cash ce qui n’est parfois qu’un bon mot ou une maladresse.
Les Arabes et les Juifs concentrent à eux seuls les peurs du reste du monde. En dehors d’eux, la tension retombe. « L’insulte » n’a plus la même portée. La loi redevient indulgente.
Sur le plan de l’objectivité, les rédactions en arrivent à oublier que la politique d’Israël contraint des centaines de milliers de Palestiniens à vivre dans de mauvaises conditions sur des territoires qui jadis leur appartenaient et qui ont été conquis par les armes d’une armée performante. Il est vrai que l’on est moins complaisant pour dénoncer les assassins de l’autre camp. Si cette tendance est trop marquée, un certain déséquilibre dans le traitement des infos interpelle le lecteur.
Dans « Mes inscriptions » Louis Scutenaire écrit « Je ne suis pas raciste, je déteste aussi bien les Blancs que les Noirs » ! On se demande si Philippe Val n’aurait pas fichu aussi à la porte ce sacré Louis.
Les temps sont difficiles pour ceux qui se retiennent difficilement de moraliser à des fins immorales ! Un Sénateur romain fut immolé par Néron pour avoir osé un jeu de mots sur la personne de l’empereur.

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L’homme serait un animal assez plaisant s’il consentait moins à se laisser emmerder par ceux qui lui disent ce qu’il peut dire et ce qu’il ne peut pas dire.
Siné serait plutôt d’accord avec Scutenaire. Il n’est pas tendre non plus avec les Arabes. Il écrivit dans « Charlie » un mois avant la crise : «Je n'ai jamais brillé par ma tolérance mais ça ne s'arrange pas et, au risque de passer pour politiquement incorrect, j'avoue que, de plus en plus, les musulmans m'insupportent et que, plus je croise les femmes voilées qui prolifèrent dans mon quartier, plus j'ai envie de leur botter violemment le cul ! Leurs maris barbus embabouchés et en sarouel coranique sous leur tunique n'ont rien à leur envier point de vue disgracieux. Ils rivalisent de ridicule avec les juifs loubavitchs ! Je renverserais aussi de bon coeur, le plat de lentilles à la saucisse sur la tronche des mômes qui refusent de manger du cochon à la cantoche».
Sanctionné pour antisémitsme, pourquoi le mois avant Siné n’était-il pas sanctionné pour le même crime, du côté arabe ? Serait-ce que l’indulgence ou la fermeté de Val aille dans le même sens que le Parquet de Paris ?
Voilà « Charlie Hebdo » qui devient un journal peu fréquentable, tout fout le camp.
On va finir par regretter la censure de Badinguet ! Même si Flaubert pleura dans le décolleté de la Princesse Mathilde, il fut quand même relaxé du crime d’atteinte aux bonne mœurs pour sa Bovary. Quant aux pamphlétaires, c’est étonnant ce qu’ils pouvaient écrire sans se faire taper sur les doigts par les rédactions et la justice sous la censure du Second Empire.
D’ici à ce que la misère s’installant, on ne répande le bruit que l’extrême gauche est de tendance post-nazie ?

20 juillet 2008

Francis Lalanne

…vient de publier ses œuvres en vers (octosyllabes et multisyllabes involontaires). Il a été interviewé par Isabelle Morizet ce samedi 19 juillet sur Europe 1…

Isabelle Morizet :
-Quel profane en ce lieu s’ose avancer vers nous ?
Que vois-je ? F. Lalanne ? Sans micro ! Est-ce vous ?

Francis Lalanne, surdimensionné des Arts :
-MÈRE PATRIE, PLANÈTE MÈRE“
J’avais l’envie de vous parler,
De vous indiquer en silence
Un lieu du vide entre nos cris.
Vous ignorez ce que j’écris,

Isabelle Morizet :
-Approchez mon enfant. Enfin l’heure est venue.
Il faut que votre secret éclate à notre vue :
Ainsi à des projets je vous vois conspirer
Il ne reste plus que vous les étaliez !

Francis Lalanne, chanteur européen :
-Tu suivras ton rythme et te ménageras
Local et de saison tu te nourriras
Ta consommation de chair tu réduiras
L’inerte et le vivant tu honoreras

Isabelle Morizet :
-Ces vers à rime unique, sentent votre boutique.
Vous étiez chanteur, vous voilà éclectique !

Francis Lalanne, Lorenzaccio :
-De la politique tu feras
Afin que l’homme du prolétariat
Ait en toute saison du nougat.

Isabelle Morizet :
-Hormis vos méchants vers que Voiture dénigre
Espérez-vous l’Europe comme tout qui émigre ?
Que dirais-je Lalanne ? Et comment dois-je entendre
Ces aveux, ce discours que je ne puis comprendre ?

Francis Lalanne chanteur- verrier :
Ce dont j’essaie de vous parler ;
Au tournoi brisant mes six lances
Avec l’autre je qui s’y lance,
J’avais l’envie de vous parler…”

Isabelle Morizet :
Quoi, me parler ? Vous n’avez qu’un mot à la bouche.
Qu’entends-je de nouveau que votre plume accouche ?
Vous n’êtes pas sans savoir que pour vous engager,
Enfin de politique…

Francis Lalanne, Dasein et Surmoi réunis :
Oui !

Isabelle Morizet
…il vous faudra parler.
Quelle marque, grands dieux ! d’un amour déplorable !
Combien, en un moment, heureux et misérable !
De quel comble de gloire et de félicités,
Dans quel abîme affreux vous me précipitez !
Vous, de la politique ! Et l’Europe à quel titre ?…
Ton destin n’est-il pas d’être avant tout un pitre ?

Francis Lalanne poète populiste :
… Mais…

Isabelle Morizet :
…inventez des raisons à nous éblouir
Et vous serez bissez à n’en plus voir finir.

Francis Lalanne, esthète biblique et nouveau prophète :
Si Moïse s’en retournait sur la montagne famélique, je voudrais aujourd’hui qu’il n’ait à transmettre les lois bibliques, à tous, que celles de la table dit-on qui se serait brisée, et dont la chute regrettable aurait le monde ainsi lésé. Quelle aurait pu être vraiment la liste des commandements rayés ainsi de la mémoire humaine et du divin grimoire. N’aurait-on pu y voir aussi figurer ces paroles-ci, sur une rime, au nom du Père que Dieu s’exprime envers un père.
Il faut vivre avec les saisons L’air, l’eau, la terre tu préserveras
L’énergie fossile tu éviteras
L’énergie solaire tu préfèreras
Tout au monde autant que toi tu chériras.

Isabelle Morizet :
C’est donc issu de vous le superbe jardin ;
Et ce studio pompeux est le lieu du festin ?
Eclaircissez ce front qui nous paraît bien triste.
Voilà qu’un de vos riens vous fait écologiste !
Nos plus riches trésors désormais avec vous,
Vos bottes romantiques marcheront devant nous…

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19 juillet 2008

Tous dopés !

-Le tour de France, ça ne te dit rien, quand tu compares à ce qui se passe dans notre gouvernement ?
-Non.
-Tu ne vois rien dans le comportement des coureurs, les rapprochements que l’on peut faire, quand tu vois par exemple, Pieter De Crem (CD&V) sortir de chez le Premier et Mark Cavendisch gagner au sprint à Châteauroux ?
-Ils ont tous l’air un peu branque, qu’ils franchissent un col ou qu’ils sortent de la rue de la Loi au petit matin sans avoir fermé l’œil.
-Tu y viens, encore un effort. Si je te dis Beltran et Ricardo en te montrant Leterme et Reynders ?
-Ils sont tous dopés !
-Oui, tous à l’EPO.
-Ce n’est pas possible !
-Comme je te le dis, sauf que sur le Tour il y a des contrôles et…
-Tu veux dire qu’il n’y en a pas au gouvernement ?
-S’il y en avait, on en aurait interdit de course quelques-uns parmi les plus excités.
-Pourtant, ce n’est pas là qu’il y a les plus d’excités. Aux réunions de Marianne Thyssen au CD&V ?
-Dopés !...
-Et les partis francophones ?
-Ils en prennent tous, que je te dis.
-Mais pourquoi ?
-Pour éviter les jours sans !
-Mais, tous les jours sont sans !
-Justement, s’ils n’en prenaient pas, ce serait pire !
-Même les femmes ?
-T’as vu dans quel état elles sortent des Conseils ? Milquet les yeux dans le beurre ? Onkelinx flottant dans son maillot rose ?
-Peut-être que c’est à cause d’autre chose ?
-Tu veux rire ? Ils et elles sont là pour la performance
-Et le travail d’équipe ?
-Certains menacent deux fois par jour de se retirer.
-Parce qu’ils craignent des contrôles ?
-Non, parce que leurs directeurs d’équipe, qui en prennent aussi, trouvent que les prîmes vont toujours aux mêmes.

