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26 septembre 2003

Le mépris des autres.

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On fait toujours l’expertise de l’entre deux guerres, sur ce qui a motivé la montée du racisme, non seulement en Allemagne nazie, mais encore en France et en Belgique, comment les milieux ultra catholiques belges sont tombés dans le panneau de la croisade contre le communisme et envoyé des jeunes gens combattre aux côtés de l’armée allemande et des rexistes, sur le front de l’Est.
Quant on fera le bilan de 1945 à l’an 2000 sur la même question, dans 15 ou 20 ans, est-on sûr qu’il sera meilleur ?
Il y a des éléments nouveaux à prendre en compte.
1. L’espace Schengen a reculé nos frontières aux limites de l’Europe ou presque ;
2. Des lois ont tempéré l’ardeur xénophobe en faisant un délit de ce genre d’agressivité ;
3. Le racisme d’Etat s’exerce-t-il sur les non européens, un peu comme les lois antijuives de 1936 en Allemagne ?

Voilà ce que devront examiner nos successeurs dans les décennies à venir.
L’espace Schengen devait en principe rejeter sur les pays frontières de la Communauté la responsabilité de refuser l’accès aux étrangers non autorisés. L’Espagne pour les pays du Maghreb, la Grèce pour les turcophones et l’Allemagne, bientôt la Pologne, pour l’Est et les Balkans.
Comment l’ont-ils fait et avec quels moyens ?
Tout le monde sait que les frontières sont poreuses. Les transports aériens se sont tellement développés que l’on voit mal un réfugié d’Ouganda demander l’asile en débarquant d’un car qu’il aurait pris à Kampala.
Quand un étranger traverse le détroit de Gibraltar sur une planche à voile pour s’installer à Bruxelles, les autorités espagnoles ont intérêt à le laisser filer. Le problème est évacué vers la Belgique, via la France.
Les pays de la Communauté gardent toute leur souveraineté pour accueillir ou refuser la personne.
La Belgique règle seule le sort des étrangers hors Communauté sur son territoire, sans se référer aux autres qui ne font pas, ou mal, leur travail de filtrage.
A quoi servent les accords de Schengen ?
Prétextant les accords, la Belgique élabore une politique de ségrégation inavouée. Les Etats frontaliers gardant mal la Communauté, l’Etat en tire arguments pour se comporter en raciste de seconde main. Il triche sur sa véritable nature qui n’est pas d’être généreux comme il le prétend ; mais de décourager les impétrants en dévalorisant la personne humaine dans ses centres fermés et ses no man’s land d’aéroports, dans une sorte de jeu « au chat et à la souris » avec des populations fragiles.
On peut même se demander si cette inhumanité bien étalée dans les informations – qui nous fait tirer des larmes - n’est pas voulue afin de décourager de nouveaux candidats ?
Pendant ce temps, le législateur pour se donner bonne conscience, que fait-il ? Il élabore des lois qui défendent aux xénophobes de s’exprimer en public.
C’est toujours cela me direz-vous. Sauf qu’on ne sait plus aujourd’hui qui est qui. Les racistes bâillonnés n’en sont que plus nuisibles. Ne pouvant plus dire leur haine imbécile, soyez assurés qu’ils le feront d’une autre manière, ne serait-ce que par un vote d’extrême droite. Il ne reste plus qu’à interdire l’extrême droite, me direz-vous. Mais nous ne serions plus en démocratie. Et, on l’est déjà si peu !
Etant un homme libre – enfin dans la mesure où l’on me laisse user d’une certaine liberté – je revendique pour ceux qui ne partagent pas mon opinion le droit à la parole.
Je réprouve toute loi ordonnant aux citoyens de se taire, quelles qu’en soient les conséquences.

C’est un débat. Ayons-le.
Dans notre société soi-disant débarrassée du racisme que voit-on ? Une lente montée de tous les racismes, pas seulement à l’encontre des étrangers, mais encore des jeunes, des vieux (cliquer ici pour lire l’article de Gaston Lecoq dans Proxi-Liège, sur la Toile, à propos des compagnies d’assurances de ce jeudi 25 septembre) et demain ce sera le tour des petits, des gros, des laids, des infirmes, toute forme d’exclusion non dite, mais qui s’inscrit dans les faits du travail, de l’argent, de la société marchande et même, c’est un comble, de l’organisation associative.

Seul fait rassurant, les jeunes qui s’aiment et qui se foutent si la jeune fille est chinoise et le jeune homme malgache. C’est le spectacle de ces couples mélangés qui va du citoyen belge à l’émigrée birmane, du Sikh à une brune de Palermo, que je vois tous les jours sur les trottoirs de ma ville, qui me réjouissent le cœur et me font espérer quand même…
C’est peut-être ce mélange magnifique et inter culture qui finira pas diluer le vieux fond raciste de la plupart d’entre nous dans un pot bouille dissolvant qui est l’élément capital pour les vingt prochaines années. L’avenir est au sang mêlé !

Pour le reste, c’est plutôt misérable.
Il faut entendre les raisonnements des services d’immigration ou des offices des étrangers qui s’abritent derrière le respect des lois pour jubiler intérieurement quand une jeune fille désemparée, à bout de nerfs, glande depuis huit jours sur les banquettes de Zaventem, pour avoir la honte profonde d’être né Belge.
Mais, il y a bien plus important que ces attitudes primaires si bien inoculées par les bleus au pouvoir et si mal tempérées en magenta par les rouges. C’est la politique économique que nous pratiquons avec nos partenaires commerciaux qui est véritablement le sommet du racisme meurtrier.
Le « National Geographic » a fait une enquête sur les esclaves que nous entretenons délibérément dans la misère et qui vivent à notre porte, voire chez nous.
Ce magazine vénérable et digne de foi apporte preuve à l’appui notre complicité dans tous ces crimes sur des enfants exploités, réduits à l’esclavage.
Avant, d’instinct, je ne pouvais voir un seul de nos ministres sans suspecter sous l’apparente honnêteté, ses côtés honteux. Aujourd’hui, je suis convaincu qu’ils ont tous une lourde responsabilité de l’infamie dans laquelle nous baignons.
Voulez-vous un exemple parmi tant d’autres ?
« Panneer a dix ans. Il enroule des fils quatorze heures par jours sur des métiers à tisser à Kanchipuram en Inde. Ses doigts saignent. Son organisme est empoisonné par les teintures. Des milliers d’enfants travaillent dans l’industrie de la soie en Inde ».
« Vous pouvez fondre en larmes, avoir un haut-le-cœur, être sous le choc, incapable de vous arrêter de lire. Ou vous pouvez décider que trop, c’est trop, et passer à l’article suivant ».
« …avant que nous ne nous mettions à travailler sur ce sujet, dit le journaliste du National Geographic, j’ignorais qu’il y avait 27 millions d’esclaves dans le monde, tout autour de nous, en majorité invisible.»
Que cela nous dérange ou non, non seulement nous sommes co-responsables avec les Thénardier indiens de l’exploitation monstrueuse des enfants, mais encore nous sommes responsables au premier chef de tous les travailleurs clandestins de chez nous, que nous feignons de traquer et qui contribuent, sans en être les bénéficiaires, à la prospérité économique du monde occidental.
Je ne peux qu’avoir du mépris pour ces responsables, ces ministres de l’intérieur, de la justice, qui disent leur haine des étrangers sous le couvert de nos lois d’accès au territoire, en affirmant le contraire, mais en foulant des tapis qui ont été tissé par le petit Panneer et tous ses pareils, en enfilant des chemises fabriquées en Chine et en donnant le coup d’envoi d’un match de foot dans un ballon – malgré la propagande contraire qui en a été faite – qui a été coupé et assemblé par des fillettes de huit ans.
Alors, si cette misérable petite chose qu’est ce blog, peut servir à dévoiler la honteuse évolution de la société belge, je n’aurais pas perdu mon temps.

22 septembre 2003

Effets de manche aux Nations Unies

Le Président Bush joue sa réélection ces jours-ci aux Nations Unies à New York.
Devant son opinion, il affronte les pays qui dès le départ de l’aventure irakienne, ont dit haut et fort que l’intervention américaine était une erreur. Et les événements leur ont donné raison. On n’a retrouvé aucune des armes chimiques recherchées et Saddam Hussein est toujours manquant dans le jeu de cartes, alors que toutes les semaines, on le dit aux abois et près d’être capturé.
Ce qui est plus grave, les Américains se sont rendu compte que l’Irak n’a jamais été une terre d’accueil du terrorisme international, comme l’Afghanistan. Le dictateur de Bagdad était bien trop jaloux de son autorité pour admettre des camps d’entraînement et des milices armées aux portes de ses palais. Tout au plus a-t-il été tenté d’entretenir quelques opposants à l’Iran, loin de Bagdad.
La libération du pays a réveillé le patriotisme irakien détourné sous la terreur de Hussein en un culte de la personnalité. Si bien qu’aujourd’hui les Américains, qui croyaient entrer à Bagdad en libérateurs, rencontrent un milieu hostile. Ils perdent chaque jour quelques soldats dans une lutte de résistance qu’ils étaient loin d’avoir imaginée. Ce qui démontre bien leur impréparation et leur méconnaissance du terrain. Modernes croisés, les voilà aussi haïs que Godefroid de Bouillon par les Arabes, à la prise de Jérusalem, le 22 juillet 1099, avec cet élément supplémentaire qu’ils impliquent tout l’Occident dans leur équipée, sans nous avoir demandé notre avis.
Ironie du sort, un commando d’une quinzaine d’hommes a secoué l’Amérique lors de l’attentat des Twin Towers à New York. Ceux qui, en Irak, harcèlent les troupes américaines sont, selon les polices US, à peine quelques centaines. Ainsi, cette grande puissance qui avait le projet de se lancer dans « la guerre des étoiles », qui poursuit son étude d’un bouclier permanent antimissile, qui peut aligner sur le terrain des centaines de milliers d’hommes suréquipés, vacille sous la poussée d’une poignée de fanatiques religieux !
Bien entendu ce n’est pas cela que le Président Bush a dit aux Nations Unies.
Il a bien d’autres soucis en tête, surtout en ce qui concerne l’argent.
Le budget proposé à la guerre en mai aux parlementaires de Washington est amplement dépassé, sans qu’aucune solution soit envisageable dans les six mois.
Réduit à demander de l’aide aux Nations Unies qu’il avait au départ écartées à la suite de l’opposition de la France, de la Chine et de la Russie au Conseil de Sécurité, le président Bush souhaite à présent une contribution de l’organisation qu’il avait grandement décriée.
Les rapports entre les nations qui s’étaient opposées à la guerre en Irak et son administration, se sont stabilisés. Nous sommes toujours des fabricants de chocolat, les Français de fromage qui pue et les Allemands de bière forte, pour l’opinion américaine rétive à des revirements, mais l’Administration Bush a compris qu’il est urgent d’arrondir les angles.
Comme c’est également le propos des nations qui ont dit non à la guerre contre l’Irak, l’actuelle cession des Nations Unies devrait être l’occasion de redire notre soutien à la démocratie américaine, mais de façon sélective et surtout pas dans ses initiatives guerrières.
Chirac qui s’est fait le porte-parole de l’Europe réticente, s’emploie à rattraper les maladresses en Irak. Comme nous, il espère convaincre Bush de laisser le futur commandement des opérations aux Nations Unies. L’intérêt de tous serait d’établir un calendrier pour mettre en pratique un cahier des charges qui rendrait l’indépendance de ce pays dans les six à neuf mois.
Mais les Américains ne l’entendent pas de cette oreille. Ils veulent garder la haute main sur le destin des irakiens et ne sollicitent qu’une aide sous leur contrôle.
Il y a des moments que faire cavalier seul, même pour la nation la plus puissante, devient difficilement supportable.
Il s’agit bien d’une bataille diplomatique – que n’a-t-on commencé par là ! Le désir de faire de l’Irak une démocratie exemplaire au Moyen Orient, n’a plus beaucoup de sens. Le départ de l’Armée américaine ne sera pas non plus le signal du cesser le feu de la guérilla. Celle-ci s’alimente en hommes et en matériel depuis les frontières poreuses de la Syrie et avec la bénédiction d’Al Qaida. C’est tout ce qu’on a gagné depuis la fuite de Saddam !
La traque terroriste en Irak est encore une utopie supplémentaire de l’Administration Bush.
Quand on sait que le véritable dispensateur en hommes et en matériel du terrorisme anti-américain est l’Arabie Saoudite, on se demande vraiment, six mois plus tard, quelle mouche a piqué Bush de se lancer dans la guerre contre l’Irak.
Pour en revenir à la question du début, à savoir la réélection du Président Bush, il est vraisemblable qu’il suivra le même destin que son père et passera à côté de son deuxième mandat.
Personne ne s’en plaindra, à commencer par l’opinion américaine et y compris la diaspora juive pour laquelle, cependant, Bush se dépense sans compter dans sa politique préélectorale, au point que l’on se demande aujourd’hui si ce n’est pas sur les conseils d’Ariel Sharon que Bush a lancé ses troupes dans un guêpier dont elles auront du mal à sortir indemnes.