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-Les équipes flamandes ?
-Elles sont les plus fortes. Elles remportent tous les prix. Au Gordel, elles ont raflé tout. Les coureurs prennent du BHV et de l’EPO
-C’est le pot flamand EPO-BHV !
-Un contrôle inopiné en a pincé un au sortir d’un bar. Il avait pris de la cocaïne.
-Tu vois qu’il y a des contrôles chez nos coureurs politiques !
-Non. Celui qu’on a pris est un coureur cycliste des plus connus.
-Il fait aussi partie du gouvernement ?
-Je ne sais pas, depuis qu’il ne peut plus faire le Tour de France, il est disponible pour en faire un autre avec Leterme, juste pour gagner une étape ou deux, passer un cap, attendre pour s’approprier la coupe du roi.
-Personne ne dénonce ce dopage aux plus hauts échelons ?
-Non, puisqu’ils en prennent tous. Ainsi les journalistes qui passent les nuits à attendre qu’un dopé vienne dire qu’il n’y a rien de nouveau, information avec laquelle ils doivent faire deux pages de commentaires…
-Oui, et bien ?
-EPO ! Sans ça, il y a longtemps qu’ils seraient hors délai… forcés à l’abandon. Tu vois déjà au Soir qu’on dise aux lecteurs : on n’a pas eu de gouvernement, maintenant qu’on en a un, c’est la même chose !
-Ils ne vendraient plus aucune gazette.
-Pire, ils seraient repris par le docteur Mabuse qui a l’intention de faire un Tour parallèle et qui a besoin d’un journal pour lancer ses produits à grande échelle !
-Un Tour parallèle ?
-Oui, il peut faire un Tour en engageant les plus grands du cyclisme. Une seule condition : s’être dopé au moins une fois : pot belge, EPO troisième génération, transfusion… La liste est pleine. Il vient de refuser les derniers vainqueurs du Tour. Il n’y avait plus de dossards disponibles.
-Ça promet pour les jeux en Chine !
-Pékin est formel. Il sera intransigeant. Les demoiselles qui se présenteront avec un pénis en formation ou qui devront se faire la barbe avant de monter sur le terrain seront exclues.
-Enfin, des Jeux qui s’annoncent propres !
-Pas exactement. La médecine sportive a fait d’énormes progrès là-bas. Ils ont mis au point un pot chinois indécelable par les plus fines analyses.
-Que n’en ont-ils vendu sur le Tour !
-Ils en ont vendu, mais comme le dopage ne se voit pas, les coureurs sont clean ! Pourquoi crois-tu qu’ils montent les cols plus vite qu’une Berlingo ?
-Tous dopés, alors ?
-C’est ce que je te disais d’entrée. Excuse-moi, je tiens à faire une transfusion avant mon blog, pour ne pas trop décevoir mes lecteurs…

18 juillet 2008

La journée des dupes.

On pouvait croire à l’effarement des gens du CD&V-N-VA après leur date butoir complètement ratée du 15. Eh bien ! pas du tout. Au contraire, pas gênés pour un sou. On va vers une responsabilisation entière des francophones, disent-ils, coupables, d’avoir systématiquement refusé les propositions des conciliateurs flamands et de citer Jean-Luc Dehaene, Herman Van Rompuy, Yves Leterme et même Kris Peeters. On ne peut pas dire que le parti n’ait pas fait des efforts pour arriver à une solution », a dit sans rire, M. Vandeurzen, ministre des Réformes institutionnelles.
« Les Francophones ont usé notre patience, comme ils ont usé Yves Leterme ! » ont dit les frères Van Rompuy.
Comme toutes les organisations se nourrissant de l’illusion d’être « la meilleure », ce n’est pas demain que le CD&V-N-VA reconnaîtra sa connerie.
Au contraire, il est de bonne guerre dans les milieux de la politique, d’accuser les autres de ses faiblesses et de ses erreurs.
Ne pas être réélu est la pire catastrophe qui se puisse être dans un « métier » où l’on ne sait rien faire d’autre que de la politique.
Bref dans le couplet « c’est pas moi c’est l’autre », selon ces admirables Flamands, c’est le camp francophone qui ne joue pas le jeu.
Quel jeu, diront nos Talleyrand de rencontre ?
Les Francophones sont tellement trouillards qu’ils ne sont pas loin de donner raison aux pointus.
Les voilà en quête d’une solution afin de reprendre des discussions sur des sujets dont ils ne voulaient pas entendre parler.
De ce qu’on a bien voulu dire au petit peuple, quand même concerné au premier chef, il n’y avait que des revendications flamandes dans le panier de la ménagère Leterme. Et si, pour ne pas être en reste, les francophones ont fini par y inclure quelque chose, c’était pour « équilibrer » et rendre possible une négociation. Or, les Flamands ne veulent entendre parler que de leur vision confédérale du pays.
Alors, que les Francophones portent le chapeau en Flandre de l’échec « momentané » du nationalisme flamingant, en Wallonie, à part nos « négociateurs », personne n’en a rien à foutre. Les gens prennent conscience qu’il n’y a plus rien à faire.
Et tant pis pour les gros malins de la statistique qui manient les calculs savants, qui mesurent l’opinion avec la maestria d’un patriotisme houardien.
Ce pays est devenu ingouvernable.
L’avantage flamand, c’est que l’opinion s’est préparée depuis longtemps à une séparation. Ce n’est plus la scission de BHV qu’ils veulent vraiment, à présent qu’ils sont près d’y parvenir, mais Bruxelles tout entier.

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Nos croûtons traditionalistes n’ont jamais prétendu faire place à une opinion raisonnée de la séparation. Gendebien a toujours été considéré comme un farfelu. La fine fleur de la rhétorique politicienne ne lui a jamais accordé tout l’intérêt que ses thèses méritaient. Et encore aujourd’hui on les sent aussi réticents que Socrate couchant avec Alcibiade, pourtant nous ne manquons pas de rois de la rondelle dans notre galerie des Augustes.
Les partis wallons sont tous responsables de ce conservatisme imbécile et aujourd’hui criminel, d’un patriotisme bêlant et soumis.
Soumis une première fois à une Belgique mythique, une deuxième à un royaume imaginaire et une dernière au sentiment d’une égalité réelle entre les Communautés.
Le nouvel équilibre est tout trouvé : la séparation.
Mais pas n’importe comment. Bruxelles est la capitale de l’Europe. Il ferait beau voir que les racistes du Nord s’en emparent pour y interdire le pluralisme linguistique, comme ils en sont capables, puisqu’ils ont prouvé que cela pouvait se faire chez eux.
Les Flamands attendent les nouvelles prophéties du président de la N-VA-voorzitter Bart De Wever. Celui-ci se contente de souffler sur les braises d’un feu que des imprudents ont allumé et qui n’est pas près de s’éteindre.
On a compris qu’après avoir culpabilisé la Wallonie et Bruxelles de l’échec flamand, il faudra bien que les partis flamands passent à la phase suivante : celle de l’initiative du plus grand nombre « dans le respect de la démocratie ». On voit ce que cela veut dire !
Problème après la tornade : « in fine » comme dirait Joëlle Milquet, ce sera le repli de la multitude des politiques et des fonctionnaires du Fédéral sur leur communauté respective. Là, ça va toucher enfin nos gesticulateurs au niveau du portefeuille. Les Régions ne pourront accueillir tout le monde. Picqué à la soupe populaire, Laurette Onkelinx dans le bac à sable, Isabelle Durand stewardess à Zaventem ?
C’est ça qui retient de chanter la Marseillaise et demander à Sarkozy s’il veut bien réparer les gaffes de Louis XIV : l’emploi !

17 juillet 2008

Nanar, sévèrement burné.

On crut à une filariose pathogène gonflant exagérément le scrotum de Tapie. Le Tribunal vient de rendre ses testicules à César. Bernard Tapie est bel et bien sévèrement burné.
On en avait douté après que le Crédit Lyonnais l’ait pigeonné comme un vulgaire client de guichet
Voilà que la Justice lui donne raison. Et c’est toute la psychologie des directions des banques qui vient en filigrane s’insérer dans le triomphe de Bernard.
Il y a vingt ans, Tapie portait beau, la ramenait à tout propos, se faisait reluire à la télé, enthousiasmait les foules. Le charisme de Nanar réhabilitait l’homme riche.
Son métier consistait à racheter des entreprises, à redonner de l’espoir aux gens, puis après avoir prélevé sa dîme, d’envoyer à la ferraille, ce qui ne pouvait pas être revendu.
Ce que font la plupart des businessmen, à commencer par nos compatriotes, honorés, décorés et révérés. Qu’un comédien, un faiseur, un arriviste les surpassât, était une atteinte à la tartuferie d’un milieu qui aime que seule la moquette soit le témoin des entourloupettes.
C’est ainsi que si vous voulez savoir le fin du fin sur ce qui se passe actuellement chez FORTIS, vous pouvez toujours vous lever tôt et lire les gazettes, vous aurez quand même tout faux.
Après bien des canards boiteux dont il faisait ses confits, Bernard s’empara d’Adidas juste à point pour un redressement et des profits. Il manquait quelques millions à notre homme. Qu’à cela ne tienne, on lui ouvre un compte. C’était un attrape-nigaud. La banque alla jusqu’à vouloir jeter le bien burné de son domicile, en le mettant en demeure de rembourser sans délai !
Après 13 ans de démêlés avec le Crédit Lyonnais (SDBO, filiale, et Clinvest, Conseil), la banque va lui verser 240 millions d'euros, au titre de manque à gagner, et une autre indemnité de 45 millions d'euros au titre du « préjudice moral » dans le dossier de revente d'Adidas.
Après soustraction des dettes et impôts que l’insolvabilité de Nanar avait laissés en souffrance, il empocherait une vingtaine de millions d’euros, recouvrerait sa carte de crédit et son honneur.
Les attendus font rire, tant ils vont de soi : « un manquement à l'obligation de loyauté avec un défaut d'information et une violation de l'interdiction de la banque mandataire de se porter contrepartie en achetant directement ou indirectement le bien qu'elle est chargée de vendre. »
L’homme de gauche s’est rapproché de Sarkozy. Faut-il y voir la raison de son succès ?

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Le manque de loyauté, c’est l’essence même de « savoir faire des affaires », c’est-à-dire gagner de l’argent sur le dos des autres.
Le milieu bancaire est pareil à l’arrière salle d’un bar où les maquereaux, après la comptée des passes des putes, discutent le coup en jouant aux cartes. Seuls le cadre et les fringues ne sont pas les mêmes. Le langage est moins imagé. Le résultat est identique. Certains soirs, un malchanceux est proprement égorgé. Ches les maquereaux, c’est le julot qui plombe le rival au P38 ; à la banque, c’est l’intermédiaire de l’intermédiaire qui connaît quelqu’un qui… bute le gêneur. Bien entendu les sphères supérieures n’en savent rien. .
Le sévèrement burné a failli tomber dans la gadoue. Il a quand même été quelques temps en tôle. Mais ce type, qu’on l’aime ou qu’on ne l’aime pas, a toujours rebondi, en commissaire Valence ou en funambule de n’importe quoi dans la variétoche et les oeuvrettes intermédiaires.
Le milieu des affaires s’est foutu de sa gueule. On lui avait bel et bien pris son blé. Un geste qui ne se pardonne pas chez les affranchis. On a pris Bernard pour une lopette.
L’homme n’a pas supporté cette humiliation ajoutant le déshonneur à sa ruine.
Il aurait fait merveille dans le film « Touchez pas au grisbi ».
On s’était rendu compte de sa pugnacité, quand « ministre de la Ville », il avait dérouillé Jean-Marie Le Pen, au cours d’un débat public.
Cet homme-là n’allait pas se laisser écraser les burnes sans rien dire.
Toutes ses avanies, Nanar les a surmontées. Il a eu raison de ses collègues en coups fourrés. C’est la banque qui s’est offert une vocation de cave. Il n’y a plus qu’à signer les transferts, ces bouts de papier avec une ribambelle de zéros.
Bernard n’ira pas tout de suite au guichet, il devra attendre fin juillet, histoire de permettre au plus mariolle : l’Etat, d’éponger le plus gros.
Côté Belgique, on se souvient des raquettes de l’équipementier Donnay, du personnel énamouré devant le Bernard et comment l’artiste les a lessivés.
Voilà Nanar requinqué. Il va pouvoir se faire masser les valseuses, remonter son hôtel particulier des meubles qu’on lui avait saisis et se remettre à roucouler le blues du businessman.
Le pognon tout de même !

16 juillet 2008

La faute à Louis XIV !

Pas de bol ! Aussitôt rentré de vacances, aussitôt plongé dans les abysses politiques avec au bout la perspective d’une domination par le nombre à la flamande ou d’un séparatisme difficile avec des enjeux et des intérêts dont on ne peut faire deux ou trois parts égales !
Comme le Christ, Leterme tombe pour la troisième fois et personne pour le relever… et surtout pas les gens de son parti !
C’est bien ce que j’en avais écrit hier soir : il ne s’est rien passé le 15 juillet. Une démission n’est qu’un acte personnel. Pourquoi ne s’est-il rien passé ? Parce qu’il est impossible de faire droit aux exigences flamandes sans élargir la Région bruxelloise. Comme les pointus hurlent à la mort dès qu’on propose un plan dans lequel ils devraient céder un pouce du territoire sacré de la Flandre, tout reviendrait à dépouiller la francophonie en son centre. Celle-ci ne pourrait que s’étioler, stagner dans des perspectives d’avenir bouchées, voire disparaître à la longue.
Tout ça c’est la faute à… Louis XIV !
Du 9 au 12 mars 1678, Louis assiège Gand. La ville capitule et le gouverneur rend les clés de la ville au roi. Déjà en 1677, le frère du roi avait défait les Espagnols et les Hollandais au mont Cassel (point culminant de la Flandre) et annexé des territoires que les grandes gueules flamingantes n’ont pas encore le culot en 2008 de réclamer à la France.
Mais voilà, Louis a son petit harem qui s’impatiente : la vieille (la reine), la Montespan sur le déclin, la Fontange (une Junon) et la Maintenon (plus très jeune mais qui fait des pipes comme personne, selon Saint-Simon). Il bâcle un Traité qu’il aurait pu rendre meilleur puisqu’il tenait toutes les cartes et retourne dare-dare à ses parties de jambes en l’air. (C’est comme ça qu’ils sont les rois)
Moralité : Leterme démissionne et les élites flamandes n’en peuvent plus de s’être fourrées dans des impasses avec des dates butoirs et les masses flamandes sont persuadées aujourd’hui que la Flandre est la victime d’une francisation lente de son sol !
Interrogé, le plus humble des citoyens belges vous le dira, un accord était impossible le 15 juillet. Du reste, aucun accord n’est possible le 15 de 2008 ou le 15 de 2020 !
Les partis flamands sont pris à leur propre piège.
Ils avaient cru que des menaces allaient épouvanter les francophones. C’est fait les francophones sont épouvantés. Mais en même temps, ils ne peuvent pas rendre les clés de leur appartement à ceux qui se prétendent les propriétaires, parce qu’ils n’ont que lui pour se loger. Alors, tant qu’à faire, finir à la rue ou résister ? Poussé à bout, le lâche devient parfois téméraire.
Le moyen de faire autrement ?