21 septembre 2003

Chérie, où as-tu mis le Prosac ?

Il n’y a pas à baragouiner. Qui a la clé du tiroir caisse est farouchement pour le système. Les autres, avant d’être indigents, sont les victimes crédules d’une escroquerie : le capitalisme. Certes, victimes consentantes de la propagande libérale, mais l’ayant bien profond et calé où je pense.
Vous ne cherchez guère la vérité, c’est entendu. Ceux qui vous subjuguent non plus. Ils comptent sur la connerie d’inspiration bourgeoise pour conforter leur supercherie.
Tandis que les petits actionnaires perdent leurs économies et les salariés leurs emplois, on ne se rend même pas compte qu’il y a plus d’un an des journaux écrivaient: « Pourquoi le capitalisme est malade » (Le Monde 19 juillet 2002).
2003, la bête est toujours en vie. Vous croyez vous défendre en la défendant. Quelle erreur !
Là, je m’arrête. On dirait que je tiens le discours d’Olivier Besancenot, le facteur trotskiste. Pourtant, aussi sympa soit-il, je ne roule ni pour lui, ni pour Laguiller.
Remonte seulement le petit fond anar et indépendant que j’ai toujours eu. Voyez, je vous dis tout !
Il n’est même pas besoin d’être de gauche pour échafauder des hypothèses loin de la stupidité militante de droite. Nous nous faisons avoir par un mirage : le fric qui peut tout !
On a rarement vu public aussi chloroformé par toutes les singeries des magazines et les plats discours !
On convainc un citoyen du contraire, cent exaltés glorifient la primauté du poignon et de la marchandise sur l’humain.
Ah ! progrès…
Ainsi, nous nous forgeons une haute idée morale dans notre tour d’ivoire, de la cour de la reine Pétaud du racisme et des différences.
Que ne dit-on sur l’argent sale, l’argent noir, en y apportant des nuances, comme l’argent gris, celui qui, par exemple, ne rapporte pas de précompte à l’Etat lorsqu’il est placé à Luxembourg.
Comme s’il pouvait exister un autre argent que « malpropre » lorsqu’il atteint certain sommet !
Quelle différence y a-t-il entre un président d’un groupe industriel qui coule son entreprise par son salaire et autres abus de biens sociaux et une petite crapule qui met sur le trottoir des femmes ou approvisionne en came des revendeurs, pour se bourrer les poches d’argent noir ?
Il n’y en a aucune.
Sinon que le président du groupe industriel qui met à la rue deux mille employés est sans doute plus nuisible que la petite frappe qui ne flatte que les vices de quelques paumés.
Les stocks-options, les indemnités et les salaires colossaux sont de l’argent « propre ». C’est-à-dire « lessivé » aux yeux de tous et avec la bénédiction des ministres des finances.
Ce comportement est donc bien plus performant que l’autre, puisqu’il permettra à l’auteur de se les dorer au soleil impunément en se foutant des vies qu’il aura détruites. Mieux, il pourra financer d’autres affaires et même avoir son nom sur un ex-voto dans le hall d’œuvres caritatives.
Alors, pourquoi regardons-nous les uns avec des yeux de merlan frit et les autres avec horreur ?
Pourquoi sommes-nous en train de japper de bonheur quand certains patrons nous caressent en donnant le Canigou aux travailleurs acharnés ?
Mystère.
Sans doute nous ne savons plus résister à la trouille profonde qui nous agite à la seule perspective de déplaire et d’être foutu à la porte de l’usine. De sorte que nous avons désormais le comportement de l’esclave, avec cette épée de Damoclès, que savent manier avec sadisme les petits chefs, au-dessus de nos têtes.
Tous les jours, nous voyons des malfaisants d’entreprises internationales, adulés, festoyés par des autorités morales, des « forces vives », et des membres de gouvernement. Combien de « Pères la morale » ne se sont-ils pas sali les mains à la une des journaux en serrant celles des gredins « autorisés » portés à notre admiration tous les jours ?
Pour quelques malfrats dénoncés pour abus de biens sociaux (Enron tout récemment), quelques scandales financiers précipitant des milliers de personnes à la rue (Jean-Marie Messier, Bernard Tapie, dont on se souvient du tour de piste en Belgique à propos de raquettes de tennis), combien de gredins endurcis se sont faufilés à travers les mailles très distendues du filet des finances publiques pour rebondir après des coups foireux comme celui de la SABENA et bientôt de la reconversion de notre Cockerill, pour rallier des gouvernements de l’Europe où ils exercent des fonctions ministérielles ?
Chaque jour, il y a un salaud qui n’ira jamais mouiller son froc de honte sur les bancs de la Correctionnelle qui fait la morale à des personnels atterrés.
L’Amérique, lente pourtant à s’indigner, en prend plein la gueule à quelques pas de l’espace vide laissé par les Twin Towers, à la Bourse de New York (NYSE) encore une fois.
Richard Grasso, président démissionnaire de la Bourse vient de se tirer – très légalement – de son petit boulot en empochant 124 millions d’euros qu’il s’est alloué en indemnités et prestations !
Les pontes du lieu eux-mêmes considèrent que le Grasso a jeté le bouchon hors des limites et qu’il va falloir faire le ménage.
C’est qu’un PDG est « irrésistible » pour ses assistants, au point qu’il a mouillé ses directeurs généraux adjoints et les « fidèles », lisez les lèche-culs du Grasso qui se voient reprocher leur faiblesse à l’égard du chef de la Bourse de NY.
Mais ce n’est pas tout. L’affaire pourrait repartir à la hausse, puisque l’affamé d’argent réclame une nouvelle prime de départ de 10 millions de dollars.
Patrick McGurn, une autre huile vice-président de quelque chose, toujours en service, est même parvenu à s’indigner, au point qu’il souhaite mettre en place une structure qui assurerait l’intégrité du marché ». On peut toujours rêver !
Après le coup de Messier et ses 20 millions de dollars d’indemnité réclamés à Vivendi, on a une petite idée que, franchement, parler de l’argent « au noir », quand il y a tant d’argent « au clair » devant lequel Didier Reynders tire son chapeau, c’est vraiment se ficher du monde.
Pourquoi faire tant de tapage sur l’argent « sale » alors que l’argent « propre » est souvent bien plus dégueulasse ? On se demande pourquoi les dealers et les maquereaux ne se reconvertissent pas ?
Ah ! si, pardon, c’est fait pour un certain nombre d’entre eux dans les sociétés écrans et les entreprises bidons qui finissent par se faire coter en Bourse et deviennent des entreprises tout à fait honnêtes et légales.
La boucle est bouclée. Au Ministères des Finances, avec les 6 et 9 % pour le rapatriement du Luxembourg, les Roses sont d’accord. Le public s’en fout et la vie est belle.
Reste plus qu’à crier « vive la démocratie », vive l’OMC, la Bourse, les hauts salaires et la progression du PIB.
Mon dieu ! comme tous ces gens sont honnêtes, vous ne trouvez pas ? Enfin, d’après ce qu’en disent vos journaux préférés.

20 septembre 2003

Exceptionnel

Jospeh Moyeu : Que pensez-vous de la saison théâtrale de Bayreuth, Monsieur François von Strauchenberg ?
F von S : Nous avons équipé toute notre antenne avancée de Baïkonour avec les meubles « ça c’est du sérieux » de sorte que notre saison à Bayreuth s’annonce on ne peut mieux.
J. M. : Qu’allez-vous mettre en scène ?
F von S : avec mademoiselle von Stümbahllenderschön nous avons trouvé une banquette à 220 euros pour la scène où Siegfried dit tout son amour à… permettez que je m’exprime dans la langue de Goethe ! Die Tatsache, daß sich seine Frau Winifred, die ihm die Kinder Wieland, Friedelind, Wolfgang und Verena schenkte, für Hitler und seine Vorstellungen einsetzte, machte ihm in seinen letzten Lebensjahren schwer zu schaffen...
J. M. : C’est magnifique ! Avec ça nous vous offrons un vase chinois que vous pourriez disposer à l’avant scène lorsque la Walkyrie entonne « As-tu fermé le Was is das ? ».
F. von S. : Mais notre saison aura son apothéose à Glasgow où nous aurons le plaisir d’interpréter la nouvelle version de Richard III écrit par le duc d’York, dans un décor de Thomas Caldwell…
J.M : …et avec des meubles Mailleux, bien entendu.
F. von S. : Avant que Richard III ne devienne homosexuel dans la scène du baiser avec Marguerite d’Anjou…
J. M : Interprétation très difficile…
F. von S. : Il s’assied sur une chaise de style à 128 euros, recouverte de skaï ce qui de loin fait d’époque.
J. M. : Je vois dans le catalogue, que vous avez superbement édité, une page spéciale réservée au Sud et à l’Oncle Sam.
F. von S. : Oui. Nous avons pensé que l’osier était très à la mode et toute la scène où Papa Doc revient de Haïti pour se convertir à la Scientologie avant de retourner dans sa case a été inspirée de la Saison de l’osier de vos Etablissements.
J. M. : Une dernière question. C’est pour quand le cinéma ?
F. von S. : Tous les grands metteurs sont morts. Orson, Jean-Lou, François et les autres. Nous avons un espoir, un certain Manu, je ne vous révélerai pas son nom actuellement. Mais, il nous prépare un grand film.
J. M. : Vous voulez parler de Manu Dèfrèrdardenn ?
F. von S. : Non… Il est le plus grand… Manu d’Engicour.
J. M. : Nous avons une promo de paravents transparents antibruit à partir de 25 euros, du brun au violet foncé. Je vous assure que s’y cachent à l’aise trois personnes.
F. von S. : Puisque vous m’en priez si gentiment, voici un extrait de la pièce « Une ambition anglaise » de mon ami Richard : In Act V, Scene III, Bolingbroke speaks of his son, Hal. Why is Hal mentioned in this scene?
J. M. : Non, monsieur von Strauchenberg... je vous en prie... les temps son assez durs ainsi...
F. von S. : C’est bien parce que vous insistez : Richard gets a murderer to do the deed, but turns on Buckingham for his insubordination. Now Richard—conveniently a widower after the suspicious demise of Anne—makes a ploy to marry the late King Edward’s daughter, his niece.
J. M. : Non. Monsieur von Strauchenberg... Non. Vous allez foutre toute notre promo en l’air.
Puisque je vois que vous continuez et que vous êtes un irresponsable, je coupe le micro.
C’était Joseph Mailleux depuis le Grand Théâtre de Remouchamps. A vous les studios de Burenville… Dit « fi », on n’est plus dans le poste ? Non. Bon. Quelqu’un pourrait me dire qui c’est François von Srauchenberg ? Il me semble qu’il a joué dans « Cusin Bébert » au Trianon l’année dernière !