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On pourrait croire que « la raison » finira par calmer les esprits. Mais où est la raison ? On ne peut pas demander à un politicien flamand qui gesticule, fait le matamore depuis les élections de l’année passée, de se muer en fin négociateur, être compréhensif, devenir intelligent !
Certes, pour convaincre les excités d’attendre encore un peu, nous avons madame Houard et ses drapeaux côté francophone ; mais, jusqu’à la découverte d’une homologue flamande, il n’y a rien de tel du côté adverse.
Le roi ? Après Leterme, c’est le deuxième à être mal parti. Tout le monde est d’accord : c’est le petit parti N-VA qui fait la pluie et le beau temps, et son chef est républicain. Que peut-il faire pour sauver son royaume ? Le trône est coincé entre deux plaques tectoniques qui s’écartent !
Quelle idée aussi de confier le pouvoir à un gaffeur même si ce type était à la tête de 800.000 voix de préférence ! Encore que la faute initiale, Leterme ne l’a pas commise au gouvernement, mais bien avant. N’a-t-il pas été le négociateur au CD&V de l’alliance avec le N-VA ?
Voilà, on peut tirer le rideau.
Le compte est bon.
Sauf que la politique n’est pas un jeu. La crise mondiale de l’économie prend une méchante tournure. D’ores et déjà la Belgique est la championne de l’inflation. Le minable petit plan concocté pour apaiser les faims trop criantes d’une population qui s’appauvrit ne sera peut-être même pas appliqué.
Les leaders wallons ont compris la leçon. Ils récitent par cœur les avantages que le menu peuple va perdre, les augmentations, les taxes diminuées, tout enfin à l’eau à cause « des autres » ! Ils pensent ainsi se dédouaner du pataquès, comme les partis flamands qui accusent les Francophones de saboter leurs revendication justes et naturelles.
Un séparatisme raisonné aurait pu limiter les dégâts. Une crise de régime amorcée de cette manière, c’est aborder les difficultés par le pire des moyens : l’empirisme, dont chacun fait état à présent.
Sacré Louis, grand baiseur, roi de France et tête de linotte !
S’il savait dans quelle merde noire il nous a mis, rien que pour une histoire de fesses !

15 juillet 2008

Retour acide…

Suis revenu en Belgique avec un sentiment de saturation (où que j’aille, c’est toujours moi que j’emporte dans mes bagages).
Sur les bords de l’Arno, l’œuvre d’art semble n’avoir pas tempéré l’incroyable engouement pour des vacances à ne rien faire, à ne pas penser et même à ne pas vagabonder… si les Japonais n’allongeaient pas les files de la galleria degli Uffizi, .
Plus au Sud, fuyant les déserts du travail, de l’ordre et des gestes à faire, le touriste gît immobile sur des plages de sable gris. Les nouvelles reçues d’un Nord pluvieux se dissolvent dans l’eau de mer avec les mégots.
Le détachement s’apprend aussi vite que l’engouement est factice. Arriver à l’indifférence est facile, s’en sortir est plus dur.
Les expatriés de la quinzaine sont convaincus qu’il ne se passera rien d’intéressant en Belgique et que Leterme est un has been.
L’actualité paraît moins urgente. C’est comme si la bêtise de la situation politique se diluait dans la couche primaire du Bronzino peignant la sublime Lucrezia Panciatichi. Le voilà ce fatal 15 juillet tant redouté. En léthargie pour cause de trêve des huiles à bronzer, la virulence est remise aux calendes.
Qu’importe, les faits sont têtus et l’esprit flamand, même en camisole de force, n’a pas fini de secouer les barreaux de nos chambres capitonnées. Effrayé par les traumas profus d’une dame Houard au sommet de son incantation patriotique, on sent l’angoisse de Cosme 1er, quand il arpentait le Corridor de Vasari au-dessus des toits du ponte Vecchio, proche de celle de l’inventeur du couloir de Bruxelles.
A moins qu’un hurluberlu de la N-VA ?...
La situation sur les routes (25 kilomètres de bouchon minimum) est de bonne augure pour que la suite des palabres de la rue de Loi se fasse dans la plus stricte confidentialité.
C’est fou comme l’absence d’intérêt pour une certaine actualité déconcerte les acteurs du spectacle politique ! Ils rejoignent les artistes qui disent si souvent « sans le public que serions-nous ? ».
« Mais rien, vous n’êtes rien », répondrions-nous, si dans le creux de la vague, il prenait la fantaisie à un larbin des pouvoirs de nous interviewer.
Certains ténors n’ont pas attendu septembre pour coincer dans des contre-ut devant des salles vides.
C’est moins mortifiant de rater une marche quand personne n’est là pour rire.

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Les dirigeants de FORTIS en savent quelque chose.
Les barons des Conseils d’administration ne seront montrés que d’un index distrait.
La perdition, dans l’immensité vague d’une crise mondiale de l‘économie, permet aussi de quitter discrètement la scène en emportant de solides enveloppes qui consolent de tout, vers des aires de repos qui ne sont pas d’autoroutes
Pas folle la guêpe patronale et directoriale, elle est à la fois l’insecte et l’apiculteur. L’ersatz est pour le petit porteur. La piqûre de la guerrière pour le petit con qu’on vire du guichet désormais fermé, après les ménagements d’un geôlier sur l‘heure de sa pendaison.
Peu importe, en sortant de Santa Croce, sur la place du même nom, je ne me suis pas senti défaillir comme l’auteur des mémoires d’égotisme. La vision, de ce Christ endommagé par les eaux de l’Arno des crues de 66, n’a pas provoqué le malaise chic que j’aurais dû ressentir au génie de Cimabue. Par contre, j’ai éprouvé le syndrome de Stendhal à la feuille de laitue agrémentée d’une cuillerée d’«Aceto balsamico » et d’un soupçon de thon en boîte, 25 euros facturés au malheureux pèlerin de la beauté plastique.
L’émotion à l’italienne réserve quelques surprises.
C’est donc assoiffé de beautés à découvrir que je reviens à nos génies belges, aux statuts plus généreux que ceux qu’un Médicis offrit à Michel-Ange.
L’inégalité des mots, depuis que j’en écris, me sidère !
Par exemple, « Ma mère m’a dit Antoine fais-toi couper les cheveux et j’ai dit à ma mère dans vingt ans si tu veux » a permis à ce garçon de se promener en chemise à fleurs, dans les lagons bleus des vacances éternelles, jusqu’à la fin de ses jours.
Ce qui entre bien dans la règle générale : « Il faut parfois faire peu, pour en ramasser beaucoup ». Ce que n’a pas encore compris avec votre serviteur, une multitude que le destin a précipitée dans l’immoralité du système ; mais que suivent à la lettre les dirigeants de FORTIS et autres machins industrieux.
Alors, j’en ai fait peu. Je ne suis pas le seul. Hélas ! quel ciseau taillera le Carrare pour un nouveau David ? Quel plume tracera un texte comparable à « Ma mère m’a dit Antoine, etc » ?

7 juillet 2008

Une affaire de dérailleur.

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Ah ! les sportifs flamingants n’en dorment plus.
Ces vers de terre qui ne sont même pas nommés et qui souillent le sol flamand de leur non-nomination pourraient interdire le Gordel qui passe sur le territoire des communes qu’ils administrent.
Pour Marino Keulen, ministre tendance Open VLD, (du même parti que l’illustrissime Kareltje De Gucht !) cette outrecuidance francophone au moment où les communes périphériques sont en négociation est une atteinte grave à la liberté flamande de rouler à bicyclette.
Les autres années, cet amour pour la petite reine était partagé entre les énergumènes de la Tour de l’Yser, ministres en pré-période électorale, jeunes anversois de Vlaams Belang, petite souris (veldmuis) du Boerenbond, aux simples péquenauds nationalistes. Ils enfourchaient des bécanes pour mieux enfourcher les Walloneux, Bruxellers et autres loustics francophones, atteints de la peste langagière.
Eric Van Rompuy pourra réparer à l’aise sa prochaine crevaison dans son garage. Le Gordel n’aura pas lieu sinon à trouver un autre circuit. Le Gordel de Gand, d’Anvers, tant qu’on veut celui de Bruxelles : nooit !... enfin pas de la même manière…
La taille basse est à la mode. On verra peut-être si sous son pantalon, Armand De Decker à un slip de la couleur du drapeau jaune cher à son cœur, quand il remontera en selle pour la maison.
Wezembeek-Oppem, Crainhem et Linkebeek contournés, le Gordel pourra faire un sit-in en forêt de Soignes entre Uccle et Waterloo et même y faire une partie de vélo-cross, avant de mettre ces arpents convoités par l’ennemi en lieu sûr, de la ceinture au corridor, il n’y a qu’un tour de roue.
Pourquoi pas faire un tas de la belle terre flamande face au lion de Waterloo afin d’y faire rugir le leur ?
Corridor se dit « gang » en flamand. Il y a de ces coïncidences…
Le NV-A Mark Demesmaeker, après s’être réjoui des gifles flamandes aux francophones, a senti un soufflet à son tour. C’était la réplique de l’humilié. Il s’est empourpré et attend le 15 juillet pour faire un concert de pompes à vélo et demander la démission du gouvernement pour incurie.
Marino Keulen a rassuré tout le monde. Le Gordel aura bien lieu. Ce n’est pas un Arrêté communal qui arrêtera l’élite flamande dans son circuit sacré.
On attend tous le 15 juillet. Il paraît que ce sera une chaude journée. Comme le Gordel se déroule le premier dimanche de septembre, on saura bien avant où on en sera dans un autre tour, celui de la Belgique, peut-être se résumera-t-il à la seule Wallonie, auquel cas on pourrait reprendre l’itinéraire de Liège Bastogne Liège ?
Quant à votre serviteur, il va s’entraîner ailleurs, sur des pistes étrangères, comme la photo ci-dessous vous en prévient.

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6 juillet 2008

Supplique à Mugabe.

Ah ! nous allons avoir difficile. Déjà plombé après quelques mois de ministère, mais comment allons nous recycler et à quel emploi, le ministre des Affaires étrangères, Karel De Gucht (Open VLD) ?
Il ne faudra pas se faire d’illusion, quelle que puisse être la suite des événements, aucun premier ministre ne voudra plus de ses services. Ce type est en train de nous fâcher avec la terre entière ! Il a commencé avec Kabila, le président du Congo. L’homme fort de Kin ne veut plus nous voir ! Les leçons de démocratie de la part d’un Flamand pointu, il n’en veut pas.
Nous aussi, nous n’en voulons pas. Mais comment faire pour s’en défaire ?
On sait, gros Loulou l’a dit souvent, les Africains sont très susceptibles et Kabila est loin de faire le compte pour que son Régime aille vers plus de démocratie. Mais, était-ce à Karel de lui faire la leçon ? Ne sait-il pas, le malheureux, que la FEB espérait quand même un petit quelque chose. Maintenant c’est tout plein de Chinois et d’Américains à Kinshasa. Personne dans les nouvelles délégations ne chipote sur les qualités « incomparables » des autorités congolaises. Les Américains rivalisent de superlatifs avec les Chinois.
Certes, c’est exagéré, commerce oblige, De Gucht n’est pas de l’école de Talleyrand. Une seule décharge à son actif, les Congolais de Kin et d’ailleurs détestent les Flamands. Tous les mauvais souvenirs coloniaux viennent de nos pointus majoritaires. Par contre, le français qu’ils pratiquent, ça les disposerait bien à l’égard de la Belgique. Si Leterme avait eu la bonne idée d’envoyer un francophone là-bas ! Il en aurait ramené des commandes, des espérances, et avec des relations amicales, ça nous aurait aidé à franchir les mauvais caps.
Vous me direz les « bilingues » de Bruges et Gand ? Les Congolais sont sensibles aux accents. Un peu snobs, ils sont ! Le français approximatif leur rappelle les missionnaires pisse-vinaigre de Flandre.
Alors, la question est posée, qu’est-ce qu’on va faire de Karel ?
On ne peut tout de même pas le nommer concierge à la Tour de l’Yser ou organisateur à vie du Gordel !
Et si on le proposait à Robert Gabriel Mugabe en qualité de conseiller ?
Le président du Zimbabwe a besoin d’hommes comme Karel De Gucht pour redorer son blason.
Avec une « conscience » comme notre ministres des Affaires Etrangères, nul doute : Robert recouvrerait la confiance que le Monde presque unanime - la Chine l’adore – lui a retirée à cause de ses petits meurtres entre amis.
En attendant le charter qui nous débarrasserait de l’artiste, à défaut de dire la morale à l’Afrique, Karel l’a dite en Belgique.
Ces moments-ci particulièrement mal venus, il va fort.
D’abord parce qu’ils sont mal choisis et qu’un gaffeur n’a pas son pareil pour dire la connerie de trop au mauvais moment, ensuite parce que c’est inutile d’exciter les Flamands plus qu’ils ne le sont sans risquer la rupture d’anévrisme.
"Les francophones ne l'ont toujours pas compris. A la fin, ce sera toujours la loi du nombre qui l'emportera." Voilà ce qu’il nous bonnit, le Machiavel d’Obermere !

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Ce serait bien dit, si la Belgique était un Etat unitaire qui se contenterait d’une disposition administrative pour muter un magistrat d’Arlon à Ostende. Comme elle ne l’est pas, c’est toute la dialectique de notre ministre qui, une fois de plus, est prise en défaut.
Non content de dire des âneries en-dehors du territoire, comme son droit de faire le con n’est contesté par personne, voilà qu’il joue aussi dans le bac à sable – dirait Milquet – du Ministre de l’intérieur !
Heureusement pour lui que Leterme regarde ailleurs en ce moment et qu’une lassitude générale s’est emparée d’un gouvernement dont l’acte de décès s’imprime sur les rotatives de l’avenir.
Enfin, il n’y a plus que Karel pour revenir sur l’histoire du corridor. Bien entendu, notre chef des plénipotentiaires ne veut pas de ce qu’on ne lui demandait pas. Le sol flamand lui est tellement sacré, qu’il est capable de mettre des grattoirs à la frontière linguistique afin que les barbares qui rentrent chez eux n’en emportent pas une once dans les sculptures de leurs semelles en caoutchouc !
Il y a malgré tout une lueur de bon sens dans la déclaration de Karel :
"Si nous n'avons pas d'accord d'ici le 15 juillet, je pense que le plus sensé serait de maintenir le gouvernement en place. Celui-ci devra alors ne plus s'occuper que du socio-économique durant une période à déterminer
Mais, c’est un bon sens intéressé. Cela lui permettra de tenir le coup jusqu’aux élections de l’année prochaine. La bonne soupe fédérale est nourricière. Le tiroir-caisse de l’Etat est toujours ouvert pour garnir les portefeuilles hors frontière linguistique. Le couloir qui y mène est international.
Mugabe, quand est-ce que tu nous le prends ?

5 juillet 2008

Quelle crise ?