19 septembre 2003

Une gauche chicos pour l’avenue Louise.

Qui ne s’est jamais posé la question de savoir pourquoi la gauche participationniste est si aisément récupérée par la droite au premier prétexte ?
Un désastre économique dans lequel ne sont impliqués que des banques et des actionnaires, et voilà la gauche en émoi, non pas tant pour compatir aux milliers de nouveaux chômeurs, que pour rafistoler le tissu économique et voler au secours des patrons pour un redéploiement.
L’aventure d’un gouvernement de droite tourne-t-il à la catastrophe ? Voilà qu’au nom de l’alternance, la gauche réemploie les faillis avec lesquels elle s’associe ! C’est toujours elle qui par le passé mêlait son patriotisme aux affairistes dans des guerres où n’étaient en jeu que des hégémonies dynastiques et des pôles stratégiques, en fournissant sans sourciller les chairs à canon des deux côtés de l’affrontement.
C’est parce que le socialisme réformateur puise ses racines dans la culture bourgeoise qu’il est récupéré si aisément.
Les altermondialistes au Larzac l’ont suffisamment démontré : la gauche participationniste n’a pas d’alternative au capitalisme. Depuis l’effondrement du communisme dont elle a manifestement hâté la fin et empêché les réalisations, acculant le communisme à des fautes et à des dérives, elle n’a jamais envisagé autre chose qu’une atténuation des effets pervers du capital sur le social.
Son discours est trompeur ; car son action telle qu’elle la définit n’aura jamais la force nécessaire pour amender le capitalisme au point de le rendre sensible au progrès des populations laborieuses.
Alors ? De démission en démission, elle en est arrivée à des alliances honteuses, aux désillusions et aux regrets.
Cette non-politique, cette stérilité évidente, vient du fait qu’elle ne s’est jamais définie autrement que par rapport aux deux courants qui ont perturbé le XXme siècle : le libéralisme et le communisme. Le communisme défunt, il ne lui reste plus qu’à circonvenir la droite. Mais, pour cela, elle ne fait pas le poids. Alors ? Incapable de dire ce qu’est le socialisme dans une troisième voie, existe-t-elle encore, puis qu’il n’y a plus rien à négocier entre capitalisme et communisme !
Elle n’a aucune spécificité. La preuve, d’une législature à l’autre, ses ministres vivent en alternance avec la droite sans aucun problème. Ils peuvent très bien occuper toutes les fonctions ministérielles sans état d’âme. Certes, s’élabore avant chaque formation un cahier des charges ; mais, qui pourrait affirmer que les propositions de la gauche depuis qu’elle est co-gestionnaire de l’Etat ont fait progresser vers une autre société ?
Or, c’est sa définition même qui est en jeu !
On est tellement habitué à ce suivisme que certains citoyens votent tour à tour à droite puis à gauche, d’autres enfin ne votent plus du tout, fatigués de la mascarade.
Trop de dirigeants embourgeoisés ne regardent la société que comme une abstraction, une grande maison d’où ils se sont extraits des caves qu’ils laissent à ceux qu’ils devraient représenter. Ainsi, ils fréquentent au bel étage, ceux qu’ils sont chargés de combattre, avec un sentiment de honte, celui d’être venus de si bas. L’apartenance de classe, si prégnant parmi les défavorisés, ils ne le ressentent vis-à-vis de celle de laquelle ils sortent qu’avec dédain. Ils ne se rendent même plus compte qu’en outrageant les petites gens, ils s’outragent !
Comment voulez-vous qu’ils restent pugnaces ?
De plus en plus de citoyens se considèrent victimes de l’implacable mécanisme de la hiérarchisation sociale. Il n’y a encore que les socialistes naïfs de la base qui croient encore que leurs dirigeants ont un rôle à jouer.
C’est une erreur tragique.
Elle a gagné l’Europe.
Nous n’avons pas fini d’en souffrir.

18 septembre 2003

La liberté est toujours la liberté de celui qui pense autrement.

Rosa Luxembourg


Encombré d’inintéressants verbiages autour des familles princières et des frasques libidino-financières du show-biz, titillé par le million cinq cent mille sites de cul d’Internet, mais, parallèlement, ayant accès à l’intelligentsia mondiale, l’homo-2003 pourrait croire à l’avènement de l’âge d’or, une sorte de bazar entre le vide-ordure et le bonjour d’Albert (Einstein), s’il n’y avait les comportements capricieux des hommes de pouvoir.

Beaumarchais avait ironisé là-dessus à sa manière.

On me dit que pendant ma retraite économique, il s’est établi dans Madrid un système de liberté sur la vente des productions, qui s’étend même à celle de la presse ; et que, pourvu que je ne parle en mes écrits ni de l’autorité, ni du culte, ni de la politique, ni de la morale, ni des gens en place, ni des corps en crédit, ni de l’opéra, ni des autres spectacles, ni de personne qui tienne à quelque chose, je puis tout imprimer librement, sous l’inspection de deux ou trois censeurs.

Est-on fort éloigné du « barbier » ?

Aujourd’hui, la frontière est floue entre information, diffamation et atteinte à la vie privée. Fallait-il, par exemple, parler du cancer de François Mitterrand et de sa fille adultérine ? Dans le premier cas, cela concernait la capacité de conduire l’Etat et touchait à la véracité des déclarations des bulletins de santé, le second était du domaine privé et n’intéressait que la famille.

Les publications à petits tirages et finances réduites ne peuvent se permettre de prendre des risques sous peine d’éventuels procès qu’ils ne pourraient soutenir.

Mais que dire du domaine politique, domaine, purement subjectif, d’autant plus sensible, qu’il passe par une ligne souvent floue du pouvoir interne, transgressée tous les jours par ceux qui ont la haute main aux affaires, sans que personne n’y trouve à redire et sanctionnée pour tous ceux dont l’ambition n’est pas autorisée par les dits potentats.

On se souvient de l’affaire qui a opposé feu Van den Boynants à un journal satirique. VDB s’était gardé de porter plainte sur le fond, aussi le fait-il sur des détails erronés de l’article. Bien entendu, il eut gain de cause. Cela mit à mal les finances du journal. Lui se refit une santé politique.

L’opinion mouvante de la société

Un autre exemple. On fait grief à Daniel Cohn Bendit d’avoir écrit en 1975, lorsqu’il était moniteur de jardins d’enfants, un livre passé inaperçu à l’époque. Quelques paragraphes, largement inspiré de mai 68, où il était interdit d’interdire, traitaient de la sexualité de l’enfant, bien réelle et déjà décrite par Freud en 1900. Un journal a exhumé le passage incriminé. L’opinion, profondément modifiée depuis l’affaire Dutroux, s’est scandalisée. Dany-le-Rouge a dernièrement dû faire amende honorable. Il a regretté ses propos. Ce qui pouvait passer anodin en 1975, ne l’était plus en 2001 !

C’est que l’opinion est mouvante et versatile. Actuellement, nous vivons deux phénomènes contradictoires : la permissivité des mœurs toujours plus grande et la répression des déviances sexuelles, surtout celles qui concernent l’intégrité des enfants, toujours plus forte. Il n’entre pas dans mes propos de discuter du bien fondé, de l’une et l’autre. C’est seulement un constat.

Les mœurs ne sont pas les seules à subir les humeurs du temps.

Le racisme est un autre exemple. L’évolution de cette notion, de la fin de la période coloniale à nos jours, est considérable. Aujourd’hui, il est plus facile de dénoncer le racisme du Blanc à l’égard des Maghrébins ou des Noirs, que l’inverse. J’ai assisté à une scène dans un magasin rue Féronstrée qui éclaire mes propos. Un Blanc pose son vélo dans l’entrée qu’une femme d’ouvrage vient de nettoyer. Elle en fait la remarque et aussitôt le Blanc enlève son vélo. Même scène cinq minutes plus tard avec un Noir. Celui-ci tempête crie, au racisme, à l’atteinte de ses droits et refuse d’enlever son vélo. N’y aurait-il pas là, dans un fait qui est loin d’être isolé, une forme de racisme à rebours dont nous ne parlons jamais ?

Le malaise, à l’égard des lois contre le racisme et l’antisémitisme, est réel. Ecrire sur les événements entre Israéliens et Palestiniens relève du tour de force. Certains agitent le souvenir de la Shoah pour un oui, pour un non, alors on se tait par respect pour les morts. Si l’on en juge les communiqués largement diffusés de l’Etat d’Israël, les terroristes sont les palestiniens. Si vous vous posez la question de savoir si ces derniers ne seraient pas plutôt des victimes, c’est comme si vous complotiez une nouvelle Nuit de cristal !

Une société qui fait des lois pour interdire, même des contre vérités, comme sont toujours les propos racistes, n’est plus une société qui respecte la liberté d’expression ; car, la liberté d’expression est pour tous, même pour les imbéciles.

Cacher les tares dont nous souffrons n’a jamais été un remède. La mise en quarantaine engendre la frustration, donc aggrave le problème.

Je vous livre mon opinion. C’est votre droit d’en avoir une autre. De la controverse naît parfois la lumière. Comme Voltaire, même si je ne suis pas d’accord avec vous, je me battrai jusqu’au bout pour que vous ayez le droit de vous exprimer.

Le pouvoir de l’argent

Le premier pouvoir de l’argent est de censurer celui qui est à son service, par un renvoi ou une réprimande. Alors le travailleur se tait. Cette soumission muette est caractéristique d’une force qui empêche tout droit à l’expression.

Ce pouvoir s’accroît exponentiellement suivant le niveau où la puissance de l’argent s’exerce. Comment réunir des preuves à l’encontre d’organismes financiers, de banques, d’industriels qui usent de moyens considérables pour pénétrer l’Etat, en corrompre ses personnels et régner sans en avoir l’air ? Dans les derniers grands procès en corruption et détournements de fonds, a-t-on vu un gros poisson réellement condamné, sinon à des peines légères, et sitôt condamné, soutenu par un parti ou les milieux d’affaires et remis dans des circuits parallèles ? Oserait-on citer des noms que pourtant tout le monde connaît. Peut-on être notoirement corrompu et cependant continuer de prospérer sous prétexte de représenter les citoyens ? Oui, bien sûr. Il suffit de penser une seconde que dans le flou ces gens détiennent l’arme suprême. Ils nient tout. « N’avouez jamais ! » est la règle d’or. Certaines des confrontations pourraient dégager au moins une certitude : l’un des deux ment ! Oui, mais lequel ? Et l’accusateur devient le vilain petit canard par où le scandale arrive. Il est l’accusé. Il perd le droit à la parole. La confusion ne joue pas à son profit.

La présomption d’innocence est une règle. Il faut la respecter, certes. Mais souvent les faits sont improuvables, sinon par la statistique par laquelle on convient qu’il y a des maffieux qui recyclent de l’argent sâle dans les milieux industriels et les banques.

17 septembre 2003

Requiem pour une gauche collabo

On peut aimer ou détester José Bové, sans pour autant minimiser l’événement du Larzac de cet été. Ce n’est pas sur la seule persuasion du leader paysan que 200.000 altermondialistes se sont déplacés sur le plateau de Millau.
Le rejet massif de la gauche classique par les manifestants est en partie nourri du ras-le-bol de la politique néolibérale des partis socialistes européens.
La gauche européenne battante l’a bien compris dans son ensemble. Elle ne désespère pas de récupérer une partie des manifestants du mois d’août. La cohabitation, entre les collaborateurs sans état d’âme du système et « l’autre » gauche, n’est pas facile au sein des partis socialistes. On en a parfois des échos. Cette semaine encore en Belgique, la récente prise de position de Monsieur Moureau sur le rapatriement de l’argent « gris » dans les projets du gouvernement, devrait faire réfléchir Elio Di Rupo sur la nature des accords de gouvernement signés à la légère.
Parfois chez certains militants du PS, à force d’avaler des couleuvres, la honte le dispute à la colère.
La recherche d’alternatives à la marchandisation du monde suppose que les politiques néolibérales menées jusqu’à présent par les partis socialistes belge, allemand et français doivent être au plus vite abandonnées.
Cette législature, avec le renouvellement de l’alliance entre socialistes et libéraux, retarde la recherche d’une formule adaptée aux aspirations de l’électorat traditionnel de gauche. Le PS est entré dans une cocotte-minute dont il ne contrôle pas la soupape. Parmi cent preuves de sa dérive, citons la publication récente des Commissions européennes selon laquelle la Belgique à le pompon en matière de taxation des bas salaires – près de 50 % !
Le discours qui porterait à croire que cette alliance est la seule manière d’infléchir vers le social le diktat de la finance internationale apparaît plutôt comme la légitimation des emplois ministériels des socialistes, qu’une réelle prise en compte des réalités quotidiennes, avec le chômage qui reste élevé, les salaires qui stagnent, les pensions dérisoires, tandis que s’accomplit le désir libéral sécuritaire qui n’est qu’une manœuvre grossière de contrôler davantage le citoyen, sans réel résultat.
Toute tentative de rompre avec le passé à l’intérieur de l’action gouvernementale se heurtera aux privilèges de la finance et des holdings. On en a eu une démonstration lors des négociations avec ARCELOR où visiblement, cette multinationale a pratiquement eu ce qu’elle voulait sans rencontrer beaucoup de résistance. Les déboires de la SABENA il y a peu, font aussi la même démonstration jusqu’à l’absurde, même si dans le désastre SWISSAIR a suivi. Car, que je sache, aucun des appareils de ces deux flottes n’a été emporté dans la tourmente. Ils continuent à voler, sous d’autres couleurs et avec d’autres montages financiers. Si l’on pouvait avoir la liste des actionnaires des nouvelles entités, on s’apercevrait que ce sont les mêmes. Seuls les personnels ont trinqué. Voilà la vérité. Nous avons assisté à une manière extrême de dégraissage.
Alors, la question est simple. Que font encore les socialistes aux commandes de ce foutoir ?
Bien sûr les socialistes n’ont pas encore leurs heures comptées. Ils peuvent même réussir à s’en sortir. Ils ont avec eux la chance qu’aucun projet post-capitaliste n’ait émergé et ce n’est pas la réunion du Larzac qui démontrera le contraire.
Qu’ils se méfient cependant. Un nouveau bloc de gauche rassemblant les couches défavorisées peut sortir de leur néant. Avec l’appui d’intellectuels issus de tous les milieux et qu’effraient les dérives de l’OMC, cela fait du monde.
La contestation fait entendre sa voix, chaque fois plus fortement d’un sommet mondialiste à l’autre. Que cette nouvelle donne cherche à se fédérer et paraître comme une alternative à l’échec socialiste ne fait plus de doute.
Je vois mal l’actuelle direction du PS tourner le dos à la collaboration avec le MR. Alors, qu’il faut espérer un changement, qui donnera le coup de torchon ? Par le passé, on a vu des défections célèbres parmi les carriéristes dès qu’un vent contraire les rejetait dans l’opposition, loin des affaires. Faut-il redouter des départs vers le MR dans pareille alternative ? Probablement. Que faut-il craindre le plus ? Qu’ils s’en aillent ou qu’ils restent ? Le débat est ouvert.
D’une législature à l’autre, tout peut survenir. Te deum ou requiem ? C’est une question de feeling…

16 septembre 2003

Nuit américaine sur Bagdad

Voilà que l’on reparle de l’Iraq !
Les Américains qui s’y sont promenés en mai pendant leur croisade, traînent les pieds devant leurs pertes quotidiennes.
Ils se souviennent qu’ils y sont partis malgré l’avis contraire de beaucoup de pays et notamment d’Europe, qu’ils voudraient bien remobiliser sous le drapeau des Nations Unies.
Sans mandat international nous étions contre l’intervention en harmonie avec la France et l’Allemagne. Rendons cette justice à notre ministre des Affaires étrangères, monsieur Louis Michel, il n’a pas flanché et son discours est resté le même.
Dans le camp américain, les dirigeants inconditionnels de l’intervention, comme Tony Blair, se heurtent à leur opinion publique, divisée sur la question, ce qui suscite de vifs débats et un malaise croissant.
C’est peut être l’occasion de revenir en arrière afin de comprendre l’état d’esprit d’une grande nation qu’un certain onze septembre a déstabilisée.
Depuis cette journée fatale, il était clair que G. Bush et son Administration étaient à la recherche d’un bouc émissaire, de préférence Arabe, c’est-à-dire fort éloigné d’une minorité américaine capable d’infliger des coups bas à l’Amérique avec ou sans liens d’Oussama Ben Laden. L’affaire de la propagation de l’anthrax par courrier avait été très mal perçue d’autant qu’elle avait été le fait d’un Américain qui plus est de l’establishment.
C’est alors que la théorie des régimes démocratiques faisant la leçon à des pays sous la coupe de dictateurs fut énoncée par Condoleeza Rice et Donald Rumsfeld.
Il fallait à l’Amérique un coupable désigné, ce fut l’Iraq. Ce choix n’était pas des plus judicieux. L’Arabie Saoudite est de loin dans cette partie du monde le pays qui correspond le mieux au profil d’un Etat « voyou ». Il a financé et armé des mouvements islamistes un peu partout dans le monde, nombre de ses ressortissants ont participé à la plupart des attentats contre les Américains, tous les Imans formés par cet Etat sont aujourd’hui suspectés de sympathie d’un intégrisme dur.
La raison principale évoquée par le président Bush pour envahir l’Iraq n’était pas la dictature de Saddam, mais la détention par celui-ci d’armes bactériologiques et nucléaires. On sait aujourd’hui que le dictateur s’était beaucoup vanté sur sa capacité de nuire et que, jusqu’à présent, rien n’a été trouvé.
Cette attaque, alors que la paix revenait en Afghanistan a permis un regain d’activité des Talibans et ce pays est à nouveau déstabilisé par une guérilla de montagne.
Quant à l’Iraq « pacifié » des troubles intérieurs risquent de conduire à l’anarchie et à l’instauration d’une république islamique, ce qui serait un comble des plus désastreux résultant de l’intervention.
Mais voilà, l’Amérique est un grand pays, une grande puissance qui n’a de leçon à recevoir de personne. Son président pour avoir une chance d’être réélu l’année prochaine ne peut pas perdre la face et annoncer à la face du monde qu’il s’est trompé.
Depuis la presse Murdock en passant par presque tous les quotidiens américains, un mot d’ordre court : ne pas déstabiliser l’opinion américaine.
Aussi, les citoyens de ce pays restent dans l’opinion du 11 septembre, à savoir que la lutte contre le terrorisme devait passer par l’Iraq pour en chasser Saddam.
C’est d’autant paradoxal que Saddam ne voulait à aucun prix que le terrorise international s’installât sur son territoire par crainte d’une sédition interne. Ce despote absolu était bien trop jaloux de sa toute puissance pour autoriser une force militaire qu’il ne contrôlerait pas, même minime, à un tir de canon de Bagdad.
Les stratèges de la Maison Blanche ont-ils voulu envahir l’Iraq pour préparer l’invasion de l’Arabie Saoudite ? Si c’était pour redessiner dans la région une carte propice à l’éclosion d’Etats démocratiques, c’est plutôt raté. Car, sans le secours de l’ONU, les voilà quasiment obligés de rester sur place pour un temps plus ou moins long. Qui dit occupation dit détestation des armées occupantes, donc détestation de certains aspects de la démocratie.
L’erreur de la politique américaine a été de faire cavalier seul, de bien préparer l’invasion et de laisser le soin au hasard de faire le reste, c’est-à-dire le plus important : la pacification.
Que feront demain les Nations Unies ? Vont-elles aider l’Amérique à sortir du guêpier ? Pour la Belgique, Louis Michel l’a redit dans le courant de la semaine écoulée, nous n’interviendrions qu’au cas où ce serait les Nations Unies qui prendraient le relais de l’armée américaine, ce qui signifierait que l’Iraq passerait sous un commandement international et non pas exclusivement américain.
Si une telle alternative arrivait, il conviendrait de revoir la théorie du droit d’ingérence pour raison humanitaire et pour raison de terrorisme, chère à Bernard Kouchner et André Glucksmann, les deux étant souvent liés. C’est par trop facile de déclencher un conflit, puis de laisser aux autres le soin de le finir.
Si les Etats-Unis devaient partir en guerre contre toutes les dictatures dans le monde et que nous serions pour différentes raisons obligés de courir derrière eux pour recoller les pots cassés, les hostilités et les drôles de paix se succéderaient pendant un bon bout de temps, sans nul garantie de progrès de la démocratie.
Comme il serait grand et digne d’un Etat démocratique que le président Bush cite Tchekhov dans une de ses fréquentes causeries à la Nation américaine :
« Jusqu’à ce jour, j’ai trompé les gens et je me suis trompé moi-même, j’en ai souffert et mes souffrances ne valaient pas cher. »
Le peuple américain que nous aimons pour mille raisons de culture et d’histoire se trouverait grandi et son Président avec lui, de cet aveu d’échec.
Nous touchons là le cœur même de ce que pourrait être une démocratie, pleine de contradictions et de contestations, mais aussi lieu unique de liberté d’expressions et de choix.
Vraiment, le seul moyen de diffuser cet état d’esprit citoyen reste l’exemple donné aux autres de sa propre conduite. Alors, oui, la statue de la Liberté éclairant New York, éclairerait aussi le monde.

15 septembre 2003

Quand l’équateur vagabonde vers le Nord !