Depuis que 5 kilos de cerise valent un lecteur DVD on peut se poser la question d’un bouleversement total des prix à l’orée d’une crise économique et financière globale.
Non pas que ce seul fait déclanche une sorte d’apocalypse, mais parce qu’il est l’annonciateur de quelque chose d’inédit que certains économistes tentent de minimiser, parce qu’ils sont payés pour ça, mais que d’autres estiment et redoutent.
Pas que des cerises, à Cleveland, patrie de Rockefeller, suite au sale coup des subprimes, il y a des milliers de personnes expulsées de leur maison (1 maison sur 10 abandonnées), en cause les taux variables risqués.
Ce dont les laudateurs du système ne se vantent pas : Londres a dû renationaliser une banque pour éviter que sa faillite n’entraîne des faillites en cascade. Bush, demande au patron de la réserve fédérale, d’aider J.P. Morgan pour le rachat d’une entreprise sur le point de sombrer à cause des subprimes. Avec les millions de dollars versés pour ce rachat, il aurait pu sauver les milliers de propriétaires de l’expulsion, en les dégageant de leurs hypothèques. Il ne l’a pas fait, évidemment, c’est aussi ça le régime capitaliste.
On voit bien par là que le « principe » de la non ingérence de l’Etat dans la libre entreprise, c’est aussi une vaste foutaise pour les capitalistes. Ils s’y entendent dans leur rôle de pompier… mais, dans le seul but de préserver les quartiers chics.
Depuis 1997, c’est-à-dire sur onze ans à peine, nous avons subi cinq crises économiques qui s’imbriquent, au point de se demander si la titrisation (1) que nous vivons ne correspond pas depuis les débuts de la tragédie à l’effondrement magistral que l’on estime possible, par toutes sortes d’imbrication, comme des galeries de mine dont les plus anciennes par leur effondrement, sont responsables des délabrements des galeries plus récentes.
1997 : la première crise de la série est asiatique. La suite aura de graves conséquences sur les autres. En 1997, on pense que les pays émergents ont de l’avenir, ce qui est vrai si nous voyons l’extraordinaire montée en force de la Chine. Mais comme celle-ci est fermée aux rapports extérieurs, on se rabat sur la Thaïlande, Taïwan, Singapour, Hong-Kong. Ces pays peuvent croître par eux-mêmes à condition de leur faire crédit. Les prêts à court terme affluent. Au lieu d’investir dans l’ensemble des industries, les classes dirigeantes détournent une partie des fonds et s’achètent des propriétés, des produits de luxe. L’argent facile coule à flots. La bulle immobilière grossit, puis les investisseurs s’inquiètent. Trop tard, la bulle éclate faute de pouvoir rembourser. Le Bath s’effondre. La crise se diffuse…
1999, c’est la crise des taux de change. Avec 5 milliards de fonds, une banque prend position pour 1200 milliards ! La mode est à la gestion alternative, une gestion de portefeuille appliquée par certains fonds d'investissement dits « fonds alternatifs » ou « fonds de couverture », ou en anglais hedge funds. En bref, ce sont des investissements souvent considérés comme risqués.
Mais, comme à chaque fois, l’appât du gain est le plus fort. La spéculation va bon train. Les profits sont énormes. Les plus prudents s’enhardissent. Et c’est le plongeon.

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L’an 2000, c’est la révolution numérique sur INTERNET. Netscape Navigator est un navigateur Internet ayant dominé le marché au milieu des années 1990 mais qui ne résista pas à son concurrent Microsoft Internet Explorer. Il est édité par la société Netscape Communications Corporation, faisant maintenant partie du groupe Time Warner. Combien de petites affaires ne se sont-elles pas emballées au vu de ce nouveau secteur avec une méthode d’évaluation qui ne se calculait plus sur l’acquis des sociétés mais sur leurs projets, sur leur avenir, c’est-à-dire sur du vent ! C’était un nouveau Far West. On montait une entreprise sur quinze jours. On la revendait le mois suivant. Les résultats aléatoires ne découragèrent personne dans les débuts…
Si les médias ont un peu oublié (la mémoire est courte en économie) Alan Greenspan, économiste et homme d'Etat américain, par contre on se souvient toujours chez les francophones de Jean-Marie Messier, météore de la finance, l’homme qui voulut racheter des studios et des films de Hollywood !
Puis, c’est 2001 avec Enrron, ses patrons voyous et le défilé de coupables d’escroquerie à la collection d’années de prison, ce qui n’efface pas les torts qu’ils ont causés aux clients et au personnel. Ces forbans étaient à la tête d’une entreprise qui produisait et vendait de l’énergie : gaz et électricité. Comme tout se négocie, pour grossir, ils ont eu l’idée de ne faire que le courtage. Ils ne produisaient plus qu’en sous-main, et ils se mirent à trafiquer les bilans pour attirer des capitaux frais.
En 2008, la crise se diversifie, s’enfle de la dangerosité d’une mondialisation qui propulse à l’avant-plan les producteurs de pétrole qui ne savent que faire de leurs fonds souverains. La rémunération de l’argent ne se fait plus à la « vertu » comme on dit dans les milieux boursiers.
Les problèmes se globalisent. Le modèle économique que nous avons vécu arrive à sa fin.
La crise mondiale ne fait pas que des perdants. Un nouvel ordre financier se dessine pour l’horizon 2010.
Nous devons changer de modèles économiques, nous n’avons plus en Europe qu’une carte à jouer : celle de l’intelligence et de l’innovation. Ce sera l’économie de la connaissance ou rien.
Aux crises alimentaire, financière, pétrolière, boursière n’ajoutons pas celle de l’Europe politique en ignorant le social.
Enfin, entre vous et moi, des vœux pieux !
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1. La titrisation est une technique financière qui transfère à des investisseurs des actifs financiers, dont des créances (factures non soldées, prêts en cours, etc.), en diversifiant les sources de ces créances. Les banques les transforment en titres financiers émis sur le marché des capitaux. On voit le risque et aussi le profit qui peuvent se dégager de ces pratiques devenues courantes.

4 juillet 2008

Le boson de Higgs ou rien.

Si on en fait un peu trop à saluer la libération d’Ingrid Betancourt, les propos désobligeants de certains par opposition systématique sous prétexte que c’est une privilégiée du système, son passage dans une haute école, ses liens avec le gratin, etc, ne sont pas des arguments fort élégants.
Tout qui est détenu contre son gré et sans une décision de Justice, encore qu’il faille se poser la question « quelle justice ? », mérite le respect.
Ceci dit, peu d’otages ont eu droit aux soutiens unanimes et aux pressions de l’opinion. A côté des pauvres types qui ont payé de leur vie la rencontre avec les FARC, Madame Betancourt a eu beaucoup de chance. Nous verrons bien si elle met sa popularité au service de ceux qui restent prisonniers dans la forêt colombienne.
S’il en était ainsi, nous n’irions quand même pas chipoter sur le battage médiatique, alors que ce serait pour la bonne cause.
Autour de ce drame qui a eu une fin heureuse, il y a les récupérateurs du succès dont le seul souci est de se montrer aux côtés de l’héroïne libérée, de féliciter le président Uribe, après l’avoir incendié de propos désobligeants – pour certains, dont la famille Betancourt - pendant plus de six ans.
J’aime trop la liberté pour ne pas me réjouir quand quelqu’un la recouvre, sans distinguer si la personne est de gauche ou de droite.
Que les intégristes et les ronchons aillent se faire foutre.
Il y a d’autres préoccupations qui méritent autre chose qu’une appréciation, somme toute pour une affaire qui touche aux faits divers.
Les prévisions de l'Organisation de coordination et de développement économiques (OCDE), que ce soit en termes de croissance ou d'emploi, pour les deux années à venir sont pessimistes. Dans son rapport « Perspectives de l'emploi 2008 », rendu public mercredi 2 juillet, l'organisation internationale prévoit une dégradation dans la plupart de ses trente pays membres. L’Europe déjà empêtrée dans l’inflation généralisée (+ 4 % en moyenne), fragilisée par la spirale des prix des matières premières, comptera 33 millions de personnes au chômage d’ici fin 2008, soit 1 million de plus qu'en 2007 !
Belle perspective pour la présidence française de l’Europe !
A l'origine du ralentissement : la croissance de 2,7 % en 2007 tomberait dans la zone OCDE à 1,8 % en 2008 et 1,7 % en 2009. Si les turbulences des marchés financiers, liées aux problèmes des crédits hypothécaires subprimes aux Etats-Unis et aux problèmes sur les produits dérivés diminuent d’intensité, précise l’OCDE.
L’absence de brusques distorsions des prix et des cours en Bourse font hésiter les économistes, sur le mouvement actuel. Tout se dégrade lentement, on pourrait presque dire irrémédiablement, sans qu’il y ait des affolements et des chutes spectaculaires des banques et des cours. C’est donc une crise sans effet particulier, d’un genre nouveau qui n’a rien de la bombe qui éclata en 29 et qui reste présente dans les mémoires du monde des affaires. Nous descendons par palier : hausse des prix, surenchérissement des coûts énergétiques, marasmes des hypothèques et de l’immobilier, perte du pouvoir d’achat des ménages, inflation rampante, etc.
C’est comme si nos économistes devenus spéléologues exploraient une cavité pour la première fois qui les ferait descendre de plus en plus bas sans qu’ils puissent voir le puits final, et en mesurer la profondeur.
Selon l’économiste Jacques Marseille, l’avenir de l’Europe ne peut se concevoir que dans la technique et l’exploitation de nos intelligences, puisque nous n’avons plus rien d’autres à mettre sur le marché !
Si on ne lui donne pas tort, alors le retard de l’Europe est considérable en ce domaine. L’Inde forme plus d’intellectuels et de cadres que nous. La force d’invention et de brevets est toujours américaine et les Chinois sont parvenus à faire mieux que copier nos produits et mettre en pratique le résultat de nos recherches.
Quand on sait, en plus, ce que risque de nous coûter notre politique restrictive en matière d’immigration, on ne s’étonnera pas si par une projection démographique facile à faire, l’Europe se retrouvera moins peuplée que l’Afghanistan, en 2050 !

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En attendant de découvrir le fameux boson de Higgs, cette particule qui expliquerait l’univers quantique de la physique moderne, n’ayons pas honte d’avoir dépensé un petit paquet de milliards afin de permettre au CERN de construire un collisionneur d’une circonférence inégalée sous la commune de Ferney.
Si l'engin ne trouvera peut-être rien de ce que l'on en espère, c’est dans ce type d’investissement qu’est notre avenir. Peut-être déboucherons-nous sur des découvertes et ensuite des applications, qui prouveront que l’Europe n’est pas en train de jeter ses derniers feux !
Voilà, à mon sens, un sujet qui mériterait aussi la Une de nos gazettes. Si les Comités pour la libération d’Ingrid voulaient se reconvertir, ce serait le moment.

3 juillet 2008

Le banquet de Platoon.


- Salut !
- Salut !
- Kèk tu d’viens ?
- Fais chier, quoi !...
- Ah ! bon.
- Et touah ?
- J’ai revu chose… attends voir… le punk…
- Maurice ! Avec ses épingles dans les trous de nez…
- C’est ça. Qui passait des soirées entières sur Iggy Pop et les Stinky Toys.
- Kèk y d’vient ?
- Bin i’s’nourrit plus aux chips. Pis a rencontré une Chef de patrouille qu’a une tête de plus que lui.
- C’est pas difficile lui ka kun mètre cinquante.
- Complètement transformé le mec !
- Y dort plus chez sa mère ?
- Les parents de Marie-Sophie l’hébergent.
- Non !
- C’est comme je te dis…
- Les épingles ? Les tatouages ? La seringue ?
- Que dalle. Transformé. Il est comme vouzémoi !
- Il fait quoi, Maurice pour qu’on l’adore ? Il a mis Marie-Sophie en cloque ?
- Il joue au Trivial Pursuit avec les vieux de sa meuf. Paraît kè fort au scrabble aussi…
- I’ glande toujours ?
- Non. Elle lui a trouvé un boulot…
- Là, je rêve. T’es sûr que c’était bien lui ?
- Comme je te dis.
- Kè ki fait ?
- Il est à l’université !
- Alors là, c’est la meilleure !
- I’ m’a montré sa photo… Le trouduc pas déchiré par la dose, rien… impec !
- A ce point ?
- Pire.
- Quand même à l’Unif…
- Bon, attends, i’ fait les couloirs. C’est kun début. Tu le verrais ! Je sais plus comment il parle, si c’est du flamand ou du belge... On comprend plus. Marie-Sophie est plein air et philosophe, si tu vois ce que je veux dire ? C’est elle qui a transformé le cloporte…
- Non.

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- Le dimanche, i’partent avec la famille Rambeauf faire du trekking ou en Fagnes.
- Je l’vois dans un sac de couchage sur un nid de fourmis rouges ! D’où ki sortait l’artiste ?
- J’ l’ai vu ki sortait des soldes avec un pull marin qu’il venait d’se farcir…
- Tu m’as fait peur. Il a pas changé, le thon !...
- Bien si. I’ voulait savoir K’en était toujours capab… i’ partent le 7 avec les Rambeauf faire de la voile à l’île de Ré !... I’ r’viennent pas tout de suite, avec nouvelles Frontières font un circuit au Groenland…
- S’emmerde pas le Maurice… J’y tâterais bien les miches à son affreuse…
- T’es pas assez intello, mon pote.
- Ah ! parce que lui, i’ l’est ?
- Faut croire. Elle lui apprend la philosophie !
- Tu rigoles ?
- Officiel. Ça c’est pour la semaine. Rapport à la nouvelle carrière du Maurice.
- Le blaireau !
- Il avait un tee-shirt où kil était marqué « Kador le chien qui lit Kant dans le texte » !
- I’m’ravage… J’vais t’dire, le destin k’est pas juste.
- I’ s’est fait photographier chez Pix… à moins que ça soye Pax, à côté d’un type Alain chose, avec Fin au début et croûte à la fin, qu’a écrit – ça j’ai retenu « la défaite de la pensée » !
- Enfin, c’est pas croyab’. Maurice, sous les cheveux, il n’a pas d’cerveau. I’ gnia que des pellicules… C’est lui la défaite de la pensée !
- Avec Marie-Sophie i’ fréquente des esthètes à claques dans un club où parler comme tout le monde est vulgaire. Il m’a dit qu’ainsi il était toujours en avance d’un concept.
- D’un concert ?
- Non, d’un concept…
- C’est bien lui, d’employer des mots qu’il sait pas ce que ça veut dire.
- La semaine prochaine, le sujet, c’est le cinéma. Tu sais le truc qui se passe au Viêt-Nam ? Le banquet de Platoon.
- Si c’est pour bouffer, on se doute que le Maurice, après lui, restera que la laitue...

2 juillet 2008

Le maître et l’esclave.

Le Belge se trouve à quelques jours d’une échéance qui n’aurait été qu’une péripétie si du Nord au Sud on n’en avait pas fait une date butoir.
C’est ainsi que parfois, à force de ne pas vouloir un événement, on le provoque.
Les enjeux sont clairs. Les jalons sont posés. Pour comprendre ce qui pourrait se passer le lendemain du 15 juillet, il faut revenir à Hegel (1770-1831) dans sa phénoménologie de l’esprit, lorsqu’il distingue la conscience servile de la conscience stoïque.
La totale dépendance de la conscience à l'égard de l'existence (Dasein) la rend esclave; sa totale indépendance la rend stoïque. La conscience servile lie enchaîne l'individu, la conscience stoïque le libère. La liberté repose sur le concept de l’essence pensante de la conscience. C'est seulement de cette manière qu’un fait, un événement, peut se présenter comme vrai et bon pour elle.
Il n’y a donc pas, selon Hegel, à balancer dans l’alternative qui surviendra le 15 juillet, étant entendu que les francophones ne sont demandeurs de rien et que les autres demandent beaucoup.
L’esclave doit se séparer du maître !
Quels sont les motifs qui ont conduit l’esclave à servir le maître ?
Le sentiment subjectif qu’il est bon de s’abriter sous la protection de plus puissant que soi. La notion « historique » d’un Etat liant des entités différentes dans un même destin. Comme dans le conte d’une vieille servante de ferme qui ne voit plus son aliénation, tant lui apparaît naturel son servage, puisqu’elle pense qu’elle est de la famille du maître.
Quels sont les motifs qui conduisent l’esclave à se séparer du maître ?
L’aliénation contre des avantages et des commodités de vie n’a plus de sens quand ceux-ci fondent à la suite d’une nouvelle rationalité du maître qui fait supporter les économies qu’il réalise à son esclave. La réalité historique disparaît dans une actualité où le maître tente de déposséder l’esclave de son propre langage (les francophones de la périphérie). L’ordre n’est-il pas de parler seulement dans la langue du maître sous peine de ressentir sa force ?