Les événements tragiques à la suite de la canicule en France n’ont pas vraiment trouvé un écho en Belgique. Certes, l’opinion s’est sentie interpellée à l’annonce du nombre de décès – plus de dix mille – mais, à en croire les journaux, nos hôpitaux et les Maisons de retraite sont bien mieux équipés pour faire front à l’affolement des thermomètres.
En est-on si sûr ?
C’est l’Institut royal de météorologie qui nous le signale, il a fait moins chaud en Belgique qu’en France et ce serait les quelques degrés de différence qui ont plaidé en notre faveur. D’autre part, les traditionnels départs de vacances en Belgique se font majoritairement au mois de juillet, alors que la France privilégie le mois d’août. Que ce serait-il passé si nos hôpitaux et nos Maisons de retraite avaient dû faire face à la crise au mois de juillet alors que les personnels soignants tournent à personnel réduit ?
Les assurances des services sanitaires ne satisferont qu’à demi, dans la mesure où il n’est pas répondu à ces questions.
Reste que nous avons eu des morts et que l’on n’est pas assez prudent à l’égard de ceux qui sont hors d’état de boire et se ventiler sans l’aide d’autrui.
Et nous arrivons au second point de notre réflexion.
Les morts anonymes en France, les témoignages des voisins et des personnels soignants tout concorde pour dénoncer la grande solitude de la plupart des personnes âgées. Cette situation dont on ne parle jamais est la même en Belgique qu’en France. On a beau multiplier les déclarations visant à maintenir le plus longtemps possible la personne âgée chez elle, les services itinérants assurant l’essentiel des soins à domicile, des aides soignantes et des contacts d’urgence, tous personnels hautement dévoués, souffrent d’un manque criant de moyens et par conséquent ont des difficultés d’assurer les services par manque de personnel.
Le taux des pensions souvent ridiculement bas cloue littéralement les personnes âgées chez elles, les empêchant de se vêtir et de consommer normalement. La cherté des loyers fait le reste.
La vie moderne exclut pratiquement les vieux des familles souvent éclatées. Le jeunisme dans les mœurs et dans la vie professionnelle accentue encore cet écart entre les actifs et les inactifs. Une personne âgée aujourd’hui est coupée du monde. Ses infirmités lui ont fait perdre sa mobilité. Quant à sa famille ou elle n’existe plus, ou pire, elle est indifférente au sort de son aïeul.
L’indifférence tue certainement autant que la canicule et cela toute l’année.
Lorsqu’on entend les commentaires de nos ministres sur l’argent à trouver afin de poursuivre le payement des pensions, loin de rassurer nos vieux, cette problématique n’est pas de nature à leur rendre confiance. Les sociétés caritatives et les organismes de protection du troisième âge sont eux profondément alarmés et inquiets ; car ils attendaient plus de moyens à commencer par la réévaluation des pensions, et on leur prêche la modération !
Si une société est jugée d’après la façon dont elle traite les citoyens en état de faiblesse physique et économique, on ne peut pas dire que nous soyons dans le peloton de tête dans le domaine de la générosité. Il faut dire que la politique libérale que nous suivons n’est pas de nature à s’ouvrir à la compréhension vis-à-vis des citoyens les plus faibles.
Je ne doute pas qu’à l’instar de Chirac et du maire de Paris, si une hécatombe pareille à celle d’août en France se produisait en Belgique, nous aurions le Chef de l’Etat et les ministres derrière les cercueils des morts que personne ne réclame. Mais en attendant et en espérant qu’un malheur pareil ne survienne pas, cela fait une belle jambe à ceux qui se retrouvent dans l’expectative d’une canicule au mois de juillet qui les trouverait aussi démunis et sans secours que nos voisins français.

14 septembre 2003

Une admiration sans borne !

Vraiment, je suis béat d’admiration devant le judicieux équilibre !
Rien à dire, tout est à sa place dans le prodigieux puzzle.
Cette société m’épate !
Elle en a au moins… oh ! Jusqu’à épuisement des stocks et peut-être même au-delà, quand on en sera revenu à bouffer cannibale et qu’on se farcira tout l’hémisphère Sud !
Enfoncé Auguste, neveu de César et sa civilisation du Rubicond… J’en suis devenu con à faire reluire son rubis dans une délectation sans borne. Société de consommation je vous aime !
Tant d’ambitions contradictoires, de haines profondes, d’indifférences criminelles, de racisme viscéral sous d’apparentes ouvertures aux étrangers… se trouvent ici assemblés de façon si parfaite que je me jette à genoux devant l’édifice et moi qui ne crois à rien, j’y vois une intervention divine.
Le plus formidable décervellement jamais accompli après Adolphe…
Prenons un exemple : le type qui par droit divin commande à mille autres dans une entreprise et qui gagne son petit million d’euros par semestre, ce qui n’est pas trop, et qui commande les manœuvres légers de ladite qui n’arrivent pas à mille euros par mois, quelle est bien la parfaite règle qui contient les appétits de l’un et la contrainte des autres ? Les mille voudraient « progresser » et le « droit divin » les contenir dans des salaires « compatibles » avec les objectifs de l’entreprise qui consistent principalement à ce qu’il se fasse le plus de poignons possible. C’est une question d’équilibre chante Francis Cabrel dans son délire divinatoire.
La surprise, c’est que, dans une pétaudière aussi inégale, il y ait plus de pourparlers que de conflits. Le personnel et le « droit divin » s’affrontent, bien entendu, mais c’est en vaines parades, comme deux coqs qui se mesurent du regard, mais ne se battent jamais pour séduire la ménagère et son panier. Chose curieuse, c’est toujours le plus grand nombre qui se fait entuber. Dame, la bouche à nourrir implique l’anus. Le collectif social trouve cela normal, finalement.
Les mille vivent dans la crainte d’être supplantés par d’autres manœuvres légers au chômage qui travailleraient pour un salaire moindre, ou pire, du côté de l’Asie, des petites mains bien plus habiles que les nôtres coupant des shorts, façonnant des strings avec un euro par jour pour la nourriture et le logement. Elles font même des pipes en extra aux joyeux visiteurs qui ne craignent pas des retours encadrés et sous contrôle judiciaire… C’est dire les avantages…
Cela ne se dit pas. Mais cela se sait. Les syndicats en intermédiaires souples se paient sur la bête en cotisations syndicales. En contrepartie, ils peaufinent lois sociales et garanties supplémentaires en accord avec le patronat et l’Etat et la connivence du PS et du CDH.
Quant au « droit divin », il sait qu’il y a des limites à son appétit et il s’autocontrôle, tout en lorgnant vers des stocks option et des fraudes fiscales, conseillé par des juristes qui le mettent en garde contre le délit d’abus de biens sociaux.
Et cela marche comme sur des roulettes, si l’on excepte quelques effondrements spectaculaires dus à des exagérations et à des dents trop longues.
Comme on est sur les planches et que le théâtre est dans notre sang, les mirliflores socialistes et libéraux réunis, les couches profondes et la fleur de la Nation, les « forces vives » comme on dit à Liège, ne se contentent pas des faits, il leur faut encore donner au consensus une tournure morale.
Alors nous voyons l’antagonisme mou prendre les formes du devoir national, l’étron se changer en trois couleurs et nos théoriciens, en voltairiens involontaires, proclamer que nous sommes les privilégiés du meilleur des mondes possible ! Ah ! que la morale est belle et combien nous aimons en être les champions !
Bien évidemment, personne n’y croit. Tout le monde fait comme si et c’est cela la force du système, le mirobolant et honteux stratagème !
Tous au bobinard national, loi générale ! Là, il faut encore que la putain jure quand elle joint notre bout que ce n’est pas pour joindre les deux siens, mais parce qu’elle nous aime !...
Quand je dis que personne n’y croit, c’est une erreur. A force de sombrer dans les pires dépravations du raisonnement ou, à l’inverse, dans le non-raisonnement total, par inertie ou par excès de connerie, par vice ou par vertu, le discours de la juste société, dans une juste répartition des tâches et des profits, pour le bonheur du peuple et la tranquillité de la rue, sans oublier la paix des ménages, est le plus répandu sous nos climats.
Pourtant les gens d’ici ne sont pas victimes du « palu » et pas encore taraudés par la mouche tsé-tsé.
Mais rassurés par le discours lénifiant, usés par une information sous culturelle, abîmés des discours de Louis Michel, les voilà au seuil du gâtisme prématuré. La débilité mentale est assurée par dix générations d’instituteurs impuissants devant la montée de l’idiotie. Toutes les débâcles transformées sous chapiteau national en réussite sont permises.
C’est le sommet de l’art politicien d’être parvenu à nous en convaincre.
Notre formule : « J’adhère ».
La leur : « J’incarne ».
Ainsi, on a fait le tour du problème dans la satisfaction générale, comme on dit dans les gazettes.
On est tellement devenus cons par l’usage de cette rhétorique consacrée au système que plus personne ne voit comme on arase le verre de bière avec notre colonne vertébrale. Combien le premier comique troupier venu peut se foutre de notre gueule. Le comble, nous en rions avec lui.
Ainsi autre exemple : les taxes indirectes. Merveilleuse machine à tondre les imbéciles. Non. Non. Les modestes fraudeurs qui s’encombrent l’estomac, d’alcool luxembourgeois, les bronches, de cigarettes achetées à la frontière en même temps que le remplissage aux pompes à essence, ne sont pas des privilégiés. Ils font partie de la cohorte des secoués du porte-monnaie. A la limite se donnent-ils l’illusion d’une amorce de solution personnelle, mais tellement limitée...
Les marlous de la combine sont toujours les mêmes et se recrutent dans le vivier épatant d’où notre vif argent « droit divin » de tout à l’heure est sorti.
En effet, à mille euros le mois, le manœuvre léger qui se fait poinçonner 21 % sur le prix d’une bouteille d’eau de Spa, paie la même taxe que le « droit divin » qui se farcit un million d’euros le semestre. Vous voyez le genre ? Vous entrevoyez la disproportion ? Autrement dit, c’est l’artilleur de première ligne qui en prend plein la gueule et nourrit positivement les ambitions des forces vives pour une Europe sociale et démocratique, sur le temps que le « droit divin » passe au travers avec son magot.
Les exemples de ce type foisonnent. Mais, que voulez-vous, on ne les voit plus. L’analyse critique que nous avions naturellement en nous, s’en est allée au fil des raisonnements économiques. Et quand cela trébuche, le tocsin de la Nation en péril résonne à notre oreille comme un reproche. Des orateurs enflammés décrivent du haut de leur savoir les dangers d’attenter au profit. Depuis la lecture des bandes dessinées et le cinéma d’action américanolâtre, la génération in door s’est préparée au sacrifice. Ah ! elle est belle la jeunesse toute en tatouages et automutilations, elle n’attend plus que le camion de la voirie pour rentrer chez elle après la discothèque. Alors, qu’est-ce que vous voulez que ça lui foute le système ?
Oui, nous serions des ingrats de ne pas aimer la patrie, la démocratie, le système capitaliste. Plus je m’évertue et plus je trouve cela très beau. Vandeputte en concerto de Bach, Elio di Rupo en quatre dimension au ballet des planètes, et Verhofstadt aux drums : triomphe complet…
Dans ce pot-bouille les plus salauds ne sont pas ceux qui apparaissent à la fleur du moût, non, les plus salauds sont ceux qui entre deux eaux, la bourgeoisie assise et les « droit divin » au mégaphone, venus de tous les échelons, villages de la Belgique profonde, nous susurrent d’une voix aussi lasse qu’un papier de toilette qui aurait servi deux fois : « On le sait bien tout ce que tu dis. Mais, qu’est-ce qu’on peut faire ? ».
Mais rien, mon loulou, rien. La vie est belle. Toutes les femmes se couchent quand on a le matelas. Jouer les Prosper dans une société prospère, c’est youp la boum, formid… formidable.

Mais quelle horreur !

- Je viens de faire un rêve horrible ;
- Quoi ?
- Horrible, je te dis. Franchement l’humanité…
- Quoi l’humanité ?
- Je n’en reviens pas encore que je puisse rêver des choses pareilles.
- Quelles choses ?
- Attends que je trouve un mot. Oui ! Abject…
- Qu’est-ce qui était abject ?
- Et cet homme fou, avide de désir.
- De désir pour quoi ?
- Il y avait de tout dans cette abomination : des artistes, des hommes politiques…
- C’était une émeute ?
- On piétinait des enfants, et puis, non, je ne peux pas…
- Qu’est-ce que tu ne peux pas ?
- Je ne peux pas je te dis, c’est au-dessus de mes forces.
- Tu ne peux pas quoi ?
- Dire ce qu’ils te faisaient.
- Comment cela ? A moi ?
- Cela dépasse l’imagination.
- Pourtant tu les as vus dans ton rêve ?
- Comme je te vois.
- Et tu ne peux pas me dire ce qu’ils me faisaient ?
- Non, puisque cela dépasse l’imagination.
- La tienne est dépassée aussi ?
- Personne ne serait capable.
- Mais à la fin, que faisaient-ils de si abominable ?
- Et cette odeur, cette pestilence… J’en frémis encore.
- Il y avait des cadavres pour que ça sente si mauvais ?
- Ce brouillard de cauchemar, je le sens toujours sur ma peau.
- C’était un accident de la route dû au brouillard ?
- Mais non, voyons. Qu’est-ce que tu vas chercher là ?
- J’y suis j’étais en enfer.
- Tu as déjà vu du brouillard en enfer ?
- Oui, de chaleur ?
- Ce que tu dis n’est rien à côté de ce que j’ai vu.
- Qu’as-tu vu à la fin ?
- Non. Non. Mille fois non. C’est impossible.
- Pourquoi tu m’en parles alors, si c’est pour ne rien dire ?
- Il fallait que je t’en parle.
- T’avais reçu un ordre dans ton cauchemar ?
- Pire. Et tout ce sang, ces cris, ces pleurs !
- Un ordre de qui ?
- De personne voyons. Ils ne faisaient pas attention à moi.
- Tu avais un rôle à jouer ?
- C’est secret. C’est un voile noir sur ma conscience.
- J’ai été violée ? Tu n’as pu intervenir ?
- Là, tout de suite ! C’était autre chose, tellement affreux.
- Ils parlaient tes bonshommes ?
- Ce n’étaient pas des bonhommes. Des choses grouillantes avec des visages connus.
- Oui. Et alors ?
- Non, je ne dirai plus un mot.
- Mais tu n’as rien dit.
- Ne m’en demande pas plus.
- Mais…
-Non, c’est inutile.
- Bon !...
- Tu es toujours en pantoufles !
- Comme tu vois.
- N’oublie pas qu’on doit aller chez Mailleux chercher un lit pour la petite.
- Un lit pour la petite. Mais on n’a pas d’enfant !
- Si, on va en avoir un !
- Mais tu sais bien que je suis stérile !
- Mais dans mon rêve, Louis Michel ne l’était pas !

13 septembre 2003

Une turlute aux enchère

- Dis, chérie ?
- Oui, mamour…
- Tu mettrais à combien la turlute à un vieux dégueulasse plein de poignon ?
- Non, ça va pas la tête ? Pas même pour un milliard !
- Ah bon !
- Pourquoi me demandes-tu cela ?
- Quand je vois les Barclay, les Hallyday, les Michaël Douglas se faire reliure avec des minettes, je me posais la question…
- Eh bien ! ne te la pose plus. Et pourquoi Hallyday ? Il est encore bien…
- C’est bien ce que je disais. Tu mettrais à combien la turlute avec Hallyday s’il te le demandait ?
- Il a du charme, c’est un chanteur très connu… S’il me le demandait, ce serait gratuit…
- Admettons que tu ne me connaisses pas, que tu me rencontres plein aux as et que je te fais une proposition, que fais-tu ?
- C’est pas pareil. Tu auras 52 ans à l’automne et…
- Et ?
- Tu ne vas pas te comparer à Hallyday !
- Mais, Hallyday, c’est un vieux mec de 61 ans ! Il a presque 10 piges de plus que moi !
- Je te voyais pas avec 10 ans de moins que lui. On dirait même le contraire.
- Admettons qu’on se rencontre et que tu es poussée vers moi par un courant de sympathie. A combien tu mettrais la turlute ?
- Là, tout de suite, comme si c’était Hallyday qui me le demandait ?
- Si tu veux.
- T’as pas quelque chose de Tennessee.
- Faut croire…
- Comme c’est pas Hallyday, mais que je te trouve sympa, mettons 10.000 euros ?
- C’est dégueulasse 10.000 euros. Je croyais que tu dirais au moins 100.000 euros !
- Comme je te connais, où tu trouverais 100.000 euros ?
- Depuis le temps qu’on vit ensemble, c’est à peu près ce que tu m’as coûté.
- Tu crois que tu pourrais étaler ta dette sur trente ans, dans l’urgence ?
- Ta résistance est en fonction du poignon. A cent balles, c’est dégueulasse, à 10.000 tu t’allonges !
- C’est pas ainsi que ça marche chez la femme. D’abord, quand elle aime l’argent ne compte pas. C’est quand elle n’aime plus qu’il compte.
- Là, on peut dire que depuis que je débourse, je ne suis pas gâté.
- Tu ne vas pas mettre l’argent du ménage sur le tapis ?
- Pourquoi tu m’as dit que tu ne ferais pas ça même pour un milliard ?
- Tu as bien dit que je serais poussée par un courant de sympathie ?
- Oui. Et alors ?
- C’est pas pareil, si je le trouve sympa.
- Alors t’éponges tous les mecs que tu trouves sympas et qui allongent 10.000 euros ?
- Où tu veux en venir ?
- Je veux en venir que je pourrais te citer au moins dix types que tu trouves ou que tu as trouvé sympas.
- Et alors ?
- Dix types à 10.000 euros on arrive à cent mille !
- Tous les types que je trouve sympas ne sont pas disposés à donner 10.000 euros pour la chose…
- Chez toi, c’est même le contraire. Qu’est-ce que c’est que cette facture du plombier pour une fuite d’eau chez Pierre ?
- Bien… c’est un jour que son compte était à sec…
- Pour une fuite d’eau, c’est pas de chance.
- Tu sais bien que c’est fini entre lui et moi, depuis belle lurette.
- Et alors ?
- Tu vas pas recommencer. T’as dit qu’on n’en reparlerait plus.
- Si Hallyday te demandait mille balles, tu piquerais dans mon portefeuille, ma parole !
- T’as trouvé ça tout seul ?
- Alors je repose ma question. Tu donnerais combien de mon poignon pour faire une turlute à un vieux dégueulasse célèbre ?

12 septembre 2003

Sept ans de réflexion pour un assassin peu ordinaire.

L’affaire Dutroux hier soir sur la deuxième chaîne française.
On a tout dit sur cette affaire sordide, sur ce criminel tout terrain, pour trouver autre chose que ce que l’on savait déjà. Mais c’est un bon travail de journaliste qui a le mérite de rafraîchir la mémoire de ceux qui ont suivi les faits en son temps et pour les autres, adolescents à l’époque, une manière de découvrir ce dont est capable un monstre.
On a revécu les incroyables manquements et les insuffisances de la Justice et des polices dans tous les domaines. Cafouillages lamentables en séries qui vont déterminer une refonte des services de police en un seul corps, sans davantage de résultats.
C’est toujours une vengeance de l’opinion que de revoir la Commission parlementaire auditionner les membres les plus éminents de la Justice et des polices. Enfin, se démonte au grand jour une Institution dont les membres ont toujours fait trembler les gens qui n’avaient rien à se reprocher et élargi, sans que cela soit compréhensible, des crapules qu’il eût mieux valu garder à l’ombre, comme Dutroux déjà condamné à dix ans pour viol – dont il fera à peine la moitié.
Mais cette Commission ne débouchera sur rien, en tout cas pas sur des sanctions à l’encontre de l’impressionnante liste d’incapables et d’inutiles dont nos ministères concernés sont largement pourvus.
Les parents des petites victimes se disent écoeurés, les Russo ayant finalement interdit que l’on passe leur témoignage dans ce « Faites entrer l’accusé ».
La question de fond reste pendante, Dutroux est-il oui ou non le pourvoyeur d’un réseau ?
La presse est divisée. Il y a les partisans de la thèse du prédateur isolé. D’autres voient des violeurs dans les plus hautes sphères de l’Etat. C’est le cas d’une grosse majorité de la population.
Et si la vérité était entre les deux ? Si Dutroux petit délinquant, assassin à ses heures, mais pédophile convaincu n’avait comme contacts que des petits minables comme lui, trafiquants de toute sorte, de la fausse montre Cartier au crime sadique ?
Beaucoup d’éléments troublants restent mal explorés. De nombreux témoignages ont été rejetés sans qu’une sérieuse enquête ait déposé des conclusions. La police scientifique a traîné les pieds pour analyser et répertorier les nombreuses pièces découvertes lors des perquisitions et notamment des cheveux retrouvés dans les lieux de séquestration. Il faudra bien que le juge d’instruction s’explique sur les six ans qu’a duré son travail.
Une sorte de découragement s’est emparé des comités et des bénévoles juste après la marche blanche. On ne sait pratiquement rien des circonstances des enlèvements d’enfants, ni le nom des kidnappeurs. Voilà qui augure mal du procès qui a été fixé à l’année prochaine.
En Belgique, certaines affaires non résolues traînent comme des casseroles au cul des magistrats. C’est notamment celle des tueurs du Brabant wallon, quelques assassinats dont celle d’un ingénieur de la FN et enfin, une ou deux affaires adjacentes à l’affaire Cools, sans compter cette dernière elle-même dont on ne connaît pas les noms du ou des commanditaires de l’assassinat.
Une justice que l’on ne respecte plus, n’est-ce pas parce qu’elle-même s’est arrangée pour qu’elle ne soit plus respectable ?
C’est bien triste.

11 septembre 2003

Vioquir sous nos climats !

Made in France, on va peut-être s’occuper des vieux. Du côté de Raffarin, on planche sur la suppression d’un jour férié !
Au lieu de le supprimer, si on supprimait tous les jours ouvrables ? Ainsi les jeunes auraient tout le temps de s’occuper des vieux !
« Vioquir » à Paris, c’est pire que plus haut dans le Nord. Dix degrés de plus, voilà une rangée de lit des maisons de retraites qui tombe dans la sciure, en attendant la deuxième vague.
Les petits Français vont retrousser les manches, tout pour l’aïeul, quand c’est trop tard, en quelque sorte. Le baron du MEDEF, Antoine Seillière, voudrait bien faire bosser le huit mai. Pensez, avec tous les ponts au muguet, le besogneux était comme qui dirait déjà les pieds dans la mer des vacances. En consacrant un jour aux vieux, il espère bien baiser les syndicats et le fisc. Au décompte des heures perdues, le MEDEF est d’accord, l’heure de midi sera intégralement reversée. Le général Bigeard refuse d’abandonner le huit mai aux civils. Il préconise la remise d’un drapeau à la retraite de chaque travailleur. Il n’y a pas que la dénatalité concernée, dans les plis ça conserve.
Il suggère de supprimer le premier mai. Quoi de mieux que de fêter le travail en travaillant ?
Les entrepreneurs en ex-voto font la gueule. Pour eux l’avenir est assez sombre.
Pas le régal non plus dans les homes belges à se bronzer la couenne.
On n’a pas fait des statistiques. Pourtant, chez nous, du côté de l’Office National des pensions on se frotte les mains. Le bénéfice financier est directement proportionnel au déficit humain. Le délestage va bon train. Il ne manque plus qu’un virus adapté, genre Ebola, pour faire le vide aux guichets du chômage et voilà l’équilibre budgétaire assuré.
Pas de chance pour les beaux projets, la pluie et les brouillards font retomber les statistiques.
Les Belges sont plus discrets. Les funérariums ont de la marge. La diététique tue plus que la chaleur. Sous prétexte que bouffer est mauvais pour la santé, l’économat rogne sur le bifteck. On meurt de faim dans les homes. Ça se voit moins, mais c’est pareil que chez Raffarin. Seulement, moins couillons que les Français, nous on étale, on ne concentre pas tout l’effort sur le mois d’août.
Une solution serait de dérégler les thermostats du chauffage central. Dix degrés de plus au moment où le limonadier est en retard de livraison, et vlan, une deuxième rangée aux adieux pour toujours…
Pourtant ça tient presque pas de place passé l’âge, un vieux.
Le malheur ça mange et ça a des douleurs qu’il faut qu’on soigne. Un gouffre de la sécurité sociale, pépé. Déjà qu’il a dégoûté les patrons avant la retraite, pour en croquer de la sécu et du chômedu ! Et comme ça lui a plu de ne rien foutre comme « les gros », le vieux, que de plus il s’est économisé à la préretraite, il prend goût à la vie et veut vivre aussi longtemps que Chirac ou le pape.
Normal. Demandez aux gâteux qui ont leur yacht sur la côte d’Azur pour voir si la vie ne commence pas à septante ans ?
Si encore, il en avait mis de côté comme Crésus pour ne pas gêner et pas être sur l’indigence ! Mais, non, pas du tout. Il a travaillé sec jusqu’à ce qu’on le botte en touche, le con !... Et même pas un poil de stock-option à revendiquer comme Jean-Marie Messier à Vivendi !
C’est bêta, l’honnêteté, même si ça ne se discute pas. On voit où ça conduit : dans des chambrées où ça mouque le rance et où on attend que vous libériez la place pour ceux qui attendent.
Lui, pourtant, il sent qu’il dégage, le vieux. Sur les trottoirs, il a l’impression qu’il est transparent. Déjà qu’il n’était pas grand, le voilà qui perd cinq centimètres par an. Dans dix ans, il sera à la hauteur du Rottweiler. C’est plus facile pour se faire bouffer la gueule.
On ne le voit plus assez pour ne pas marcher dessus. Alors, on marche dessus. Quand on le piétine, on s’excuse :
- Si en plus, il met de la bonne volonté à se prendre une gamelle !
Alors, le vieux, il ne sort plus qu’une fois par mois. Il attend son chèque trois jours à l’avance devant chez Fortis, pour le verser tout de suite à ses enfants qui, en échange, lui donnent la boule de pain et le cruchon d’eau deux fois par semaine.
- Faut l’endurcir, qu’ils disent, pour quand il sera placé.
C’est prévoyant, les enfants.
Il ne m’en veut pas du tout des propos que je tiens, le vieux. Par contre, il ne peut plus supporter les ministres et les chefs de partis qui n’ont que le mot solidarité à la bouche. Quand ils le regardent la main sur le cœur, avant d’aller bâfrer avec leurs poules dans des restos à cent euros le couvert, sur le temps qu’il se coupe au doigt en épluchant ses deux pommes de terre ou qu’il mange « diététique » dans son mouroir, il a envie de reprendre du service dans un parti : celui des exclus, parti qui reste à créer et où il y aurait du monde, bande d’enfoirés !