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S’il y a bien une Histoire raisonnée, c’est celle de Hegel qui nous renseigne sur notre propre destin. Bien sûr, il est loisible de penser l’Histoire autrement. Seulement, en se référant à une pseudo-histoire puisqu’il y faut abandonner la phénoménologie de l’Histoire même !.
Un des facteurs rémanent de la pseudo-histoire, c’est le rêve sans cesse renouvelé de l’Unité ! Tous les Empires ont poursuivi cette chimère sans avoir eu l’occasion de la pérenniser à commencer par Alexandre, le rêve d’Auguste, puis le Saint-Empire, jusqu’au Troisième Reich !
Tous ont voulu l’impensable en philosophie : unifier ; c’est-à-dire produire dans la réalité une multitude de rapports de petits maîtres à esclaves, les petits maîtres devenant esclaves à leur tour pour de plus grands, jusqu’au Grand Maître qui est le seul à ne pas être esclave ou, si l’on veut, qui l’est de tous les autres.
Evidemment, le rêve de l’unité dans la pseudo-histoire conduit à la division de la même manière que le rêve de liberté, puisque d’autres s’opposent à l’unité et qu’elle devient de ce chef impossible !
Hegel a décrit l'histoire de la société civile comme une genèse de ses antagonismes, en démontrant son irrationalité.
On peut ne pas aimer la réaction de Maingain à la RTBF suite aux propositions de Leterme, mais n’est-ce pas le langage de qui ne veut plus être asservi, lorsqu’il dit : « On n'est nulle part. Rien de très concret, de palpable, de structuré. Le Premier ministre vient avec des propositions tellement faibles, insignifiantes, à la limite du mépris pour les francophones, que ça ne facilite pas la situation."
Il n’y a donc plus aucun accord possible entre un maître dont il est indifférent que son esclave soit encore ou non à son service, dans la mesure où celui-ci mettrait dans son comportement plus d’indépendance que de zèle aux nouvelles dispositions du maître. Attacher plus de devoir et moins de droit, placerait n’importe qui dans une situation insupportable.
Kris Peeters avec l’ensemble de la classe politique flamande est incapable dévaluer les bouleversements en cascade vers lesquels conduisent ses raisonnements, s’ils étaient appliqués. Comme, il va de soi, les Francophones manquent aussi de projections réalistes des affabulations de Kris Peeters, sinon ce qu’ils en pensent reste confidentiel dans la peur de conclusions qui déplairaient à leur électorat toujours unitariste.
Dans leur situation d’esclaves, les francophones ne peuvent avoir ni propositions contradictoires, ni acquiescements mitigés. Ils sont condamnés à dire oui, ou non. C’est un referendum déguisé. Voulez-vous encore de la Belgique ? Alors, approuvez les thèses flamandes et ne discutez pas. Sinon, il n’y a plus de Belgique.
A moins d’avoir l’âme basse, salie par cent cinquante ans de bourgeoisisme, on ne peut que prendre la fuite et laisser le maître cirer ses bottes tout seul !

1 juillet 2008

Pour une autre morale

Qui n’a jamais rêvé d’une morale personnelle ?
Une morale faite pour soi, tirée de ses propres arguments, une morale construite par le raisonnement et d’après son expérience ?
Les valeurs qui sont imposées, sont les En-soi platoniciens reconduits sous la condition de quelques retouches de la religion. Nous défendons encore aujourd’hui, parfois à notre corps défendant, une morale d’Etat, suite logique à une morale d’église.
Ainsi les valeurs ne sont pas posées par une conscience unique, la nôtre, mais le fruit de la conscience collective qui nous opprime, dès que nous ressentons le besoin de changer le discours officiel en un discours particulier et que nous ne le pouvons pas.
Si bien que nous recevons comme un héritage ce qui n’est pas de nous, une opinion plus qu’une morale, un diktat auquel nous adhérons sans inventaire, comme si cela allait de soi, comme si nous en étions les auteurs, et que nous aurions mission de propager et d’ainsi perpétuer. De sorte que ce diktat que nous reprenons à notre compte, nous propulse en lieu et place de ceux qui l’on produit, nous substituant à eux, dans une sorte de prolongation du bras de la dictature par celui de ses victimes.
Les moralistes nous rétorquent que l’on ne peut pas dire la morale individuellement. Cela ne serait possible que si tout le monde était moral.
J’entends bien.

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Mais alors, qui dit la morale ?
Des « sages » rassemblant un ensemble de conventions produit de « l’usage » et sélectionné par eux.
La première application de la morale se fait dans la vie sociale, enfin celle qui visiblement régit un ensemble d’individus.
Quand on pose la question des principaux motifs qui font cette cohésion sociale pratiquant une morale d’après des règles apprises, juste après le respect des autres, vient la tradition. Encore que le respect des autres de cette société, paraît douteux.
Or, la tradition n’est-ce pas cette transmission inconsciente d’une génération à l’autre, de valeurs acceptées sans examen ? Bien que fondées sur un accord général, ces valeurs sont la quintessence de diktats anciens dont on s’épuiserait vainement à rechercher les arguments intemporels.
Ces valeurs révèlent notre incapacité à traduire nos actes en morale.
Dans la classification d’aujourd’hui nous devons accepter comme issu de la volonté d’autres, ce qui ne l’est pas par nous. Il faudrait y voir une nécessité dialectique selon Hegel qui affirme que la première relation individuelle est à coup sûr celle du maître et de l’esclave !
Doit-on considérer sous ce rapport que toutes les sociétés, y compris les plus démocratiques, sont encore sous certaines formes des sociétés esclavagistes ?
L’individu résiste à la morale, comme la Nature à la science. Peut-on parler d’un immoralisme caché de l’homme comme étant le pendant immoral de la nature ?
De même, l’Etat résiste à la morale puisqu’il est formé des mêmes individus ; mais par transcendance ceux qui paradoxalement devraient dire la morale en qualité de « sages » masquent sous les artifices de ce qu’il faut faire, la somme des choses qu’ils répriment ou désavouent chez les autres et qu’ils font.
L’intérêt majeur pour une morale dégagée des artifices serait de se préoccuper d’un essentiel grandement menacé.
Le juste et l’injuste devraient être redéfinis selon ce que les individus « sentent » de ces contraires et non pas selon les approximations délibérément faussées d’une morale d’Etat, empirique et de circonstance.
La Libre entreprise sous la forme qu’elle revêt aujourd’hui, à savoir dominée par les grands ensembles dont les objectifs sont indiscernables par les acteurs à son service, est-elle morale ? La démocratie est-elle compatible avec les modifications actuelles du système capitaliste, étant entendu qu’elle ne l’était déjà pas précédemment ? Comment concourir à la mise à plat des raisons opposées, les unes dégageant une morale de la libre activité, les autres prônant le contraire, en sachant que les premières sont actuellement prépondérantes et les secondes ayant amené, par le passé, quelques fiascos ?
Voilà, me semble-t-il les premières questions auxquelles nous devrions répondre pour une autre morale, une morale acceptée et non plus une morale d’adaptation, fabriquée et dénaturée. Une morale qui, plus que de convenir à certains, conviendrait à tous.

(suite demain : Le maître et l’esclave)