10 septembre 2003

Tu n’serais pas Chose, par hasard ?

On savait la curiosité morbide d’un certain public. Un accident sur l’autoroute et ceux qui veulent voir créent eux-mêmes des accidents par des ralentissements dangereux. C’est un phénomène bien connu.
A l’affaire Cantat-Trintignant, le fait-divers fait rebondir les ventes de Noir Désir. Et revoilà le « renouveau » du jazz français reparti, la Maison de disques se frotte les mains. Le violent, en cage à Vilnius, voit son compte en banque gonflé de ses petits poings sans nul besoin de roucoulades endiablées supplémentaires.
Le succès pour les oeuvrettes du groupe est tel que les bacs sont quasiment réapprovisionnés quotidiennement. Les Producteurs gênés n’osent pas dire si les ventes ont doublé, triplé ou sextuplé ! Revoilà notre homme comparé à un Léo Ferré du rock ! Désormais tout ce qu’il publiera, quelque soit le cas de figure, vaudra de l’or en barre, avec ou sans dix ans de tôle.
Qui oserait encore prétendre que le crime ne paie pas ?
Comme le star system est bourré d’artistes tout à fait ordinaires, les nouveaux arrivages issus de Star Academy, les Nolwenn, Houcine et les autres proposent leur guimauve en concurrence. La médiocrité est générale et les fans sont contents. Et ça marche !
La reconnaissance du spectacle par le public commence souvent par un événement extérieur extraordinaire ou scandaleux. Le mérite personnel y tient peu de place. Le talent est accessoire.
L’ex étudiant en marketing Michaël Youn a lancé son one-man-show « Pluskapoil » en exhibant ses fesses aux caméras. Le voilà vedette. Désormais, un rappel de temps à autre de ses prestations en string léopard est suffisant pour entretenir son succès.
La notoriété par la presse spécialisée à ses inconvénients. C’est Guillaume Depardieu assailli par des curieux à Deauville et se dégageant de la meute à coups de revolver !
Un scandale opportun chez l’adversaire, et revoilà la carrière d’un homme politique que l’on disait finie relancée.
Il y a aussi des paradoxes. On peut avoir été condamné pour une prise de bénéfice illégale dans une affaire intéressant un marché de l’Etat et se voir blanchi par le deuxième tribunal qui est celui des urnes.
Dans le monde d’aujourd’hui, rien n’est pire que l’honnêteté et l’anonymat.
Le type qui est marié à la même femme depuis trente ans et qui prend sa retraite après quarante ans de travail dans la même usine, n’a aucune chance d’être reconnu quoi qu’il fasse.
C’est cela le paradoxe de nos sociétés dites démocratiques. Que voyons-nous occuper les avants scènes ? les voyous et les charlatans, les promoteurs et les grandes gueules, voire les criminels et les escrocs.
Et le moyen de faire autrement, puisqu’il est impossible à l’honnête homme de se faire connaître de part la modestie de sa personne.
Jules Renard avait le chic de coucher ces choses à sa façon dans son journal : « La modestie va bien aux grands hommes. C’est de n’être rien et d’être quand même modeste qui est difficile ».
Paul Valéry avait une formule : « Tout esprit qu’on trouve puissant commence par la faute qui le fait connaître. En échange du pourboire public, il donne le temps qu’il faut pour se rendre perceptible. »
C’est égal. Il est grisant d’être reconnu. Beaucoup de gens y sacrifient leur tranquillité. On s’y consacre d’abord pour l’argent. Il faut bien subsister. Une fois à l’abri du besoin, on ambitionne la gloire.
Les trop fortes inégalités de revenus poussent l’homme à sortir du lot par quelques coups d’éclat. Une vie de travail n’atteint pas le salaire d’un mois de certains privilégiés.
Demandez aux hommes politiques pourquoi ils courent après le suffrage de leurs concitoyens. Tous vous diront qu’ils n’ont qu’un désir : servir. Ils parleront des valeurs morales, de l’altruisme, du sacrifice de leur vie à la collectivité, etc. Tous ne sont pas des cyniques. Aucun ne vous dira qu’il est sensible aux revenus d’une belle carrière, aux à-côtés juteux, à la voiture avec chauffeur, la secrétaire, les pouvoirs, les banquets, les voyages, les discours.
Les chefs sont avant tout suspects parce qu’ils nous commandent. Le pouvoir devrait revenir à ceux qui en ont le moins envie. Combien de grands responsables, dans les partis, dans les syndicats, qui s’étaient juré de quitter le pouvoir à la limite d’âge s’arrangent pour prolonger leur mandat ?
Mais alors, comment déceler les capacités de l’honnête homme ?
Que la multitude ne se désespère pas de rester anonyme. Que le sage ne craigne pas de céder à l’ambition. Que l’oisif ne se culpabilise pas trop de ne rien faire, comme La Bruyère l’écrit :
« Il ne manque cependant à l’oisiveté du sage, qu’un meilleur nom ; et que méditer, parler, lire, et être tranquille, s’appelât travailler. »
Si l’on poussait le raisonnement plus avant, écrire pour être lu pourrait paraître de l’ambition.
Est-ce bien raisonnable de gagner la faveur du lecteur ?
Ne vais-je pas paraître suspect sans mobile apparent ?

9 septembre 2003

Ça cavale de la pointe !

On ne parle tant de la solidarité que parce qu’elle n’existe pratiquement que sous forme de loi : chômage, maladie, vieillesse. Dans les faits, rare est le voyageur bien costaud qui cède sa place dans le bus à une vieille dame qui vacille à chaque virage et manque s’étaler dans le couloir ; exceptionnel est le patron qui s’apitoie sur un type qu’il va flanquer à la porte parce qu’il doit amortir son bateau qui mouille à La Napoule avec le salaire « en trop » ; tout à fait inusité le frivole qui veut liquider une vieille maîtresse et qui ne le fait pas quand il apprend qu’elle a un cancer.
On pourrait énumérer ainsi toute une série d’occasion de montrer qu’on a des tripes et qu’il nous reste quelque chose d’humain.
Bien sûr la réalité à un autre visage. La réalité est le contraire de l’idéalisation. Le costaud va rester le cul visser à son siège. Le patron va foutre l’ouvrier, vite fait, dehors. Et le petit dégueulasse va liquider la cancéreuse à coup de pompes dans le train…
On aurait pu croire qu’avec l’instruction publique obligatoire, on allait se dégrossir et que le cours de morale ne serait pas celui que l’on chahute le plus.
A voir les colonnes de sombres crétins qui sortent de nos écoles, on peut dire qu’on a loupé quelque chose au siècle précédent.
Mieux. Nos brillantissimes aventuriers des sciences, tous ceux qui enfin savent lire et écrire plus ou moins correctement, ne sont pas pour autant des êtres fins, sensibles et solidaires.
On dirait qu’entre le mal embouché du coin de rue, le mec de bureau et le spécialiste nez, gorge, oreille une sorte de colle universelle les soude pour le meilleur et surtout pour le pire. Seule change la façon de dire : Tu m’emmerdes, dégage…
Qu’est-ce qui fait qu’à la malpropreté des rues s’ajoute la malpropreté des coeurs ?
On peut se pencher sur la question.
Elle n’est pas anodine, nous touche tous et oblitère notre avenir.
Pourquoi est-on si dégueulasse dans une société qui a l’air assez prospère, enfin suffisamment pour que ceux qui s’en bourrent plein la gueule, au lieu de flanquer le surplus dans le caniveau en donnent un peu aux autres ?
Faut voir à l’eau miraculeuse à Banneux, comment les croyants jouent des coudes pour passer avant leur tour remplir leur godet, pour saisir que ce mépris des autres est bien partout, même dans des endroits où l’on aurait pu espérer mieux.
Quand la loi ne dit mot sur certaines détresses, qu’il est permis de cracher sur son semblable, faut voir des gens de qui on n’aurait jamais cru pareille vulgarité, se mettre aux glaviots de précision.
Alors là, quand la loi s’y met, c’est le pire délice des fins salauds à commencer par la façon honteuse dont on traite les étrangers en situation irrégulière. Penser que je suis Belge au même titre que tous les ministres de l’intérieur et en fin de compte, tous les premiers ministres qui ont programmé leurs petites merdes racistes et sélectives, cela me soulève le cœur.
Comment trouver les raisons de cette démission complète de l’humanisme tant vanté par nos instits de l’entre deux guerres ?
Comment trouver une filiation réelle entre ceux qui était des hommes et qui n’ont engendré que des avortons ?
Il faut sans doute mettre une partie de nos accablantes dégénérescences dans le rôle pernicieux d’une société essentiellement incarnée dans le profit et hiérarchisée par le seul critère de l’argent. Ce serait un peu court de croire que c’est parce que nous sombrons dans les records de productivité, d’efficacité et de compétence industrielle que nous sommes tous devenus de parfaits salauds.
Nos instincts grégaires, nous les avons et ils nous pourrissent autant qu’ils le peuvent nos élans du cœur, nos gestes gratuits. Nous avions découverts en nous mille raisons de ne plus passer nos semblables au court-bouillon. Que ce progrès était donc fragile ! Et comme l’animal que nous avons en nous n’attendait qu’une civilisation comme la nôtre pour effacer en vingt ans ce que nous avions mis un siècle pour construire.
Maintenant, c’est clair. Nous voulons tous jouir fort et de tout au mépris des autres et de la nature. Nous voulons être les plus forts, les plus malins, bref, notre modèle est américain et nous y courons.
Il est clair que c’est plus facile à un puceau de se branler que de faire une bonne action. Le premier mouvement ne requiert pratiquement rien d’autre que l’instinct. Cela vient tout seul et sans aucun conseil. Et bien voilà, tout est dit, hommes et femmes, tous aux rassis, à l’extase, au jet ! C’est à qui jouira le plus fort, dans la position la plus avantageuse. On n’entend pas trop gueuler encore dans les chaumières. Mais ça viendra. Faudra un parapluie en passant sous les fenêtres avec tous les tordus qui vont se torturer le zob à mort. On entendra feuler sur tous les tons comme dans les cages chez Bouglione.
Déjà dans les cinés, on a un avant goût. C’est à qui tiendra le scénar pour nul tant qu’on entendra pas les râles et les soupirs, les prends moi fort, les renverse-moi sur la commode… C’est même plus interdit au moins de douze ans, dis donc !
C’est pas que je râle là-dessus, foutre non, chacun a droit à sa dose, mais c’est qu’on n’entend plus que cela. Toute nuance écartée, on ne se sait plus si ça fait américain de bander ou pas ? Alors dans le doute, on s’aime tellement fort, qu’on n’a plus aucune place pour aimer sa propre mère !
Alors, vous pensez, les autres.
Ah ! oui, ce qu’on déteste les Fritz, enfin les anciens, ceux d’Adolphe, pourtant on n’est pas loin des solutions finales, on a déjà les camps, les tziganes et tout. Encore un petit effort, une nouvelle branlette, et hop, à la trappe la canaille…
Déjà les vieux en France, pas que la canicule qui en a étendu dix mille. Il y a bien quelque part quelques vacanciers à titiller le point-virgule à la Grande Motte et qui avaient complètement oublié de laisser une bouteille d’eau à mémé.
Allons à la mise à feu tout de suite, qu’on monte au septième ciel.
Il y a au musée de la Vie wallonne des vieilles photos de la rue il y a cent ans et même moins, cinquante. Eh bien ! tous ceux que vous voyez, rigolards, tressautant, le pédoncule en fleur, les minettes gaillardes et les Tchantchès à l’estaminet, tout ce petit peuple qui aspirait à ce que nous sommes, les voilà tous passés, fini les loustics et les enculés mondains, les Dupont La Joie et les perspectives. Nous, on est pareils. On ne le sait pas encore, mais on fait déjà nos petits paquets, fausse gloire ou pas, sans opinion et rondouillards du MR, saucisse du PS, tous en chœur, on va claboter sans gloire aucune.
Et quand dans quelques générations, des loustics feront le bilan des années pétrole, c’est pas la statistique industrielle qui intéressera, mais ce que nous avons dans le buffet et comme il ne restera que ce que nous avons dans la culotte, j’aime autant vous dire qu’on passera vraiment pour des pourceaux.

8 septembre 2003

Un souci d’encre.

Après la queue leu leu sur l’autoroute, on se précipite sur la rentrée comme le roquefortis dans les sotchs sur le lait de chèvre. Loi générale ? Moutonnement obligé de la gent laborieuse, plutôt. Et après cela, venez vous vanter de mener votre vie à votre guise dans une société où vous vous épanouissez !
Cette contrainte est applicable dans tous les domaines.
Ainsi la littérature.
Josyane Savigneau du Monde nous prévient. Il y aura un peu plus de nouveautés en 2003 sur les rayons de librairie ; mais pas les 900 annoncés. Ce qu’on croyait être la catastrophe d’une surproduction sans précédent se ramène à 691 romans contre 663 en 2002.
Je suis toujours à me demander ce que les 200 nouveautés en plus auraient fait que la rentrée eût été apocalyptique ?
Chère Josiane Savigneau ! Je vous devinais attentive au moindre événement littéraire, guettant à l’ombre des bibliothèques le lecteur enthousiaste et l’ayant découvert, recueillant de sa bouche l’argumentaire de votre critique. Etais-je naïf !
Que de navets infâmes ai-je ingurgité sur votre seule assertion que c’était un chef-d’œuvre ! A tel point qu’aujourd’hui, je parcours « Le Monde » des livres en cinq minutes, certains mauvais vendredis. Si je m’émerveille encore, c’est de la manière dont vos protégés s’y sont pris pour que l’on publiât leurs petits riens dans des Maisons d’édition sérieuses.
La fréquentation des milieux littéraires est-elle à ce point incompatible avec la bonne littérature ? N’y a-t-il pas au fond d’une campagne beauceronne ou du Perche une plume autrement asexuée que celle de ces Beaux Messieurs du bois doré ?
Car enfin, ne nous méprenons pas, parmi les 691 auteurs édités, si l’on écarte les chevronnés incontournables, « les valeurs sûres » des salons, les tragiques erreurs des comités de lecture, les pistonnés, les vedettes de l’actualité, les assassins démasqués à la tête de 10.000 lecteurs potentiels, les actionnaires de la Maison mère, les entêtements des politiques éditoriales, les personnels en charge de la Nation, l’amant de ma sœur et la littérature du bas de l’escalier, que reste-t-il ? Peut-être moins de cent ouvrages. Cent pauvres types à qui au lieu du stencil les déboutant du droit à la dénomination d’écrivain, reçoivent un permis de naissance à l’écrit.
Encore faut-il que la promesse du fort tirage ne vire pas au four noir après six mois de mévente. Il y a des révisions déchirantes, puisque l’art n’est plus qu’un commerce.
Je ne vais pas chipoter sur l’influence de la société jouisseuse et insouciante pour mettre dans le même panier la plupart des nouveautés. La mesure tchékovienne n’existe plus. Les héros viennent on ne sait d’où pour faire on ne sait quoi. Quand ils ne pètent pas dans la soie, les personnages sortent d’un bas-fond d’un film de Fritz Lang. Les psychologies atteignent des cursus à la portée de l’enseignement spécial. Les situations flirtent avec la salle d’attente du gynéco.
Ou bien, le héros incarne toutes les puretés du monde. Les agitations amoureuses sont de patronage, l’écologie relève du camp scout, et la politique est au niveau de la classe dominante.
Il y a aussi les variations du thème de la Shoah, comme si les juifs avaient été les seules victimes de toutes les barbaries. Malgré l’éloignement dans le passé, il y a toute une politique éditoriale qui sait y faire. Le Monde tient ses colonnes largement ouvertes au souvenir, ce qui n’est pas une mauvaise chose en soi. Ce qui l’est, c’est l’abus de la position dominante qui à la longue devient gênante. Sous prétexte qu’il ne faut pas oublier – ce que je comprends – on en arrive à un monopole de l’apitoiement rétrospectif dont l’insistance gêne l’homme de goût.
Plus rares, mais tout aussi médiocres sont les auteurs qui veulent à tout prix se singulariser. Ils adoptent un langage de la rue, qui suppose une connaissance des cités. L’intérêt s’épuise au hasard des décors. Ce n’est pas la Courneuve, mais le Châtelet.
Il faut se rabattre sur les œuvres à caractère scientifique, les ouvrages sociologiques et politiques, les essais philosophiques, bref, tout ce qui sort du roman pour prendre réellement la mesure de notre époque. Alors qu’on pouvait très bien dresser un constat social d’après Balzac ou Zola au XIXme siècle.
Il est regrettable, sans être passéiste, qu’il n’y ait plus d’écrivains capables de restituer des situations vraies au départ de leur fiction, voire de leur délire, comme L.-F. Céline.
Peut-être en existe-t-il encore, mais abandonnés dans les antichambres des Maisons d’édition. Tandis que sous les bobines de papier qui font l’amour en l’oeuvrette pour le Goncourt ou l’Interallié, ils cherchent un interlocuteur absent.
Hélas ! les temps sont durs. Madame Savigneau doit étendre sur sa tartine du vendredi, l’onctuosité de l’article critique. Ce n’est pas drôle et ce n’est pas facile. La critique de Madame Savigneau est rarement corrosive, tant il est plus facile de se laisser aller à l’indulgence. Terminer un livre ennuyeux est une gageure. Le courroux contre l’auteur et contre soi-même sont des épreuves dont il faut rendre compte. Le monde des lettres est un marigot empli de bêtes effrayantes. On s’y fait plus d’ennemis qu’autres choses.
Faire preuve d’indépendance dans certains cas est une manière de se sentir plus propre, mais c’est souvent un plaisir coûteux.
C’est dommage, après tout.
Il faut laisser l’espoir aux lecteurs : les livres dont on ne parle jamais sont peut-être les plus intéressants. Dans le cas contraire, s’ils sont détestables, le peu de poids de l’auteur autorise le lynchage sans conséquence pour soi. S’ils sont bons, on n’a pas besoin de la brosse à reliure pour le dire. Le compliment paraît d’autant plus sincère.
Curieux métier quand même que celui de se déterminer en fonction de ses goûts, de l’air du temps, et des susceptibilités parisiennes, en n’ignorant pas que derrière les piles des nouveaux auteurs, se cache une multitude dont on ne saura jamais rien.

7 septembre 2003

Melancolia

L’ineffable poète – tant réclamé de ses fans - étant momentanément interdit de roucoulements pour cause de séquestration prolongée à Vilnius et l’heureuse naissance attendrissant tous les cœurs, à l’exception de ceux qui n’ont jamais mis les pieds sur la planète de Saint-Exupéry à se faire expliquer un mouton, il me reste à joindre à l’acide citrique de Lituanie et au sucre d’orge bien de chez nous, une petite ritournelle que j’écrivis jadis pour une Espagnole qui ne s’en montra pas plus satisfaite que cela.

Melancolia

Son âme est ensevelie
Sous les plumes de l’ara
Dans les larmes elle rie
Quand joue la guitara

L’oiseau de mélancolie
Du ciel de la señora
A ses pieds se réfugie
Quand joue la guitara

Elle ment comme Thalie
Pleure comme Deborah
Mais elle aime à la folie
Quand joue la guitara

Les cordons blancs se délient
Qui tenaient la gandoura
Les ailes de l’ara plient
Quand cesse la guitara

Et la fine raclure qui ose soutenir que ce n’est pas assez aérien, mélodique et tout le tremblement, je lui fous une baffe dans la gueule – sans intention de la donner – et qu’on ne vienne pas m’emmerder sous prétexte de traumatisme crânien.
Par contre si une mignonne trouve le phrasé subtil, le parcours suffisamment poétique pour m’envoyer sous enveloppe parfumée un vase lacrymal de ses pleurs d’émotion, je promets de ne pas lui casser deux dents tout de suite.
La môme Thalie qui m’asticotait, si je lui ai un peu abîmé le tarin, c’est qu’elle l’avait cherché. Elle s’en remettra. Il paraît que vu par les archéologues, la chose a plus de valeur. A vous de juger.

6 septembre 2003

La gauche en France et en Belgique : état des lieux.

Les Socialistes français sont franchement embêtés après le rassemblement de 200.000 militants sur le plateau du Larzac d’une gauche qui apparemment n’a plus rien à voir avec le parti de Jean-François Hollande et cela à quelques jours de l’ouverture à la Rochelle (le 29 août) de leur université d’été.
Une gauche de la gauche, c’est ce qui pend au nez de tous les partis qui collaborent au pouvoir. En Belgique, Jacques Yerna n’avait cessé de réclamer le droit de tendance au PS, ce qui a toujours été refusé par tous les présidents du parti.
Au Larzac, en saccageant le stand du PS, les 200.000 ont manifestement tourné le dos au rapprochement. Ce désintérêt pour le socialisme de participation met un terme aux tentatives d’ouverture initiées de la gauche plurielle par Montebourg et Emmanuelli.
Comment sortir de l’impasse ?
Ne conviendrait-il pas en France et c’est valable pour la Belgique, de définir le réformisme dans lequel s’engagent les militants, et jusqu’où peuvent collaborer les socialistes avec le système capitaliste sans dé